les derniers parfaitsPaul Beorn fait partie de cette salve d'auteurs mis en lumière par l'éditeur découvreur de talents (Mnemos pour ceux qui découvrent ce blog). Remarqué pour son diptyque La Pucelle de Diable-Vert, il continue son bonhomme de chemin, inspiré par l'Histoire, rempli d'amour et de sang, prenant pour modèle la chanson de Geste. Aujourd'hui, la culture occitane est à l'honneur dans une fantasy uchronique (original, non?) pas toujours maîtrisée mais tellement prenante...

Du sang, des viscères, des tas de corps qui s'amassent devant la cité franque de Maramante. Les cathari donnent encore une fois l'assaut, simple étape dans leur avancée implacable sur le royaume de France.

Christo, prisonnier de guerre peut juger de leur force. Enchaîné sur le champ de bataille, forcé d'aider à déloger les assiégés, il voit la vague infernale déferler sur les murs du fort, sapant les derniers espoirs des résistants. Ils vont mourir et lui avec. Mais Christo, ivre de liberté, s'enfuit dès que l'occasion se présente, toujours lié par des fers incassables à trois comparses. Commence alors la cavale ; une cavale plutôt étrange car elle mènera nos héros au cœur du territoire ennemi, semant les graines de la révolte dans son sillage et les guidant sur les traces de la cité mystique de Mala Pugna, source d'un pouvoir incommensurable...

Les derniers parfaits est un roman passionnant, un vrai page turner, empli d'action, de surprises et de bonnes idées. Il n'est pourtant pas sans défaut.

Au nombre des qualités, je dirais que Paul Beorn est un auteur de talent, au style impeccable et aux idées brillantes. Son univers uchronique tinté de magie tient la route, s'appuyant sur l'Histoire pour mieux la distordre. Ses descriptions, son utilisation de l'occitan, contribuent à la crédibilité d'un monde nouveau, issu de l'ancien. Ses personnages sont intenses, fouillés et évoluent jusqu'à devenir l'essence de ce qu'ils devraient être. On pourrait évoquer les chansons de geste qui mettent en exergue la vaillance et l'esprit martial, qui content les exploits d'un homme exemplaire et de parfaite morale, un homme qui représente un groupe et dont les qualités le rendent sur-humain.

On saute de références en références, on a le vertige devant tant d'inventivité et de romans dans le romans. On commence par une cavale infernale, puis tout se modifie pour nous parler de révolte et de droit. Enfin, l’œuvre se termine sur une quête ésotérique. Certains diront qu'on ne peut suivre et que ça manque de maîtrise, que c'est une auberge espagnole. Moi, j'ai aimé, j'ai suivi sans peine, même si la plongée dans les arcanes magiques m'a un peu laissé de marbre.

Si l'on aborde maintenant les petits défauts, je dirais que Paul Beorn use et abuse du Deus Ex Machina. Les deux tiers des énormes problèmes que rencontrent nos héros se résolvent par une aide extérieure inattendue. Si l'on tremble à chaque chapitre devant les situations inextricables auxquelles ils font face, on finit par se lasser des aides providentielles. Elles nuisent à la tension et ce d'autant plus que l'action s'enchaîne sans temps mort. Chaque chapitre impose de nouvelles souffrances, de nouveaux défis au groupe, impossibles à relever. Puis le destin les préserve d'une mort certaine pour les faire tomber dans de nouveaux pièges plus fatals encore... Le livre aurait gagné en cohérence si des temps calmes de description avaient été insérés. Ainsi, on aurait pu passer plus de temps sur le socle uchronique de l'histoire qui disparaît au fil du temps.

Enfin, et ce n'est pas un problème de contenu, la taille de police d'écriture risquera de vous faire perdre deux dixièmes à chaque œil !

Quoiqu'il en soit, l'auteur a fait le choix de l'action et, à mon sens, de rester proche du style médiéval que j'ai cité ci-dessus. On peut le respecter car les Derniers parfaits reste tout de même d'une originalité folle et passionnant. Je ne me suis pas ennuyé une seconde, me suis abreuvé d'imaginaire et ce roman m'a donné envie de me replonger dans l'histoire de mes ancêtres du sud de la France. Une belle réussite donc, qui me rend impatient de lire les prochains romans de cet auteur.

StepH

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