incroyable histoire

Tout le monde connaît les Contes de la Rue Broca, fameux et fabuleux recueil de contes enfantins de Pierre Gripari. Tout le monde connaît Pierre Gripari, au moins pour ce livre-là. Et comme souvent, tout le monde s'en contente, ce qui est déjà pas mal. Je ne ferai pas l'affront au monsieur de dire que le monde ignore royalement la sueur et le temps passés sur ses autres œuvres, pour en faire l'auteur d'un seul succès. L'un dans l'autre, c'est déjà pas si mal, en fait, et puis de toute façon il est mort, alors il s'en balance (sans doute).

Mais passons. Il est peut-être temps de mettre un terme à cette pénible et boiteuse introduction, qui aurait pu se résumer à cette seule phrase : Pierre Gripari a écrit d'autres livres que les Contes de la Rue Broca. Parmi eux, donc, L'incroyable équipée de Phosphore Noloc.

Vous serez peut-être surpris de l'apprendre, on retrouve dans ce roman la malice jubilatoire, la tendre bienveillance, doublée cette fois d'une féroce indépendance d'esprit et de ton. Farce ? Odyssée ? Roman surnaturel ? Conte philosophique ? Dystopie ? Le livre est un peu tout ça à la fois. Construit sur la base de chapitres très courts, il se dévore sans y laisser paraître, nous portant de péripétie en péripétie sur la vague de nos rires ravis.

Le roman est pétri de trouvailles, depuis son principe même (un savant, le dénommé Phosphore Noloc, donc, acquiert la certitude que l'Amérique n'existe pas, et il prend un navire de croisière en otage pour aller vérifier son idée par lui-même) jusqu'aux personnages (Dieu déguisé en vieille noire fumant la pipe, un marin antipathique, le roi Paté-Paté et son fils Ti-paté adorateurs de Ti Yézou (le petit Jésus ?) en passant par les lieux visités (l'île de Pédonisse, où l’on ne devient enfant qu'à 25 ans, la mer du poisson-fumant...) et cette formidable « combinaison-bulle » qu'ils utiliseront pour se déplacer en mer. Entre temps, Gripari prendra soin de mettre en œuvre bien des évidences, s'attaquant sans vergogne à la civilisation et à ses ravages pour nous rappeler à des idées simples – et à ne surtout pas ériger en principe, selon ses propres prescriptions.

Bref, en un mot comme en cent, c'est un régal, qui se termine sur ce constat final : « Votre bon Dieu, votre démocratie, votre nationalisme, votre communisme, ce ne sont que des attrape-couillons. »

Qui dit mieux ?

Zolg.