julia

Peter Straub fait partie de mes souvenirs d’enfance. Non que je l’aie lu, caché sous ma couverture avec une torche électrique braquée sur le terrible roman, j’étais un peu trop émotif pour cela, mais parce que mon meilleur ami, qui se gavait de Stephen King, Masterton et autre Koontz de la collection Terreur de Pocket le faisait. Il n’en dormait pas de la nuit et n’aimait plus trop éteindre les lumières. Moi ça m’angoissait par procuration. Aujourd’hui adulte, j’ai eu envie d’affronter ces peurs enfantines. Masterton, King, Herbert, c’est fait avec des bilans mitigés. Reste Koontz, Barker et Straub. Le côté prétendument littéraire de ce dernier m’a toujours attiré et les rééditions m’ont donné l’occasion de me plonger dans Ghost Story. Ce n’était sans doute pas le bon moment et je l’avais abandonné, un peu ennuyé. Aujourd’hui, c’est donc une deuxième chance pour moi de rencontrer Peter Straub avec Julia, toujours grâce à la courageuse collection L’Ombre de Bragelonne. Vais-je enfin être séduit, comprendrais-je les terreurs nocturnes de mon ami d’enfance ?

Julia fuit. Son mari, ses souvenirs, l’hôpital. Elle ne veut plus de cette vie-là et cette belle maison pourrait lui offrir l’opportunité de refaire sa vie, enfin libérée de l’influence de Magnus et du souvenir de sa fille. Mais rien ne se passe comme prévu. D’abord cette fille, qui ressemble si fort à Kate. Et puis le harcèlement de Magnus, qui cherche à la rendre folle. Elle a beau essayer, on ne sort pas si vite des griffes d’un pervers, surtout lorsqu’on est très riche. Mais si le bourreau n’était pas seulement le mari ? Si la maison cachait un horrible et dangereux secret ? Et si Julia été tout simplement folle ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Peter Straub ne fait pas de cadeaux à son héroïne (la victime de son roman !). Très adroit sur la construction de ses personnages, il arrive à créer une véritable empathie entre nous et eux. C’est d’autant plus terrible que son objectif reste de les torturer (psychologiquement et physiquement, parfois). On aime assez rapidement Julia, on la plaint, on veut qu’elle sorte des griffes de ce salaud de Magnus. Mais on se dit que la pauvre est assez instable aussi. Qui ne le serait pas après avoir perdu la chair de sa chair ? Magnus, Marc, Lili sont aussi dépeints et suivis avec finesse et perdent assez rapidement leur statut de gros méchants pour devenir des personnes complexes (et d’autant plus effrayantes de bêtise). Enfin, la maison, comme dans toutes histoires de hantises supposées, est dépeinte, caractérisée, horrible et effrayante. Cet attachement aux protagonistes est d’autant plus important que l’auteur nous livre un roman sensible, loin des gros effets spéciaux, tout en finesse. Parle-t-on de folie, la maison est-elle hantée ? La première partie laisse place au doute et c’est particulièrement bon. Straub aime jouer avec nos nerf, inférer sur ce qui se passe vraiment, avec en point de mire qu’il va arriver des choses horribles à Julia.

Mais si les personnages sont vivants, c’est grâce aussi à la grande qualité d’écriture de l’auteur. J’écrivais en préambule qu’il était considéré comme un écrivain au style plutôt soutenu et je me joins à tous ceux qui le disent : Peter Straub attache une belle importance au style, ce qui contribue sans doute à le classer dans une mouvance un peu gothique. Les mots ont un sens, on ne retrouve pas des répétitions toutes les 4 lignes, ce qui le classe au-dessus de pas mal d’auteurs contemporains ! En revanche, nous perdons un peu parfois en rythme. Il faut aimer patienter, ce qui ne se passe plus ni dans les romans d’horreurs ni dans les films récents. L’écrivain décrit, fait le tour de la question, utilisant plus que des dialogues pour faire avancer l’intrigue. Certains seront déçus. Moi ça m’a bien plus. Sans doute aussi parce que le roman n’est pas très long, j’avais eu plus de mal sur Ghost story.

Au bilan, Julia n’a pas pris une ride (il date de 1976). Très bien écrit, il comporte son lot de scènes effrayantes mais c’est bien plutôt le thriller psychologique qui m’a interpelé. Straub est un auteur habile qui sait donner vie à ses personnages, les rendre crédible, nous confronter à une inquiétante étrangeté qui sied presque plus au roman fantastique qu’à l’horreur. Les fans d’œuvres extrêmes, dures, passeront leur chemin, les accros aux gros frissons aussi (je n’ai pas dormi la lumière allumée !) mais les lecteurs avides de littérature se laisseront tenter avec plaisir. Pourvu que Bragelonne continue de résister et de nous procurer des titres de cet acabit car il n’est pas si facile de publier du fantastique et de l’horreur aujourd’hui.

StepH

NB : une adaptation cinématographique a vu le jour en 1977 avec Mia Farrow (l'actrice de Rosemary's baby)en voici la bande annonce :

The haunting of Julia Trailer aka Full Circle

 

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