Contes-fee-verte-Brite

Ceci est la chronique d'un échec : celle d'un livre que je n'aurai pas réussi à lire jusqu'au bout. Je suis parti avec de bonnes intentions, pourtant. Poppy Z. Brite, un auteur de la Nouvelle Orléans – quand t'as regardé Treme (fabuleuse série à regarder sans délai !) jusqu'au bout et que tu cherches un moyen de t'y replonger autrement que par le biais de son (excellente par ailleurs) musique, tu te dis « un auteur qui va écrire sur du vaudou, allez en avant. »

C'est ça que tu te dis. Enfin, c'est ça que je me suis dit. Alors tu (je) emprunte(s) à la bibliothèque un livre de cette gentille dame qui est devenue un monsieur (monsieur Billy Martin, selon saint-Wiki), si j'en crois les dernières rumeurs, et qui est une "poète du noir", une "esthète de l'obscur", pour résumer ce qu'il s'en dit ici et là.

Et puis tu le lis... ou en tout cas, tu essayes.

Cher lecteur, moi aussi j'ai été adolescent, j'ai connu ma part de fascination morbide. J'ai kiffé The Crow et Brandon Lee, écouté The Cure et Alice in Chains (même que ça m'arrive encore), et je dois reconnaître qu'Edgar Poe exerce encore sur moi une sorte de fascination exagérée (même si ça n'est plus pour les mêmes raisons qu'autrefois, le bougre possédant un talent bien plus diversifié que ce que l'on veut bien souvent en dire). Malgré tout, je n'ai pas souvenir d'avoir lu/vu/écouté quoi que ce soit qui aille aussi loin dans le morbide.

En soi, Mlle Brite/mr Martin réalise(nt) déjà une performance.

Allez, je l'avoue, je n'ai pas lu l'intégralité des Contes de la fée verte. Je ne suis venu à bout que de la moitié, en fait. Et j'en ressors avec une question : qu'est-ce qui intéresse les gens, que diable ?

Le livre est précédé d'une préface de Dan Simmons, présentant la demoiselle comme l'un des « grands auteurs à venir », ce qu'elle était vraisemblablement à la fin des années 90, et force est de reconnaître que la prophétie s'est avérée juste. Mais, soyons sérieux : est-il possible – vraiment, est-il possible que des gens regardent des films tels que Vendredi 13, Hellraiser ou Massacre à la tronçonneuse en les prenant au premier degré et en prenant leur pied en contemplant les incroyables effusions de sang qui en constituent la sumstantimfims mwell? Dois-je réellement croire que tant de personnes achètent des livres, voire en écrivent, pour compenser leurs pulsions morbides et se délecter des pires atrocités couchées sur papier blanc ?

Ma foi, pourquoi pas. Je ne dis pas que le monde est beau et blanc, il y a forcément violence et noirceur à un moment ou à un autre, dans une oeuvre. Mais je veux dire... dans la même logique, il y a (il doit y avoir) forcément un peu de lumière... non ? Je suis peut-être en-dehors de la norme, en fait. Malgré tout, à la lecture de ces contes je me dis que quelque chose ne tourne pas rond. Chez moi, ou chez elle... ou chez ses fans. Mais enfin... ?!? Peut-on réellement fantasmer à l'idée d'une personne s'enfonçant un fémur dans le... truc ? A celle de frères siamois mourant d'infection après avoir essayé de se recoller ? A la pensée d'une déesse dévoilant les moississures de ses parties intimes pour convertir de pauvres types à la zombitude ?

Je n'en dévoilerai pas plus. Les Contes de la fée verte m'auront, quant à moi, fait l'effet d'un plat trop mauvais pour que je me resserve : très rapidement, j'ai décidé d'arrêter les frais, refusant de céder à cette fascination qui semble s'emparer de bien d'entre nous quand nous sommes confrontés à ce qui nous échappe. Oui, j'ai été adolescent et j'ai même fait rire la classe entière pendant une exposé sur les camps de concentration (que personne ne m'en veuille, c'était il y a vingt ans, prescription officielle). Mais j'avais 14 ans, et j'ai été récompensé d'un zéro, que j'arbore fièrement dans les soirées mondaines pour changer le cours de la conversation quand il commence à tourner autour du thé, des voitures de sport ou de la cannelle. Et aujourd'hui, je ne peux, comme tout le monde, je pense, m'empêcher de frissonner en regardant l'infinité de documentaires sur le sujet, en pensant aux horreurs qui se sont déroulées là et à celles qui se déroulent encore dans notre monde, et j'avoue que, ce que je recherche dans un livre, ce sont des solutions, des optique différentes, des angles de vue éclairants. Il y a peut-être, il y a sans doute du traumatisme dans cette littérature-là, et par ce biais, je peux la comprendre. Mais bon... je dis ça, je dis rien.

Après, rendons à Billy ce qui appartient à Poppy, c'est formidablement écrit. La plume et l'angle sont remarquables. Autre mérite, elle se dresse sans crainte face aux tenants absolutistes du schéma narratif, nous proposant des histoires inattendues et originales, au déroulement souvent inattendu. Mais enfin... pouah !!! On peut le prendre dans le sens que l'on veut, à un moment, il n'existe qu'un jugement : madame Brite, vos histoires ont beau être bourrées de qualité, elles sont dégueulasses, pardon.

Enfin... comme je suis bien élevé, je dis : « moi j'aime pas. »

Zolg