terreurAprès la déception qu’a été Olympos, il me fallait voir si ce grand auteur était sur le déclin ou si ce n’avait été qu’une erreur de parcours. Un nouveau pavé de 700 pages, j’espérais que c’était du bon ! Je n’ai pas été déçu.

Terreur reprend la véritable histoire de l’expédition de Sir John Franklin à la recherche du passage nord ouest de l’antarctique. Parti en 1845 avec deux vaisseaux (le Terror et l’Erebus), le Capitaine et son équipage ne revirent jamais les côtes d’Angleterre… Cette histoire passionna en son temps les citoyens britanniques. Dan Simmons la revisite à sa façon.

A cette époque (milieu du XIXème), la recherche d’un passage au nord ouest est une sorte d’El Dorado pour la marine anglaise qui pourrait alors commercer avec le pacifique de manière performante et prendre ainsi un large avantage sur les mers. Qu’importe la difficulté, il faut envoyer des explorateurs et trouver le chemin…

Et voici comment tout commence avec un Francis Rawdon Moira Crozier arpentant son bateau, constatant l’enfer polaire dans lequel il se trouve coincé. Il est loin d’imaginer (ou sans doute que si) ce qui l’attend…

Si Simmons avait sorti les gros sabots pour Olympos, il n’en est rien ici. Incroyablement documenté, toujours érudit, bien écrit, l’auteur joue avec nos nerfs avec du réaliste. On est ici en milieu hostile, pas besoin de créer des génies du mal, des posthumains fous, des trous de ver, la nature est suffisamment hostile en elle même (surtout à cette époque où la technologie était encore balbutiante...). La nature humaine fait aussi le reste… Pourtant, l’auteur ajoute un aspect fantastique pour tout rendre encore plus difficile pour nos explorateurs, mais là encore, tout est finement mené, dans le plus horrible des styles : la retenue.

Le résultat est un roman à la fois d’aventure et d’horreur, mêlant habilement Jules Vernes et Carpenter.  On a froid, on veut qu’ils s’en sortent. On imagine leur état psychique. Que peuvent-ils faire ? Sont-ils maudits ? Tout part toujours de travers et rend la fuite de cet enfer blanc plus difficile encore. Une explication carrément fantastique rassurerait quelque peu mais Simmons ne nous en fait pas cadeau, c’est l’horrible réalisme de la vie polaire, des hommes qui nous fait le plus froid dans le dos. On espère voir intervenir une Chose, un Alien, qui nous détendrait, mais souvent il s’en abstient, faisant appel au fantastique de manière très diffuse.

En bref, c’est une indéniable réussite, bien loin de son style habituel même si on reconnaît sa patte et ses références (il revient souvent sur Homère et Shakespeare). En ce moment de grand froid, vous devriez courir l’acheter ou l’emprunter, vous ne serez pas déçus !

StepH