dominium mundi 1A l'instar de l'Atalante, après s'être taillés une solide réputation de libraires, les éditions Critic commencent à creuser leur trou en tant qu'éditeurs. Après l'excellent Gueule de truie, j'avais peur de découvrir un autre titre et de devoir vous annoncer qu'un libraire n'est pas toujours un bon éditeur... Alors lorsque j'ai vu arriver Dominium Mundi (que l'équipe présente au Salon du livre m'avait fort bien vendu), je me suis dit que c'était le moment de me plonger à nouveau dans le catalogue des rennais.

Après la Guerre d'Une Heure, la Chrétienté a pris le pouvoir et l'ECM règne sur les cendres du monde...

La neuvième croisade débute sur un monstre de métal, un léviathan, construit par les serviteurs de Dieu pour venger la mort de leurs missionnaires, le Saint Michel. A l'appel d'Urbain IX, des dizaines de milliers de croisés ont rallié le navire de guerre stellaire afin de partir sur la lointaine Akya du Centaure et de régler leurs comptes aux indigènes. La vérité, c'est que ce territoire détiendrait le corps du Christ et serait donc un lieu saint appartenant aux chrétiens... Mais le voyage va être long, suffisamment long pour que les complots politiques s'ourdissent, pour que les monstres sortent du placard... Tancrède de Tarente, soldat d'élite de Dieu, aura sans doute le temps de faire des découvertes qui ébranleront sa foi déjà vacillante et mettront sa vie en grand danger.

Dominium Mundi est une grande fresque space op qui se déroulera sur deux très gros (sans doute) tomes. Mais pas de panique, les 600 pages de cette première partie s'avalent sans peine et nous laissent orphelins d'un univers qu'on aurait voulu encore arpenter. François Baranger n'a pourtant pas joué la facilité. En effet, le premier tome se « contente » de nous narrer le voyage vers Akya... On pourrait connaître plus glamour. Seulement, il le fait avec intelligence, décrivant un monde cohérent, meta-médiéval (suis-je l'heureux propriétaire de ce nouveau néologisme?), nous posant une multiplicité d'intrigues politiques, quelques mystères en suspend et nous présentant avec attention les divers protagonistes (humain, pour le moment...). D'une certaine manière, on pourrait évoquer une certaine proximité avec quelques éléments de Battlestar Galactica, du Nom de la rose, ou encore de Warhammer 40K... Et si le contexte me faisait un peu peur au départ (un empire chrétien), je l'ai trouvé très bien pensé (même s'il ne s'étend pas outre mesure) et j'ai aimé cette atmosphère presque médiévale (je répète mon néologisme?).

Les personnages sont très attachants, bien plantés (peut-être un petit peu trop d'un seul bloc) et il font beaucoup dans l'intérêt de ce premier livre. Qu'ils soient bons ou mauvais (pour le moment, les éléments politiques sont plutôt transparents), ils sont présentés avec une certaine humanité. C'est pour le mieux car on peut dire que toute l'intrigue repose sur eux ! On découvre ainsi une multiplicité de personnages, de tous les bords de l'échiquier et de toutes les factions. Leur présentation enrichit d'autant l'univers qui en devient assez ambitieux (et nous n'avons pas encore débarqué sur la planète, je vous rappelle!!).

Pour un premier roman, François Baranger contrôle son texte, évitant l'écueil d'être trop bavard (c'est souvent le cas avec les gros premiers romans), maîtrise le rythme de son scénario (il n'est pas si neuf sur ce sujet puisqu'il a déjà commis une série BD et qu'il participe comme concept artist dans le monde du jeu video) et nous gratifie d'un style simple et fluide. Agréable donc à lire.

En résumé, Dominium Mundi, grosse première partie d'un dyptique space-op à l'ambiance médiévale est un régal à lire. On plonge rapidement dans l'intrigue et on finit, 600 pages plus loin, en regrettant que le deuxième tome ne paraisse qu'en mars. Au menu grandes intrigues politiques, action, suspens et une planète habitée par des E.T. hostiles à la chrétienté qui refusent de rendre le corps du Christ... François Baranger signe un premier roman ambitieux et maîtrisé, très divertissant et se hisse en conséquence parmi les rares français à se frotter à ce genre, sans se casser les dents ! Bravo !

StepH