black scienceJ’aime Rick Remender depuis un moment. Depuis Fear Agent, je crois (et je ne saurais que vous le conseiller en intégrale chez Akileos). Il a une façon d’écrire les comics, même le mainstream (Uncanny Avengers par exemple), très décalée et originale ; il ose tout et va à fond du concept. Il faut dire aussi qu’il sait s’entourer de dessinateurs à sa mesure : tony Moore, Toccini, Scalera… Aujourd’hui c’est le concept de mondes parallèles que l’auteur nous propose de triturer pour notre plus grand plaisir avec Black Science chez Urban Indies (Image pour la VO).

Grant McKay est dans la merde. Jusqu’au cou. Ou même plus. Lui, son équipe, ses enfants, sont coincés, condamnés à sauter de dimensions en dimensions au rythme du Pilier dysfonctionnant. Courir, chercher une solution, tenter de réparer avant que quelqu’un meure sur un monde horrible. Rentrer, trouver ce qui a mal tourné, qui a fauté. Car le danger ne vient peut-être pas seulement de l’extérieur…

Black Science est fou. On pourrait douter de l’intérêt de raconter l’histoire d’un groupe condamné à sauter de mondes parallèles en mondes parallèles (ça ne vous rappelle pas Sliders) ? Et bien oubliez toutes vos idées préconçues, ce comics sort du cerveau d’un scénariste de génie, est mis en image par un dessinateur habile et publié par un éditeur qui cherche à faire la différence aujourd’hui. Le résultat est une BD au rythme fou, punk à souhait, développant des personnages fragiles et humains, se dépassant puisque confrontés à des situations folles.

Dans le détail, Remender use d’une narration très déstructurée, lançant l’intrigue en plein milieu de l’action puis revenant sur ce qui les a amenés là. Le rythme est très rapide, sous forme de compte à rebours entre deux sauts du « Pilier ». Mais plus qu’une série d’action, Black Science développe une intrigue et des personnages denses, comme Remender sait le faire. Violents, malhonnêtes, mais aussi héroïques, protecteurs, ils nous apparaissent dans toute leur complexité.  Comme à chaque fois, l’auteur me bluffe, on se dit qu’il n’osera pas aller si loin dans le concept, qu’il ne pourra pas tout faire exploser et puis si, il le fait, il gratte les croutes et nous montre les cicatrices de l’humanité.

Si le scénario nous assoit, il s’accorde aussi surtout à merveille aux graphismes dynamiques et somptueux de Matteo Scalera et à l’encrage de Dean White. Au menu, des couleurs magnifiques, des paysages grandioses et exotiques en pleine page, des personnages tout en expressions et des planches très cinématiques. L’atmosphère dégagée est à la fois retro et extrêmement moderne. Le dessinateur excelle à nous présenter des créatures étranges et dangereuses et l’on se surprend à ralentir le rythme de lecture pour admirer les détails à l’arrière-plan des doubles pages. En bref, Matteo Scalera donne une identité visuelle unique avec son pinceau fluide et dynamique, à mi-chemin du comics et de la BD européenne.

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Bon vous l’avez compris, j’ai énormément apprécié ce titre ! Remender est étonnant et fait partie, à mon avis des voix qui font avancer le comics (je vous conseille, par exemple de jeter un œil sur Uncanny Avengers ou sa saga du Punisher si vous voulez voir la liberté et l’originalité du gars même sur des titres à forte inertie). Ici, il dépoussière un concept éculé (le voyage inter dimensionnel) pour en faire un titre vif, punk, baroque, intelligent. Il s’associe d’ailleurs pour cela avec un dessinateur italien, Matteo Scalera, peu connu mais dont le talent est impressionnant. Enfin, Urban, comme d’habitude, nous livre un recueil relié de très bonne qualité au même prix (10€) que la version US, simplement reliée. C’est dire si L’éditeur de Batman souhaite que vous découvriez ce titre !

StepH