les robots 3Ça y est les amis, j'ai fini la vaisselle et nous pouvons à présent nous re-concentrer en toute tranquillité sur cette fameuse « suite » du cycle des Robots d'Isaac Asimov.

Certains l'appellent le cycle « Elijah Baley », et c'est pas choisi au hasard en fait, c'est parce qu’elle narre les aventures d'un certain policier inspecteur de la planète Terre à travers diverses planètes colonisées par les hommes, et que ledit policier-inspecteur, vous l'aurez deviné, a l'heur de s'intituler « Elijah Baley ».

Jusqu'ici vous me suivez, mais ne nous égarons pas sur une faute piste : ce n'est pas parce qu'on a parlé de « planètes colonisées » qu'il s'agit de space-op' (même si, sur la fin, on le frôle quand même un petit peu) ; le genre dont se rapprochent le plus les enquêtes de l'inspecteur Baley, c'est bien entendu le polar. Vu qu'à chaque fois y a meurtre, et énigme impossible à résoudre et enquête.

Une autre des différences avec les deux premiers recueils du « Cycle des Robots », c'est que, s'il vous en souvient, ces derniers se déroulaient dans un « futur proche » et qu'ici, ce n'est plus le cas : on est bien en (je sais plus quelle année) exactement, mais suffisamment de temps a passé pour que les Robots se soient répandus et aient eu le temps de voir se développer à leur encontre bien des préjugés, notamment, et surtoutement, de la part des terriens. Oui, parce qu'il y a la Terre, archétype de la planète fourmilière surpeuplée où s'entassent, à l'intérieur des lugubres « Cavernes d'Acier », des hommes gouvernés par un système social rigide et strict se nourrissant de nutriments chimiques ou de poulet reconstitué en laboratoire, et que même avoir des toilettes à soi c'est quand même un peu chicos ; et, face aux terriens, les « spatiens », hommes modernes pouvant vivre jusqu'à trois cents ans, relativement élitistes, et qui hésitent pas, eux, à avoir recours aux formidables capacités des robots pour leur confort. C'est dans ce contexte que va s'élever un homme qui va changer le destin de la Terre, en l'espace de quatre romans.

Le premier, Les Cavernes d'Acier, se passe essentiellement sur Terre. L'inspecteur Baley, un type quand même légèrement bourru et blindé de préjugés, y enquête sur un meurtre commis à Space-City, et a priori impossible. L'enquête sera pour lui l'occasion de mettre à jour les incohérences du comportement des terriens face aux robots, qu'ont rien demandé, les pauvres, grâce à son fréquentage intensif et permanent du robot hyper-sophistiqué R. Daneel Olivaw. La parabole sur le racisme est simple à comprendre, et relativement efficace.

les robots 4Le second, Face Aux Feux du Soleil (mon préféré) rend une ambiance unique. Ici, le meurtre est à nouveau impossible, et Baley finira bien par l'élucider. Mais il s'agit surtout pour l'auteur, encore une fois, de nous dresser le portrait d'une société diamétralement opposée à celle décrite dans Les Cavernes d'Acier ; la société solarienne (= de la planète Solaria, où se déroule l'intrigue), dont les habitants sont si peu nombreux qu'ils possèdent d'immenses territoires et ne se rencontrent jamais autrement qu'en visiophonie. Les Robots constituent la suite des propriétaires, les enfants sont élevés dans des fermes, les rapports sexuels sont envisagés comme le moyen peu agréable (il faut se toucher, bigre !) mais nécessaire de faire des enfants... Là où Asimov, dans les Cavernes d'Acier, dénonçait les excès d'une société où la communauté a clairement pris le pas sur l'individu, il développe, cette fois, comme un roman antithèse au premier volet. Et encore une fois, Elijah Baley résoudra l'énigme, aidé de son fidèle compagnon R. Daneel Olivaw. Ce sera également pour lui l'occasion de rencontrer la fatale Gladia, femme mystérieuse et séduisante dont il va tomber amoureux...

les robots 5Dans Les Robots de l'Aube, c'est d'un « roboticide » qu'il est question : le blocage d'un robot, mis face à une impossibilité manifeste. Un super-bug, quoi. Or, c'est d'un robot particulièrement évolué qu'il s'agit ; qui plus est, un robot... marié à Gladia, laquelle a émigré pour fuir les problèmes qu'elle aurait pu connaître sur sa planète natale (cf. le roman précédent). On y fera la rencontre d'un troisième allié de Baley, le robot R. Giskard Reventlov, ainsi nommé en l'honneur, paraît-il, de l'ancien président français Valérie Giscard d'Estaing, me demandez pas pourquoi mais c'est tout de même assez cocasse pour être signalé...

Dans le quatrième volume du Cycle d'Elijah Baley, Les Robots et l'EmpireElijah Baley est... mort. Et depuis une paye, qui plus est. Son œuvre a lancé les terriens sur une nouvelle voie, et ici, Daneel Olivaw, le Giskard et Gladia Solaria vont s'allier pour éviter une guerre galactique... C'est ce dernier tome qui, de loin, s'apparente le plus à un space-opéra.

Une chose formidable, ai-je remarqué, c'est qu'Asimov maltraite son personnage à volonté, et à plusieurs reprises, le menant parfois jusqu'au ridicule quand il se met en scène de façon particulièrement théâtrale, à la manière d'un Hercule Poirot, le dévoilement d'une solution... que ses opposants balayent sans souci. La démarche est rare, et fait finalement de Baley un personnage plus attachant, à l'opposé du génie de l'énigme que l'on pourrait attendre.

les robots 6Au final, cette seconde partie du Cycle, si elle est moins variée dans ses thématiques que la première, gagne en profondeur ce qu'elle perd en légèreté ; Asimov y traite ses sujets (racisme, conditionnement social, rivalités personnelles et professionnelles, relations hommes/femmes...) avec efficacité et clairvoyance, sans nous épargner les inévitables et géniaux retournements de situation, tout en nous présentant des personnages variés et crédibles, dont l'évolution, pour certains, est finement mise en scène pour emmener le lecteur où il le souhaite. Une franche réussite, donc.

Au passage, il faut savoir que les deux derniers tomes de l'œuvre ont été rajoutés, plus de vingt ans après les premiers, dans le but de relier le Cycle des Robots à celui de Fondation, qui s'est lui-même vu augmenter de deux préquels inédits... et qu'il me tarde de lire !

Zolg.