Derniers jours (Adam Nevill)Voilà longtemps que je n’avais pas lu de roman horrifique. Il faut dire que les grands éditeurs boudent un peu le genre. Hors du King, point de salut. Quelques petits éditeurs spécialisés soutiennent les auteurs qui font peur mais ils restent durs  à trouver malgré leurs qualités. Bragelonne est bien un des seuls à nous fournir du matériel nouveau (pour le meilleur et pour le pire, j’ai souvent été déçu). Adam Nevill en est à son troisième roman traduit en français et il a plutôt bonne presse. Il était donc temps que je m’y penche dessus. Espérons que l’expérience sera délicieusement désagréable…

Kyle Freeman est ruiné. C’est que le documentariste ne fait pas de concession. Adepte d’un cinéma guérilla, il ne supporte pas qu’un producteur lui dicte sa conduite. Alors il se produit lui-même et s’endette. Aujourd’hui, il est en bout de course, tout sera fini dans quelques jours. Les banques lui prendront tout. Alors quand Maximillian Solomon lui propose 100 000$ pour tourner un doc sur la secte du Temple des Derniers Jours, il voit une porte de sortie. Il s’en réjouit d’autant plus que le mystère reste entier sur ce qui a conduit ce groupe d’individus à se suicider collectivement. Il va donc avoir quelques jours pour remonter la piste jusqu’à l’origine de la secte, jusqu’à la machiavélique Soeur Katherine. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est que son enquête le mènera sur des territoires dangereux où l’horreur n’est qu’endormie…

Au cinéma et à la TV, la mode reste au found footage et autres real docs. Paranormal activity, REC, Ghost Adventure,… peu de moyen, mais gros buzz. On retrouve des cassettes partout et des spécialistes du paranormal filment plein de docs sur le câble ! Ici, Nevill s’en inspire et tente de transposer cette technique dans un roman. C’est plutôt original. L’enjeu est bien de voir comment ces cassettes seront produites. On suit l’enquête de Kyle, qui démarre, comme dans les films, par quelques touches de surnaturel, pour plonger progressivement dans l’horreur. La technique marche plutôt bien : plusieurs scènes se succèdent comme autant de lieux étranges porteurs d’indices et d’horreur. On comprend assez vite que la secte ne faisait pas que se balader nue dans les prairies mais fricotait avec l’innommable… Le surnaturel va crescendo et la dernière partie, le dénouement, bascule dans l’action pure, comme les dernières scènes de found footage. On ne s’ennuie pas, Nevill maîtrise très bien la transposition, même si, comme dans les films, je trouve la dernière scène un peu exagérée…

Ce qui est important, à mon sens, dans un roman d’horreur, c’est que les personnages soient crédibles. Que leurs choix n’ait pas de sens et tout le scénario tombe dans le grand guignol. Ici, la personnalité de Kyle est bien établie, ni trop fade ni trop tranché, on ressent son évolution psychologique au fil du déroulement de l’intrigue. Les personnages secondaires sont aussi bien brossés et l’on s’attache à cette viande à trancher… Max, enfin, reste mystérieux et ce ne sera qu’à la dernière scène qu’il se découvrira vraiment. Les choix qui sont fait par les protagonistes sont plutôt crédibles et l’on frissonne donc à l’idée qu’il leur arrive de mauvaises choses malgré des choix justifiés… Ici, pas de blonde décérébrée dont on attend la mort avec impatience tellement elle est exaspérante !

Derniers jours est donc un bon roman d’horreur. On s’attache aux personnages et on plonge progressivement dans l’horreur, au fil des découvertes macabres. Les scènes qui se succèdent, inspirées des fameux found footage et autres faux docs réels paranormaux sont bien transposées et efficaces et se concluront sur un final plein d’action. Nevill connaît le genre et le décline avec talent. Ça fait du bien de frissonner un peu en plein été !

StepH

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