lundi 17 mars 2008
SIMMONS, Dan : Ilium.
J’adore Dan
Simmons. Pour moi l’Echiquier du mal ou encore Hyperion sont des œuvres
incontournables. Alors quand sort sa nouvelle grande fresque en poche, je me
rue dessus. Après quelques temps, je m’y mets et près de 900 pages plus loin,
me voilà à l’heure du bilan du premier tome de ce diptyque.
Comment vous expliquer cette histoire, si dense et si originale, sans rien vous dévoiler et tout en vous transmettant l’envie de plonger dans ce roman épique, intelligent, divertissant, érudit ?
Lointain futur, Mars. Pour se divertir (ou pour une raison plus complexe…) le Panthéon grec joue à nouveau la guerre de Troie. Achille fait une deuxième fois face à Hector et chaque Dieu parie sur son poulain, intervenant pour faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Pour arbitrer la mêlée, certains spécialistes humains de l’Iliade sont ressuscités. Car, en vérité, les Dieux ne se souviennent plus de la conclusion de la première bataille. Les scholiastes sont donc là pour s’assurer de la véracité de la reconstitution. Hockenberry fait partie de ces juges. Il sait que cette vie ne tient qu’à un fil, qu’il est le jouet de forces supérieures. Alors, quand Aphrodite lui demande un service, il sait qu’il est piégé et qu’il ne fera pas long feu. Commence pour lui une aventure qui changera ce nouveau monde à jamais…
Mahnmut est un Moravec, sorte d’entité biomécanique. Il explore les profondeurs marines d’Europe, lune de Jupiter. Sa vie solitaire dans son submersible n’est divertie que par la passion qu’il voue à Shakespeare lorsqu’on l’appelle pour une mission extérieure qui le mènera, en compagnie de plusieurs acolytes (dont un passionné de Proust), en direction de Mars afin de comprendre d’où vient cette énorme activité quantique qui risque de déchirer la réalité.
Daeman, Ada
et Harman sont des humains. Ils vivent dans une société ayant tout oublié de
son passé, de sa culture. Occupant leurs existences hédonistes avec des fêtes,
servis par des robots, ils ne savent rien faire et n’attendent rien de la vie,
sinon d’exister jusqu’à leur cinq-vingt, date à laquelle ils peuvent rejoindre
les post-humains sur les anneaux en orbite autour de la Terre. Pourtant, Harman
sait lire, il est curieux. Il se met en quête de réponses et veut accéder aux
anneaux avant la date fatidique. Les trois curieux commencent alors une odyssée
qui leur fera découvrir leur passé et les secrets des posts…
En quatrième de couverture, Philippe Curval nous dit « qu’il y a tant d’idées dans Ilium qu’elles pourraient servir à une génération d’écrivain ». D’habitude, ces petites citations ne sont que des pubs censées vous faire acheter. Là, je vous jure que Curval, ne pouvait trouver de phrase plus pertinente ! 900 pages, c’est long, pourtant, l’auteur nous surprend à chaque chapitre avec mille trouvailles. Oscillant de manière incessante entre le grand spectacle et la réflexion, il nous divertit et nous questionne en même temps. A un chapitre guerrier, plein de sang, d’héroïsme, succède un passage intime dans lequel deux robots s’interrogent sur la Vie dans les œuvres de Proust et de Shakespeare. Sous des airs 16/9ème sound surround, Simmons interroge le lecteur de manière profonde et originale, principalement au sujet de la Culture, de l’évolution de la technologie et de l’humanité. Bref pour moi, il y a une véritable intelligence dans la construction de son récit qui se hisse de fait au même niveau que les chefs-d’œuvre que sont Hypérion et L’échiquier du mal. On découvre une nouvelle fois un auteur d'une grande érudition qui prouve, si l'on doit, que le domaine de l'imaginaire n'est pas que récréatif !
Un petit bémol, tout de même, la fin de ce premier tome fait vraiment la part belle à l’action, pleine de rebondissements, de Deus ex machina et l’on perd un peu de vue le côté réflexion… Reste à voir ce que sera la suite !! Espérons qu’elle sera de la même veine… En tout cas, jetez vous sur ce premier tome, vous ne le regretterez pas !!
StepH
STEPHENSON, Neal : Cryptonomicon.
« Un texte devenu culte au Etats-Unis »,
disait la quatrième de couverture. Voici de quoi vendre sa sauce de façon
efficace : aussi quand un jour, après quelques années d’errance désespérée
dans les déserts arides de la littérature dite « générale », j’ai
décidé de tenter un retour aux sources, je tombe sur un papier flatteur concernant
le Cryptonomicon sur la toile, et je me décide, faisant fi avec une insouciance
que effrontée de la broutille que représentaient les trois volumes de cinq cent
pages chacun.
Trois ans plus tard, je trouve enfin le temps et le courage de
m’y mettre. Et deux mois après, je l’ai terminé, et je vous en fais la
critique.
J’aime bien poser le contexte.
Dans cette trilogie aux longueurs nombreuses, nous suivons
les péripéties de plusieurs personnages, à travers deux époques : pour la
première, Lawrence Pritchard Waterhouse, génie mathématique spécialisé en
Glockenspiel et surtout en cryptographie ; Goto Dengo, ingénieur en tunnel
dans l’armée nippone ; l’intrépide
sergent des Marines Bobby Shaftoe, et enfin le prêtre-soldat Enoch Root. Ils
font joujou les uns contre (ou avec, cela dépend) les autres, durant la
première guerre mondiale. Pour la seconde époque, beaucoup plus proche dans la
mesure où il s’agit plus ou moins de la notre, Randy Waterhouse, ingénieur en informatique, navigue à vue entre les
divers complots visant à l’empêcher de monter avec ses amis une
« crypte » informatique libre de droits, croisant parfois certains
des personnages cités ci-dessus, parfois leurs descendants. Et d’autres,
évidemment.
J’aurais du mal à vous en dire plus, tant c’est compliqué –
et l’auteur ne nous aide pas, pour tout
dire, n’hésitant pas à nous servir régulièrement d’indigestes passages tout en détails
sur la cryptographie, l’économie internationale ou la science musicale.
Cependant, il est indéniable que le bonhomme a du talent : parvenir à maintenir
un semblant de suspens jusqu’à la fin du deuxième volume – moment où le quidam absolument
décroché des soucis informatiques et technologiques, mais heureusement un brin
entêté que je suis, a commencé à entrevoir la possibilité qu’il y ait une trame
dans ce foutoir-là – reste un acte de bravoure qui mérite d’être salué, voire
applaudi. Dans un style vif, avec beaucoup d’humour et un peu d’action, Neal Stephenson parvient à nous garder éveillé
suffisamment longtemps pour que l’intérêt soit présent jusqu’à la fin. Inutile
de préciser cependant que je restai assez déçu dans un premier temps, avant de
me rendre compte, constatant ladite déception, que c’était finalement pas si
mal, en fait, et que peut-être une autre fois je lirai un autre de ses livres à
ce monsieur ; un qui serait moins long.
Cependant, une question subsiste, qui me tarabuste :
s’agit-il de science-fiction ? Si des incohérences et divergences
apparaissent parfois avec notre vrai monde réel, l’auteur prenant notamment des
libertés par rapport à la géographie classique – il va jusqu’à inventer une île
inexistante, la drolatique qwglhm – on ne peut pas véritablement dire que c’en
soit.
Une autre question se dresse alors devant nous,
effrayante et inéluctable : qu’est-ce que ce livre faisait dans les rayons SF –
et surtout : aujourd’hui, que fait-il sur ce blog ?
Zolg

