mardi 5 août 2008
GERFAUT, Denis : REVE DE DRAGON.
Ce vieux
rêve, aujourd'hui presque enfui, méritait qu'on fasse ici son élégie. Une
manière pour moi de rendre justice à un jeu de rôle dont je n'ai compris la
qualité que lors d'une récente relecture.
Depuis
J.R.R. Tolkien, un univers médiéval-fantastique ne semble se concevoir qu'au
travers d'une solide approche géographique (des montagnes, des rivières, des
forêts) et politique (des états, des frontières, des modes de gouvernement).
Gerfaut a refait siennes les contrées poussant comme des champignons pour
servir une seule et unique histoire, celle des contes qui commencent par
" Il était une fois ". Et sans passer par l'artifice d'une
carte (gardons comme point de référence celle des Terres du Milieu) il a su
créer une oeuvre conceptuelle génialement originale et paradoxalement
cohérente.
" Les sages s'accordent à dire que le monde est un rêve de dragon " : que de chemin à parcourir pour appréhender un concept aussi original. Il semble signifier que tout rêve repose sur une logique propre. Tous les rêves se nourrissent des mêmes éléments du réel, mais chaque rêve recombine ces éléments selon un schéma spécifique. Ainsi si dans tous les rêves les forêts sont un agglomérat d'arbres, dans certains elles sont le symbole d'une nature nourricière abondante alors que dans d'autres elles sont la lugubre résidence qui voit disparaître les imprudents qui osent y pénétrer. Si les rois et reines disposent légitimement de la prérogative de gouverner leurs semblables, ils sont dans certains des monarques justes et éclairés et dans d'autres de sombres despotes. Si les magiciens existent ils y sont fêtés ou lapidés, omniprésents ou fugitifs... De tels rêves ne peuvent être le fruit du sommeil de simples humains, mais celui de créatures fabuleuses, symbole fort dans l'imaginaire collectif de puissance et de sagesse que sont les Dragons.
Un second concept fonde Rêve de Dragon, celui du voyage. Pour l'expliquer je paraphraserai Denis Gerfaut en expliquant que c'est cette irrésistible envie que tout un chacun exprime un jour de vouloir aller voir ce qui se trouve derrière la colline qui borne le paysage où l'on a toujours vécu. Certains se contentent du sommet de la colline, d'autres poussent jusqu'à la suivante, d'autres encore suivront le sentier qui serpente au pied de cette colline, d'autres enfin basculeront involontairement dans un autre rêve se condamnant, bon grès, mal grès à l'errance.
C'est à la
conjonction de ces deux concepts que ce trouve Rêve de Dragon : Jouer à
" saute-rêve " et découvrir les mystères de chaque saut...
Si je ne suis pas sûr que la présentation que je viens de faire soit totalement compréhensible, je suis par contre certain d'être passé à côté de l'oeuvre lors de ma première lecture. A fortiori quand l'on s'enfonce dans les abîmes de complexité de son système de jeu permettant de calculer avec précision (selon la presse spécialisée de l'époque) " Le temps passé à construire un radeau avec une hache mal affûtée en tenant compte de la fatigue occasionnée par le trajet jusqu'à la rivière, effectué à une vitesse plutôt rapide sur un sentier souple mais présentant des irrégularités de terrain…"
Alors quel
cheminement intellectuel fait que l'on revient sur une œuvre conceptuelle
publiée en 1993 et que vous ne pourrez probablement pas vous procurer pour
juger par vous-même ? En 2001 Denis Gerfaut a publié Oniros, sorte de Rêve de
Dragon " light " qui se voulait jeu de rôle d'initiation pour les
néophytes et que l'on peut encore se procurer dans le commerce. De même que la
quasi-totalité des scénarii publiés. Leurs lectures montre l'alchimie de
talent, de génie, de subtilité de son auteur qui pousse immanquablement à se
dire que le temps libre aidant, Rêve de Dragon méritait une relecture.
De tout ce
verbiage ne retenons que deux enseignements. En premier lieu on ne perd jamais
son temps dans la relecture d'une oeuvre forte et subtile qui vous offre de
nouveaux horizons. En second lieu, continuons par nos chroniques à explorer
l'imaginaire pour le rendre plus accessible aux autres : Faire ainsi perdurer
le rêve, le mien, le notre, le votre... Celui des Dragons, qui sait ?
Pacman.
Commentaires
Un jeu de rôle légendaire, comment as-tu pu passer à côté, même des temps insouciants de ta jeunesse ? Moi j'en avais fait une partie, interrompue pour cause d'interruption momentanée du service au bout d'un quart d'heure, mais j'avais beaucoup apprécié l'idée. C'était il y a si longtemps...
Zolg.
ah REDEDE !
Là tu nous as trouvé la référence française du jeu de rôle!! Moi j'ai des souvenirs de parties excellentes et aussi de parties beaucoup moins bien... Car s'il est vrai que le monde est d'une grande poésie et que tout peut se jouer dans RDD, les règles sont tout de même plutôt indigestes ! Moi je me souviens que quand le magicien voulait lancer un sort, on partait tous au café pour une petite demi heure...
Enfin, c'était le bon vieux temps et c'est un bel hommage que tu rends à ce classique. Pourvu que son petit frère (Oniros) tienne aussi longtemps. D'ailleurs, les règles ont elles été modifiées?
StepH
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=299405&pid=10140382
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :



