Lhomme-des-mortsLes romans qui prennent pour thème les zombies, c'est étrange. On se dit : une lecture, pourquoi pas, mais c'est bien sûr pour me nourrir de la métaphore sociétale. Pour autant, le zombie n'étant pas le plus malin des monstres, à part survivre, il ne nous reste pas grand chose comme intrigue à disposition. On se dit donc, c'était sympa, je me suis marré, mais ça ira, merci bien. Et puis, comme la coupelle de chocolat, on y revient avec culpabilité, augmentant la place réservée au mort-vivant dans la bibliothèque, toujours pour le côté intellectuel, soyons clairs ! Ici, c'est pareil, on se dit que le blog ne fera pas forcément la part belle aux vampires et aux zombies, que l'on voit bien assez ailleurs. Et puis le Tag zombies commence à gonfler et à envahir tout notre nuage... Promis, c'est la dernière, cependant je ne pouvais résister à l'envie de vous présenter ce thriller zombiesque qui ouvre le bal chez Orbit, pour une année gore : la réédition de World War z à l'occasion de la sortie du film.

2018. Depuis près de 4 ans, le Docteur Henri Marco sillonne seul ce qui reste de l'ouest des États-Unis. Son boulot ? Donner le repos éternel aux ressuscités qui peuplent une grande partie du territoire américain pour le compte de chanceux citoyens retranchés à l'est d'un mur de protection. Rentrer ? Impossible. Le gouvernement néo-républicain presque fasciste ne l'autoriserait pas. Trop de risque de contamination. Et puis Marco garde l'espoir de retrouver sa femme morte ou vive. Une vie tranquille, en somme, à traquer le zombie pour la paix de son âme (ou de celle du client). Jusqu'au jour où le gouvernement le contacte, lui imposant (par le chantage) un contrat dangereux : retrouver une vieille connaissance de son ancienne vie, Roger Ballard, neurologue émérite, au cœur de la Californie, zone surpeuplée de morts-vivants et de lui prélever du sang. Il aura de l'aide et un sésame pour la zone sécurisée. Pourquoi ? Il ne le sait pas mais son ancien ami semble important. Il ne sait pas non plus que plusieurs autres nations sont sur le coup afin dérober les secrets contenu dans ces veines pourries... Commence alors une course effrénée pour la connaissance, pour la nation, mais aussi pour la survie...

J'ai toujours trouvé une certaine analogie entre l'auteur des quatrièmes de couverture et les zombies : on ne sait parfois pas trop ce qui leur passe par la tête ! Comparer L'Homme des morts à Je suis une légende c'est sans doute un peu filouter car si on enlève la solitude du héros au départ de l'intrigue, il ne reste pas beaucoup de points communs entre cette œuvre et l'autre. C'est par la même occasion mettre de côté les nombreuses qualités de ce récit plutôt original. J'en compterai ici deux principales :

Tout d'abord, je dirai que Zito a l'intelligence de greffer une intrigue médicale voire d'espionnage à son classique « survival horror ». Ainsi, en plus de nous proposer une succession de scènes bien gores de très bon niveau entrecoupées de problèmes humains, il nous impose l'adrénaline et l'inquiétude d'une intrigue plus cérébrale (toutes proportions gardées, n'exagérons rien!) qui finira en course poursuite dont l'enjeu ne sera rien de moins que l'avenir de nos nations ! Plus que Matheson, je pencherais donc pour un Crichton si je devais faire référence... Quoiqu'il en soit, le mélange d'intrigue est savoureux et d'un originalité bienvenue. On lit sans s'arrêter, ça va à cent à l'heure, les scènes d'une horreur crue succèdent aux révélations incroyables, tout se fond très bien et donne un ton particulier à ce bouquin qu'on a acheté pour pulvériser du zombie (euh non, pardon, pour dénoncer notre société de consommation...) et qu'on lit comme un livre à suspense. En plus, pour ne rien gâter, si l'on élimine les quelques gimmicks d'écriture qui parsèment le livre, il est plutôt correctement écrit.

Si l'on se penche maintenant plus précisément, sur le point névralgique qui nous a fait nous procurer le texte : le zombie, on découvre le deuxième gros point fort de l’œuvre : sa psychologie ! Oui, vous m'avez bien lu, Zito ébauche par la bouche de Marco une approche psychologique du zombie des plus intéressantes. Je vous laisse la surprise de la découverte mais vous en livre le résultat : loin de craindre un monde plein de « ressuscités », on arrive parfois à les plaindre. Coincés ici. Entre deux moment intenses, on assiste à des instants troublants, tableaux surréalistes d'une humanité résiduelle qui comme une poule décapitée, court encore... De la même manière, les relations et les discussions entre Wu et Marco sur les points de vues culturels au sujet de la mort peuvent donner lieu à de très beaux moments.

Vous l'avez deviné, ce roman est une très bonne surprise. Pris pour sa couverture, sa thématique et parce qu'il fallait bien décompresser un peu (enfin, je veux dire reprendre mes questionnements sociologiques) après quelques livres exigeants, j'ai été surpris de découvrir un livre malin, incroyablement bien foutu, original, coincé quelque part entre le thriller et le survival horror et dans lequel l'originalité de l'intrigue égale les scènes gores ! Véritable page turner, il n'en oublie pas moins d'être beau à certains moment, intelligent et triste. Quelques lignes de plus et je vous avouerai que sur la thématique des zombies, ce roman vient pour moi juste après World War Z en terme d'originalité et de maîtrise...

StepH

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