mardi 6 mai 2008
TEMPLESMITH, Ben & NILES, Steve : 30 days of night VS SLADE, David : 30 days of night
TEMPLESMITH, Ben & NILES, Steve : 30 days of night
Voilà 6 ans
sortait chez nos libraires préférés un petit bijou de noirceur glacé
énigmatiquement intitulé « 30 jours de nuit ». Après avoir feuilleté
ledit volume, s’être plongé quelques secondes dans les illustrations
délicieusement sombres de Steve Niles, le lecteur non avisé tombait sur
« L’idée » qui faisait l’originalité de l’ouvrage. Secret qui n’en
est plus un aujourd’hui après le passage du film adapté, du même nom.
Barrow, Alaska. Commune la plus au nord des Usa, il y règne une température moyenne en dessous de zéro. Mais les particularités de Barrow ne s’arrêtent pas là : une fois par an, pour 30 jours, la ville est plongée dans une obscurité totale. Des conditions difficiles pour y mener une existence « normale », ce que tente cependant de faire Ebanezer Olebaum, shérif de son état, et sa future ex-épouse Stella Olebaum, en pleine séparation. Tandis que les ténèbres descendent, un vague d’actes de vandalisme frappe la petite ville d’ordinaire si paisible...
Pas besoin d’en savoir plus si vous comptez lire la BD ; la couverture est éloquente sur la suite. Arrêtez-vous maintenant.
Toujours
là ? C’est donc que vous l’avez lu ou que vous voulez voir le film :
dans ce cas, vous savez déjà de quoi il s’agit : l’une des variations les
plus brillantes sur le thème du vampirisme. Une bande organisée de vampires
décide de s’offrir un petit festin en s’emparant de la ville pendant cette nuit
interminable. Mais c’est sans compter sur notre shérif local, bien décidé à ne
pas servir de casse-croûte.
J’ai déjà
dit tout le bien que je pensais de l’œuvre de Niles et Templesmith :
noirceur de l’univers, efficacité du propos, originalité alliée à un respect du
genre. Comme souvent, ce sont les histoires les plus simples qui sont les
meilleures. Il n’empêche que le volume renferme une tonne d’idées
intéressantes. Le dessin de Templesmith, que certains trouveront parfois trop
confus, sert à merveille l’atmosphère glacée et morbide de l’ensemble. Bref une
réussite sur tous les plans.
VS
SLADE, David: 30 days of night
Regardez-moi
cette belle tête de vainqueur !
Il n’y aurait que cela, on pourrait encore défendre le film : mais là où tout empire c’est quand on veut s’intéresser aux personnages. On ne parvient pas à s’y attacher, on ne les montre presque jamais en train d’attendre, inquiets, plongés dans l’obscurité angoissante ou en train de lutter contre la faim, le froid.... Lorsque les survivants « sortent », curieusement, les vampires perdent leurs facultés de déplacement et de perception, et bondissent mollement en faisant semblant de ne pas les voir. Pathétique. Enfin dernier point (il y en a bien d’autres, mais je n’ai plus la place et j’espère vous avoir suffisamment averti), la lourdeur qui émane de certaines scènes, et notamment la scène finale. Elliptique, aussi macabre que poignante dans la BD, elle est transformée par Slade en gros plan qui en rajoute dans le gore et l’inutile, souligné par une musique maladroite, le tout clôturant ce chef d’œuvre de l’industrie cinématographique. Impardonnable.
Mr Jack
jeudi 1 mai 2008
AUSTEN, Chuck, FINCH, David, ZEZELJ, Daniel : L'appel du devoir.
A regarder
l'illustration qui accompagne cette chronique vous avez inévitablement compris
que nous allions évoquer ici ces « héros ordinaires » (oxymore
consacré) que sont les pompiers et plus précisément ceux de New-York.
J'aime à
essayer de combattre les poncifs, et encore plus quand je me les inflige à
moi-même ; ces sinistres présupposés limitatifs de l'imagination et de cynisme
qui préparent le cortex à recevoir une histoire que l'on s'est (sait ?) déjà
(mal) raconté.
Je fais
semble-t-il partie de ces béotiens de la culture graphique Nord-américaine qui
ont toujours pensé que pour le dessinateur d'outre-atlantique le héros ne
pouvait être qualifié que de « super », porter fièrement le collant
moulant et sauver la veuve et l'orphelin à cinq reprises entre le repas du soir
et le petit déjeuner (Créature nocturne donc).
Certes je
ne suis cependant pas sans savoir que de tragiques événements se sont produits
un certain 11 septembre et que de nombreux membres du N.Y. Fire Department ont
fait ce jour-là le sacrifice de leur vie. Mais patriotisme et hommage font
souvent bon ménage chez l'Oncle Sam et c'est avec quelques appréhensions que
j'ouvrais ce comic qualifié en quatrième de couverture « d'hommage
poignant à ces soldats de devoir, ces hommes et ces femmes qui méritent
amplement le titre de héros ».
Alors à quoi m'attendais-je que je n'ai pas trouvé ?
Il existe
un « one-shot » publié après le 11 septembre où l'on voit les
pompiers de N.Y. et des super héros comme Spiderman déblayer les décombres du
World Trade Center. J'avais peur de tomber sur quelque chose de convenu avec
nos amateurs de lycra près du corps donnant un coup de main à des pompiers faire-valoir.
J'espérais aussi éviter le manuel de recrutement du NYFD en BD, même si j'ai le
plus grand respect pour le sacerdoce de ces femmes et hommes. J'avais peur de
ne trouver que camaraderie, sacrifice et
grand feu ; une « banale » histoire de pompiers comme le cinéma et
les séries TV US nous servent souvent...
Ce que j'ai découvert, c'est un récit subtil dispensant progressivement sa dose de fantastique...
Le Lieutenant James McDonald est pompier à New-York. Au cours d'un incendie il est amené à sauver une petite fille blonde, mais le plancher en flamme cède sous ses pieds. Quand ses hommes le retrouvent, il est vivant mais la petite fille a disparu. Jen est secouriste à bord d'une de ces célèbres ambulances rouge et blanche de N.Y.. Elle intervient sur un carambolage qui a fait plusieurs victimes graves. Au milieu du chaos, une petite fille blonde est miraculeusement indemne. Quand Jen décide de s'en occuper elle a disparu. Qui est-elle ? Pourquoi tient-elle ces étranges propos : « Il va y avoir la guerre »...
Alors qui peut lire ce récit ? Les fans de comics car ils trouveront un récit différent, subtil, presque simple où ils rencontreront ce fantastique plus littéraire auquel on accole pas le chiffre « 4 ». Ceux qui ne connaissent pas les comics découvriront une autre manière de faire de la BD loin du franco-belge ou du manga, peut-être surpris de confronter deux styles graphiques très différents au profit de la même histoire sans en gâcher le plaisir.
Je finirais ici par une citation. Le docteur Albert Schweitzer a dit « Il n'y a pas de héros de l'action. Il n'y a de héros que dans le renoncement et la souffrance ». Je voulais commencer cette chronique par cette phrase, mais cela m’aurait mené trop loin...
Quiconque aura lu « L'Appel du Devoir » comprendra pourquoi j'ai conclu ainsi.
Pacman.
mardi 29 avril 2008
CALVEZ, Florent, LOVECRAFT : Réanimator.
Qui ne connaît
pas le film culte des années 80 (1985) qui mettait en scène un savant (fou ?)
voulant redonner la vie aux morts ? Il y a quelques mois, Delcourt
redonnait vie à cette nouvelle de Lovecraft de 1922. Un succès ? Pour moi
oui !
1910, Herbert West est un étudiant passionné, fils d’un médecin reconnu, mort bien trop tôt. Ambitieux et obstiné, il décide de s’attaquer à une maladie à laquelle personne n’échappe : la mort. En effet, sa théorie prouverait que l’âme n’existe pas et qu’il est donc possible de relancer la machine qui n’est qu’une association complexe de procédés chimiques. Accompagné par son ami Philip (qui est le témoin et le narrateur de cette histoire), ils vont aller au delà du raisonnable pour arriver à leur fin. Bien sûr, l’expérimentation tournera mal et l’on connaît plus ou moins la fin de l’histoire…
Si l’histoire
est de facture classique (on en connaît déjà le dénouement), la mise en page et
le graphisme servent cette BD à merveille. Florent Calvez, signe ici ce qui est
pour moi sa meilleure œuvre. Je n’ai pas lu la nouvelle qui a inspiré cette BD,
mais je trouve que l’ambiance qu’il instille au fil des pages se rapproche d’une
manière générale de l’univers de Lovecraft. Des tons uniformes (plutôt verdâtres),
un dessin hachuré, des cadrages statiques, nous plongent dans l’univers étrange
et effrayant de Lovecraft. Une fois ouverte, il est dur d’abandonner cette
histoire macabre.
Certes le rythme peut sembler un peu mou au bout d’un moment, mais il est tellement rempli de détails, montre si bien la plongée dans la folie du Docteur qu’on ne peut abandonner. On retrouve aussi des clins d’œil à une autre histoire classique : Frankenstein.
Bref, je n’avais pas trop apprécié de parcourir les pages de Nelson Lobster (une autre série en cours de l’auteur) mais là, je suis sous le charme ! Je conseille la lecture de Réanimator à tous ceux qui aiment les histoires macabres, les fans de Lovecraft et les nombreux fans de Zombie qui peuplent ce blog ! Merci Monsieur Calvez !
StepH
Le site de la BD : http://www.reanimator.fr/
Le site de
l’auteur : http://www.florentcalvez.com/
lundi 24 mars 2008
REMENDER, Rick, MOORE, Tony : Fear Agent.
Tony Moore
est un dessinateur qui a le vent en poupe en France depuis le succès de Walking
Dead : deux nouveaux titres en deux mois, les exterminateurs chez panini
comics et Fear agent chez Akileos. Si les exterminateurs ont attiré mon œil,
Fear agent m’a définitivement conquis dès la couverture : des couleurs vives,
tendance old school, elle me rappelle presque des vieilles séries à la Flash
Gordon. Et puis Akileos produit beaucoup de bons titres pas assez connus pour
moi. Je me lance donc et suis les aventures de Heath Houston…
Heath
Houston est un aventurier à l’ancienne, une bonne tête de boxeur, une tête
virile, une répartie ironique. Il est chasseur d’E.T. et tombe toujours sur des
emmerdes plus grosses que lui. Mais comme c’est un malin, un alcoolo et le
héros de notre histoire, il s’en sort toujours même si son état physique ne s’améliore
pas. Tout commence vraiment pour lui quand on lui demande d’aller vérifier si
tout se passe bien sur une pompe à essence galactique qui ne répond plus aux
appels. Il se retrouve au milieu d’un complot géant qui vise à anéantir rien moins
que la Terre… Le voilà devenu le dernier rempart de l’humanité avant l’extinction…
Jouissif, excellent, de haute tenue, voilà ce qui me vient à l’idée au souvenir de la lecture de ce comics. Le scénario, volontairement rétro, fait la part belle à l’action. Tout est fait pour que le lecteur se retrouve projeté dans le golden age de la BD de science fiction américaine : des extraterrestres à tentacules, des méchants aussi mauvais que tordus (façon génies du mal), des situations extrêmes que seul notre héros sorti d’un autre âge peut résoudre. Les personnages sont hauts en couleurs, tout particulièrement Heath qui est un stéréotype du héros des années 50, entouré par une IA maman poule et par une splendide femme, aussi belle qu’intelligente. La narration de l’histoire est portée par les pensées du héros, ce qui renforce encore ce côté désuet. Mais si le ton est définitivement humoristique en hommage à l’âge d’or américain, le scénario ne s’en suit pas moins avec grand plaisir. Rick Remender fait un excellent boulot.
Si l’auteur
est très bon, il est soutenu de manière fantastique par le dessinateur, Tony
Moore, qui prouve (s’il le devait encore) qu’il est un des plus grands du
moment. Ses illustrations servent à merveille le sujet et il crée un monde
ahurissant de détails et de trouvailles. Chaque planche est un clin d’œil, à
mon humble avis, au style du Golden Age. Moi je suis fan !
Si vous n’aviez pas bien compris, je suis emballé par ce titre, j’adore Tony Moore et je vous invite à jeter un œil à cette nouvelle série en espérant qu’elle continue à ce niveau. Par la même occasion, suivez la production d’Akileos qui recelle quelques pépites !!!
StepH
PS : pour vous rendre compte du contenu de la bd, vous l'avez en ligne sur :
http://www.newsarama.com/ImageComics/FearAgent/FearAgent01issue.htm
mardi 4 mars 2008
CORBEYRAN, CHABERT : Uchronie(s) New Byzance.
Après un
bon nombre de séries reconnues (le chant des Stryge, le maître du jeu, le clan
des chimères…) qui lui ont donné sa réputation, Corbeyran (scénariste) tente
un nouveau pari qui me semble original et alléchant : construire trois
séries SF parallèles de trois tomes qui auront un seul et même volume de
conclusion. En tout donc dix numéros pour construire un monde et une histoire. La
particularité de ces trois séries est que ce sera toujours le même héros mais
pas dans la même réalité (si j’ai bien compris ce que m’a dit le représentant
qui me vendait le bouquin !). Zack est un prescient. Il est capable de
voir d’autres réalités et même d’y vivre. Des réalités qui sont différentes
selon les petits grains qui passent dans les rouages du destin… C’est pas
alléchant ça pour les amateurs de SF ? Mais bon, qu’en est-il de la
réalité de la BD ? Pour le moment il n’y a que le premier tome de New
Byzance qui est paru, viendront ensuite New Harlem et New York. Voyons ce qu’il
en est du premier tir de semonce…
Donc, Zack
est un prescient. Il voit d’autres réalités et projette ses visions pour
remettre sur le droit chemin le pécheur qui commet le crime par la pensée. Il
faut dire que le monde dans lequel vit notre héros n’est pas des plus libres. Après
le 11 septembre, le capitalisme a été anéanti et remplacé par les théories
fondamentalistes. Les femmes ne valent guère plus que des meubles et la liberté
de pensée n’est plus à l’honneur. Zack reconditionne les mauvais penseurs afin
de maintenir la société telle qu’elle est. Mais notre homme rêve. Il voit une
femme. Toujours la même. Il se lance sur sa piste. Au même moment, un mandat d’arrêt
est lancé contre lui et il entre en clandestinité. C’est le début d’une longue
route…
Le résultat ? Pour moi il est bon. L’histoire est prenante même si ce premier tome reste convenu : on trouve un peu de Farenheit 451, d’Equilibrium… Un maillon d’une société injuste qui lâche pour prendre le chemin de la vérité. L’utilisation de la société fondamentaliste n’est pas grossier et passe bien. Les différentes intrigues s’imbriquent aisément et donnent envie de savoir la suite. Côté graphisme, on est dans le registre du standard : du bon et du moins bon. La vision d’une société occidentale mais orientalisée est très bien rendue, on sent les épices à Manhattan ! Par contre le graphisme des personnages reste très classique.
Finalement, j’ai très envie de lire la suite et surtout de voir comment va jongler le scénariste avec les autres séries… Vont-elles se répondre, apporter des visions différentes ? Vont-elles créer une nouvelle dimension à l’intrigue, apportant de la pure SF à l’uchronie ? Je suis enthousiaste !!!
StepH
mardi 5 février 2008
ARLESTON, LUDOLULLABI : Lanfeust Quest.
L’aventure
débute en 1994 si je ne m’abuse avec le lancement d’une BD prometteuse
scénarisée par le bon Arleston et dessinée par le talentueux Tarquin :
Lanfeust de Troy. La BD trouve rapidement sont public. Quelques années plus
tard, elle devient un immense succès commercial, lisible aussi bien par les
ados que par les adultes. Heureux d’une telle aubaine, on enchaîne, après 8
numéros, sur une nouvelle saga nommée Lanfeust des étoiles. En parallèle, on
lance un spin off (série dérivée en bon français) qui se déroule bien avant la
série et qui prend comme cadre de départ un village de troll. Vient ensuite un
jeu de rôle, un nouveau spin off, on parle même d’une nouvelle saga pour fin
2008. Aujourd’hui, les créateurs de cette série se lancent un nouveau défi pour
attirer un public plus jeune : le manga. Voici donc qu’arrive un nouveau
Lanfeust : Lanfeust Quest. Alors, explosion de bonnes idées ou pressage de
citron commercial ?
Pour moi la
réponse est claire : Soleil (l’éditeur) finit par se moquer de nous. Pour
vous le prouver, revenons sur l’intrigue de Lanfeust de Troy : Sur une
planète où chaque personne est dotée d’un pouvoir plus ou moins utile dès la
naissance, Lanfeust s’ennuie en tant que forgeron avec son pouvoir selon lui
minable de fusion du métal. Il flirte avec C’ian, la fille du magicien du
village (qui sert de relais au pouvoir de chacun) et doit supporter Cixi, la sœur
insupportable de sa dulcinée. Tout se précipite le jour où il découvre qu’au
contact d’une épée, il acquiert le pouvoir ultime. L’aventure commence avec une
petite équipe qui part du village pour trouver des réponses…
Maintenant, voici le résumé du premier tome de Lanfeust Quest : Sur une planète où chaque personne est dotée d’un pouvoir plus ou moins utile dès la naissance, Lanfeust s’ennuie en tant que forgeron avec son pouvoir selon lui minable de fusion du métal. Il flirte avec C’ian, la fille du magicien du village (qui sert de relais au pouvoir de chacun) et doit supporter Cixi, la sœur insupportable de sa dulcinée. Tout se précipite le jour où il découvre qu’au contact d’une épée, il acquiert le pouvoir ultime. L’aventure commence avec une petite équipe qui part du village pour trouver des réponses…
Ca vous fait mal aux yeux de relire deux fois le même paragraphe ? Et bien imaginez mon étonnement lorsque j’ai dû relire deux fois la même intrigue sur plusieurs pages ! Rien de neuf, tout est pratiquement pareil ! Quel peut donc être l’intérêt sinon commercial ?
Pour ne pas être de mauvaise fois, je dirai que le graphisme est très joli et que c’est un des premiers mangas français que je ne trouve pas très mal dessiné. Ensuite, l’histoire se lit toujours aussi bien et si vous ne connaissez pas Lanfeust, ça vaut le coup de le parcourir.
En tout cas, ça me fait toujours un peu mal au derrière d’être pris à la fois pour un C.. et pour un porte-monnaie !!
StepH
mardi 11 décembre 2007
AYROLES, Alain, MASBOU, Jean-Luc : DE CAPE ET DE CROCS.
Quand StepH
a fait part de son projet d'ouvrir un blog sur l'imaginaire, je savais que
viendrait le jour où il me faudrait vous parler de cette BD. La sortie du Tome
8 : "Le maître d'arme" m'oblige à sauter le pas. Mais ici pas de
droit à l'erreur, car je suis littéralement fan de cette série et qu'il va me
falloir en quelques lignes vous prouver le bien-fondé de ma modeste opinion.
Don Lope de Villalobos y Sangrin est un fier hidalgo Ibérique et Armand Raynal de Maupertuis un chevalier français à la verve que n'auraient reniée nos dramaturges classiques. Accessoirement le premier est un loup (Le "Isengrin" du "Roman de Renard") et le second est un renard (Le goupil du même conte).
A Venise,
nos deux gentilshommes vont se porter à la rescousse d'un vieux grippe-sous
dont le valet vient de porter la nouvelle que son fils, monté à bord d'une
galère turque, se retrouve enlevé et menacé d'esclavage si une forte rançon
n'est pas payée... Halte-là me direz-vous si vous possédez quelques lettres
classiques mais cela ressemble furieusement aux "Fourberies de
Scapin"! Certes vous répondrais-je mais le vaisseau ottoman de notre
histoire n'est point une galère mais une chébéque ! Un voilier au demeurant
illustre lettré mais béotien maritime que vous êtes ! Or point de jeune nigaud à secourir sur ce navire mais
un coffre, une bouteille, une carte au trésor et pas n'importe lequel s'il vous
plait, celui des îles Tangerines.
Et voici
nos deux compères lancés dans une aventure digne de R. L. STEVENSON. Il fallait
un troisième compagnon, le plus improbable qu'il soit : un lapin de trois
pommes de haut, qui prétend avoir servi dans les gardes du Cardinal, répondant
au doux nom de Eusébe et que l'on rencontre enchaîné sur les bancs d'une galère
(une vraie cette fois).
8 tomes de péripéties vous attendent alors, fournies en personnages hauts en couleur : un équipage pirate très pittoresque, un savant fou batave, un méchant balafré du nom de Mendosa, toute la Monarchie Sélénite et leurs muets spadassins mîmes... un caillou lunaire...une sorte d'inventaire à la PREVERT.
Cette description peut paraître bien échevelée, mais c'est ainsi que se conçoit "De Cape et de Crocs". Les cyniques et les jaloux argueront d'un manque d'originalité, du plagiat fait à ces grands classiques : les quiproquos de MOLIERE, les chasses au trésor de STEVENSON, les traits d'esprit et les coups d'épée de ROSTAND, les paysages lunaires de CYRANO (le vrai !). Mais quelle façon de mettre l'ensemble en musique ; de plus, le fait de connaître les paroles n'empêche pas de réécouter les chansons si elles sont bien réarrangées. Pour le dessin, les aigris se diront loin de l'esbaudissement, mais ici encore j'aurais à leur répondre : observer les détails, suivez les aventures de personnages presque insignifiants comme le poulet du capitaine Boone ou le caillou lunaire. Mais surtout suivez l'histoire jusqu'au Tome 8 car je pense qu'enfin en plus d'être une bonne oeuvre, "De Cape et de Crocs" est devenu une belle oeuvre avec une mise en couleur qui lui donne le caractère épique qui pouvait lui faire défaut.
Pacman.
mardi 6 novembre 2007
KIRKMAN, Robert, PHILLIPS, Sean : Marvel Zombies.
Décidemment,
Marvel n’en finit pas de nous surprendre ! House of M, Civil
War, … L’univers de nos
héros est chamboulé ; la qualité des histoires et leur originalité est
impressionnante. Ici, Kirkman, scénariste dont la réputation n’est plus à faire (il est
l’auteur de Invincible et de Walking Dead) s’attaque aux super héros Marvel
mais façon Zombies !
Tout a
commencé de manière anodine dans un épisode d’Ultimate Fantastic Four avec Reed
Richard qui prend contact avec son double mort vivant d’une autre dimension. S’en
suit une aventure rigolote dans laquelle les fantastiques luttent pour que le
Virus n’envahisse pas leur monde. On aurait pu en finir là avec un scénario amusant,
mais voilà, le rédacteur Ralph Macchio sent le bon filon et veut remettre le
couvert. Résultat, il appelle le spécialiste des revenants, Robert Kirkman et
lui demande de mettre en image le monde moribond des marvel zombies. Kirkman
accepte mais à condition d’avoir carte blanche sur le scénario. Ralph cede et l’auteur
s’en donne à cœur joie ! Bilan, ça va loin, très loin !!!
Une météorite s’écrase sur le monde. Elle est porteuse d’un virus qui rend mort vivant. Forcément, les super héros finissent par bouffer tout le monde vu leurs pouvoirs. Du coup, presque plus de repas. Que faire ? L’histoire commence à ce moment là, après avoir étripé Magneto qui était un des derniers survivants. On suivra par la suite, les questionnements de nos anciennes stars qui subissent la malédiction de pouvoir réfléchir qu’après avoir ingurgité, de manière horrible, ceux qu’ils avaient juré de protéger…
Kirkman y
va à fond : membres arrachés, cervelle qui vole, Hulk qui mange une jambe
entière et qui a le bide qui explose lorsqu’il redevient Bruce Banner… Nos
héros sont de sales raclures qui ne veulent pas partager leurs repas avec les
potes. Bref, c’est une grosse gifle au monde bien lisse des super héros d’avant
2001.
On se marre comme avec un bon film de Romero, mais Kirkman n’en reste pas à un simple défouloir, il ajoute un scénario qui se suit et qui n’est pas si bête. Personnellement, j’y vois aussi une mise en abyme du monde Marvel. Certes le scénariste aurait pu approfondir la réflexion mais finalement, il n’oublie pas que c’est pour de rire !
Extrêmement violent, un peu choquant, servit par un dessin à la hauteur, Marvel Zombies prend le contre-pied de la vision américaine du super héros. On a l’impression qu’avec ce titre, La maison des idées Marvel veut en finir avec le premier degré propagandiste (je sais j’exagère mais c’est pour faire court !). Pour moi, c’est presque une conclusion à ce qui a été entamé dans des séries comme Authority, ultimate… Le héros est toujours une métaphore de la société américaine, mais réfléchie.
Enfin, je vous laisse juge en lisant Marvel Zombies !!
StepH
lundi 25 juin 2007
CORBEYRAN, GUERIN, GUERINEAU, et al. : Les véritables légendes urbaines.
A ne pas lire seul le soir. Interdit au moins de 16 ans… Ca attire l’œil pour une BD…
Alors info marketing ou véritable contenu dérangeant ? Je pencherais pour
la première solution, quelques mangas étant beaucoup plus violents. Mais la BD
commence en fait dès la couverture, insinuant son ambiance avant même d’avoir
commencé la lecture…
Quatre histoires macabres racontées par un homme mystérieux, tel est son sujet : des histoires de Baby-sitter, de téléphone portable, de terreurs nocturnes et enfin de gang des phares. Ces histoires vous les avez mille fois entendues, soit par le biais de films d’horreur, soit par le biais d’amis lors de soirées Halloween. Rien de bien original, me direz vous, rien de bien imaginaire non plus. Vous aurez tort à mon avis car cette BD traite en vérité d’un genre particulier et hautement imaginaire : les légendes urbaines.
Qu’est ce qu’une légende urbaine ? Ce sont toutes ces histoires qui sont arrivées près de chez vous : cet élève qui a eu 18 en philo en écrivant sur sa copie « le risque c’est ça », ce vieux qui a pété un plomb et qui se ballade avec une hache, la dame blanche au bord de la route… C’est réel, je jure ! Mais lorsqu’on voyage, ça s’est aussi passé ailleurs… Y a-t-il un fond de vérité ? On ne sait pas… Et c’est ce qui fait frissonner !
Les légendes urbaines ont à voir avec la rumeur, elles sont les restes de la vieille tradition orale et donc de tous les mythes et légendes séculaires, les situant dans notre société et y insufflant nos peurs actuelles. Pour moi c’est ce qui en fait un thème passionnant et sans doute trop peu étudié.
De ce point de vue là, Les véritables légendes urbaines est une BD de qualité. Elle joue parfaitement avec les codes des légendes urbaines et donne à penser sur cette nouvelle culture. Elle est d’ailleurs conclue sur une très bonne postface de Jean Bruno RENARD, sociologue spécialisé sur les rumeurs et le folklore urbain. Elle est aussi servie par un dessin, un encrage et une mise en page que je trouve adaptée et de bon niveau.
Moi, j’ai aimé me faire (un peu) peur en lisant cette BD et j’espère que la suite sera d’aussi bonne qualité (si suite il y a…). J’ai aussi très envie de me renseigner sur ce nouveau folklore.
StepH
jeudi 21 juin 2007
MORVAN, Jean-David; BESSATI, Bruno : ZORN ET DIRNA. (4 tomes parus)
Zorn et Dirna est
un conte tragique.
Dans le monde Med-Fan où se déroule cette histoire, la Mort
et son macabre office ne sont qu'une légende. Un puissant roi, apeuré par sa
propre fin, a découvert le moyen d'emprisonner la Camarde dans un grand miroir.
Cependant que dans ce monde, le cycle du dépérissement du
corps se poursuit, se pose la question du devenir des âmes. Car si les corps
peuvent être laminés, broyés après que la tête soit tranchée, les âmes ainsi
libérées trouvent refuge dans le corps de leur bourreau ; Le lamineur.
Dans ce monde, Zorn et Dirna sont des jumeaux, garçon et
fille qui se découvrent un pouvoir fabuleux : Dès lors qu'ils touchent une
personne et qu'ils le désirent fort, ils peuvent faire disparaître son âme.
Autour de ces trois axiomes simples comme des oeufs de
Colomb, les auteurs tissent une sensible et belle histoire. Le conte de fée ne
nous épargne rien des affres de cet univers sans morts : Les familles dénonçant
leurs aînés, l'organisation industrieuse des laminoirs (Titre du tome 1) ou
bien plus encore l'entourage royal décadent, survivant à grand renfort de
lotions et de bains de jouvence.
Mais Zorn et Dirna est aussi l'histoire d'un espoir
au travers de la recomposition d'une famille que tout semblait séparer (sauf la
mort...) : Deux enfants élevés pour leur pouvoir par un sorcier, de leur père
devenu par dépit un redoutable chasseur de zombies et de leur mère dont l'âme
est emprisonnée dans le corps d'un impressionnant lamineur. C'est l'histoire de
deux enfants et de leur relation avec un terrible pouvoir, entre amusement pour
Dirna et une pointe de désespoir pour Zorn...
Une très belle réflexion sur la nécessité d'une Mort, sur la
nécessité pour les âmes de trouver le repos même pour les plus assoiffées de
vivre. Servie par un dessin très léger qui évite de tomber dans le morbide,
cependant que le dessinateur a potassé son anatomie avant de laisser les deux
parents trancher dans leurs différents adversaires.
Pacman

