jeudi 1 mai 2008
AUSTEN, Chuck, FINCH, David, ZEZELJ, Daniel : L'appel du devoir.
A regarder
l'illustration qui accompagne cette chronique vous avez inévitablement compris
que nous allions évoquer ici ces « héros ordinaires » (oxymore
consacré) que sont les pompiers et plus précisément ceux de New-York.
J'aime à
essayer de combattre les poncifs, et encore plus quand je me les inflige à
moi-même ; ces sinistres présupposés limitatifs de l'imagination et de cynisme
qui préparent le cortex à recevoir une histoire que l'on s'est (sait ?) déjà
(mal) raconté.
Je fais
semble-t-il partie de ces béotiens de la culture graphique Nord-américaine qui
ont toujours pensé que pour le dessinateur d'outre-atlantique le héros ne
pouvait être qualifié que de « super », porter fièrement le collant
moulant et sauver la veuve et l'orphelin à cinq reprises entre le repas du soir
et le petit déjeuner (Créature nocturne donc).
Certes je
ne suis cependant pas sans savoir que de tragiques événements se sont produits
un certain 11 septembre et que de nombreux membres du N.Y. Fire Department ont
fait ce jour-là le sacrifice de leur vie. Mais patriotisme et hommage font
souvent bon ménage chez l'Oncle Sam et c'est avec quelques appréhensions que
j'ouvrais ce comic qualifié en quatrième de couverture « d'hommage
poignant à ces soldats de devoir, ces hommes et ces femmes qui méritent
amplement le titre de héros ».
Alors à quoi m'attendais-je que je n'ai pas trouvé ?
Il existe
un « one-shot » publié après le 11 septembre où l'on voit les
pompiers de N.Y. et des super héros comme Spiderman déblayer les décombres du
World Trade Center. J'avais peur de tomber sur quelque chose de convenu avec
nos amateurs de lycra près du corps donnant un coup de main à des pompiers faire-valoir.
J'espérais aussi éviter le manuel de recrutement du NYFD en BD, même si j'ai le
plus grand respect pour le sacerdoce de ces femmes et hommes. J'avais peur de
ne trouver que camaraderie, sacrifice et
grand feu ; une « banale » histoire de pompiers comme le cinéma et
les séries TV US nous servent souvent...
Ce que j'ai découvert, c'est un récit subtil dispensant progressivement sa dose de fantastique...
Le Lieutenant James McDonald est pompier à New-York. Au cours d'un incendie il est amené à sauver une petite fille blonde, mais le plancher en flamme cède sous ses pieds. Quand ses hommes le retrouvent, il est vivant mais la petite fille a disparu. Jen est secouriste à bord d'une de ces célèbres ambulances rouge et blanche de N.Y.. Elle intervient sur un carambolage qui a fait plusieurs victimes graves. Au milieu du chaos, une petite fille blonde est miraculeusement indemne. Quand Jen décide de s'en occuper elle a disparu. Qui est-elle ? Pourquoi tient-elle ces étranges propos : « Il va y avoir la guerre »...
Alors qui peut lire ce récit ? Les fans de comics car ils trouveront un récit différent, subtil, presque simple où ils rencontreront ce fantastique plus littéraire auquel on accole pas le chiffre « 4 ». Ceux qui ne connaissent pas les comics découvriront une autre manière de faire de la BD loin du franco-belge ou du manga, peut-être surpris de confronter deux styles graphiques très différents au profit de la même histoire sans en gâcher le plaisir.
Je finirais ici par une citation. Le docteur Albert Schweitzer a dit « Il n'y a pas de héros de l'action. Il n'y a de héros que dans le renoncement et la souffrance ». Je voulais commencer cette chronique par cette phrase, mais cela m’aurait mené trop loin...
Quiconque aura lu « L'Appel du Devoir » comprendra pourquoi j'ai conclu ainsi.
Pacman.
Commentaires
A propos d'Albert...
Voici une sacrée critique Pacman, qui me donnerait presque envie de la lire c'te bd ! Oui parce que - comme tu le dis si bien - moi les pompiers, ça va... Enfin, voilà. J'ai malgré tout quelques questions ; dont la première : qu'est-ce c'est que ce mystérieux "chiffre 4" que tu évoques vers la fin ? Et pis une autre, oui : est-on bien certain de l'honorabilité du dr Schweitzer, dans le fond ? Parce que moi j'ai eu des échos comme quoi il était point si fabuleux que ça... Je vous joindrai même peut-être un poème de Boris Vian à ce propos (si Steph me le permet, je sais pas si on a le droit et tout ça) la prochaine fois, c'est-à-dire quand je répondrai au message incendiaire comme quoi je respecte pas tes post. (Hihi)
A part ça, ça faisait un moment qu'on t'avait pu vu, t'étais où !?!
Le gros Bébert
'lut Zolg
Pourquoi le "4" avec le fantastique... Et les "4 Fantastiques" alors !
Personnellement, je n'ai pas d'informations sur l'honorabilité du copain d'Albert Londres, mais sorti d'un dico des citations, ça faisait bien pour ma chronique.
Quand à savoir où j'étais... vaste question, mais disons que j'avais perdu la muse.
Pacman.
Invitation vers un record légendaire...
Ah, t'avais perdu la muse... C'est ennuyeux ça. Moi je connais un truc qui pourrait te redonner la pêche : tu devrais par exemple aller faire un tour du côté d'une certaine critique qui a été faite des "voies d'Anubis", de Tim Powers. C'est très intéressant ce qui se dit là-bas. T'as déjà lu Tim Powers ?
A part ça, je me vois aussi un peu dans l'obligation de te poser une question, au risque de passer pour un inculte, mais c'est pas grave : c'est qui Albert Londres... Le nom me dit quelque chose, mais c'est peut-être parce que je confonds avec la ville... Bien que la ville elle ait pas de prénom.
Zolg.
Contrairement à ce que son nom pourrait indiquer, Albert Londres est... français. C'est un journaliste de la 1ère moitié du XXème siècle qui a beaucoup écrit pour dénoncer les injustices notamment coloniales. Il est surtout connu pour avoir dénoncé les conditions de traitement de bagnards à Cayenne.
Le Prix Albert Londres est l'équivalent en France du Prix Pulitzer au USA.
En ce qui concerne Tim Powers, j'ai eut dans une autre vie l'occasion de commencer "L'Echiquier du Mal" et étant jeune et impressionnable je n'ai pas pu le finir. Et pis de toute façon j'aime pas les histoires qui font peur.
Pacman.
Qui pro quo ?
Moi je veux bien mais quand-même je dois dire que "L'échiquier du mal", c'est de Dan simmons, pas de Tim Powers. Tim Powers ça fait pas peur du tout !!!
Sinon, merci pour l'info concernant Albert. C'est chic.
Zolg.
Le bonjour d'Albert
D'ailleurs tout ça me fait penser que dans le dernier Tim Powers, l'un des personnages centraux est paraît-il un autre Albert célèbre, l'Einstein. C'est marrant, non ?
Zolg.
Le comic post 11 septembre.
Je crois que tu viens d'écrire une critique sur un des comics qui fait date dans l'histoire du comic. S'il me semble que ce story arc (comme ils disent) ne reste pas dans les mémoires ni au niveau graphique, ni au niveau scénaristique (c'est peut être un avis personnel, moi je n'ai pas été super fan), cette mini série lève un lièvre sur le monde du comic et change sa façon de voir son monde. En effet, le 11 septembre est un traumatisme tel que toute la production artistique américaine s'en trouve chamboulée. Aucun super héros (vu comme parabole du pouvoir américain ?) n'est venu sauver ces gens. Dans les comics, les super-heroes ne peuvent rien faire non plus que de se lamenter. Cette série voit donc, des héros ordinaires inscrits au même niveau que les héros costumés. Par la suite, les comics de super-heroes changeront de ton (du moins chez Marvel) : le héros peut anéantir le méchant, ils méritent bien de mourir ! Les comics s’interrogeront aussi plus systématiquement sur ce qu’implique le pouvoir et sur les agissements du gouvernement. Enfin bref, si pour moi cette série n’est pas une grande série, elle est pourtant importante dans l’histoire des comics.
StepH
PS : pour en savoir plus, il existe plein de sources très bonnes sur Internet et quelques livres aussi !
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