chien_du_heaumeCherchez des avis sur le premier roman de Justine Niogret et vous ne trouverez que des critiques dithyrambiques. Chacun clame haut et fort que cette jeune dame est La révélation de l’année… Elle est d’ailleurs même nominée au Grand Prix de l’Imaginaire étonnants voyageurs, l’un des plus prestigieux prix français du genre de l’imaginaire. Moi, je me méfie en général de ces trop bonnes critiques, de cette intelligentsia qui couvre toute autre opinion, façon télérama : si tu veux briller en société, dis la même chose que nous… Alors, à l’occasion d’une rencontre avec l’auteur, je me suis dit : pourquoi pas, fais ton opinion par toi même, Le résultat ? J’espère sincèrement qu’elle gagnera le GPI et qu’elle continuera à nous enchanter de cette manière à chaque roman qu’elle publiera certainement…

Chien du heaume est mercenaire. Pas très belle, elle a passé sa vie au service de seigneurs en échange de pitance et du logis. La guerre comme moyen de subsistance… Paradoxal… Mais elle ne connaît que cela et a appris à aimer cette condition. Pourtant, Chien du heaume poursuit une quête. Elle traverse ce monde rustre et barbare à la recherche de ses origines car elle ne connaît pas son nom véritable, celui que sa mère lui a donné…

Sombre et dur, Chien du heaume nous présente un moyen âge loin de l’image d’Épinal du beau héros qui sauve la princesse et le monde par la même occasion. Ici, tout a un prix, tout est question de survie. Les cheveux sont gras, les dents se font rares avec l’âge et les hommes ne sont pas tendres. A 40 ans, on est un vieillard et il ne reste plus grand chose à espérer de la vie. Et dans ce monde sans pitié, la condition de mercenaire est d’autant plus difficile : manger, trouver un endroit où passer l’hiver puis reprendre la route et se mettre au service d’un nouveau seigneur afin de persister à vivre, tel est son ordinaire. Et c’est ce qui, à mon sens, intéresse Justine Niogret : mettre en avant des personnages dans des conditions difficiles, extrêmes même, et les voir évoluer, explorer ce qui fait d’eux des humains. Dans ce cadre là, pas besoin d’une grande Histoire, d’un monde plus grand que nature, de desseins extraordinaires, de puissante magie ou de méchants démoniaques, l’ordinaire est assez terrible pour ce que recherche l’auteure : nous parler de ses héros.

Du coup, le roman est presque monté comme une suite de nouvelles reliées par les personnages que rencontre Chien. Leurs évolutions inscrivent temporellement les épisodes et créent l’homogénéité du récit. Les différentes parties de l’histoire sont aussi unies par un lieu qui devient d’une importance capitale mais dont je ne dévoilerai rien de peur de déflorer une partie de l’intrigue… S’il est vrai qu’un tel parti pris stylistique peut dérouter le lecteur habitué aux schémas narratifs classiques, on ne peut que saluer l’originalité et la maîtrise de Mlle Niogret. Ajoutons à cela l’utilisation d’un langage « moyen-ageux » compréhensible, créé et utilisé de manière ingénieuse, qui termine de nous immerger dans ce monde.

Si, à mon sens, la forme est maîtrisée, le fond n’est pas en reste. Une multitude de thèmes sont abordés dont les plus récurrents sont sans doute l’identité (les racines, la famille…), la condition d’homme (ou de femme) d’arme au moyen âge et le temps (le changement, l’oubli, ne plus être adapté à son siècle…). On retrouve ici des problématiques souvent interrogées par David Gemmell mais traitées de manières un peu différentes… Forcément, ces thématiques ne forcent pas l’optimisme et ajoutent à l’ambiance et à l’empathie que l’on peut ressentir envers les héros du récit. Mention spéciale à la Salamandre, seule incursion fantastique ( ?) du récit qui m’a beaucoup interrogé et touché !

Au final, je dirais qu’il est très dur de parler de ce qu’on aime beaucoup… On se dit souvent qu’on oublie d’aborder des arguments essentiels en faveur du livre, qu’on ne lui rend pas justice. Mais bon, il faut bien essayer ! A mon humble avis, c’est une des meilleures productions de l’année, même si je ne suis pas persuadé que les lecteurs de Fantasy mainstream adhèrent. C’est aussi la découverte d’une auteure de grand talent dont on entendra parler longtemps. Je sais (elle me l’a dit) que Chien du Heaume n’est pas son véritable premier roman et qu’elle en a déjà un autre sous le coude, malheureusement, ce dernier étant maudit, elle ne l’a pas encore publié (bien qu’il y ait eu maintes tentatives avortées dans d’étranges circonstances…). Elle semble aussi préparer une suite à Chien du Heaume (je ne suis pas persuadé de l’utilité mais j’attends de voir !), on entendra donc de nouveau rapidement parler d’elle, j’espère.

Je finirai cet article en soulignant la qualité éditoriale des Editions Mnémos. J’appréciais déjà cette maison d’édition du temps de Célia Chazel et Audrey Petit, je la soutiens aujourd’hui encore pour ses choix éditoriaux courageux. C’est en effet aujourd’hui un des seuls éditeurs à promouvoir une littérature française de l’imaginaire de qualité. On en parle peu (ici même, on a beaucoup parlé de Bragelonne/Milady, d’Orbit. Mnémos est sous représentée…) mais la maison d’édition fait son bout de chemin avec classe, mute avec son époque et ne cède pas au muses du tout commerce. J’espère qu’elle continuera dans ce sens et connaîtra le succès qu’elle mérite !

StepH