dimanche 18 octobre 2009
HUB : Okko.
La
littérature est un voyage immobile dans un paysage sans limite. Au-delà de ce
lieu commun existe un paradoxe. On pourrait croire que les contrées de
l'imaginaire, ne subissant pas les contingences du monde vulgaire, transcendant
espace, temps et lois de la physique ne connaissent aucune borne. Or, ces
terres semblent parfaitement topographiées parfois même très précisément donc
limitées inconsciemment. Le sujet est bien plus vaste à développer que l'oeuvre
sur laquelle s'appuie cette chronique ; mais sa qualité narrative semble y
conduire.
Dans un Japon de traditions, un vieux bonze, marqué au front du signe des voleurs, se remémore les épisodes marquants de son prodigieux passé. Un passé étrangement lié au destin d'un samouraï sans maître chasseur de démon et aux quatre éléments.
L'eau tout
d'abord, dans un premier cycle où il évoque comment, jeune et pauvre pécheur,
il a sacrifiée sa liberté pour qu'un illustre chasseur de démon daigne
s'intéresser à l'enlèvement de sa soeur. Une aventure qui les conduira dans une
île inhospitalière battue par les vents marins où règne un seigneur despote
depuis son château suspendu dans les airs. La terre ensuite, car c'est dans les
sommets enneigés que cette bande hétéroclite mène une quête absurde pour
découvrir quelle mystérieuse force a pu terrasser le plus inébranlable acolyte
de cette compagnie. Quête qui connaît son apothéose dans une immense bataille
rangée à un contre dix contre une horde de morts-vivants s'extirpant des
entrailles de la terre. Pour entamer le Cycle de l'air quoi de plus approprié
que l'apparition d'un cerf-volant. Un cycle qui commence sous une fraîche bise
qui se change en une tempête qui dévaste tout sur son passage, semblant calquer
sa course sur le destin du héros...
Nous voguons ici en des terres inexplorées, aux limites de nos cartes des contrées imaginaires. Car le médiéval fantastique est une question de point de vue... Aux antipodes des chevaliers errants, dieux et démons qui nous semblent si familiers existent rônins, kamis et onis : un Japon des mythes et légendes. Effrayant voyage s'il en est, grand bond en avant dans les traditions asiatiques qui pour certains d'entre nous sont inconnues. Contrées inexistantes de notre imaginaire même si l'on a côtoyé le miroir quelque peu déformant du manga et du cinéma de Hong-Kong.
Alors est posée la question de savoir si l'exploration en terres déjà colonisées est plus plaisante qu'un voyage en terres inconnues. Et si tout comme il est bon de posséder un bon guide pour visiter de nouvelles contrées, il faut être versé dans le folklore nippon pour apprécier tout le sel de cette oeuvre ?
Mon conseil
: peu importe, laissez-vous entraîner par la narration de Hub. Car le terme qui
la caractérise le plus n'est pas " original ", mais
" juste ". Certes nous évoquons une histoire inscrite dan
un contexte singulier : Evoquer Okko, c'est respirer un rythme entre lenteur de
méditation contemplative et souffle saccadé d'un combat de sabre cher aux
samouraïs. C'est observer une image emprunte de maîtrise entre dépaysement
asiatique et codes familiers dés lors que l'on observe évoluer un étrange coterie
face à ses doutes : le mystérieux passé du héros ténébreux, le sacrifice de
l'enfant et son nouvel apprentissage, le monstre au service du bien... Le tout
rendu avec une précision de calligraphe, inscrite dés la couverture. Alors peu
importe l'accent avec lequel vous est contée une histoire dés lors qu'elle vous
parle. Cycle de deux albums, on ressent en lisant Okko que chaque dessin,
chaque case, chaque dialogue est pensé en fonction du suivant pour produire un
tout qui se suffit à lui-même. De plus, le dernier album en date apporte son
lot de rebondissements extraordinairement bien placés dans l'ensemble de
l'oeuvre de cinq existants.
La question d'un lecteur au combien casanier paraîtra peut-être simpliste mais : Vous sentez-vous prêts à sauter le pas, à franchir les océans qui bordent les côtes de votre imaginaire pour atteindre l'île, ou pour certains la presqu'île, qui mène à ce Japon médiéval fantastique ?
Vous m'en
feriez un grand honneur, une dignité de samouraï...
Pacman.
lundi 14 septembre 2009
LEHMAN, Serge, COLIN, Fabrice : La Brigade Chimérique
Mais pourquoi n’y a-t-il aucun super héros français ?
Les fans de comics se sont parfois posés cette question et rêvent
en secret de voir naître nos champions nationaux (et européens) et de se
passionner de leurs récits. Pourtant, si l’on regarde l’histoire, on se rend
compte qu’ils ont existé mais que le peuple les a oubliés. Lehman et Colin ont
donc entrepris de nous compter la fin de leur histoire et de nous expliquer
pourquoi nous ne nous souvenons pas d’eux. Est-ce le début d’un golden age des
comics français ?
L’histoire est complexe à exposer sans déflorer l’intérêt de
la lecture. L’action se déroule à la fin des années trente. Les nations s’inclinent
vers le totalitarisme. Les fiers héros de la première guerre mondiale, nés dans
les tranchées, tentent de dégager l’Europe d’une nouvelle guerre qui serait
désastreuse. Mais nos protagonistes ne sont plus tous aussi nets… Les intérêts
politiques et personnels entrent en jeu, comme les sentiments politiques…
Chacun se débat donc avec ses armes afin de créer le monde qu’il souhaite voir
naître.
La Brigade Chimérique s’inspire de la Ligue des Gentlemen
extraordinaires, c’est un fait. Le graphisme de Guess (Carmen mc Callum)
ressemble étrangement à du Mignola. Ne serait-ce donc qu’une énième resucée,
une nouvelle tentative bidon de créer du neuf avec du vieux ? Je pense que
non. Certes la ressemblance est frappante. On retrouve dans la Brigade
Chimérique des personnages historiques et fictifs qui ont eu leur heure de
gloire. Ils forment une sorte de groupe désordonné dans lequel l’ego et les
idéaux influent fortement sur les causes plus grandes. Mais l’ambiance est plus
sombre et l’histoire (même si elle reste encore très confuse sur le premier
tome) trouve une vie propre. Les références historiques, qu’elles soient
littéraires ou non, abondent et l’on s’incline devant la culture de Lehman. Certains
diront que la culture, c’est comme la confiture et qu’on en a marre de ces œuvres
qui n’ont de sens que d’étaler le savoir de l’auteur. Je répondrai que ce n’est
pas forcément le cas ici. Je ne connaissais pas tous les protagonistes et
toutes les références mais j’ai pourtant lu avec plaisir ces aventures. L’alliance
à la fois insouciante des pulps et l’ambiance sombre d’une période difficile se
marient très bien et l’on peut lire cette saga pour elle-même. Evidemment tout
l’intérêt réside aussi dans les clins d’œil et dans la réutilisation de héros
de sf des années trente, mais l’on peut s’en passer.
Au final, c’est une série qui m’a l’air d’être de qualité. Le
travail des scénaristes est indéniable et l’on se prend à vouloir connaître la
suite des aventures de nos héros européens. Guess a, à mon avis, produit un
beau travail au niveau graphisme, même si certains disent qu’il n’arrive pas à
la cheville de Mignola. Quoiqu’il en soit, on sera vite fixé sur la qualité de
la série dans la longueur puisque l’Atalante publiera très rapidement les
autres tomes : alors que le tome 1 est sorti le 21 août, le second paraîtra
le 16 septembre et le troisième le 16 octobre.
Au prix de 11€ le tome, on peut se laisser tenter en
attendant la sortie chez Panini comics des inédits de la Ligue des Gentlemen
Extraordinaires…
StepH
PS : les auteurs ont eu la merveilleuse idée de créer
un site. De belles illustrations, des explications sur la genèse du projet, les
références expliquées. Une extension indispensable à la BD ! Voici l’adresse :
http://brigadechimerique.com/
jeudi 21 mai 2009
MASE, Motoro : Ikigami, préavis de mort.
Dans un futur proche, le Japon a promulgué une loi
« pour la prospérité nationale ». Dans le cadre de cette loi, chaque
enfant sera vacciné en entrant à l’école primaire. Une seringue sur quelques
milliers contient une capsule qui programmera la mort de l’infortuné qui a reçu
l’injection. Ainsi, devenu adulte, l’Etat le préviendra de sa mort 24h avant
qu’elle n’arrive. Ce programme a été mis en place afin que chaque citoyen du
Japon comprenne l’importance de la vie, qu’il faut être productif tant que l’on
est vivant et qu’on ne doit pas tomber dans la
criminalité…
Le jeune fonctionnaire Fujimoto est chargé de délivrer ce
préavis de mort précisément 24h avant le décès programmé de ce sacrifié pour le
bien de la société. On suit donc parallèlement le parcours du héros, avec qui
l’on découvre les rouages de cette machine implacable, les fondements
idéologiques qui la soutiennent, et les dernières 24 h de ces citoyens
infortunés qui doivent faire face à cette mort injuste…
Le sujet de ce manga fait froid dans le dos. Le récit
d’anticipation que nous livre MASE n’est pas si loin d’un 1984 ou encore d’un
fahrenheit 451… Le monde mis en place est crédible, ce qui le rend d’autant
plus effrayant. On s’imagine les dérives qui pourraient amener notre société à
promouvoir de telles solutions. Plus on avance dans l’intrigue, plus on
constate le vrai travail de réflexion que nous propose l’auteur. Il faut dire
d’ailleurs qu’il est considéré au Japon comme un contestataire convaincu.
Le fonctionnaire que l’on suit est la voie sourde d’une résistance
intellectuelle silencieuse. Il nous permet d’appréhender le monde qui
l’entoure, de se poser des questions sur notre société. Le parcours des
victimes propose des thématiques plus larges sur le sens de la vie et sur les
choix que l’on fait. Parfois les thèmes deviennent forcément métaphysiques.
Le graphisme est agréable, sobre et soutient bien le
propos : une société lisse, proprète, dans laquelle la révolte ou même la
contestation n’est plus permise.
Au final, cette série me semble vraiment digne d’intérêt,
prouvant s’il le faut que le manga ne se résume pas à une succession de combats
factices ponctués de « gouahhh » et de « yaaahhh ». Elle
plaira à un public peu habitué au manga. Elle donne envie de réfléchir sur une
société qui semble bien proche de la notre, avec comme point d’orgue une
question horrible : lorsque l’on suit les victimes de cette loi
arbitraire, la conclusion n’est-elle pas qu’ils vivent plus intensément ces 24
dernières heures que tout le reste de leur vie ? L’auteur ne donne-t-il
pas du crédit à la solution imposée par l’Etat ? Vous n’aurez la réponse à
cette question qu’en suivant la série… Pour le moment, deux tomes sont parus,
le troisième paraîtra en juillet.
StepH
mardi 28 avril 2009
WILLINGHAM, Billy, MEDINA, Lan : Fables : Légendes en exil.
Vertigo, collection de DC (Batman, Superman, Flash, la Ligue
des justiciers) à destination d’un public plus adulte, nous a habitué à une
production de très haute qualité. On ne compte plus les classiques
incontournables depuis sa création : Sandman, V for Vendetta, Hellblazer
et j’en passe… Collectionnant les prix, elle nous propose des créations
intelligentes et fascinantes, prouvant s’il le faut que les américains (et les
britanniques) ne se contentent pas de raconter la vie de gars en collant qui
sauvent le monde mais proposent une variété d’histoires qui n’ont rien à envier
à notre production franco belge. Avec ce titre, Willingham nous plonge encore
une fois dans un monde plein de saveurs et de références qui est déjà devenu un
incontournable.
Les personnages des fables de notre enfance existent. Ils vivent parmi nous, exilés depuis l’invasion de leurs Royaumes par l’Adversaire. Ils ne vivent plus si heureux que ça, obligés de se cacher, de se faire passer pour des « communs ». Les plus humains de forme sont les citoyens de Fableville, en plein cœur de New York. Les autres sont exilés à la Ferme… Blanche Neige est adjointe au maire, divorcée du prince charmant qui la trompait. Elle gère les conflits réguliers des Fables et maintient un semblant d’ordre dans cette société pleine de tensions. Le Loup est le Shérif de la ville, amnistié de ses crimes comme tant d’autres meurtriers de Fables.
Tout n’est pas pour le mieux pour cette communauté en exil.
Mais tout empire lorsque Jack fait intrusion dans le bureau de Wolf pour l’informer
que Rose Rouge, la sœur et rivale de Blanche Neige, a disparu et que du sang macule
tout son appartement. Commence alors une enquête au cours de laquelle Blanche
Neige et le Grand Méchant Loup vont devoir découvrir qui a commis ce crime,
quitte à déterrer les lourds secrets des habitants de Fableville…
Reprenant volontairement une structure narrative somme toute
assez classique (la résolution d’un crime dans la plus grande tradition du
roman policier), le premier tome de cette série nous fait découvrir un monde
cohérent, intelligent et chargé de références. Si le contexte de fantasy
urbaine ne paraît pas de primes abords d’une très grande originalité (combien
de reprises un peu trash des fables a-t-on vu fleurir en littérature ou sur nos
écrans ?), la manière de le traiter apporte une saveur particulière à
cette histoire. Willingham joue avec ses personnages, leur apporte consistance
et réalisme. Il joue avec les codes des fables (et avec ceux du polar pour ce
tome). Au final, l’histoire se dévore et pose les bases d’un monde riche,
mystérieux et parfois drôle.
Les graphismesde Medina et l’encrage sont classiques mais collent bien à l’ambiance même s’ils manquent un peu de caractère à mon sens. Mais rassurez-vous cela ne nuit absolument pas à la lecture ! Vous chercherez tout de même tous les détails des planches. Plus récente (le premier story arc débute en 2002), cette série ne souffre pas de l’effet vieilli que nous procure un Sandman ou un Hellblazer. Medina sera remplacé dès le tome 2 Par Mark Buckingham qui est très bien. Remarquez aussi que les couvertures sont excessivement belles !
Notons enfin que Légendes en exil est un premier tome. En
tant que tel, outre la merveilleuse histoire que l’on lit, on a l’immense
plaisir de découvrir, lorsque l’on poursuit l’aventure avec les tomes suivants,
de découvrir à que l’auteur nous avait déjà donné des pistes et qu’il maîtrisait
déjà le monde qu’il créait.
Vous l’avez compris, je ne peux que conseiller à tout le
monde la lecture de ce premier tome (et de ses suites !). A son habitude,
la collection Vertigo nous délivre de vrai histoires, intelligentes et
remarquablement produites et réalisées. Je suis actuellement sur le deuxième
opus et je ne regrette absolument pas. Le monde grandit, on en découvre plus,
le nombre de références s’agrandit, à tel point qu’on ne les reconnaît pas
toutes parfois. Un véritable classique en somme !
StepH
jeudi 9 avril 2009
KERASCOËT, VEHLMANN : Jolies ténèbres
Je lis beaucoup de BD d’une manière générale. Beaucoup de la
production d’aujourd’hui se ressemble et n’apporte pas grand chose à part du
divertissement. Alors quand sort une Bande dessinée qui me met une claque comme
ça, je me sens obligé d’en parler !
Jolies ténèbres s’ouvre sur un goûter entre une petite princesse et son prince. Graphismes enfantins, couleurs bonbons. « Reprendrez-vous un peu de thé ? Volontiers ma chère. ». Mais ce moment idyllique tourne court lorsque tout s’effondre autour du petit couple : d’abord des gouttes géantes, couleur sang puis le toit et les murs se resserrent et on ne peut plus que fuir, tenter de sortir… C’est alors que l’on voit où habitait ce petit monde et qu’on les suit au cours de leur tentative de survie dans ce nouveau monde hostile…
Je reste mystérieux sur l’histoire à dessein car une partie de l’intérêt réside dans la découverte. Je peux vous dire que lorsque l’on voit le graphisme, on ne s’attend pas du tout au contenu. Pourtant, dès la quatrième planche, on est fixé ! Contrairement donc à ce que nos yeux perçoivent, c’est une histoire sombre, très sombre même, cynique et sans concession.
Cette œuvre joue sur les contrastes comme en atteste l’oxymore du titre. Aux graphismes enfantins s’oppose l’effroyable histoire de la survie de ce petit peuple. Qui est-il d’ailleurs ? Les auteurs ne donnent pas de réponse. A nous de trouver, de tenter une exégèse.
Reste la survie de ces personnes mal préparées à ce monde,
et vierge de toute notion de sociabilité et d’empathie. On dévore les pages de
cette BD, horrifié, mal à l’aise, cherchant des réponses qui ne viennent pas.
Tout va de mal en pis dans la plus grande insouciance…
A mon sens (et après quelques recherches pour confirmer), l’œuvre parle de l’enfance. Mais pas celle qu’on aime à regarder : égoïsme, immoralité, méchanceté, naïveté extrême… Tant de concepts que l’on n’ose pas associer à nos chères têtes blondes. Mais souvenez vous de ces moments dans les cours de recré où humiliation et ostracisme étaient le pain quotidien... Le résultat est choquant, saisissant mais pondéré (ou aggravé, je ne sais pas…) par le graphisme du duo Kerascoët.
Pour moi, cette œuvre deviendra un classique tant tout est
bien pensé. Certes certain ne supporteront pas et crieront au scandale (ça a
déjà commencé…) mais il est indéniable que cette BD est terriblement bien réalisée. Je vous disais que ça avait été une claque pour moi mais je pense
plutôt que c’était une sorte de piano à queue que j’ai reçu par la
figure ! Jetez-vous y d’urgence sauf si vous avez l’âme sensible ou que
vous êtes gaga des enfants…
StepH
lundi 9 mars 2009
ADLARD, KIRKMAN, MOORE : WALKING DEAD
Comme le
temps passe vite: ma dernière critique remonte à huit mois déjà et je vous y
faisais part de mon intention de chroniquer un monument du comics actuel, le
susmentionné Walking dead.
Les morts marchent en effet. On ne sait toujours pas pourquoi, mais leurs intentions sont quant à elles bien claires : Brrraiiinnnns ! L’histoire débute avec le point de vue de Rick (les patronymes ne sont guère plus d’usage à présent), un policier d’une petite ville des Etats-Unis, marié et ayant un fils. A la suite d’une intervention qui tourne mal, celui-ci perd connaissance. Lorsqu’il se réveille quelques jours plus tard (28 ?), c’est pour découvrir un hôpital, une ville puis un monde où la mort a pris la place de la vie. Dès lors, il n’a qu’une obsession : retrouver sa chère famille.
Encore des zombies, me diront certains ? Pas vraiment non.
Tout d’abord le ton de l’histoire : amateurs de gore rigolard, passez votre route. En détaillant le quotidien d’un groupe de survivants et des rapports qui les unissent les uns aux autres, Kirkman frappe juste. Les zombies ne sont finalement qu’une toile de fond, un prétexte comme bien souvent, pour nous parler de l’évolution d’hommes et de femmes en période de troubles. Les personnages parlent, réagissent et se comportent avec justesse et vraisemblance, terme trop souvent oublié dans les oeuvres relevant de l’imaginaire. Les rebondissements sont nombreux et très inattendus : dans les premières pages, la mort frappe soudainement, là où l’on s’y attend le moins, emportant des personnages auxquels on était attachés. Le rythme est soutenu, enlevé, surtout dans les premiers tomes, où aucun moment de répit n’est ménagé, au point que l’on n’en peut plus d’attendre la suite… C’est un peu différent pour les derniers volumes, à mon sens, où l’histoire semble s’essouffler un peu. A la décharge du scénariste, on ne voit pas comment ils auraient pu poursuivre sur ce tempo. Au contraire, cette cassure dans la trame permet aux auteurs de nous emmener sur des terrains surprenants, posant des questions pertinentes sur l’humanité : que devient la loi en l’absence de société, qu’est-ce qui définit un crime… Dès lors que le modèle de la société vole en éclat, plus rien ne peut rester comme avant. C’est un monde que Rick et ses congénères se doivent de réinventer. En plus de survivre.
Walking dead est donc une œuvre poignante, prenante, autant philosophique que divertissante, intelligente et violente. Certains passages sont (très) durs : quelques planches peuvent être très gores, mais surtout c’est de violence psychologique dont je veux parler. « Monstrueux » (volume 5) est d’une noirceur telle qu’il n’est pas à mettre entre toutes les mains. Lorsque vous le lirez, imaginez le calvaire des lecteurs de la première heure qui ont dû patienter plus de 3 mois pour en connaître la suite.
Pour finir, quelques mots sur le graphisme car on oublierait presque que l’on parle d’un comic. J’ai nettement préféré le premier dessinateur de la série, Tony Moore, au coup de patte précis et fin, et qui restituait à merveille les émotions des protagonistes, avec des encrages plus doux et nuancé. A un tel point que lorsque le relais est passé aux mains de Charlie Adlard, il m’a fallu une période pour m’habituer : le trait est plus nerveux, tremblant, on a du mal à reconnaître certains personnages. Mais cela va de pair avec leur perte de repères : c’est une volonté des auteurs de rendre leurs héros méconnaissables.
Un dicton de cinéphile promet qu’à chaque période de crise est associé un grand film de zombie. La crise est là, alors précipitez-vous sur Walking Dead…
Mr Jack
samedi 7 février 2009
AYROLES, MAÏORANA, LEPREVOST : D
En 2002 se concluait, au bout de 6 tomes hilarant,
l’histoire de Garulfo, la petite grenouille qui voulait devenir un homme. Après
avoir dépoussiéré le conte de fée, la belle équipe remet le couvert en
s’attaquant au mythe du vampire. C’est plein d’espoir que j’ai parcouru cette
BD et je n’ai pas été déçu !
En pleine époque victorienne, Richard Drake, célèbre
explorateur, rentre d’expédition. A l’occasion d’une grande soirée, il fait la
connaissance d’une jeune femme, Catherine Lacombe, qui ne le laisse pas
indifférent. Malheureusement, notre héros se fait souffler la dame par un
mystérieux dandy… Drake ne le sait pas encore mais c’est le début d’une
nouvelle aventure qui le conduira à chasser un prédateur bien plus rusé et
dangereux que ceux qu’il a déjà chassé…
Les graphismes et l’encrage, fins et dynamiques, nous
plongent directement dans une époque victorienne bien éloignée des bas fonds
sales et sombres de Jack l’éventreur ou d’Oliver Twist. Lumineux, extravagant,
cette époque représente ici le dandysme. Les protagonistes qui entourent le
héros sont futiles, n’écoutent pas grand chose et préfèrent les commérages à la
politique. L’ambiance est donc posée, pleine de lumières et de strass.
L’énigmatique rival de Drake ne dépareille pas dans l’ambiance, incarnation du
dandy, il est comme né de son temps.
Le scénario est plein de références mais ne s’alourdit
jamais, on le lit d’une traite, happé par l’aventure. Rappelant les classiques
mais ne les copiant (pour le premier tome en tout cas) pas, l’histoire prend de
l’intérêt que l’on soit spécialiste du vampire ou néophyte. L’humour disséminé
tout au long de l’album termine de donner un goût spécifique à cette relecture
du mythe du suceur de sang.
Emballé, c’est le moins que l’on puisse dire de mon avis au
sujet de ce premier tome ! Je me suis régalé ! A la fois bonbon
acidulé, travail sérieux et récit d’aventure efficace, on se laisse vraiment
emporter, on a envie de relire, de faire des recherches et de trouver les
références. Pourvu que ce soit aussi bien sur la longueur !!
StepH
dimanche 18 janvier 2009
PONZIO, MARAZANO : Le complexe du chimpanzé
Je vous avais déjà parlé de ce duo d’auteurs lors du vite,
vu vite lu sur Genetiks. Je vous en avais dit le plus grand bien. Aujourd’hui,
puisque le dernier tome du Complexe du chimpanzé est paru (en décembre 2008),
je vais de nouveau en dire du bien !
2035. Alors qu’Hélène Freeman se prépare à décoller pour une mission spatiale sur Mars, elle apprend que cette mission est annulée. Parallèlement, un module spatial s’écrase dans l’océan. Un bateau militaire est envoyé pour repêcher l’engin. Il s’avère que c’est une capsule d’Apollo et que Buzz Aldrin et Neil Armstrong en sont les passagers ! Hélène est donc appelée en tant que spécialiste pour découvrir ce qui s’est passé…
Une véritable science fiction en BD est assez rare. Une SF
de qualité l’est encore plus. Ici, tous les ingrédients sont présents pour
faire de cette trilogie une Bande dessinée inoubliable.
Tout d’abord, le scénario est irréprochable jusqu’à la fin. Sans être incompréhensible ou trop difficile (ce qui était un peu le cas de Genetiks), il tient en haleine jusqu’au troisième tome. Paradoxes temporels, voyages dans le temps, exploration spatiale…, tous les ingrédients sont réunis pour faire de la hard SF. Pourtant, ce penchant est pondéré par l’aspect humain de l’intrigue. En effet, l’héroïne doit choisir entre sa vie professionnelle et sa fille… Ainsi, on suit en même temps l’intrigue principale et la vie de la petite fille qui vit assez mal le fait d’être « abandonné » par sa mère. On se rapproche assez d’une SF à la Stanislas Lem (connu pour Solaris).
La magnifique intrigue de Marazano est soutenue par le dessin ultra réaliste de Ponzio qui achève de nous aspirer dans cette histoire. Certes certains diront que son graphisme est assez figé, c’est affaire de goût, moi j’adhère ! Il arrive par ses cadrages à créer une atmosphère inquiétante digne des plus grands films de SF.
Le seul bémol pour moi réside dans le troisième tome qui fait la part belle à l’aspect humain, négligeant par là même une véritable explication de ce qui s’est passé (ou peut être suis-je passé un peu à côté !).
Quoiqu’il en soit, ces trois tomes ont été un délice à
dévorer et je ne saurais que les conseiller pour tous les fans de SF un peu
intellectuelle !
StepH
lundi 6 octobre 2008
MILLAR, Mark, MCNIVEN, Steve : Civil War.
Depuis
quelques temps, la maison des idées Marvel bouscule son monde historique, nous
proposant des histoires remettant en cause les fondements même de son univers.
Ainsi, House of M (sorti il y a quelques temps chez Marvel deluxe)
révolutionnait le monde mutant.
En juillet 2006 sort le premier numéro de Civil war qui sera, selon moi le plus important crossover depuis fort longtemps. Le premier volume relié VF de cette histoire est sorti fin septembre et le second volume sera publié début octobre. C’est pour moi le moment d’en dire tout le bien que j’en pense !
Même s’il
existe des exceptions, les comics mainstream (comme on dit) suivent quelques
règles de base. Le gentil est assez identifiable, prend des décisions
difficiles mais pour le bien du bon peuple. On rencontre bien des cas qui ne
suivent pas ces voies là (Punisher, Ghost rider, Hulk…) mais ils restent
marginaux (même s’ils se développent post 11 septembre). Bref, pour forcer le
trait et sans vouloir rentrer ni dans des débats, ni dans des thèses sur les
comics qui seraient fastidieuses, le héro est un icône, un exemple pour la
société… Que se passerait-il s’il devenait un danger, qu’on pouvait douter de
lui ? Il y a toujours eu des détracteurs du super héro qui n’attendait
qu’une erreur pour dénoncer ces supers mégalos, que se passerait-il s’ils
prenaient le pouvoir ?
De plus en
plus de super héros infestent nos rues, des gamins costumés qui détruisent
autant qu’ils protègent. Certains parmi les dirigeants américains pensent qu’il
est temps de régler le problème avant qu’il devienne incontrôlable. Les New
Warriors leurs permettront d’arriver à leurs fins : suivis par des caméras
de TV réalité, ces jeunes héros en quête de gloire vont provoquer en direct un accident
qui leur sera fatal et qui fauchera la vie de plusieurs centaine d’enfants.
Choquée par ce drame, l’opinion publique appuiera l’adoption de la loi de
recensement des surhommes. Cette
dernière oblige chaque super héros à s’enregistrer (c’est à dire à donner sa
véritable identité au gouvernement et à suivre une formation auprès du SHIELD
qui est une sorte de CIA.) pour ensuite être au service de la fameuse
organisation secrète. L’adoption de cette loi est un véritable choc pour la
communauté de super héros qui se partage en deux camps derrière Iron man
(favorable à l’enregistrement) et Captain America (qui contre toute attente
devient le chef des rebelles et de fait un super criminel !). Commence
alors aux Etats-Unis une nouvelle guerre civile…
Civil War
aborde des thèmes pas toujours faciles et les traite de manière intelligente,
n’hésitant pas pour cela à mettre sans dessus dessous le monde durablement. En
bref, si vous ne l’avez pas encore lu, jetez-vous y dessus, vous ne le
regretterez pas ! Grand spectacle et réflexion, se n’est pas tous les
jours qu’on y a droit !!
StepH
dimanche 1 juin 2008
WHEDON Josh : Buffy: saison 8 / Angel: after the fall.
Vous
pensiez que s’en était fini de la tueuse de vampire et de son amour
impossible de vampire ? Mais non, ils ont la peau dure et Josh Whedon est
quelqu’un de borné ! Imaginez que le génial auteur, après avoir commis un
film extrêmement cheap sur une bimbo tueuse de vampire, a réussi à créer une
des séries les plus originales et les plus populaires de la fin des années 90.
Cinq saisons de succès avant que la chaîne décide d’en finir avec elle. Qu’à
cela ne tienne, c’est une autre chaîne qui prend le relais pour deux saisons
avant d’arrêter elle aussi. Whedon, fort du succès de sa première série lance
un spin off sur le petit ami vampire de Buffy. Souvent les séries dérivées sont
des pâles reflets de la série originale mais là encore notre auteur prouve son
talent en nous montrant une autre facette de ce monde. Cinq saisons et c’est la
fin.
Aujourd’hui,
le papa de Buffy et d’Angel remet le couvert. Son support ? Le comic
book ! Alors sont-ce les suites de trop, celles qui lassent et qui n’ont
aucun sens (il faut dire que les précédentes adaptations comics sont de gros
navets ! Et ceci sans parler des romans !) ? Alors que Fusion
comics prévoit de sortir la traduction française pour le 18 juin, je pensais qu’il
était temps de faire un point sur les épisodes que j’ai lus jusqu’à maintenant.
AVERTISSEMENT :
puisque Buffy saison 8 est, comme son nom l’indique, la suite directe de la fin
de la série, mon résumé comportera des spoilers pour ceux qui n’ont pas vu la
fin de Buffy et de Angel. Passez donc les deux prochains paragraphes si vous ne
voulez pas savoir et allez voir directement la critique !
Sunnydale
n’est plus qu’un cratère immense et la bouche de l’enfer est fermée. Buffy se
retrouve à la tête d’une armée de tueuses. La guerrière peut enfin choisir une
vie normale puisqu’elle n’est plus seule. Mais certains épisodes d’Angel nous
montrent qu’elle a choisi une autre voie et a préféré structurer son armée afin
de continuer sa lutte contre le Mal. Le comic débute donc alors que l’héroïne
se bat contre des démons pendant qu’Alex, en ersatz de Nick Fury, gère les
opérations depuis leur QG, un château en Ecosse. La tueuse n’est plus seule
mais les problèmes qu’elle rencontre sont à la hauteur. Qu’est ce qui pourrait être
plus dangereux que la Force me direz-vous ? Penchez vous sur le comic book
et vous le saurez…
En ce qui
concerne Angel, l’affaire est plus compliquée puisque, lors du dernier épisode
de la série, nous laissions nos héros se battre contre des hordes de démons qui
envahissaient L.A.. After the fall débute quelques semaines après le season
finale (comme ils disent) et nous retrouvons nos héros séparés, cherchant,
chacun à sa façon, à survivre et à combattre (ou pas) les hordes qui ont
colonisées Los Angeles. Si Angel n’était pas tendre avec ses héros, After the
fall, ne déroge pas à la règle et nous offre une suite des plus sombres. L’accroche
est d’autant plus forte qu’il faut attendre l’épisode 6 (qui commence le story arc
First night) pour comprendre comment nos héros en sont arrivés là…
Pour moi,
ces deux comics sont une véritable réussite. On retrouve bien les thématiques
qui ont toujours sous-tendues ces séries complémentaires mais très différentes.
Loin d’être des « je profite des passionnés en publiant de la daube »,
Whedon, a pensé ses suites et les a rendues cohérentes. Ainsi, si au départ, on
se dit qu’il y a des choses un peu étonnantes (comment Buffy a trouvé autant de
pognon pour ses installations paramilitaires ou pourquoi Angel ne peut-il pas trouver du renfort auprès
de son ex ?), elles sont toutes expliquées de manière intéressante. Le
graphisme colle bien à l’ambiance de chaque titre même si, personnellement, je
trouve celui d’Angel beaucoup plus réussi et original. En fin de compte, on
peut dire que l’on retrouve tout ce qui a fait de ces séries un succès mais
sans le problème du budget. Le créateur a ainsi pu pousser ses concepts jusqu’au
bout sans se soucier de problèmes de production ou de faisabilité. Moi j’ai eu
l’impression de me retrouver devant ma télévision et je suis ces héros avec
autant de plaisir qu’avant.
Bref, si j’étais sceptique sur les suites adaptées en comics, je me suis laissé surprendre et j’en suis même venu à commander directement mes épisodes aux Etats-Unis pour pouvoir avoir ma dose ! Jetez-vous donc, si vous aimiez Buffy, sur la traduction française, vous ne serez pas déçus… Les deux seules critiques que je pourrais faire à Fusion Comics sont de nous sortir la VF en cartonné (moi je préfère en souple, ça fait plus comics !) et de ne pas encore avoir prévu la sortie de Angel : After the fall qui est vraiment prenante (et a ma préférence !).
StepH
PS : Pour les fans de Firefly, il est aussi à noter que Whedon, a aussi lancé une nouvelle mini série intitulée better days et qui nous permet, comme au bon vieux temps, de suivre l'équipage du serenity.
PS : pour l'occasion, je vous crée un petit album photo avec des images des série de Whedon en comic book.


