mardi 13 novembre 2007
BRUSSOLO, Serge : La nuit du bombardier.
Serge
Brussolo est un auteur incontournable de la littérature fantastique et
policière française. Prolifique, chaque nouvelle œuvre est attendue avec
impatience par ses fans. Il fallait donc bien s’y pencher pour voir si sa
réputation n’était pas usurpée. Je m’attaque donc à une réédition sortie en
juin de cette année par folio SF. Bilan : un auteur à part, à l’identité
bien marquée. Moi j’aime.
David a
treize ans. Sa mère vient d’être internée après avoir été violée. L’enfant a
assisté, impuissant, au crime et n’en est pas sorti indemne psychologiquement. Le
livre s’ouvre sur son arrivée à Triviana-sur-mer, petite ville côtière des Etats-Unis,
où sa grand-mère l’a envoyé en pension. L’atmosphère est étrange. Mais ce n’est
que le début. L’Ecole qu’il intègre suit des règles très dures, imposées par l’encadrement
mais aussi par les élèves eux même qui se regroupent en castes. David va devoir
lutter à la fois pour s’intégrer et pour surmonter le traumatisme qui le hante.
Il va, pour cela, devoir démêler les secrets que cachent Triviana-sur-mer,
ville défigurée trente ans plus tôt par le crash d’un bombardier dont on a
jamais trouvé la moindre trace…
Imaginez
Harry Potter ou bien Alice au pays des merveilles mais version cauchemardesque
et vous aurez une bonne vision de ce que j’ai ressenti à la lecture d’au moins
les deux tiers de ce livre. L’ambiance étrange, lourde, s’installe dès les
premières pages pour ne plus nous quitter. On suit de manière tendue la vie de
ce petit bonhomme, souvent à travers ses yeux, ne sachant pas s’il fantasme ce
qu’il voit, s’il est effectivement fou, ou si tout cela est bien réel. D’ailleurs,
cette focalisation interne (si mes souvenirs de terminale sont bons !) renforce
cette impression de suivre Alice de l’autre côté du miroir mais version
horrible. Loin de faire de l’âge de son héros un prétexte à la fragilité, l’auteur
s’attache à jouer vraiment avec ce que voit un jeune enfant et la réponse d’enfant
qu’il y donne. Sans frissonner à chaque page, on se sent mal à l’aise, on se
demande si ce qu’on lit est réel et le risque de folie de David se transmet. Ajoutons
à cette ambiance particulière un style, à mon sens, maîtrisé, ni trop lourd, ni
trop direct qui sert l’oeuvre de manière remarquable.
Puis vient
la deuxième partie du livre. Si le style et le malaise restent, le sujet change.
Et c’est plus une révolution qu’un virage. C’est le moment de l’action. Des
réponses sont données. Si énormes que l’on doute franchement que cela soit la
réalité. D’un cauchemar d’Alice, on passe à un vieux film d’horreur en noir et
blanc. Bizarre, me direz vous ? Et bien, on se laisse avoir ! On est
tellement dedans qu’on suit le héros (dans sa folie ?). Et puis l’auteur
écrit si bien qu’on ne peut rien dire. Pour moi, seule la conclusion n’est pas
tout à fait à la hauteur.
Selon moi
(après seulement un livre, je suis un peu téméraire, mais bon…), la réputation
de Brussolo n’est pas usurpée. Son style est merveilleux, son histoire est
prenante, pleine de références, intelligente. Finalement, ce livre me rappelle
un peu des films comme L’échine du diable ou Le labyrinthe de pan et d’autres
que je ne vous communiquerai pas pour ne pas vous gâcher la surprise de la
deuxième partie du livre… A vous de le lire pour savoir ! Par contre, âmes
sensibles, s’abstenir…
StepH

