les_scarifi_sC'est ici, à travers la chronique de StepH sur Le Roi des Rats, que j'ai entendu parler pour la première fois de China Miéville. Tenté, je me suis procuré en poche (je lis quasi-exclusivement des livres de poche, c'est presque une profession de foi à moins que ce soit une profession de porte-monnaie...) le premier qui me soit tombé sous la main : c'était Les Scarifiés, lourd pavé de plus de 800 pages qui relate les aventures de Bellis Frédevin à travers un monde que certains, s'ils ont lu les deux tomes de Perdido Street Station, connaîtront déjà, puisque c'est le même.

Bellis Frédevin, donc, linguiste originaire de la gigantesque mégalopole de Nouvelle Crobuzon, s'embarque à bord du Terpsichoria pour un exil forcé, craignant de subir les foudres des autorités à cause de l'une de ses fréquentations qui a fait un truc pas bien. Las ! Le navire est pris par des pirates, et les passagers sont emmenés vers la singulière Armada, cité-état composite formée des navires capturés par le passé, et dont on ne s'en va pas. Voilà les projets de Bellis mal embringués : comme les autres, elle devra finir ses jours là.

Peu à peu, elle découvrira son nouvel univers, retrouvant certains des anciens passagers du Terpsichoria et faisant de nouvelles rencontres. Puis, pour ses dons de traductrice, elle prendra part à une singulière expédition en vue d'un lieu mythique...

Je m'arrête là, n'ayant de toute façon pas l'intention de dévoiler l'intégralité de l'histoire, par ailleurs assez complexe bien que plutôt linéaire.

Mon sentiment au final est... inégal. Je suis partagé entre la sensation de m'être moi-même laissé embarquer dans un long voyage, et un sentiment d'inachevé. Je m'explique :

1.      Les plus. China Miéville possède un véritable talent pour mener son lecteur où il veut sans en donner l'impression ; la psychologie des personnages est vraiment fouillée et particulièrement crédible, et l'intrigue est réellement intéressante, d'autant que le style est plutôt accrocheur, bien que parfois un peu pompeux ou lourd. Enfin, il faut reconnaître que le livre regorge de trouvailles ingénieuses et d'idées épatantes, et l'auteur nous mène parfois assez loin, d'un point de vue conceptuel et philosophique, poussant assez loin des réflexions sur des thèmes aussi divers que ceux de l'exploration des  possibles, les différentes formes de pouvoir et les rencontres entre les civilisations.

2.      Les moins. Je n'ai pas accroché, à quelques exceptions près, avec les personnages. « L’héroïne », déjà : hautaine, froide et sûre d'elle, Bellis ne m'a guère enchanté et ne fut pas un compagnon de voyage des plus agréables, je dois dire. Mais il y en a d'autres : les fameux « scarifiés », couple à la relation fusionnelle dominant Armada et qui s'avèrent en fin de compte n'être plus ou moins que deux « exalto-ratés » qui mèneront leur ville près de sa perte ; plus antipathique encore est leur garde du corps, Uther Doll, une espèce de super-guerrier invincible qui réussira même l'exploit de mettre à lui seul une armée en déroute, sans même transpirer, avec l'aide de sa méga-épée venue d'un autre monde. Pénible, ce genre de Robocop complètement irréaliste. Je pourrais parler d'autres personnages (il n'en manque pas) et aller jusqu'à dire que certains, dans le fond, m'ont paru plutôt sympathiques : le pépère Tanneur Sacq, par exemple, ex-prisonnier recréé en homme amphibie jouant le rôle de semi-personnage secondaire ; ou encore un génial espion international dont je tairai ici le nom – mais celui-ci s'avère hélas être le traître honni de l'histoire, le vil cancrelat qu'il faut écraser du pied, particulièrement maltraité par l'auteur. Le pauvre.

Il n'y a malheureusement pas que les personnages qui m'ont déplu : fut-il fouillé et original, l'univers des Scarifiés, à mi-chemin entre la fantasyet le steampunk, grouillant d'hommes-crabes, d'hommes-moustiques, d'homme-cactus, d'hommes-machines et d'hommes-je-sais-pas-quoi ne m'a pas non plus emballé, sans que je puisse vraiment me l'expliquer.

Et puis, il y a que la fin ne tient pas vraiment la route, en vérité. Ce n'est pas complètement incohérent non plus, n'exagérions rien... mais cela reste malgré tout un peu brinquebalant. A mon humble avis : et c'est d'autant plus décevant que jusque-là, l'affaire avait été menée de main de maître.

Et pourtant, au final, j'en garde plutôt un bon souvenir... Même si on se demande pourquoi l'auteur choisit de donner à son roman un titre qui fait référence à des personnages finalement mineurs dans l'intrigue. C'est étrange. De là à dire que je vous le conseille, je ne suis pas certain ; de là à dire qu'il me faudra absolument lire un autre China Méville histoire de savoir mieux qu'en penser, nos sommes déjà plus proches de la réalité. Peut-être le Roi des Rats ?

Zolg

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