lundi 18 février 2008
KING, Stephen : La Tour Sombre.
Voici une critique que j’aurais pu commencer de la
sorte : « L’homme en noir fuyait à travers le désert, et le pistolero
le suivait. ». Mais par souci d’originalité, j’ai décidé de ne le faire
qu’à moitié.
Pour ceux qui n’auraient pas suivi, il s’agit de parler de
la « Tour sombre », fabuleux et interminable cycle de Stephen King.
Avant de nous livrer des dizaines de romans, nouvelles, films d’un niveau
parfaitement inégal, l’auteur s’était décidé, dès le début de sa carrière, à
écrire un jour un cycle qui occuperait dans son œuvre une place équivalente à
celle du Seigneur des Anneaux pour Tolkien. Il a fallu plusieurs années et, à
l’en croire, un miracle, pour que son projet aboutisse enfin, en sept
volumes : Le Pistolero, Les Trois Cartes, Terres Perdues, Magie et Cristal,
Les Loups de la Calla, Le chant de Susannah, et La Tour Sombre.
Dans un monde
décharné, usé jusqu’à la trame, le Pistolero – Roland de Gilead –, descendant
d’Arthur l’Aîné et dernier aventurier de l’entre-deux mondes, s’en va en quête
de la légendaire Tour Sombre, nœud de tous les univers existant, pour
comprendre ce qui se passe et, peut-être, résoudre le problème. Son monde à lui
a changé, le temps s’étiole et s’étire, et l’ensemble des autres mondes, nous
l’apprenons au fil de l’œuvre, est menacé lui aussi. S’il commence son errance
seul, il rencontre en chemin d’autres personnages qui deviendront des membres
de son ka – et c’est une chance : ces gens donnent une vie et un
dynamisme à l’œuvre et à Roland lui-même, présenté comme un quasi-automate prêt
à tout sacrifier pour sa quête, qui sont de véritables courants d’air frais
salvateurs.
Un univers extraordinaire, incroyablement
complet et complexe, imprégné de western, de machines étonnamment avancées
fabriquées par l’énigmatique société North Central Positronics, nourri de
légendes de notre réalité à nous : le mythe d’Arthur, le magicien d’Oz et
même… Harry Potter. Au passage, nous sera donnée l’occasion de croiser des
personnages extravagants tels que l’Homme en noir – le même, oui, que celui du
Fléau ou de nombres d’autres œuvres de monsieur King – un train fou et
suicidaire doué de parole, un ours géant, un bon paquet de robots psychotiques
incroyablement évolués, des vampires, une succube, douze gardiens des rayons,
le Père Callahan de Salem, une sorcière en haut d’une colline, et, suprême
invention, Stephen King lui-même. Au final, une épopée inoubliable pour de
nombreux fans, dont certains – et j’en fais partie – auront dû attendre plus de
quinze années pour voir le cycle se terminer enfin, gardant toujours dans un
coin de leur tête l’idée que, jusqu’ici, tout va bien, Roland, Eddie, Susannah,
Jake et Ote sont en chemin. Evidemment, nous avons affaire à Stephen
King : on y trouve du bon et du moins bon – mais dans l’ensemble,
l’excellent l’emporte avec brio, avec plusieurs surprises et coups de maître, ainsi
qu’une fin pour le moins imprévisible. D’autant que la Tour Sombre est une
œuvre arachnéenne, qui trouve sa source et de nombreuses résonances dans les
autres livres de l’auteur, qui aime à jongler avec les univers et faire se
rencontrer ses personnages : nous en apprendrons beaucoup sur certains
d’entre eux en lisant la Tour Sombre… Et inversement.
Personnellement, mon
préféré reste Magie et Cristal, qui se situe pour l’essentiel avant l’histoire
elle-même, quand le monde ne faisait que commencer à changer mais les
autres valent le détour aussi. Alors, si l’aspect imposant de l’œuvre – près
cinq mille pages, au final – vous effraie, oubliez ce détail et foncez, vous ne
serez pas déçus. Si encore vous n’êtes pas fan de Stephen King, oubliez ça
aussi : rien à voir avec ce qu’il a fait jusque-là, il s’agit bel et bien
de Science-fiction, non pas d’épouvante.
Zolg
Commentaires
Pour les flemmards !
Moi je suis pas fan de Stephen King mais cette série a l'air bien différente de ce qu'il fait d'habitude... Hum, peut être que je me laisserai tenté !! Mais j'espère que ce n'est pas trop mystique/chrétien/à l'américaine parce que c'est ce qui m'agace pas mal chez lui...
Sinon, pour la petite info, ta critique tombe à point car cette semaine est sortie la Bd adaptation de cette oeuvre. C'était une Bd de chez Marvel pour la VO et de Soleil pour la VF. Je vais la lire et vous dire ce que j'en pense!
Enfin, JJ abrams connu pour ses séries Alias et Lost et pour Mission Impossible 4 en film voudrait adapter la tour sombre sur nos écrans... A suivre!!!
Stef
ouah!!
5000 pages et quelques poussières en plus, cela a l'air fascinant mais décourageant... Je pense surtout aux crampes que cela m'occasionnerait... donc je te fais confiance et tant pis je ne le lirai point.
Sur un sujet perso, félicitations ...
ILLo
Eh bien oui, la bd est sortie et la série est à l'oeuvre, paraît-il. Personnellement, j'aurais préféré des films, il en était question aussi à une époque ; mais une série, c'est pas mal non plus si elle est bien faite - d'autant que J.J. Abrahams a une réputation qui le précède.
Après, perso, je trouve que c'est une excellente idée que de le lire, ce serait même dommage de s'en passer ; en plus, j'ai mal compté, y a que 3500 pages en fait(...). Pour le côté "mystique/chrétien", eh ben ça y est pas trop je crois. C'est d'ailleurs amusant : dans le monde de Roland, la chrétienté n'est qu'une secte, "les adeptes de l'homme-jésus", vue avec pas mal de recul ; pour l'exemple, une citation trouvée pas plus tard qu'hier dans une nouvelle de King, "Les petites soeurs d'Elurie" (recueil de R. Silverberg, King reprend son univers pour une histoire qui se situe avant le premier tome) : "Il s'agissait de l'une des sectes de Jésus qui autorisait ses chamans à avoir femme et enfants ; certaines autres, régies manifestement par des fous furieux, exigeaient de leurs ministres le célibat ou du moins d'en préserver l'apparence."
Pour le côté poussiéreux, Illo, je t'assure que tu n'as pas à t'en faire : on s'ennuie pas une minute, à part un peu c'est vrai dans le tome 5, mais ça passe vite. Pour te dire, j'ai relu les 7 tomes en un mois l'été dernier !
Enfin, voilà, je veux pas vous forcer non plus, mais hein il est quand même bien.
Ah oui, et merci.
Zolg.
Lu la bd
Ca y est, j'ai lu la bd. Visiblement, les auteurs ont pris le parti de respecter le cours strictement chronologique de l'histoire, ce qui est pas du tout le cas pour les romans. Après, au-delà de la déception inévitable de voir pas mal de détails supprimés et conséquemment l'histoire bien plus simple qu'elle ne l'est en réalité (bien que même dans les bouquins, ça reste assez manichéen, il faut le reconnaître) - ben c'est quand même pas mal. D'autant que deux textes de Robin Furth (agent ou amie de King, je crois) apportent des précisions sur un personnage qui reste mystérieux dans l'histoire, à savoir Maerlyn, et sur la géographie et création de l'entre-deux-mondes, longuement développée par ailleurs.
Voilà.
Zolg.
lu la BD aussi !
Bon, à défaut de lire les livres en une semaine (je lirais vite !), je me suis plongé dans la BD...
Résultat ? Pas mal mais sans plus... J'ai beaucoup aimé le graphisme de Jae Lee qui colle très bien à l'ambiance. Le monde post-apo/western/fantasy est bien trouvé et accrocheur ; il me rappelle un brin le jeu de rôle Deadlands. Côté histoire, je ne sais pas trop... J'ai trouvé ça bien complexe pour au final avoir une histoire de bien contre le mal... Le monde a l'air assez complexe et fouillé mais je me suis demandé si ça aurait beaucoup de sens pour le déroulement de l'histoire...
Bon quand même, globalement, j'ai passé un bon moment et je réserve un véritable avis quand la suite sera parue...
StepH
Bon, d'accord, c'est le bien contre le mal... Mais c'est les américains (les anglophones en général, d'ailleurs plutôt), on y peut rien ! Prend le seigneur des anneaux, ou bien euh... Star wars, ou encore je sais pas moi, y a quand même pas mal de SF qui fonctionne comme ça. Gaiman, par exemple, il fonctionne pas mal à ça. J'avais eu un cours de philo à une époque sur le sujet... D'ailleurs, ben tiens, ce serait une assez bonne idée de débat ça : les représentations idéologiques (ou théologiques) dans la sf. Non?
Bon, après je suis d'accord avec toi en fait : ton opinion rejoint en fait (éclaire serait plus juste) mon impression quant à la bd, quand je disais que je trouvais qu'elle simplifiait: en fait, elle rend les choses plus simplistes. De là à dire que la bd et la littérature plus traditionnelle sous forme de roman sont deux arts différents et que l'adaptation en bd vaut pas toujours le coup ? Peut-être.
Après quand même c'est bien dessiné.
Zolg.
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