coeur d'acierBrandon Sanderson est l'auteur phare d'Orbit en ce qui concerne la fantasy. Ses qualités littéraires et créatives (nous les avons déjà exposées dans cet article) l'ont hissé parmi les plus grands auteurs du moment. Après un passage, pour moi, à vide de l'éditeur qui s'est concentré (et c'est son droit!) sur des titres plutôt girly (en grand format), il semble vouloir relancer ses titres fantasy en commençant et finissant l'année avec l'auteur qui nous intéresse ! Le premier titre de l'année sera donc un roman ado au sujet brûlant (toujours pour moi) : les super héros ! Quand on connaît sa maîtrise en tant que créateur d'univers et la réussite de sa précédente incursion en jeunesse (le Merveilleux Alcatraz), on ne peut que se dire qu'on ne va pas en revenir ! C'est donc plein d'attentes que j'ai lu ce livre ! Déçu ? C'est ce qu'on va voir !

C'est arrivé. Peu importe comment. Les super pouvoirs sont apparus. Mais pas les super héros. Ben Parker avait tort. David en a fait l'amère découverte. Seul rescapé de la colère de Cœur d'Acier, il s'est caché tout ce temps (10 ans) à Newcago, ville figée dans l'acier, se fondant dans la masse des esclaves humains du super despote. Où aller ? Tous les super humains ont pris le pouvoir, faisant régner le chaos. Et puis David a un but, il ne peut partir car il doit venger la mort de son père. Il connaît pour cela un secret : Cœur d'Acier peut saigner, il a vu son père le blesser... C'est donc résolu qu'il arpente la ville, analyse les données et tente de rallier les Redresseurs, équipe de terroristes humains qui tentent de détruire la super humanité. David sera-t-il à la hauteur ?

Encore une fois, Sanderson sait nous surprendre. On parle d'un monde de super héros dans lequel, justement, il n'y en a pas ! Pourquoi ? Il faudra lire. Car Brandon pense à tout, il sait comme nul autre redistribuer les cartes et rendre le tout très cohérent. C'est à mon sens, la force du roman. L'univers est plutôt sombre, désespéré. Comme dans l'Empire Ultime, un homme dirige d'une main de fer la société et on ne voit pas trop comment on pourrait s'en sortir. Puis une idée folle survient, un personnage hors norme prend le jeune poulain qui sert de héros en main. L'équilibre se rompt,lançant une série d'effets domino qui mènera à une conclusion spectaculaire. Pour comprendre le déséquilibre, chaque action présente ce qui soutient l'univers avant de le détruire. Ainsi, l'auteur fonde son contexte en même temps qu'il déroule son scénario. Ce qui donne un rythme enlevé à un univers fouillé. De ce côté là, Sanderson réussit haut la main. Néanmoins, peut-être est-ce parce que le roman est plus court ou que c'est un roman « young adult », les péripéties sont assez linéaires, juxtaposant préparation, action, réaction. Ce sera mon léger point faible.

Plus qu'un monde, Brandon sait aussi créer des personnages crédibles, complexes et variés. On s'attache à chacun, on veut percer leurs secrets. David, bien sûr, le héros, possède une psychologie complexe mais ce sont (comme à chaque fois avec cet auteur) les personnages secondaires qui brillent. Les redresseurs sont un groupe de terroristes, ils en ont conscience. Jusqu'où devront-ils aller pour arriver à leur(s) fin(s) ? Chaque personnage a sa propre raison d'être là et ses propres limites. Le Doc et ses propres motivations mystérieuses, Cody et ses racines linguistiques étranges,... On aime ce groupe et l'on craint pour leurs vies...

Enfin, parlons de fun. Car les super héros, c'est aussi du fun, non ? Brandon Sanderson nous l'avait déjà montré, l'épique, c'est son dada. Il fait preuve d'une palette de compétences infinies en ce qui concerne la descriptions de pouvoirs divins. Je vous conseille de lire la séquence de combat aux tenseurs... Pas besoin de lunettes 3D pour s'y croire !

Ai-je fait le tour ? Sans doute que non. Je pourrais aussi essayer de finir de convaincre les sceptiques comicsophiles en leur disant que je trouve une certaine proximité de l'univers avec « Age of Apocalypse » et surtout avec le dernier cycle. Je pourrais pinailler sur la dénomination « young adult », mais je crois avoir dit l'essentiel et préfère résumer :

Brandon Sanderson réussit l'exploit de nous proposer du neuf sur le thème (très à la mode) du super héros. Avec les qualités qu'on lui connaît (créateur d'univers, sens du rythme, crédibilité des personnages), il impulse une vie nouvelle aux messieurs en pyjama qui volent posant la question bien simple mais très intéressante : de grands pouvoirs mènent-ils vraiment à de grandes responsabilités ? Ne corrompt-il pas plutôt ? Cœur d'Acier est le début d'une série haletante qui connaîtra, j'espère, de nombreux épisodes que le Marvelophile que je suis suivra avec le plus grand plaisir.

StepH

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