MausoleesFin 2013, Mnémos à fait peau neuve avec un relooking complet de ses couvertures, plutôt réussi à mon goût, actualisant la collection et mettant en adéquation le fond et la forme (luxueuse, adulte, différente). L'éditeur a aussi lancé sa collection de poche, elle aussi très chic (mais avec une première mouture un peu moins bien réussie). Enfin, il a uni ses forces avec les éditions Actusf et les Moutons électriques (qui me semblent lui ressembler assez fort en terme d'envies littéraires) pour le meilleur. Bref, Mnémos évolue, pour survivre certes, mais aussi avec le soucis de nous faire découvrir ce qu'ils considèrent comme le meilleur des littératures de l'imaginaire (mais aussi bientôt du thriller, je vous en reparlerai!). Après un virage en littérature étrangère (je l'avais évoqué ici), ils semblent maintenant privilégier la découverte de nouvelles plumes françaises (peut-être pour des questions de moyens mais certainement aussi par envie), élégantes et matures (dans la lignée d'auteurs comme Niogret...), qui identifieront clairement l'éditeur (et dont les nouvelles couvertures confirment l'analyse). Moi, le concept me plaît, je teste pour voir si c'est une réussite... Christian Chavassieux a fait partie de la première salve du Mnémos nouvelle vague. C'est un auteur qui a déjà de la bouteille mais méconnu du grand public et des lecteurs SF. Un quatrième de couv' convaincant, un bel objet, un bel alignement prix (pour la qualité du livre), je me lance !

Sargonne, Cité Etat de l'Europe Ralliée, ruine d'un monde qui s'est suicidé. Léo Kargo, jeune poète sans renom et sans réelle volonté y débarque pour tenir la bibliothèque d'une richissime légende qui a obtenu renom et argent par et pour la guerre : Pavel Adenito Khan. Homme de main, homme de lettre, homme de conflit prêchant pour la paix, le notable ne se laisse pas connaître si facilement. C'est donc plein de perplexité sur le but de sa présence que notre héros prendra possession de l'immense bibliothèque, scorie d'un autre temps. Aura-t-il le temps d'apprendre les secrets de son patron ? Rien n'est moins sûr car l'Histoire est en marche, force de création mais aussi de destruction et Sargonne est sur son chemin...

Mausolées ne ressemble à rien de ce que j'ai pu lire. Il sera donc difficile d'en brosser un portrait clair. Deux ou trois points me semblent néanmoins saillir et caractériser cet OVNI que j'ai pris grand plaisir à lire.

Tout d'abord, il me semble que l'auteur s'intéresse bien plus à une atmosphère, aux sens et même à la signification des choses qu'au scénario. En effet, si je ne me suis pas ennuyé une seconde, il m'a plutôt semblé que l'action se superposait plus qu'elle ne s'enchaînait. On assiste à une suite de scènes qui créent un tout. Loin de moi, l'idée d'être critique à ce sujet, il me semble que monsieur Chavassieux entendait son texte de cette manière. Car en vérité, ce qui se joue, à mon sens, c'est une tragédie (au sens propre du terme). Tout y est : les différents actes, le chœur, l'hubris, la catharsis,... Si je devais résumer grossièrement l'histoire, je pourrais par exemple dire : des personnages très importants souhaitent changer le monde, pourtant, des forces supérieures les rendront inopérants. Tout cela finira forcément mal... Les émotions qui dominent sont la peur, le dégoût, la pitié. Sans doute la seule divergence que s'autorise notre auteur est de remplacer les instances supérieures par l'Humanité. Autant vous dire que ce roman n'est pas forcément joyeux mais intense d'émotions. Dans cette gigantesque pièce qui se joue, Léo Kargo n'est que le témoin impuissant d'un destin plus grand qui se joue. Il en devient presque agaçant, mais voilà, quoi faire lorsqu'Eros et Thanatos se livrent bataille ?

Si Christian Chavassieux connaît ses classiques et les réinterprètent intelligemment, il faut dire qu'il est aidé par une belle plume, toujours élégante, soutenue et sensible. Mais ne vous trompez pas, on est dans la tragédie et quand je dis sensible, parfois je parle plus de la sensibilité d'une dent cariée ! Certaines scènes sont assez dérangeantes, le bonhomme connaît définitivement l'humain et n'en brosse pas un portrait reluisant. Il sait jouer aussi avec les émotions du lecteur, n’omettant rien de ce qui pourrait le rapprocher du message sensible (la catharsis, vous vous souvenez?).

Donc, si vous m'avez bien suivi, Mausolées est une œuvre exigeante, forte, de laquelle on sort avec un goût amer à la bouche. Cette tragédie marque les esprit par la noirceur de son propos et le désespoir qui la caractérise. Les fans de romans légers (tant sur le fonds que sur la forme) passeront leur chemin mais les amoureux de littérature se délecteront de cette plume singulière. Mausolées est un livre difficile mais je vous en conseille la lecture. Mnémos, je vous le disais, a mué et c'est un bel avatar qui est en train de naître, mature, passionné, plus créatif que jamais !

StepH

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