jeudi 21 juin 2007
MORVAN, Jean-David; BESSATI, Bruno : ZORN ET DIRNA. (4 tomes parus)
Zorn et Dirna est
un conte tragique.
Dans le monde Med-Fan où se déroule cette histoire, la Mort
et son macabre office ne sont qu'une légende. Un puissant roi, apeuré par sa
propre fin, a découvert le moyen d'emprisonner la Camarde dans un grand miroir.
Cependant que dans ce monde, le cycle du dépérissement du
corps se poursuit, se pose la question du devenir des âmes. Car si les corps
peuvent être laminés, broyés après que la tête soit tranchée, les âmes ainsi
libérées trouvent refuge dans le corps de leur bourreau ; Le lamineur.
Dans ce monde, Zorn et Dirna sont des jumeaux, garçon et
fille qui se découvrent un pouvoir fabuleux : Dès lors qu'ils touchent une
personne et qu'ils le désirent fort, ils peuvent faire disparaître son âme.
Autour de ces trois axiomes simples comme des oeufs de
Colomb, les auteurs tissent une sensible et belle histoire. Le conte de fée ne
nous épargne rien des affres de cet univers sans morts : Les familles dénonçant
leurs aînés, l'organisation industrieuse des laminoirs (Titre du tome 1) ou
bien plus encore l'entourage royal décadent, survivant à grand renfort de
lotions et de bains de jouvence.
Mais Zorn et Dirna est aussi l'histoire d'un espoir
au travers de la recomposition d'une famille que tout semblait séparer (sauf la
mort...) : Deux enfants élevés pour leur pouvoir par un sorcier, de leur père
devenu par dépit un redoutable chasseur de zombies et de leur mère dont l'âme
est emprisonnée dans le corps d'un impressionnant lamineur. C'est l'histoire de
deux enfants et de leur relation avec un terrible pouvoir, entre amusement pour
Dirna et une pointe de désespoir pour Zorn...
Une très belle réflexion sur la nécessité d'une Mort, sur la
nécessité pour les âmes de trouver le repos même pour les plus assoiffées de
vivre. Servie par un dessin très léger qui évite de tomber dans le morbide,
cependant que le dessinateur a potassé son anatomie avant de laisser les deux
parents trancher dans leurs différents adversaires.
Pacman
mercredi 30 mai 2007
DIAZ CANALES, Juan, QUARDINO, Juanjo : BLACKSAD.
Ed; DARGAUD -Trois tomes parus.
John BLACKSAD est un privé qui erre " Quelque part entre les ombres " comme le dit le titre du premier tome de cette excellente BD. C'est l'archétype même du détective de la littérature et du cinéma dit "Noir", désabusé, revenu de toutes ses illusions, hanté par son passé, qui parfois boit raide mais qui mène toujours à bien ses enquêtes.
Qu'il cherche le meurtrier d'une actrice dont il a été
l'amant (Quelque part entre les ombres - Tome 1), qu'il tente de retrouver une petite
fille enlevée (Arctic-Nation -
Tome 2), ou bien qu'il vienne en aide à un de ses anciens professeurs
d'université (Ame Rouge - Tome 3), BLACKSAD est obligé de flirter avec
les zones obscures de l'âme humaine version années Cinquante : les banlieues
chics des grandes villes U.S. gangrenées par le K.K.K. (Tome 2) ou les compromissions
du Maccarthisme et les désillusions de l'énergie atomique (Tome 3). Du Noir pur
arabica...
Mais il y a bien d'autres choses qui font l'originalité de cette BD. John BLACKSAD n'est pas un homme comme les autres, c'est un chat anthropomorphe, tout comme la totalité des personnages de cette série. On peut donc croiser un garde du corps gorille (Un gorille... gorille !), un chef de la police berger allemand ou un orang-outang qui joue le blues. Le dessin est d'une qualité que je trouve rare et les scénarii dans le plus pur style du Faucon Maltais, du Dahlia Noir. Enfin, autre curiosité, les auteurs sont espagnols et le premier tome est préfacé par LOISEL (La Quête de l' Oiseau du Temps, Peter Pan) qui les a découverts. Cette BD a remporté le prix du public et du meilleur dessin à Angoulême en 2004 et le prix de la meilleure série en 2006.
Que du bon, du très bon je vous dis !
Pacman.


