miriam black 1Panini Books est un éditeur étrange… Je n’arrive pas bien à cerner sa politique éditoriale mais force est de constater qu’il a su trouver une belle place dans le paysage imaginaire français. On l’attendait forcément sur de la licence, mais on s’attendait moins à ce qu’il reprenne le fonds d’Eclipse. Aujourd’hui, Panini Books, c’est du gaming, de la bit lit, du young adult, de la fantasy, de la sf et du fantastique ! Une offre complète !! Si nous nous intéressons plus particulièrement à Eclipse (la collection SFFF), nous trouvons du Zombie (beaucoup) de la bonne fantasy récréative, de la fantasy urbaine, du fantastique, bref, pas mal de fun. Mais nous trouvons aussi de belles pépites difficiles à classer et exigeantes. Si je devais me hasarder à donner un avis, je dirais que l’éditeur a pris la place que Pocket a laissée vacante : celle d’un éditeur à la fois entertainer et exigeant. Miriam Black contribuera à illustrer mon propos : une histoire fantastique somme toute très récréative mais d’une grande originalité.

Miriam Black jure comme une charretière, bois comme un trou, fume comme un pompier. Miriam Black est une charognarde, elle dépouille les cadavres avant de continuer sa route… Un contact peau contre peau et elle voit les derniers instants de la personne qu’elle touche. Une malédiction avec laquelle elle a appris à vivre, ou à survivre. Mais lorsqu’elle rencontre Louis et qu’elle le voit mourir de façon atroce, elle sait que ce sera sa faute et rien ne peut changer le destin…

La thématique peut paraître un peu éculée, plusieurs épisodes de Destination Finale et quelques saisons de Dead like me nous en ont pas mal dit sur le sujet (la série partage même un ton caustique avec le roman). Pourtant, il faut avouer que Blackbird possède de sérieux atouts qui nous ont fait passer un très bon moment.

Tout d’abord, Chuck Wendig utilise un procédé plutôt connu des scénaristes (ce qu’il est par ailleurs) mais ici très efficace : on donne la scène finale dès le début puis on remonte le fil de l’histoire. Ici, c’est la mort de Louis qui nous est donnée et on sait rapidement qu’on ne change pas le destin. Cette scène aura donc lieu, mais comment en arrive-t-on là ? Peut-on croire que Miriam ne changera rien ? Dès lors le roman se transforme en décompte fatal au rythme infernal. On se demande en quoi les divers choix de l’héroïne la guide sur la toile du destin comme une marionnette consciente de ne pas être maître de ses mouvements.

Mais plus qu’un script efficace, ce sont les personnages qui peuplent ce roman qui lui donnent du relief et de la vie. Tout d’abord, il nous faut parler de Miriam, la dure à cuire, la punk, mais pas que. On la découvre d’abord à gros traits, bien percutants : alcoolique et fumeuse, nihiliste, sans états d’âme. Un personnage haut en couleur, bien tranché pour commencer, ça accroche. Puis, au fil de l’histoire, de son journal ou de l’interview, elle s’affine, on comprend ses motivations profondes, ses failles. On ne peut qu’apprécier ce personnage irrévérencieux. Encore une fois, l’auteur est diablement efficace ! Et puis il y a aussi les personnages secondaires et les méchants. Eux aussi ont des traits caractéristiques facilement identifiables assez jubilatoires. Mention spéciale à Harriet et Frankie qui rappellent Croup et Vandemar de Neverwhere. J’ai adoré.

Enfin, il nous faut parler de style. Chuck Wendig aime dire des horreurs ! Afin d’accorder son texte à son héroïne et renforcer l’affection qu’on peut lui apporter, il utilise une focalisation interne et décrit les personnages et les situations avec un langage fleuri. Il ne semble pas vraiment s’interdire grand-chose. Par ce procédé, il nous fait entrer dans un univers au ton particulier, à la fois fantastique et horrible. On pourrait se dire qu’il en fait trop, mais non, il sait doser l’originalité.

Roman au ton ironique, cynique voire grossier, comme son héroïne, Blackbird est le premier tome d’une saga fantastico-horrifique (qui pourrait bien tourner à la fantasy urbaine s’il développe toutes les pistes égrenées dans ce tome) rudement efficace. Tout ici concourt à vous faire attendre la suite : des personnages hauts en couleur, un scénario diaboliquement construit et une écriture vive, ciselée et à l’humour mordant. Blackbird est le départ d’une série originale, légèrement inclassable comme la Collection Eclipse sait nous en proposer. Parfait pour un été pluvieux ?

StepH

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