IkigamiDans un futur proche, le Japon a promulgué une loi « pour la prospérité nationale ». Dans le cadre de cette loi, chaque enfant sera vacciné en entrant à l’école primaire. Une seringue sur quelques milliers contient une capsule qui programmera la mort de l’infortuné qui a reçu l’injection. Ainsi, devenu adulte, l’Etat le préviendra de sa mort 24h avant qu’elle n’arrive. Ce programme a été mis en place afin que chaque citoyen du Japon comprenne l’importance de la vie, qu’il faut être productif tant que l’on est vivant et qu’on ne doit pas tomber dans la criminalité…

Le jeune fonctionnaire Fujimoto est chargé de délivrer ce préavis de mort précisément 24h avant le décès programmé de ce sacrifié pour le bien de la société. On suit donc parallèlement le parcours du héros, avec qui l’on découvre les rouages de cette machine implacable, les fondements idéologiques qui la soutiennent, et les dernières 24 h de ces citoyens infortunés qui doivent faire face à cette mort injuste…

Le sujet de ce manga fait froid dans le dos. Le récit d’anticipation que nous livre MASE n’est pas si loin d’un 1984 ou encore d’un fahrenheit 451… Le monde mis en place est crédible, ce qui le rend d’autant plus effrayant. On s’imagine les dérives qui pourraient amener notre société à promouvoir de telles solutions. Plus on avance dans l’intrigue, plus on constate le vrai travail de réflexion que nous propose l’auteur. Il faut dire d’ailleurs qu’il est considéré au Japon comme un contestataire convaincu.

Le fonctionnaire que l’on suit est la voie sourde d’une résistance intellectuelle silencieuse. Il nous permet d’appréhender le monde qui l’entoure, de se poser des questions sur notre société. Le parcours des victimes propose des thématiques plus larges sur le sens de la vie et sur les choix que l’on fait. Parfois les thèmes deviennent forcément métaphysiques.

Le graphisme est agréable, sobre et soutient bien le propos : une société lisse, proprète, dans laquelle la révolte ou même la contestation n’est plus permise.

Au final, cette série me semble vraiment digne d’intérêt, prouvant s’il le faut que le manga ne se résume pas à une succession de combats factices ponctués de « gouahhh » et de « yaaahhh ». Elle plaira à un public peu habitué au manga. Elle donne envie de réfléchir sur une société qui semble bien proche de la notre, avec comme point d’orgue une question horrible : lorsque l’on suit les victimes de cette loi arbitraire, la conclusion n’est-elle pas qu’ils vivent plus intensément ces 24 dernières heures que tout le reste de leur vie ? L’auteur ne donne-t-il pas du crédit à la solution imposée par l’Etat ? Vous n’aurez la réponse à cette question qu’en suivant la série… Pour le moment, deux tomes sont parus, le troisième paraîtra en juillet.

StepH

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