Dernier_meurtre_avant_la_fin_du_monde

Voici un an que Super 8, éditeur de polars surnaturels (et petit frère des éditions Sonatine), nous gratifie d’une littérature populaire érudite et se moquant des frontières de genres. La maquette me plaisait, la politique éditoriale me parlait et bien sûr l’éditeur ne pouvait que me faire adhérer (Fabrice Colin). Mais voilà, je n’avais jamais trouvé le temps de m’y pencher dessus. Et puis il y a eu le Winters… Un bon pitch, une couverture accrocheuse, et l’envie de finalement savoir si la collection n’est pas une vaste escroquerie. La réponse tout de suite !

Peter Zell. Suicide au McDo. Retrouvé pendu dans les toilettes. Encore un. Il est vrai qu’une météorite exterminant toute la population d’ici quelques mois n’aide pas à investir dans l’avenir… La police ne s’embarrasse plus d’enquêter. Sauf Henry Palace, inspecteur nouvellement promu de la ville de Concorde qui doute. Suicide ou crime déguisé ? Il doit en avoir le cœur net, quelque chose cloche. Quelque chose doit clocher. Ce ne peut pas être si simple. Commence alors l’enquête, envers et contre tous. Qui était Peter Zell ? Quel était son mobile ?

Fans de romans policiers pur meurtre et enquête alambiquée, ne passez pas votre chemin ! Cette œuvre n’est pas conventionnelle, certes, mais elle mérite votre attention !

Si l’intrigue n’est pas extrêmement forte (comprenez un meurtre terrible avec des milliers de suspects et des indices difficiles à décrypter), elle maintient le suspense suffisamment pour tenir en haleine. En fait, deux intrigues vont se superposer : le meurtre en lui-même et une intrigue plus conspirationniste (il faut dire que la fin du monde s’y prête bien !). Palace se retrouve coincé entre deux énigmes qu’il doit résoudre. L’auteur fait le job, remontant le fil des indices à coups d’intuitions policières et de recherches méticuleuses et introduisant, dans un deuxième temps son histoire au long cours (car le roman que je vous expose est le premier d’une trilogie !). Une intrigue de classique en somme mais de bonne facture.

Mais ce qui a retenu mon attention et qui fait tout le sel (et le grand intérêt de ce livre), c’est le cadre et la galerie de personnages qui s’y inscrivent, à commencer par Henry Palace qui est le moteur de l’intrigue. Henry le mal nommé (personne ne l’appelle de la même manière), Henry qui subit (la fin du monde, sa sœur, ses collègues), mais Henry qui décide d’être policier, qui l’a toujours souhaité, plus que tout. Henry qui va décider que non, ce ne serait pas un enième suicide, que ce gars-là n’a pas vécu pour rien. Mais est-ce seulement le déni d’un flic qui refuse la fin de tout ou un vrai meurtre ? Toute la première partie sera l’objet de questionnement, et d’exploration des raisons qui poussent Palace à enquêter. C’est une belle exploration de la psyché que nous propose l’auteur, non sans un humour légèrement décalé. S’en dégage une atmosphère étrange et très prenante (j’ai adoré, pour être clair !). Plus globalement, les protagonistes de l’intrigue sont bien campés avec ce léger décalage ironique qui sied à toute fin du monde qui se respecte. Pour autant, tout paraît plutôt crédible et, en dernière analyse, pas si drôle que ça…

Si je dois résumer, je dirais que je me suis vraiment régalé à la lecture de ce premier tome de trilogie que Ben Winters nous propose. Les personnages (et en particulier le héros) sont bien campés, savoureux, nous parlent du monde, fini, et de nous. L’intrigue, qui pourrait être définie comme classique gagne une autre dimension avec la question de sa véracité. L’intrigue générale qui nécessitera 3 tomes me laisse plus sceptique mais je suivrai encore Henry Palace et ces questionnements existentiels. Au final, Super 8 nous propose un roman dans la droite ligne de la politique éditoriale fixée : un roman distrayant mais érudit et intelligent, un roman qui se moque des frontières pour nous dire quelque chose. Bravo !

StepH