cinq rubans d'orJack Vance est un de mes auteurs préférés. C'est sous sa plume que j'ai découvert le genre du space opera. Sa gouaille, son humour mais aussi son approche très géographique des planètes abordées (il me semble que le terme est assez bien choisi lorsque l'on pense à ces héros !) ont conquis mon cœur. Mais ces derniers temps, il s'est fait plutôt discret en librairie au profit, peut-être d'une SF d'apparence plus sérieuse, plus actuelle. Alors quand j'ai appris qu'Actusf rééditait ce court roman, je me suis dit qu'il était temps de vous transmettre mon amour pour son travail !

Paddy Blackthorn est un coquin, un baratineur, mais surtout, c'est un voleur – mauvais. La preuve, il s'est fait arrêter pour tentative de vol des secrets de l'ultrapropulsion. C'est mal me direz-vous. Et vous auriez sans doute tort. Paddy vous demanderait si voler ce qu'on nous avait subtilisé en premier lieu, si rendre à la Terre (berceau de la vie galactique) la place qu'elle mérite, était un mal. Plus aussi sûrs de vous ? Je vous l'avais dit, Paddy est un baratineur ! Quoiqu'il en soit, notre irlandais de souche est un homme mort. Convié à une réunion au sommet, en présence des cinq princes régnants (détenteurs paranoïaques des secrets de la propulsion stellaire), il y sera exécuté. Fin ? Vous n'écoutez rien. Bien sûr, il s'en sortira, in extremis, causant la mort et la destruction autour de lui et récoltant au passage les clés du secret le mieux gardé de l'univers. Paddy est un coquin, vous vous souvenez ? C'est donc pourchassé par les cinq empires (et toute la vermine qui les constitue) qu'il parcourra les galaxies afin de décoder les messages volés,pour le salut de la Terre, secondé dans cette mission désespérée par l’ambiguë Fay qui dit vouloir l'aider... C'est mal barré ? Décidément, vous n'avez rien suivi...

Les Cinq rubans d'or est un des premiers romans écrit par Jack Vance. Néanmoins, on y trouve déjà tous les ingrédients du space opera flamboyant, signature de l'auteur.

Sans doute une des premières caractéristiques de « la patte de l'auteur » réside, à mon sens, dans ses personnages. Intelligents, débrouillard, beaux et surtout baratineurs. Toutes les épreuves sont l'objet de négociation, de joutes, de fourberies verbales et si tout ne finit pas sans bagarre (loin s'en faut !), on commence toujours par se battre verbalement. Il en est de même pour l'amour ; on se hait, on se vanne puis on se jauge intellectuellement (on se découvre bien sûr physiquement puisque les personnages sont beaux, à leurs manières) et enfin on s'aime. Le verbe prévaut donc sur le physique et c'est souvent le plus malin qui gagne (car si le bon mot est primordial, il est toujours suivi d'effet). S'en suit forcément un rythme et un style (que je trouve délicieux) léger, humoristique, plein de gouaille et de bons mots. On voit que l'auteur s'amuse avec ses personnages et surtout leurs interactions. Pour nous, c'est la garantie de découvrir aussi des protagonistes plus complexes que ce à quoi on s'attendait, loin des héros lisses et sans faille des romans populaires (qu'il pourrait presque singer, à l'époque). Ici, Paddy est un homme plein de contradictions, borné et fier comme un irlandais (il s'en vante!), maladroit et voleur. Mais il est aussi un homme intègre et courageux. Fay, quant à elle, se construit au fil de ses relations avec son compagnon d'infortune. Le ton est léger, vif, unique et comme le roman est court l'action est assez contractée. Une véritable réussite.

Des personnages forts, un style enlevé et plein de gouaille pour un roman court, certes mais ce serait être bien incomplet si je ne vous parlais pas d'un autre aspect incontournable de ses romans : le côté « picaresque », comme dit l'éditeur. Si l'on pourrait croire l’œuvre de Jack Vance plutôt récréative, il n'en est rien lorsque l'on aborde l'étude de l'univers qu'il échafaude. En effet, l'auteur en tant que grand voyageur, semble aimer analyser la construction des sociétés qu'il nous fait découvrir. A la manière d'un ethnologue, il nous présente des cultures et nous décrit finement les rapports qu'elles entretiennent avec leur histoire, leur géographie ou même encore (et surtout) entre elles. Ainsi, le monde prend une épaisseur, une beauté fragile que le héros pourrait bien faire voler en éclat ! Il est souvent un grain de sable dans la stabilité précaire de l'univers. Pour résoudre sa quête, il devra comprendre comment est régie la société en question.

Les Cinq rubans d'or possède, à mon sens, toutes les qualités d'un grand Jack Vance. En un peu plus de 200 pages, l'auteur parvient à nous brosser un monde haut en couleur, un poil vintage, mais dont on découvre toute la logique et la crédibilité au fur et à mesure de la quête des héros. Paddy et Fay sont deux personnages coquasses qu'on apprend à aimer malgré (ou grâce à) leur défauts. Leurs joutes verbales continues m'ont enchanté tout du long de ce trop court roman ! Entre deux dialogues, l'action s'enchaîne sans temps mort et l'on finit le livre trop vite ! En quelques mots et pour faire bref (j'ai déjà beaucoup dit), je me suis régalé de la sérieuse légèreté de cette œuvre considérée comme l'un des premiers romans de l'auteur et je vous en conseille vivement la lecture afin d'entrer dans le monde de Vance. Mais attention, l'essayer, c'est l'adopter !

StepH

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