dimanche 24 février 2008
Collectif : Appel d’air.
La Science-fiction
n’est-elle pas le media le plus approprié pour analyser notre société, ses
perspectives et ses dérives ? Orwell, Huxley, Asimov,
Bradbury… Autant d’auteurs
qui nous ont toujours posé des questions à travers le prisme de la fiction. Uchronie,
Cyberpunk, Space opera… Tous ces sous-genres interpellent le lecteur sur des
questions humaines et ne cessent d’interroger l’actualité. Certes il existe
aussi une science-fiction récréative, proche du roman de gare (ce terme n’étant
absolument pas péjoratif pour moi), mais on retrouve toujours une trace d’interrogation.
En France, cette littérature n’est pas trop reconnue, considérée comme un genre mineur et sans importance. De ce fait, j’ai souvent pensé que trop peu d’auteurs français s’y intéressaient et qu’encore moins de ces auteurs étaient mémorables (hormis Pierre Boulle, forcément !). Je me trompais, bien sûr ! Et ce petit recueil de nouvelles me l’a rappelé !
lundi 18 février 2008
KING, Stephen : La Tour Sombre.
Voici une critique que j’aurais pu commencer de la
sorte : « L’homme en noir fuyait à travers le désert, et le pistolero
le suivait. ». Mais par souci d’originalité, j’ai décidé de ne le faire
qu’à moitié.
Pour ceux qui n’auraient pas suivi, il s’agit de parler de
la « Tour sombre », fabuleux et interminable cycle de Stephen King.
Avant de nous livrer des dizaines de romans, nouvelles, films d’un niveau
parfaitement inégal, l’auteur s’était décidé, dès le début de sa carrière, à
écrire un jour un cycle qui occuperait dans son œuvre une place équivalente à
celle du Seigneur des Anneaux pour Tolkien. Il a fallu plusieurs années et, à
l’en croire, un miracle, pour que son projet aboutisse enfin, en sept
volumes : Le Pistolero, Les Trois Cartes, Terres Perdues, Magie et Cristal,
Les Loups de la Calla, Le chant de Susannah, et La Tour Sombre.
Dans un monde
décharné, usé jusqu’à la trame, le Pistolero – Roland de Gilead –, descendant
d’Arthur l’Aîné et dernier aventurier de l’entre-deux mondes, s’en va en quête
de la légendaire Tour Sombre, nœud de tous les univers existant, pour
comprendre ce qui se passe et, peut-être, résoudre le problème. Son monde à lui
a changé, le temps s’étiole et s’étire, et l’ensemble des autres mondes, nous
l’apprenons au fil de l’œuvre, est menacé lui aussi. S’il commence son errance
seul, il rencontre en chemin d’autres personnages qui deviendront des membres
de son ka – et c’est une chance : ces gens donnent une vie et un
dynamisme à l’œuvre et à Roland lui-même, présenté comme un quasi-automate prêt
à tout sacrifier pour sa quête, qui sont de véritables courants d’air frais
salvateurs.
Un univers extraordinaire, incroyablement
complet et complexe, imprégné de western, de machines étonnamment avancées
fabriquées par l’énigmatique société North Central Positronics, nourri de
légendes de notre réalité à nous : le mythe d’Arthur, le magicien d’Oz et
même… Harry Potter. Au passage, nous sera donnée l’occasion de croiser des
personnages extravagants tels que l’Homme en noir – le même, oui, que celui du
Fléau ou de nombres d’autres œuvres de monsieur King – un train fou et
suicidaire doué de parole, un ours géant, un bon paquet de robots psychotiques
incroyablement évolués, des vampires, une succube, douze gardiens des rayons,
le Père Callahan de Salem, une sorcière en haut d’une colline, et, suprême
invention, Stephen King lui-même. Au final, une épopée inoubliable pour de
nombreux fans, dont certains – et j’en fais partie – auront dû attendre plus de
quinze années pour voir le cycle se terminer enfin, gardant toujours dans un
coin de leur tête l’idée que, jusqu’ici, tout va bien, Roland, Eddie, Susannah,
Jake et Ote sont en chemin. Evidemment, nous avons affaire à Stephen
King : on y trouve du bon et du moins bon – mais dans l’ensemble,
l’excellent l’emporte avec brio, avec plusieurs surprises et coups de maître, ainsi
qu’une fin pour le moins imprévisible. D’autant que la Tour Sombre est une
œuvre arachnéenne, qui trouve sa source et de nombreuses résonances dans les
autres livres de l’auteur, qui aime à jongler avec les univers et faire se
rencontrer ses personnages : nous en apprendrons beaucoup sur certains
d’entre eux en lisant la Tour Sombre… Et inversement.
Personnellement, mon
préféré reste Magie et Cristal, qui se situe pour l’essentiel avant l’histoire
elle-même, quand le monde ne faisait que commencer à changer mais les
autres valent le détour aussi. Alors, si l’aspect imposant de l’œuvre – près
cinq mille pages, au final – vous effraie, oubliez ce détail et foncez, vous ne
serez pas déçus. Si encore vous n’êtes pas fan de Stephen King, oubliez ça
aussi : rien à voir avec ce qu’il a fait jusque-là, il s’agit bel et bien
de Science-fiction, non pas d’épouvante.
Zolg
samedi 16 février 2008
BURTON Tim : Sweeney Todd.

Avant
toutes choses, il convient de préciser que je suis un fan invétéré du grand
Tim, ce, dès la première heure, au nom
des innombrables pépites dont il nous a fait grâce. La pommade étant passée, je
peux passer au fouet et au cuir (façon Catwoman, mais que pensiez-vous donc ?).
Sweeney
Todd est une semi-déception. Je l’annonce de but en blanc car quiconque a pu
voir la bande-annonce sait à peu près de quoi ça parle. Ok, pour les deux du
fond je reprends en accéléré : Benjamin Barker est un gentil barbier, qui
vit avec sa gentille famille dans un gentil Londres, quand tout à coup, le méchant
juge Turpin lui prend sa gentille femme et pour ce faire l’envoie au bagne.
Quinze ans plus tard, tel Monte Cristo, notre raseur dépossédé revient en ville
et jure d’assouvir sa vengeance… There’s
no place like London... Pas besoin d’en dire plus afin de ne pas gâcher les
maigres surprises d’un scénar anorexique.
En effet,
l’une des faiblesses de Sweeney Todd réside en son propos: de facture classique
et prévisible, il ne révèle son amertume qu’après vision intégrale de l’œuvre.
Car amertume il y a : c’est, à mon sens, l’œuvre la plus noire et la plus
désenchantée jamais réalisée par Burton. Des personnages tous plus tordus les
uns que les autres (excepté l’insupportable couple de rossignol qui roucoule
dans une des scènes les plus indignes de la filmo du maître…), un monde quasi dépourvu d’humour et un final,
magnifique diamant noir qui rehausse l’ensemble.
N’oublions
pas également qu’il s’agit là d’une comédie musicale d’un genre tout
particulier : le premier « musical » gothique. C’est ici que le
bât blesse : on se surprend à se crisper dès que certains personnages
s’apprêtent à pousser la chansonnette, notamment nos rossignols, encore eux !
Pourtant, je n’ai rien contre les comédies musicales et la partition de Stephen
Sondheim est parfois excellente (délicieux My Friends…), mais bien en deçà de
ce dont est capable la paire Elfman/Burton. Car immanquablement, tout au long
du film, on se répète que c’était bien mieux avant (mais avant quoi au
juste ?).
C’est tout
là le problème du réalisateur : alors que tout le monde semble s’accorder
pour saluer son génie visionnaire à coup de récompenses diverses, celui-ci nous
gratifie d’une production mineure dans sa filmo, quoique qu’en disent les
critiques « official ». Sweeney Todd, n’est certes pas un mauvais
film, mais pendant un bon tiers, on se demande ce que l’on fait là, devant tant
de méchanceté, de noirceur. Pourtant, à force d’insister, le film finit par
emporter le morceau par l’enchaînement de quelques scènes très réussies
(excellent Sacha « Borat » Cohen !). Pour l’aspect « goth
musical » révolutionnaire, on repassera, Fantôme de l’opéra et Rocky Horror étant dèjà passés par là. Visuellement,
le film est beau, mais bien en deçà de la virtuosité gothique de Sleepy Hollow…
En un mot comme en cent, la tourte (ceux qui ont vu le film comprendront) se révèle un peu tiède, bien que réchauffée, et manque cruellement de sel : point de poésie, de fantaisie, d’humour qui font pourtant la « pâte » de Tim… Mais l’arrière-goût est inédit et vaut le tournant tout de même !
Mr Jack.
lundi 11 février 2008
LE GUIN, Ursula : L’autre côté du rêve.
Je n’avais jamais lu Ursula Le Guin
jusque-là, et avant de me lancer à l’aveugle dans une œuvre trop longue – Les
Contes de Terremer, par exemple –, je me suis dit qu’un autre roman, pas trop
long et pas trop cher, me permettrait de voir à qui j’avais affaire. Autant
dire que je n’ai pas été déçu.
George Orr ressemble à s’y méprendre à tout le monde, à vous, à moi. Jusque dans son sommeil : quand il dort, il fait des rêves. A ceci près que quand il se réveille, il a souvent la désagréable surprise de constater que ses songes ont modifié la réalité, la rendant bien plus souvent qu’à son tour, hélas, proprement cauchemardesque. Voici le point de départ de l’incroyable aventure qu’il va vivre.
Le pauvre George, qui finit par absorber des substances irrégulières et se soumettre à la suggestion hypnotiques afin de ne plus rêver, se voit ballotté entre les mains d’un savant fou, d’une belle jeune femme dont on se demande au final s’il ne l’a pas lui-même inventée, et d’extra-terrestres au langage plutôt incompréhensible mais visiblement bienveillants, eux aussi sortis tout droit de son imagination. Au passage, il déclenchera une guerre intergalactique avant d’échapper de peu à une explosion nucléaire et de se retrouver avec la peau grise, comme tous les humains.
Il est des œuvres qui sortent du cours traditionnel de la science-fiction pour dériver imperceptiblement vers le traité philosophique : ainsi, Ravage, 1984, Farenheit 451, ou encore Les Monades Urbaines. L’autre Côté du Rêve est à mon avis à ranger dans cette catégorie : un propos bien maîtrisé, malgré un style un brin trop impersonnel à mon goût, et surtout, elle parvient à faire tenir sa trame malgré les absurdités que son personnage s’efforce de faire intervenir. La question sous-jacente, s’il ne faut en retenir qu’une seule, est la suivante – ou plutôt, restons modeste, pourrait être la suivante : quel homme peut-il se targuer d’employer « la » bonne méthode pour faire progresser l’humanité ? Où commence, où s’arrête l’intérêt personnel des gens, nombreux, qui prétendent « essayer de faire du bien à la planète », qu’ils soient simples citoyens ou politiciens ?
Certes, cela fait deux questions ; nous
pourrons les résumer en ayant recours au
fameux proverbe, un de mes favoris, proclamant que « la route des
enfers est pavée de bonnes intentions. » A lire, donc.
Zolg
mardi 5 février 2008
ARLESTON, LUDOLULLABI : Lanfeust Quest.
L’aventure
débute en 1994 si je ne m’abuse avec le lancement d’une BD prometteuse
scénarisée par le bon Arleston et dessinée par le talentueux Tarquin :
Lanfeust de Troy. La BD trouve rapidement sont public. Quelques années plus
tard, elle devient un immense succès commercial, lisible aussi bien par les
ados que par les adultes. Heureux d’une telle aubaine, on enchaîne, après 8
numéros, sur une nouvelle saga nommée Lanfeust des étoiles. En parallèle, on
lance un spin off (série dérivée en bon français) qui se déroule bien avant la
série et qui prend comme cadre de départ un village de troll. Vient ensuite un
jeu de rôle, un nouveau spin off, on parle même d’une nouvelle saga pour fin
2008. Aujourd’hui, les créateurs de cette série se lancent un nouveau défi pour
attirer un public plus jeune : le manga. Voici donc qu’arrive un nouveau
Lanfeust : Lanfeust Quest. Alors, explosion de bonnes idées ou pressage de
citron commercial ?
Pour moi la
réponse est claire : Soleil (l’éditeur) finit par se moquer de nous. Pour
vous le prouver, revenons sur l’intrigue de Lanfeust de Troy : Sur une
planète où chaque personne est dotée d’un pouvoir plus ou moins utile dès la
naissance, Lanfeust s’ennuie en tant que forgeron avec son pouvoir selon lui
minable de fusion du métal. Il flirte avec C’ian, la fille du magicien du
village (qui sert de relais au pouvoir de chacun) et doit supporter Cixi, la sœur
insupportable de sa dulcinée. Tout se précipite le jour où il découvre qu’au
contact d’une épée, il acquiert le pouvoir ultime. L’aventure commence avec une
petite équipe qui part du village pour trouver des réponses…
Maintenant, voici le résumé du premier tome de Lanfeust Quest : Sur une planète où chaque personne est dotée d’un pouvoir plus ou moins utile dès la naissance, Lanfeust s’ennuie en tant que forgeron avec son pouvoir selon lui minable de fusion du métal. Il flirte avec C’ian, la fille du magicien du village (qui sert de relais au pouvoir de chacun) et doit supporter Cixi, la sœur insupportable de sa dulcinée. Tout se précipite le jour où il découvre qu’au contact d’une épée, il acquiert le pouvoir ultime. L’aventure commence avec une petite équipe qui part du village pour trouver des réponses…
Ca vous fait mal aux yeux de relire deux fois le même paragraphe ? Et bien imaginez mon étonnement lorsque j’ai dû relire deux fois la même intrigue sur plusieurs pages ! Rien de neuf, tout est pratiquement pareil ! Quel peut donc être l’intérêt sinon commercial ?
Pour ne pas être de mauvaise fois, je dirai que le graphisme est très joli et que c’est un des premiers mangas français que je ne trouve pas très mal dessiné. Ensuite, l’histoire se lit toujours aussi bien et si vous ne connaissez pas Lanfeust, ça vaut le coup de le parcourir.
En tout cas, ça me fait toujours un peu mal au derrière d’être pris à la fois pour un C.. et pour un porte-monnaie !!
StepH

