SANDERSON, Brandon : Fils-des-Brumes 1 : L’Empire Ultime.
Brandon Sanderson est un auteur qui a le vent en poupe en ce moment. Après le succès d’Elantris, l’auteur a été choisi pour conclure la série fleuve de la Roue du temps suite au décès de l’immense Robert Jordan. Aujourd’hui, on parle de lui comme le fer de lance de la nouvelle génération d’auteurs Fantasy. Impossible donc de passer à côté ! Je me suis de ce fait lancé sur ce pavé de près de 600 pages qui est le premier tome d’une trilogie, pour voir… Eh bien malgré un certain scepticisme au départ, je dois dire que je me suis vraiment régalé !
L’Empire Ultime s’étend jusqu’aux confins des terres habitées. Le ciel y est toujours couvert et des pluies de cendres balayent régulièrement le royaume. La nuit accueille la brume et mieux vaut ne pas sortir à ce moment là si l’on veut survivre, car elle semble vivante et cache en son sein des créatures hideuses et dangereuses… Depuis des centaines de générations, le Seigneur Maître règne d’une main de fer sur ce monde. Immortel, son pouvoir est celui d’un dieu et il ne viendrait à l’idée de personne de contester son hégémonie. D’ailleurs, quiconque oserait, se trouverait confronté aux terrifiants inquisiteurs. La société semble donc stable, partagée entre les nobles (contrôlés par les obligateurs) qui vivent du commerce et les Skaa, sous race indigne qui n’a d’intérêt que dans son labeur, valant autant qu’un meuble. Timorés et soumis, ces derniers vivent et meurent dans la misère et la boue, pour le profit de l’Empire.
Vin fait partie de l’infime frange de Skaa qui vivent dans la clandestinité, subsistant grâce aux arnaques et aux vols à hauts risques. C’est une vie dangereuse, souvent courte et émaillée de trahisons. Mais notre héroïne s’est construite une carapace, elle connaît toutes les façons de survivre, ne faisant confiance à personne. Mais lorsque Kelsier, mystérieux Skaa, la contacte pour lui proposer d’intégrer son groupe d’arnaqueurs et lui dévoile qu’elle possède, tout comme lui, des pouvoirs incommensurables, ses principes volent en éclat. Existerait-il d’autres façons de vivre que dans la crainte et la solitude ? C’est ce qu’elle va découvrir en acceptant de participer au coup du siècle : voler le Seigneur Maître et tenter de renverser l’Empire !
J’avoue qu’au départ, malgré les très bonnes critiques que j’avais lues, je n’étais pas plus emballé que ça. Un titre un peu eighties, presque grandiloquent, un quatrième de couverture assez classique : le très méchant empereur aux pouvoirs divins en abuse et asphyxie tout un peuple jusqu’à ce qu’un groupe ose se dresser contre lui… Bref, ça sentait le réchauffé. Pourtant, dès les premières pages, j’ai été accroché, j’ai eu envie d’en savoir plus. On ne s’ennuie pas une minute, il n’y a pas de temps mort, de verbiage. C’est la première qualité de cette histoire. Puis au fil du roman, le monde se dévoile, fouillé, sombre, intriguant, on veut en savoir plus et découvrir comment tout a commencé. Les personnages gagnent tous en épaisseur, aussi humains et intéressants que possible. Vin, la curieuse par qui l’on découvre le monde, se pose des questions ; Kelsier, le survivant, nous emporte dans son sillage mais bien vite nous inquiète aussi (étonnamment, il m’a évoqué V de V pour vendetta). Les personnages secondaires ne jouent pas les seconds couteaux inutiles. Bref, Brandon Sanderson est d’une habileté effrayante, révélant la complexité de l’Empire Ultime au fur et à mesure de l’intrigue, nouant les avancées scénaristiques, d’une part, aux origines du monde et, d’autre part, à l’évolution des personnages, donnant de la profondeur à son univers sans jamais délaisser l’avancée du roman. La magie, à la fois spectaculaire et mystérieuse, basée sur l’ingestion de différents métaux, termine de mêler effets cinématiques (qui me font penser encore une fois aux comics) et découverte approfondie d’un monde riche et cohérent.
Enfin, après un enchaînement de péripéties, lorsque le lecteur croit commencer à saisir les enjeux de l’histoire, l’auteur instigue le doute, de manière pernicieuse, ajoutant une nouvelle couche à son œuvre délicieuse. Nous divertir ne lui suffit pas, il nous pousse donc à réfléchir sur la notion de pouvoir. De la même manière, cette réflexion ne nuit pas à l’action et l’enrichit même.
Au final, je dirais qu’un roman de 600 pages peut représenter un gros pavé que l’on hésite à entamer. Mais parfois, comme ici, c’est beaucoup trop court. Brandon Sanderson mérite amplement sa réputation. Si vous cherchez le graal - un livre intelligent mais plein d’action, doté d’un univers riche et de personnages crédibles ainsi que d’un scénario original à toute épreuve - alors ruez-vous sur ce roman. Cerise sur le gâteau, ce premier tome d’une trilogie possède sa propre fin et ne vous fera pas enrager d’attendre que l’éditeur publie enfin la suite !
StepH
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