La_nuit_du_bombardier_2Serge Brussolo est un auteur incontournable de la littérature fantastique et policière française. Prolifique, chaque nouvelle œuvre est attendue avec impatience par ses fans. Il fallait donc bien s’y pencher pour voir si sa réputation n’était pas usurpée. Je m’attaque donc à une réédition sortie en juin de cette année par folio SF. Bilan : un auteur à part, à l’identité bien marquée. Moi j’aime.

David a treize ans. Sa mère vient d’être internée après avoir été violée. L’enfant a assisté, impuissant, au crime et n’en est pas sorti indemne psychologiquement. Le livre s’ouvre sur son arrivée à Triviana-sur-mer, petite ville côtière des Etats-Unis, où sa grand-mère l’a envoyé en pension. L’atmosphère est étrange. Mais ce n’est que le début. L’Ecole qu’il intègre suit des règles très dures, imposées par l’encadrement mais aussi par les élèves eux même qui se regroupent en castes. David va devoir lutter à la fois pour s’intégrer et pour surmonter le traumatisme qui le hante. Il va, pour cela, devoir démêler les secrets que cachent Triviana-sur-mer, ville défigurée trente ans plus tôt par le crash d’un bombardier dont on a jamais trouvé la moindre trace…

Imaginez Harry Potter ou bien Alice au pays des merveilles mais version cauchemardesque et vous aurez une bonne vision de ce que j’ai ressenti à la lecture d’au moins les deux tiers de ce livre. L’ambiance étrange, lourde, s’installe dès les premières pages pour ne plus nous quitter. On suit de manière tendue la vie de ce petit bonhomme, souvent à travers ses yeux, ne sachant pas s’il fantasme ce qu’il voit, s’il est effectivement fou, ou si tout cela est bien réel. D’ailleurs, cette focalisation interne (si mes souvenirs de terminale sont bons !) renforce cette impression de suivre Alice de l’autre côté du miroir mais version horrible. Loin de faire de l’âge de son héros un prétexte à la fragilité, l’auteur s’attache à jouer vraiment avec ce que voit un jeune enfant et la réponse d’enfant qu’il y donne. Sans frissonner à chaque page, on se sent mal à l’aise, on se demande si ce qu’on lit est réel et le risque de folie de David se transmet. Ajoutons à cette ambiance particulière un style, à mon sens, maîtrisé, ni trop lourd, ni trop direct qui sert l’oeuvre de manière remarquable.

Puis vient la deuxième partie du livre. Si le style et le malaise restent, le sujet change. Et c’est plus une révolution qu’un virage. C’est le moment de l’action. Des réponses sont données. Si énormes que l’on doute franchement que cela soit la réalité. D’un cauchemar d’Alice, on passe à un vieux film d’horreur en noir et blanc. Bizarre, me direz vous ? Et bien, on se laisse avoir ! On est tellement dedans qu’on suit le héros (dans sa folie ?). Et puis l’auteur écrit si bien qu’on ne peut rien dire. Pour moi, seule la conclusion n’est pas tout à fait à la hauteur.

Selon moi (après seulement un livre, je suis un peu téméraire, mais bon…), la réputation de Brussolo n’est pas usurpée. Son style est merveilleux, son histoire est prenante, pleine de références, intelligente. Finalement, ce livre me rappelle un peu des films comme L’échine du diable ou Le labyrinthe de pan et d’autres que je ne vous communiquerai pas pour ne pas vous gâcher la surprise de la deuxième partie du livre… A vous de le lire pour savoir ! Par contre, âmes sensibles, s’abstenir…

StepH