la fille automate diableOn ne parle pas assez du Diable Vauvert. Certes, c'est le deuxième article d'affilée que vous lirez de cet éditeur, mais je pense que c'est encore trop léger. En effet, deux fois sur trois, les romans qu'ils proposent me laissent sur le cul. Ils publient aussi des auteurs qui figurent dans ma bibliothèque idéale. Ici, encore une fois et avec beaucoup de retard (puisque j'ai attendu sa version poche pour le télécharger!), je ne peux que constater la divine qualité de ce roman !

Le monde. Plus de pétrole, fini l'Expansion. Monsanto a gagné, chaque graine a été breveté et la nature a perdu. Reste le combat effréné des grands groupes agricoles pour piller les dernières bribes de biodiversités et devenir les nabab des calories.

Thaïlande. Le repli sur soi est parfois le dernier geste de survie, celui qui protège les parties vitales et réduit l'adversité. Mais on ne peut pas vivre indéfiniment en position foetale et chaque Thai en est persuadé. Certes, ils ont des banques de semences et ont mieux survécu que les autres pays. Mais pourront-ils lutter longtemps contre la marée qui menace les digues et contre celle qui menace l'économie ? Si Jaydee, chemise blanche, grand protecteur au service du ministère de l'Environnement, lutte comme un tigre contre l'envahisseur, contre la corruption omniprésente et croit pouvoir tenir la société de cette manière, il n'en est pas de même pour Anderson, ce Farang, cet étranger, pour qui l'ouverture de la Thaïlande signifierait une manne génétique. Enfin, Emiko, femme automate abandonnée, utilisée comme jouet érotique et Hock Seng, yellow card, réfugié sans droit, cherchent à survivre. La Thaïlande, un pays en équilibre précaire que les divers protagonistes pourraient bien fatalement déséquilibrer...

C'est le premier roman publié de Paolo Bacigalupi. Et quel roman ! Je ne sais même pas par où commencer pour vous inciter à le découvrir ! La Fille automate est en effet exceptionnel à bien des égards ; c'est un fabuleux roman d'anticipation ou d'Agro-punk comme dit l'auteur (rien que ce nouveau style littéraire me convaincrait de le lire!!), placé dans une région très peu utilisée en SF, fort bien écrit et addictif.

Tiens commençons donc par le genre « Agro-punk » ! C'est sans doute le premier élément qui m'a marqué. On ne connaît, au départ, pas tellement bien l'univers que nous décrit l'auteur, nous ne le découvrirons qu'au fur et à mesure, par petites touches. La seule chose dont nous sommes sûr dès les premières pages, c'est que les grands groupes agricoles ont gagné. Il n'y a plus de nature. Ce n'est pas une grosse bombe qui a détruit le monde, c'est notre propre égoïsme, c'est la propriété intellectuelle, la génétique et, en dernière analyse, le néocapitalisme appliqué à l'agriculture qui nous ont perdus. Je n'aime pas vraiment faire de la politique ici mais à l'heure où l'Europe tente de nous imposer la commercialisation des semences Monsanto, ce roman ne peut que faire froid dans le dos. Ici, on parle de calorie comme d'une richesse : il n'y a plus non plus d'énergie fossile et la technologie devient mécanique et manuelle. Quelle combinaison terrible ! A l'instar du cyberpunk, de grands groupes essayent de continuer à imposer leurs règles, en dépit du bon sens mais l'enjeu n'est plus la communication et la technologie mais l'alimentaire.

la fille automateTrès original et ceci d'autant plus que l'action se passe dans un pays que les occidentaux connaissent peu si ce n'est pour ses plages : la Thaïlande. Pour la plupart, les héros doivent faire avec ses traditions et son histoire particulière dans le monde qu'on nous décrit. Nous découvrons donc, en même temps que les protagonistes, une société aux codes étranges, exotiques.

Bien monté, La Fille automate fourmille de références à notre actualité géo-alimentaire, ce qui renforce la crédibilité du roman. Ainsi, l'on parle de ce qui est advenu à la banque de semences située en Finlande, par exemple. Bacigalupi a bossé pour ce roman et ça se voit. Ces personnages, abîmés, sont tous décrits en tons de gris avec une grande finesse psychologique. Pas de gros salauds qu'on déteste, pas de roman à charge mais plutôt une anarchie fatale, un destin humain... Enfin, un style toute en finesse, sans grosses phrases ronflantes ainsi qu'un sens du rythme maîtrisé et envoûtant, couronnent la montagne de qualité de ce roman.

Faut-il conclure ? Courrez vous procurer ce livre avant que je ne revienne vous voir pour son second livre (jeunesse cette fois-ci) toujours publié au Diable. Il est disponible en grand format, en poche et en numérique... pas d'excuse !

StepH

CITRIQ