le palais des deviantsAmi lecteur, toi qui es là et qui m'écoute déjà si attentivement, sache une chose : l'auteur de ce billet a une particularité tout-à-fait particulière dans sa vie : il est PEUT-ETRE le dernier fan français encore vivant de Tim Powers... et il a un message pour toi !

Que dis-tu ? Que j'exagère ? Que je pourrais me tromper ? Enfin, les amis ! Partout je lis des commentaires expliquant combien son style (à Tim Powers, hein) est lourd, ses histoires trop complexes, qu'il y a rien de marrant dans tout ce qu'il écrit. Son dernier roman, A Deux Pas du Néant, a connu les plus mauvais résultats imaginables en termes de vente, et on est même pas certain que le prochain (suite annoncée du très bon Le Poids de Son Regard) soit seulement traduit. Et même Mr. Jack, que j'avais réussi à convaincre avec ma FORMIDABLE critique des non moins EPATANTES Voies d'Anubis a abandonné au bout de 100 pages.

Ben, tant pis. Je vous le dis, peu me chaut. Je l'affirme et le clame : Tim Powers est un grand écrivain (nom d'une pipe) !!!

La preuve... La voilà.

De son œuvre, (globalement très bonne voire plus, on s'en doute bien que c'est pas moi qui vais vous dire le contraire, avec pour seule exception son premier roman, Les Cieux Découronnés, et un bémol pour le pourtant ovationné Les Puissances de l'Invisible), un roman m'avait échappé, je sais pas pourquoi il me disait rien, c'était Le Palais du Déviant. Mais un beau jour, voilà, je suis tombé dessus chez le vieux type de la rue des Lois (ça va ça comme pub, Steph ?) et puis je l'ai acheté.

Et puis je l'ai lu.

Et puis je vous raconte.

En fait, je sais ce qui m'avait rebuté au départ : un cadre inhabituel chez l'auteur, de la S.F. à strictement parler – plus précisément, du « Postapo » pour faire dans le néologisme branché (« Post-Apocalyptique », ndt). Déjà, ça c'était pas commun. Et puis il y a le personnage principal : là où d'ordinaire on a affaire à de gentils bougre innocents vaguement ou carrément largués par ce qui leur arrive, lui c'est un « gros dur », un ancien mercenaire, « délivrant » reconverti dans la musique (il joue du Pélican) parce qu'il faut s'arrêter quand même, au bout d'un moment, d'aller risquer sa vie pour délivrer les gens embringués dans cette fichue secte.

Heu, 's cuse... Quoi, quelle secte ? Et puis t'as dit « ancien mercenaire délivrant », ça veut dire quoi ?

Oui, pardon, je m'emballe. Ça veut dire que dans le résidu de société décrit dans le roman, une vilaine secte s'est répandue comme la gangrène à travers les States (le monde, quoi...), un beau jour comme ça, et qu'elle recrute pour les lobotomiser des jeunes gens perdus et innocents. Le seul moyen de leur échapper quand on tombe sous leur emprise, Rivas le connaît : c'est l'alcool (d'ailleurs oui, à ce propos je vais finir par m'inquiéter pour toi, Tim, tout ce qu'ils se mettent dans la goulette tes personnages, c'est flippant !). Et puis, y a aussi cette nouvelle drogue qui t'éclate et qui fait fureur, le Sang, et puis y a aussi... mais bon. On s'en doute, un beau jour, Greg replonge sans le faire exprès, sinon y aurait pas d'histoire. Plutôt contraint que forcé, et il va traverser le pays (« Une Amérique hallucinée », c'est l'expression consacrée je crois) pour aller délivrer son amour de jeunesse, Susan ou Carol, je sais plus. C'est la fille d'un type trop riche, et elle s'est faite enrôler à son tour.

Bon, je vous le dis, le voyage vaut VRAIMENT le détour (mais ça n'engage que moi, après tout), et Frank est loin d'être au bout de ses surprises. Je vous passe les péripéties, et la résolution qui en surprendra (surprendrait, vu que de toute façon personne le lira...) plus d'un. Comme d'hab, les lieux qu'on visite sont fameux, les personnages délirants, l'intrigue pleine de rebondissements. Tout ce que j'aime. Moi.

Mais ça, à la limite, on s'en fout... ce que je voulais dire, c'est que Tim Powers, en s'écartant de ses thématiques habituelles, écrit ici un roman franchement excellent, peut-être encore meilleur, à mon humble avis, que ceux que l'on classe d'ordinaire comme ses « chefs d'œuvres » (et qui n'en sont pas moins, que ce soit dit !). Un livre qui vaut aussi par la façon dont sont lentement orchestrées les évolutions du personnage principal, pour que l'on découvre, tout à coup, où nous a menés l'auteur avec une finesse remarquable. C'est comme dans la vraie vie : aussi blasé puisses-tu être, ami lecteur, tu finiras toujours par t'apercevoir à un moment (voire à tout plein de moments), que tu viens d'apprendre quelque chose, juste là, et que tu es moins couillon qu'un quart d'heure plus tôt. Quand bien même au début dudit quart d'heure, tu te sentais parfaitement maître de toi-même et à ta place dans ce monde bienveillant.

C'est pour ça, fais comme moi ami lecteur : n'écoute pas tous ces types ringards qui veulent te vendre du vampire et du vampire et encore du vampire ; lis plutôt mon ami Tim ! Et tu verras, tu découvriras un monde incroyable et fantastique, juste à portée de ton cœur, et tu feras éclore un être nouveau et meilleur qui se tapit tout au fond de toi et qui n'attend qu'une chose pour venir à la vie : que tu ouvres Le Palais du Déviant...

Et en plus, il est pas trop long.

Zolg

CITRIQ