les soufflesUn mois de janvier qui va sans doute être sous la bannière des Indés de l'imaginaire pour le blog car c'est du deuxième larron du triumvirat dont nous allons parler maintenant. 2013 m'a semblé une bonne année pour les Moutons avec le beau succès de Même pas mort (très bon roman dont il faudrait que je vous parle mais que tout le monde a déjà chroniqué!) notamment. 2014, souhaitons le, confirmera ce bel élan. Tout commence bien avec le lifting de la revue Fiction, l'entrée de l'éditeur au format poche de Mnémos et la publication d'un de leurs coups de cœur de l'année : la première enquête de N'a-qu'un-Oeil, chamane détective ! Timothée Rey est un peu un artiste maison. Auteur de plusieurs nouvelles publiées , pour la plupart, chez notre éditeur ou chez Actusf, Les Souffles ne laissent pas de traces est son premier roman. Alors réussite ou fumble sur la première parution de l'année ?

Pas où mais quand ? Il y a 32500 ans. Croyez-vous que Les hommes grimpaient encore sur des arbres en se jetant leurs excréments ? Bien sûr que non. Leur société était développée et commençait même les échanges culturels. C'est d'ailleurs lors d'un de ces grands regroupements que débute notre sombre histoire. Sombre car elle parle de disparitions surnaturelles. Les souffles, Dieux des vents, s'en prennent aux hommes et les font disparaître sans laisser de traces ! Mais pourquoi donc en voudraient-Ils à Aspic Fumée-Rouge et à la communauté ? Il faut lancer les cérémonies d’apaisement, faire des sacrifices, pleurer et crier pour que les Esprits nous oublient ! Foutaises. Collembole N'a-Qu'un-Oeil, Chamane du Clan des Ronces, n'y croit pas une seconde. Ce sont des meurtres qui se déroulent et il compte bien trouver le coupable ! Accompagné de son fidèle apprenti Queue-d'Auroch, et flanqué de plusieurs relous, il mettra à jour ce complot machiavélique, quoi qu'il en coûte...

Fans de thriller réalistes passez votre chemin ! Ce roman est une pépite d'inventivité et d'humour, une sorte d'hybridation surprenante et improbable d'Hercule Poirot et d'Astérix préhistorique. Timothée Rey s'amuse des codes du genre, les reprend, presque au premier degré (la forme policière est vraiment proche des canons). On assiste à un crime impossible (Comment faire s'évaporer un corps sur une steppe dégagée ?), on suit les découvertes d'indices, petit à petit, on infère on tente de reconstituer l'énigme avant que Collembole nous vende la mèche. Les meurtres s'enchaînent, toujours insolubles. L'équipe court sur la piste du tueur et nous courons avec elle. Une indéniable réussite, sur ce point, même si je ne suis pas d'un naturel patient en ce qui concerne les « hmm, hmm, j'ai compris mais je vous raconterai plus tard pour voir si vous trouvez... ».

Si la qualité policière du roman n'est pas à prouver, son originalité vient surtout de l'époque qui le contextualise : l'Aurignacien. Un rapide coup d’œil à Wikipédia m'a appris que c'était une période préhistorique un peu bâtarde sur laquelle tout le monde discute. Quoiqu'il en soit, il est amusant de penser qu'il existait une société structurée à cette époque ! C'est d'ailleurs ce que l'auteur nous propose, créant de toute pièce une préhumanité cohérente mais surtout fantaisiste ! Elle m'évoque Silex and the City même si sa société n'est pas exactement le calquage de la notre. Mais de manière plus prégnante, je pense à Astérix. Des noms sous forme de jeux de mots, de gentilles références aux travers de notre société, des propositions d'origines de technologies farfelues. On s'amuse beaucoup à lire, entre deux cadavres ! Cet amalgame d'humour et de policier est plutôt équilibré et crée une atmosphère plutôt agréable. En plus de pister le meurtrier, on cherche la référence d'un nom étrange (pour les plus simples : Choque-Nourrice, Ciboule Qui-Est-ce, Artémise Gourde-En-Aulne...).

Bref un beau mélange qui aurait pu être casse gueule sans la maîtrise de Timathée Rey, qui, s'il déborde un peu parfois, usant jusqu'à la moelle son allitération et perdant le sens ou encore préférant la blague au scénario pour quelques ligne, maintient la plupart du temps son ton au bon degré entre l'humour et le rythme. Son style est agréable, plutôt soutenu sans être pompeux du tout. On sent qu'il aime le texte, jouer avec les mots, leurs sens et leurs sons, ce qui excuse les quelques envolées !

Un bon premier roman de l'année donc pour les Moutons électriques qui nous proposent un texte à la fois savoureux, criminellement intéressant, situé dans une époque originale et recomposée de manière loufoque. On rit, on réfléchit, on résout des énigmes insolubles et on s'attache à ce détective préhistorique. Pourvu que ce soit le début d'une belle carrière !

StepH

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