rose madderJe l'ai déjà dit, je le redirai sans doute : je suis un grand fan de Stephen King. En l'occurrence, c'est pas comme pour d'autres auteurs, je suis loin d'être le seul. En effet, force est de constater qu'il n'est pas bien compliqué, en quelques clics, de tomber sur une foule de commentaires, souvent élogieux (ça n'a pas toujours été le cas, car il faut rappeler qu'il a longtemps été considéré, en France du moins, comme une espèce d'auteur-poubelle bien trop prolifique et populaire pour être pris au sérieux) de l'un ou l'autre de ses romans, ou de dégotter un site qui lui est consacré.

Le roman dont je souhaiterais vous parler me donne toutefois l'impression de passer presque inaperçu dans la bibliographie du « maître » : il s'agît de Rose Madder. On le connaît surtout pour faire partie de ce que certains nomment la « trilogie féministe » de King, avec Jessie et Dolores Clairbone, et quand je constate sa qualité, je me dis que je ne peux trouver qu'une explication au fait : c'est qu'il doit il être noyé dans la masse des autres très bons romans de King.

Car je dois avouer que, après avoir tourné la dernière page cet après-midi, je me suis demandé, encore une fois, comment ce type fait-il ? Comment se débrouille-t-il, après tout ce qu'il a donné, pour trouver de nouveaux univers, toujours plus réalistes et glaçants ? Comment se débrouille-t-il pour nous dégotter des méchants toujours plus terrifiants ? Quelle est sa recette (sa putain de recette, pour reprendre une expression récurrente chez bien de ses personnages) pour toujours nous emmener là où on ne s'y attend pas ?

Sincèrement, je n'en ai pas la moindre idée. Mais c'est bluffant !

Nous parlions plus haut de « trilogie féministe ». En fait, à mon avis, le roman... ne l'est pas. Mon propos n'est pas (quoi que, ça pourrait, aussi, tant qu'à y être...) de me lancer dans une quelconque diatribe ou polémique, fort justifiée pourtant à mon avis en ces temps troublés, sur la place de la femme dans la société et la considération qui lui est donnée blablabla ; mais s'en prendre, comme le fait Stephen King, aux connards qui estiment normal ou justifié de « filer une petite baffe » ou de faire pression de temps à autre sur ces dames (dans le contexte familial ou bien ailleurs, d'ailleurs !), pour une raison ou pour une autre n'est pas, à mon avis, être à proprement parler féministe ; c'est seulement être juste, honnête, et avoir la tête sur les épaules, à mon sens. J'aurais pu écrire, il y a quelques temps, c'est « vivre avec son temps »... sauf que j'ai parfois l'impression que mon « temps », justement, me fait mentir ou qu'il a pris un peu de retard. Mais bon.

Toujours est-il que notre Rose, elle, vit avec son mari depuis 14 ans, et que ce dernier lui file régulièrement des trempes (bien plus qu'une « petite baffe ») histoire de lui faire comprendre la vie. Jusqu'au jour où, allez savoir, Rose décide de s'enfuir...

Au fil des pages, nous allons suivre avec plaisir l'évolution de Rose, la petite femme apeurée, qui va peu à peu se changer en « Rosie la vraie » pour notre plus grand bonheur... Tout comme on suit la lente descente vers les sombres contrées de la Folie de Norman, son mari.

 

Le truc avec Norman, le « vilain » du roman, c'est qu'il est absolument humain, et rien de plus : aucun super pouvoir, aucune origine extra-terrestre ni rien dans le genre. C'est juste un type – un flic. Mais il est, et je pèse mes mots, ABSOLUMENT terrifiant. King nous emmène, la formule est éculée mais ô combien juste, aux limites de l'esprit humain et nous fait découvrir les noirceurs insoupçonnées de (blablablabla)...

Mais vous allez me dire : on parle de Stephen King, dis donc, ô Zolg (oui, gardez le ô je vous prie, j'aime bien) : il nous faut du frisson, on veut du fantastique, du monstre gluant qui fait peur ! Sinon c'est nul, et d'ailleurs ta critique aura rien à faire ici.

Ce qui est vrai. Il vous suffira donc de savoir que Rose, dans son parcours, tombera sur un tableau banal mais fascinant etqu'elle en fera l'acquisition (en échange de sa bague de fiançailles en plastoque)... je n'en dis pas plus, mais la trouvaille, si elle est, disons, classique, se révèle extraordinaire. D'un seul coup, au milieu du roman, King change complètement d'univers pour nous emmener... ailleurs, dans une autre dimension. Une dimension, au passage, assez proche de celle que l'on découvre dans La Tour Sombre – je vous ai déjà parlé de La Tour Sombre ?

Au final, voilà, encore, un excellent livre.

En vérité, après avoir longtemps (pendant presque toute mon adolescence !) lu Stephen King de façon quasi-exclusive, j'ai appris (heureusement...) à apprécier d'autres auteurs ; régulièrement toutefois (tous les deux ou trois ans, environ), je m'offre un petit retour en arrière, une plongée dans l'univers familier et, pourtant, toujours renouvelé de mon vieux copain Steph (oui, j'en ai plein des vieux copains Steph...). Et c'est rarement que je suis déçu. S'il est vrai que, comme tous les auteurs, il a ses méthodes, ses trucs que l'on finit par identifier, à force (ses « tics » d'écrivain), il n'en reste pas moins un gars qui, à mon sens, se renouvelle sans cesse et ne perd pas une occasion de nous surprendre. Quand, au passage, il en profite pour remettre les choses à leur place en ce qui concerne les hommes violents et les préjugés tenaces auxquelles se voient confrontés les femmes (et les hommes) dans leur quotidien... c'est aussi bien.

Zolg

CITRIQ