vegas mythoÊtre l'homonyme d'un acteur aujourd'hui vintage n'a pas dû être évident pour devenir auteur. Surtout lorsque, comme lui, on a fait des études de cinéma et qu'on s'intéresse beaucoup aux questions de communication. Mais après des débuts en littérature jeunesse remarqués, Christophe Lambert s'essaye à un public adulte, avec succès : La Brèche, Zoulou Kingdom, Le Commando des immortels, autant de titres salués par les critiques. Cela en fait-il écrivain à suivre ? Peut-être que Vegas Mytho, son dernier né pourra nous en fournir des indices. En effet, ce roman rappelle furieusement l'American Gods du grand Gaiman ! Et quoi de mieux pour évaluer le talent que de se mesurer au maître ?

Les années 50 aux États-Unis divisent la population masculine en deux groupes distincts : Les mâchoires carrées aux gros bras et les loosers. Thomas Hanlon ferait plutôt partie de la deuxième catégorie. Poète alcoolique jouissant d'un succès d'estime, il vit de lectures publiques et de dédicaces confidentielles. Alors quand Sofia Stamatis, riche et belle rentière grecque lui fait du gringue et affirme son talent, il ne peut que tomber amoureux. Néanmoins s'introduire dans la vie de cette jeune femme lorsqu'on ne fait pas partie des mâles alpha, c'est risquer de se faire broyer par la vie. En effet, aimer la Dame, c'est aimer la Famille et s'intégrer signifiera épouser ses valeurs. Mais peut-on parler de valeurs à Las Vegas, cité du vice, lorsqu'une guerre qui s’avérera séculaire est sur le point d'éclater ? Thomas aura-t-il les épaules assez solides pour y survivre ?

Construit en focalisation interne, Vegas Mytho nous rappelle ces bons vieux polar des années 50 : une voix off décrivant le caractère scintillant et dangereux d'une ville qui porte tellement d'espoir qu'on y meurt. Belles femmes vénéneuses, flingues et des hommes sévèrement burnés sont la faune de cette jungle urbaine dans laquelle, immanquablement, tombe la victime mal préparée. L'auteur, comme a son habitude, joue d'un style très cinématographique, ce qui apporte encore à cette ambiance particulière. Le décor et l'ambiance sont posés de bien belle manière et l'on s'imprègne très vite de cette époque, à cheval entre far west et modernité.

Les personnages sont aussi très attachant. Un homme fragile mais courageux, une famille excentrique aux secrets millénaires qui font douter de leur fiabilité. Bref, à la fois de la tendresse et de la méfiance envers chacun. Le rythme du roman (et le style de la narration) contribue à mettre en avant les personnages, que l'on découvre progressivement, dans toute leur complexité.

L'intrigue avance vite, alternant moments d'action, description, psychologie. Christophe Lambert nous sert un polar ciselé, bien documenté et très malin. On ne s'ennuie jamais et le roman est difficilement refermable. L'apparition du surnaturel se fait sans heurts et l'on imagine parfaitement cette famille mythologique vivre au gré d l'histoire... L'apparition de « guest », la multiplication des références et l'humour de l'auteur rendent cette œuvre vivante et « réelle ». Une franche réussite donc, à tous points de vue !

Reste encore le pire : la comparaison. Il serait difficile de nier la proximité de ce roman avec celui, plébiscité, de Neil Gaiman (American Gods) et l'auteur s'en justifie d'ailleurs dans une postface très intéressante. Bien que peu rassuré au départ, la crainte s'estompe vite à la lecture. Si les deux œuvres traitent bien de la survie d'anciens Dieux dans notre monde contemporain, il ne traite pas des même problématiques. Christophe Lambert dépeint des personnages qui ne regrettent pas leur illustre passé mais s’accommodent de l'Histoire des hommes. Le rythme est aussi plus enlevé, plus drôle rendant le roman plus récréatif. Paradoxalement, le fonds ne me semble pas plus faible... Une même thématique donc mais traitée de manière si radicalement différente qu'elle ne fait pas grincer les dents !

Au final, vous l'avez compris, Vegas Mytho est une heureuse surprise et confirme le talent de l'auteur. On s'amuse tout d'abord puis on se rend compte de l'épaisseur de l’œuvre : des personnages solides, un monde référencé, une intrigue diabolique, des questions de fonds. Que demander de plus ?

StepH

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