Moi--Jennifer-Strange--derniere-tueuse-de-DragonsJe n'avais encore jamais lu Jasper Fforde malgré les bon papiers que j'avais parcourus sur sa série thursday next (dont le titre le plus connu est l'affaire jane Eyre). Alors lorsque la collection Territoires me permet à la fois de juger de la qualité littéraire de l'auteur et de continuer à analyser la pertinence de sa ligne éditoriale, je m'y mets avec plaisir !

Les îles britanniques, aujourd'hui, mais pas les nôtres. Ici, la magie n'a pas disparu et continue à servir tout un chacun : livraison express en tapis volant, rénovations diverses sans travaux... Mais les temps sont durs et les chantiers difficiles à obtenir, surtout lorsque les artisans sorciers sont, au mieux, étourdis, au pire, complètement fous et que la magie tend à décliner inexorablement ! Jennifer Strange est donc là pour régler tout ça : organiser la vie des mages, trouver de nouveaux contrats, bref, faire vivre cette petite entreprise d'inadaptés ! Néanmoins, depuis quelques jours, des choses étranges se passent. Les mages gagnent de nouveau en puissance. Est-ce en lien avec la prophétie de la mort du dernier dragon ? Malgré elle, notre jeune héroïnes devra démêler les fils du destin, se retrouvant au cœur d'enjeux qui la dépassent et dont le moindre sera l'inflation immobilière que créerait le décès du gros reptile...

Difficile de résumer l'histoire sans dévoiler la moitié du roman (comme le fait le quatrième de couv') tout en donnant un avant goût de cette expérience particulière de lecture ! Car comment mettre en avant l'humour décapant, le ton décalé et loufoque sans déflorer l'intrigue ou les pépites qui s'y trouvent ? Moi, Jennifer Strange... est hilarant et on ne s'y attend pas du tout. C'est une sorte d'anti-Harry-Potter dans lequel les mages sont des plombiers fous, des Fed-ex des milles et unes nuits et où le monde actuel est complètement ahurissant. Une fois la surprise passée, on se délecte des trouvailles loufoques que l'auteur nous propose, s'étonnant de tant d'inventivité. Mais ce n'est pas tout ! On s'amuse, on rigole, puis on entend les messages qui sous-tendent l'intrigue. Leur monde un peu fou fait écho au notre. Leur humanité égoïste vaut bien la notre. Leur vision de l'avenir est à peine plus longue que la notre... Un second niveau de lecture apparaît, sans doute paradoxalement exacerbé par le ton très léger du roman (Fforde écrit de la light fantasy, je trouve ça assez équivoque...). Et si ce roman n'était pas que récréatif ?

Ceux qui nous lisent depuis un moment savent à quel point j'aime ces romans, qui sont bien plus malins qu'il n'y paraît. L'humour permet souvent une critique plus acerbe de notre société et il me semble que c'est le cas ici ! J'ai apprécié cette œuvre de la première à la dernière ligne et je la conseille à tous !

Elle a aussi le mérite de m'éclairer d'une façon nouvelle sur la collection territoires. En effet, s'il le problème de classement persiste, il me semble que cette œuvre pourra être lue indifféremment (mais de manière différente !) par les plus jeunes et par les adultes. Ainsi, si Territoires nous propose des romans dont la qualité permet aux publics de 12 à 92 ans de lire de très bonnes choses, j'adhère ! Après deux très bonnes critiques, je me dis qu'il va falloir que j'envisage sérieusement de vous parler d'Un blog trop mortel ! D'ailleurs, pour tempérer dès à présent mon propos et reparler de mes doutes sur la pertinence de la collection (on l'a bien vu, c'est plus la forme que le fond que je vais juger ici), il me faut tout de même vous dire que la couverture est sans doute encore une fois inadaptée, lorgnant, comme je vous l'avais dit précédemment, sur les couv' Black moon,

Pour finir, je préciserai que ce titre peut se lire indépendamment mais qu'il devrait être l'objet de deux autres épisodes dont le deuxième devrait sortir en fin d'année en VO.

StepH