le dernier loup garouLe loup-garou. Encore. On tente régulièrement de redorer son blason, de surfer sur le succès de Twilight. En vain. Mais là, c'est un éditeur qualifié d'intellectuel qui s'y colle et c'est Glen Duncan, le grand écrivain qui a commis Moi, Lucifer, qui le propose. Ça ne pouvait que m’interpeller !

« C'est officiel, dit Harley. Ils ont tué le Berlinois il y a deux nuits. Tu es le dernier. » Un silence, puis : « Je suis désolé. »

C'est ainsi que Jake Marlowe, loup-garou depuis près de 200 ans, apprend que son temps est compté. L'OMPPO, organisation secrète qui chasse les Monstres, est à ses trousses. Après lui, il n'y aura plus de Malédiction. Grainer s'en assurera en personne. Plus que 27 jours pour fuir, se cacher, persister à vivre. Mais Jake ne veut plus courir. Dans 27 jours, il sera libéré de son fardeau. En attendant, il lui faut mettre en ordre son existence avant de partir, témoigner. 27 jours et puis tout sera fini... A moins que la Vie ne s'en mêle...

Si Le dernier Loup-garou est passionnant, c'est d'abord grâce au superbe talent d'écriture de son auteur. Fluide, sensuel, maîtrisé, son style décline une palette infinie de compétences qui nous plongent dans la tête de Marlowe. Mêlant les figures de la passion et de la raison, il parvient à nous faire ressentir les affres de la nature duelle du héros. Car il s'agit en fin de compte de cela. Jake est un vieux loup-garou dont les dernières scories d'intérêt humain résident dans l'analyse égotique de sa propre histoire. Il raconte donc (à la première personne) rationnellement sa vie faite de cycles pulsionnels (« baisetuemange »). Difficile exercice qui va forcément déraper vers des considérations métaphysique que l'auteur distillera avec finesse. Étrangement, c'est forcément au travers de la Bête qu'affleurera la question de l'Humain . En ce sens, le roman ne peut se dispenser d'une comparaison avec son équivalent vampirique : Entretien avec un vampire.

En ce qui concerne l'intrigue, on pourrait craindre l'ennui. Qu'est-ce qu'un vieux loup-garou désespéré par l'existence pourrait nous apporter sur 350 pages ? C'est sans compter la Vie, cette chose étrange qui vous fait persister. C'est, à mon sens, la deuxième grande thématique de ce roman. J'aurais presque envie de convoquer Nietzsche et son concept de « volonté de puissance » mais j'aurais peur de devenir légèrement rébarbatif. Il me suffira donc de vous dire que la seconde partie du roman verra la Vie reprendre ses droit, insufflant une énergie nouvelle à notre héros. Mais sera-ce trop tard ? D'une manière générale, Glen Duncan ne lésine pas sur les rebondissements, créant un monde occulte foisonnant et cohérent. On ne s'ennuie pas, même si l'intrigue n'a pas été pour moi le plus fort du roman, servant juste habilement les propos du narrateur.

En bref, Le dernier Loup-garou est un roman sensuel, intellectuel, psychologique qui nous happe dès l'incipit pour ne relâcher son étreinte qu'à la toute fin. C'est sans doute le premier roman vraiment passionnant que je lis au sujet des les loup-garou, hissant le mythe au dessus de la simple lutte entre nature et culture. Glen Duncan est un grand auteur dont les qualités littéraires n'ont d'égales que l'intelligence et la finesse du propos. Notons aussi enfin que ce livre est le premier tome d'une trilogie, même s'il constitue une histoire complète. Et si je suis sceptique pour la suite, je ne doute pas que l'auteur saura me convaincre.

StepH

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