lundi 12 mai 2008
MILLER, Walter, Michael : Un cantique pour Leibowitz.
Le problème
quand on touche au sacré, c’est qu’il est dur d’en parler de peur de ne pas lui
rendre justice. C’est le cas pour ce livre qui est pour moi une référence
incontournable de la SF, un livre qui devrait être lu par tous, au même titre
qu’un 1984 ou qu’un Fahrenheit 451. Pourtant il me semble que cet ouvrage n’est
pas connu à sa juste valeur… C’est pourquoi je me fais violence afin d’essayer,
avec humilité, de vous en parler.
Le futur.
Quelques siècles ont passé depuis que l’Humanité a subi le Grand Déluge de
Flammes et que le démon Retombée a foulé le sol, dévastant tout sur son
passage. Les hommes, ou ce qu’il en reste, ce sont organisés en tribus,
cherchant simplement à survivre, craignant au plus haut point et chassant la
science et la connaissance. Seul un ordre religieux, crée il y a longtemps par
le technicien Leibowitz, s’érige en rempart de l’ignorance, collectant, au
péril de la vie de ses adeptes, toutes les sources de connaissances, en
attendant un nouvel éveil de l’humanité. Mais que faire de ces connaissances qu’on
ne comprend absolument pas ?
Le contexte
étant posé, on suit à travers trois époques éloignées dans le temps, des
figures de cet ordre essayant de comprendre et d’agir au mieux contre les
remous de l’Histoire, luttant contre la folie humaine à laquelle ils
contribuent parfois aussi…
Tour à tour
surprenant, humoristique, grave, sarcastique, souvent (pour ne pas dire
toujours…) pessimiste, ce livre vous prend et ne vous lâche plus jusqu’à la
dernière page. On reste souvent étonné de la finesse du propos qui est loin de
dépeindre une méchante humanité contre les gentils religieux. Chaque personnage
choisit une voie qui n’est peut être pas la bonne mais on comprend chacun et on
se demande si une issue favorable sera un jour possible… La variété des
thématiques abordées est aussi impressionnante et certains passages sont
inoubliables.
Par contre,
ne vous attendez pas à de l’action, on est loin de Mad Max, même si les deux
univers sont proches au début. Tout n’est que discussion et vie intérieure :
que faire ? Comment comprendre l’autre ?...
Pour conclure, on pourrait dire que ce livre est d’autant plus fort lorsque l’on sait que l’auteur était pilote pendant la seconde guerre mondiale et que c’est le seul livre qu’il ait jamais écrit (il a quand même commencé une suite à ce roman mais il est mort avant de l’avoir terminé. Il a aussi écrit des nouvelles.).
Tout ce que je pourrais dire ne lui rendrait pas justice, tout ce que j’ajouterais ne pourrait que nuire au plaisir que vous aurez à lire ce livre. Si vous aimez la SF, vous devez l’avoir lu, à mon sens…
StepH
mercredi 23 avril 2008
POWERS, Tim : Les voies d'Anubis
Certaines personnes
qui me connaissent savent que je suis du genre à rabâcher régulièrement les
mêmes choses. Parmi celles-ci, un exemple : IL FAUT ABSOLUMENT LIRE
« LES VOIES D’ANUBIS » DE TIM POWERS !!!
Un avantage, c’est que je ne l’ai pas encore dit ici. Je vais donc me contenter d’asséner une évidence, sans me soucier de ce qu’en pensent d’éventuels contradicteurs, puisqu’après tout j’ai raison : ce roman est un ouvrage majeur de la Science-Fiction. Prix Philip K. Dick et Sceince-Fiction Chronicle Award 1984, prix Apollo 1987 ; autant de références qui me donnent l’avantage de ne pas être le seul à penser cela. Mais assez de blablature : parlons-en.
Brendan Doyle, professeur de littérature anglaise, accepte un beau jour de participer à une expérience inédite proposée par un scientifique rencontré lors d’une conférence : remonter pour quelques jours le cours du temps pour atterrir au XIX° siècle. C’est pour lui l’occasion de se plonger dans l’ambiance d’un siècle qui le fascine et peut-être de rencontrer les poètes qui le fascinent : Lord Byron, John Keats, Percy Shelley… Las ! Que ne manque-t-il le voyage retour et reste coincé là, à fuir d’étranges bohémiens, ainsi qu’un clown rebondissant (littéralement), sans parler de ces mages égyptiens qui souhaitent faire revenir à la vie leurs dieux à eux et sont persuadés qu’ils n’y parviendront qu’en lui faisant la peau. Au cœur de ces aventures rocambolesques, le professeur se retrouvera sur la piste d’un poète romantique des plus mystérieux, et son favori : William Ashbless, cela lui donne au moins l’occasion de travailler à sa thèse… en espérant ne pas changer le cours de l’Histoire. Il manquera également se noyer, découvrira un fascinant monde souterrain et…
Je m’arrête là, sans quoi j’en dirais trop. Incroyablement vivant et renseigné concernant tant les poètes romantiques que l’histoire des sciences occultes, « Les Voies d’Anubis» est aussi le roman fondateur de la vague Steampunk, courant fort intéressant de la S.F. en ceci qu’il fait émerger les questionnements liés à la confrontation entre les antiques superstitions qui ont régné sur les fantasmes humains durant des siècles et les techniques industrielles naissantes – questionnements qui aujourd’hui prennent un autre sens, mais ne peuvent (à mon humble avis) être évités non plus.
Une œuvre haletante et maîtrisée de la première à la dernière ligne, le meilleur roman de Tim Powers – il est rare que je sois si enthousiaste. C’est peut-être parce qu’en ses lignes j’y ai retrouvé, ébahi, une superstition que m’avait transmise ma grand-mère, dans les « temps anciens » de ma jeunesse ; elle me répétait régulièrement : « Quand tu cuisines des œufs, pense toujours à écrabouiller les coquilles si tu ne veux pas que les sorcières s’en servent pour traverser la rivière ! ». Vous en faites ce que vous voulez ; tant que vous LISEZ LES VOIES D’ANUBIS, cela me convient.
Zolg
lundi 31 mars 2008
MURAKAMI, Haruki : La course au mouton sauvage
Haruki
Murakami est un auteur japonais qui a remporté en 2006 le World Fantasy Award
pour « Kafka sur le rivage ». Une raison amplement suffisante pour
partir à sa rencontre, mais sans oser me lancer dans le millier de pages de
l’ouvrage en question. Donc, comme de coutume, j’en choisis un qui ait l’air sympathique et
pas trop long : La course au mouton sauvage.
Un homme, dont on ne connaît pas le nom (le narrateur), mène au Japon une vie qu’il aimerait désespérée et dénuée de sens : il vient de divorcer, son emploi l’ennuie – il dirige avec un collègue alcoolique un magazine mensuel de publicité qui lui permet de gagner correctement sa vie mais pas de « s’épanouir » – et il envisage d’en changer un jour ; pour le reste, il passe ses journées à allumer des cigarettes et à vider des « boîtes » de bière. Seul son chat, vieux et abîmé, consiste aujourd’hui un point d’attache sérieux. C’est son côté romantique qui parle.
Le jour où il rencontre une call-girl aux oreilles sublimissimes, sa vie se relance un brin, mais c’est pas encore ça. Elle va toutefois l’accompagner dans l’aventure extraordinaire qui se présente à lui : contacté par une agence d’extrême-droite, notre homme va être chargé de retrouver un mouton… aux pouvoirs magiques.
Evidemment, désabusé qu’il est, il refuse ; mais ceux qui s’adressent à lui ont plus d’un tour dans leur sac pour lui forcer la main, et le voici parti pour l’île d’Hokkaido à la recherche d’un ami disparu qui a eu le malheur de lui envoyer, quelques années plus tôt, une photo dudit mouton. Une chance que sa call-girl – dont les oreilles surnaturelles captent d’étranges ondes qui lui permettent d’avoir d’incroyables intuitions, si-si – l’accompagne, sans quoi il n’avancerait pas d’un poil.
La construction a-chronologique ambitieuse et le style faussement plat de l’auteur sont un des points forts du roman, qui tarde malheureusement à se lancer et se perd, durant les 150 premières pages, dans des méandres psychologiques relativement pénibles : on sent que l’homme est, pour le moins, un assidu de la littérature française – un traumatisé du Proust qui considère que tout ouvrage digne de ce nom ne peut que comporter de longs passages mélancoliques où le héros se demande quel est le sens de sa vie. Par chance, après ces longues digressions, il se passe enfin quelque chose et nous avons le plaisir de nous laisser emporter par l’ambiance irréelle de l’ouvrage et son histoire hallucinée. Des paysages fascinants, des personnages inédits et des retournements de situations réellement surprenants, quelques ingrédients qui font de ce livre un bon moment et une œuvre surprenante. Suffisamment pour que je me lance dans le gros Kafka sur le rivage ? A voir.
Zolg
lundi 17 mars 2008
SIMMONS, Dan : Ilium.
J’adore Dan
Simmons. Pour moi l’Echiquier du mal ou encore Hyperion sont des œuvres
incontournables. Alors quand sort sa nouvelle grande fresque en poche, je me
rue dessus. Après quelques temps, je m’y mets et près de 900 pages plus loin,
me voilà à l’heure du bilan du premier tome de ce diptyque.
Comment vous expliquer cette histoire, si dense et si originale, sans rien vous dévoiler et tout en vous transmettant l’envie de plonger dans ce roman épique, intelligent, divertissant, érudit ?
Lointain futur, Mars. Pour se divertir (ou pour une raison plus complexe…) le Panthéon grec joue à nouveau la guerre de Troie. Achille fait une deuxième fois face à Hector et chaque Dieu parie sur son poulain, intervenant pour faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Pour arbitrer la mêlée, certains spécialistes humains de l’Iliade sont ressuscités. Car, en vérité, les Dieux ne se souviennent plus de la conclusion de la première bataille. Les scholiastes sont donc là pour s’assurer de la véracité de la reconstitution. Hockenberry fait partie de ces juges. Il sait que cette vie ne tient qu’à un fil, qu’il est le jouet de forces supérieures. Alors, quand Aphrodite lui demande un service, il sait qu’il est piégé et qu’il ne fera pas long feu. Commence pour lui une aventure qui changera ce nouveau monde à jamais…
Mahnmut est un Moravec, sorte d’entité biomécanique. Il explore les profondeurs marines d’Europe, lune de Jupiter. Sa vie solitaire dans son submersible n’est divertie que par la passion qu’il voue à Shakespeare lorsqu’on l’appelle pour une mission extérieure qui le mènera, en compagnie de plusieurs acolytes (dont un passionné de Proust), en direction de Mars afin de comprendre d’où vient cette énorme activité quantique qui risque de déchirer la réalité.
Daeman, Ada
et Harman sont des humains. Ils vivent dans une société ayant tout oublié de
son passé, de sa culture. Occupant leurs existences hédonistes avec des fêtes,
servis par des robots, ils ne savent rien faire et n’attendent rien de la vie,
sinon d’exister jusqu’à leur cinq-vingt, date à laquelle ils peuvent rejoindre
les post-humains sur les anneaux en orbite autour de la Terre. Pourtant, Harman
sait lire, il est curieux. Il se met en quête de réponses et veut accéder aux
anneaux avant la date fatidique. Les trois curieux commencent alors une odyssée
qui leur fera découvrir leur passé et les secrets des posts…
En quatrième de couverture, Philippe Curval nous dit « qu’il y a tant d’idées dans Ilium qu’elles pourraient servir à une génération d’écrivain ». D’habitude, ces petites citations ne sont que des pubs censées vous faire acheter. Là, je vous jure que Curval, ne pouvait trouver de phrase plus pertinente ! 900 pages, c’est long, pourtant, l’auteur nous surprend à chaque chapitre avec mille trouvailles. Oscillant de manière incessante entre le grand spectacle et la réflexion, il nous divertit et nous questionne en même temps. A un chapitre guerrier, plein de sang, d’héroïsme, succède un passage intime dans lequel deux robots s’interrogent sur la Vie dans les œuvres de Proust et de Shakespeare. Sous des airs 16/9ème sound surround, Simmons interroge le lecteur de manière profonde et originale, principalement au sujet de la Culture, de l’évolution de la technologie et de l’humanité. Bref pour moi, il y a une véritable intelligence dans la construction de son récit qui se hisse de fait au même niveau que les chefs-d’œuvre que sont Hypérion et L’échiquier du mal. On découvre une nouvelle fois un auteur d'une grande érudition qui prouve, si l'on doit, que le domaine de l'imaginaire n'est pas que récréatif !
Un petit bémol, tout de même, la fin de ce premier tome fait vraiment la part belle à l’action, pleine de rebondissements, de Deus ex machina et l’on perd un peu de vue le côté réflexion… Reste à voir ce que sera la suite !! Espérons qu’elle sera de la même veine… En tout cas, jetez vous sur ce premier tome, vous ne le regretterez pas !!
StepH
STEPHENSON, Neal : Cryptonomicon.
« Un texte devenu culte au Etats-Unis »,
disait la quatrième de couverture. Voici de quoi vendre sa sauce de façon
efficace : aussi quand un jour, après quelques années d’errance désespérée
dans les déserts arides de la littérature dite « générale », j’ai
décidé de tenter un retour aux sources, je tombe sur un papier flatteur concernant
le Cryptonomicon sur la toile, et je me décide, faisant fi avec une insouciance
que effrontée de la broutille que représentaient les trois volumes de cinq cent
pages chacun.
Trois ans plus tard, je trouve enfin le temps et le courage de
m’y mettre. Et deux mois après, je l’ai terminé, et je vous en fais la
critique.
J’aime bien poser le contexte.
Dans cette trilogie aux longueurs nombreuses, nous suivons
les péripéties de plusieurs personnages, à travers deux époques : pour la
première, Lawrence Pritchard Waterhouse, génie mathématique spécialisé en
Glockenspiel et surtout en cryptographie ; Goto Dengo, ingénieur en tunnel
dans l’armée nippone ; l’intrépide
sergent des Marines Bobby Shaftoe, et enfin le prêtre-soldat Enoch Root. Ils
font joujou les uns contre (ou avec, cela dépend) les autres, durant la
première guerre mondiale. Pour la seconde époque, beaucoup plus proche dans la
mesure où il s’agit plus ou moins de la notre, Randy Waterhouse, ingénieur en informatique, navigue à vue entre les
divers complots visant à l’empêcher de monter avec ses amis une
« crypte » informatique libre de droits, croisant parfois certains
des personnages cités ci-dessus, parfois leurs descendants. Et d’autres,
évidemment.
J’aurais du mal à vous en dire plus, tant c’est compliqué –
et l’auteur ne nous aide pas, pour tout
dire, n’hésitant pas à nous servir régulièrement d’indigestes passages tout en détails
sur la cryptographie, l’économie internationale ou la science musicale.
Cependant, il est indéniable que le bonhomme a du talent : parvenir à maintenir
un semblant de suspens jusqu’à la fin du deuxième volume – moment où le quidam absolument
décroché des soucis informatiques et technologiques, mais heureusement un brin
entêté que je suis, a commencé à entrevoir la possibilité qu’il y ait une trame
dans ce foutoir-là – reste un acte de bravoure qui mérite d’être salué, voire
applaudi. Dans un style vif, avec beaucoup d’humour et un peu d’action, Neal Stephenson parvient à nous garder éveillé
suffisamment longtemps pour que l’intérêt soit présent jusqu’à la fin. Inutile
de préciser cependant que je restai assez déçu dans un premier temps, avant de
me rendre compte, constatant ladite déception, que c’était finalement pas si
mal, en fait, et que peut-être une autre fois je lirai un autre de ses livres à
ce monsieur ; un qui serait moins long.
Cependant, une question subsiste, qui me tarabuste :
s’agit-il de science-fiction ? Si des incohérences et divergences
apparaissent parfois avec notre vrai monde réel, l’auteur prenant notamment des
libertés par rapport à la géographie classique – il va jusqu’à inventer une île
inexistante, la drolatique qwglhm – on ne peut pas véritablement dire que c’en
soit.
Une autre question se dresse alors devant nous,
effrayante et inéluctable : qu’est-ce que ce livre faisait dans les rayons SF –
et surtout : aujourd’hui, que fait-il sur ce blog ?
Zolg
jeudi 13 mars 2008
EDDINGS, David : La trilogie des joyaux : Le trône de diamant, Le Chevalier de Rubis, La rose de Saphir.
Emouchet,
Chevalier Pandion de l'Eglise, rentre d'un exil de 10 ans pour trouver sa reine
enchâssée dans un diamant magique. Le diamant, résultat d'un sortilège de ses collègues
pandions et de leur formatrice en magie, la protège de l'avancée d'une maladie
mortelle. Le Chevalier, aussi champion de la reine, part en quête d'un remède
pour sauver la dame...
Allez, dites le ! Dites le que le scénario est basique ! Et bien oui, ça fait
du bien de le dire, hein? Mais en fait, le roman est très bien construit, et
ses suites aussi. Une quête est toujours une quête, elle progresse petit a
petit pour nous tenir en haleine jusqu'a la fin. Néanmoins, en avançant avec
nos personnages, on découvre un monde étrange, avec des pratiques magiques qui
sont plus proches des prières que de la magie. On découvre aussi un monde sépare
en trois grands groupes, le commun des mortels, l'Eglise et ses 4 ordres de
chevaleries et son clergé, et les Styriques, un peuple mystérieux et persécuté,
détenteur d'une magie surpuissante.
Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un roman en francais, et cela a
peut être aide a mon plaisir de lecture. L'histoire et ses rebondissements sont
tout de même de très bonne facture, et on s'attache à ses chevaliers religieux,
qui se servent de la religion sans trop y croire, pour arriver a leurs fins.
Cette trilogie n'est pas du Tolkien, loin s'en faut, mais elle fait passer un très
agréable moment. Personnellement, j'en conseille la lecture.
Paquito del Japon
dimanche 24 février 2008
Collectif : Appel d’air.
La Science-fiction
n’est-elle pas le media le plus approprié pour analyser notre société, ses
perspectives et ses dérives ? Orwell, Huxley, Asimov,
Bradbury… Autant d’auteurs
qui nous ont toujours posé des questions à travers le prisme de la fiction. Uchronie,
Cyberpunk, Space opera… Tous ces sous-genres interpellent le lecteur sur des
questions humaines et ne cessent d’interroger l’actualité. Certes il existe
aussi une science-fiction récréative, proche du roman de gare (ce terme n’étant
absolument pas péjoratif pour moi), mais on retrouve toujours une trace d’interrogation.
En France, cette littérature n’est pas trop reconnue, considérée comme un genre mineur et sans importance. De ce fait, j’ai souvent pensé que trop peu d’auteurs français s’y intéressaient et qu’encore moins de ces auteurs étaient mémorables (hormis Pierre Boulle, forcément !). Je me trompais, bien sûr ! Et ce petit recueil de nouvelles me l’a rappelé !
lundi 18 février 2008
KING, Stephen : La Tour Sombre.
Voici une critique que j’aurais pu commencer de la
sorte : « L’homme en noir fuyait à travers le désert, et le pistolero
le suivait. ». Mais par souci d’originalité, j’ai décidé de ne le faire
qu’à moitié.
Pour ceux qui n’auraient pas suivi, il s’agit de parler de
la « Tour sombre », fabuleux et interminable cycle de Stephen King.
Avant de nous livrer des dizaines de romans, nouvelles, films d’un niveau
parfaitement inégal, l’auteur s’était décidé, dès le début de sa carrière, à
écrire un jour un cycle qui occuperait dans son œuvre une place équivalente à
celle du Seigneur des Anneaux pour Tolkien. Il a fallu plusieurs années et, à
l’en croire, un miracle, pour que son projet aboutisse enfin, en sept
volumes : Le Pistolero, Les Trois Cartes, Terres Perdues, Magie et Cristal,
Les Loups de la Calla, Le chant de Susannah, et La Tour Sombre.
Dans un monde
décharné, usé jusqu’à la trame, le Pistolero – Roland de Gilead –, descendant
d’Arthur l’Aîné et dernier aventurier de l’entre-deux mondes, s’en va en quête
de la légendaire Tour Sombre, nœud de tous les univers existant, pour
comprendre ce qui se passe et, peut-être, résoudre le problème. Son monde à lui
a changé, le temps s’étiole et s’étire, et l’ensemble des autres mondes, nous
l’apprenons au fil de l’œuvre, est menacé lui aussi. S’il commence son errance
seul, il rencontre en chemin d’autres personnages qui deviendront des membres
de son ka – et c’est une chance : ces gens donnent une vie et un
dynamisme à l’œuvre et à Roland lui-même, présenté comme un quasi-automate prêt
à tout sacrifier pour sa quête, qui sont de véritables courants d’air frais
salvateurs.
Un univers extraordinaire, incroyablement
complet et complexe, imprégné de western, de machines étonnamment avancées
fabriquées par l’énigmatique société North Central Positronics, nourri de
légendes de notre réalité à nous : le mythe d’Arthur, le magicien d’Oz et
même… Harry Potter. Au passage, nous sera donnée l’occasion de croiser des
personnages extravagants tels que l’Homme en noir – le même, oui, que celui du
Fléau ou de nombres d’autres œuvres de monsieur King – un train fou et
suicidaire doué de parole, un ours géant, un bon paquet de robots psychotiques
incroyablement évolués, des vampires, une succube, douze gardiens des rayons,
le Père Callahan de Salem, une sorcière en haut d’une colline, et, suprême
invention, Stephen King lui-même. Au final, une épopée inoubliable pour de
nombreux fans, dont certains – et j’en fais partie – auront dû attendre plus de
quinze années pour voir le cycle se terminer enfin, gardant toujours dans un
coin de leur tête l’idée que, jusqu’ici, tout va bien, Roland, Eddie, Susannah,
Jake et Ote sont en chemin. Evidemment, nous avons affaire à Stephen
King : on y trouve du bon et du moins bon – mais dans l’ensemble,
l’excellent l’emporte avec brio, avec plusieurs surprises et coups de maître, ainsi
qu’une fin pour le moins imprévisible. D’autant que la Tour Sombre est une
œuvre arachnéenne, qui trouve sa source et de nombreuses résonances dans les
autres livres de l’auteur, qui aime à jongler avec les univers et faire se
rencontrer ses personnages : nous en apprendrons beaucoup sur certains
d’entre eux en lisant la Tour Sombre… Et inversement.
Personnellement, mon
préféré reste Magie et Cristal, qui se situe pour l’essentiel avant l’histoire
elle-même, quand le monde ne faisait que commencer à changer mais les
autres valent le détour aussi. Alors, si l’aspect imposant de l’œuvre – près
cinq mille pages, au final – vous effraie, oubliez ce détail et foncez, vous ne
serez pas déçus. Si encore vous n’êtes pas fan de Stephen King, oubliez ça
aussi : rien à voir avec ce qu’il a fait jusque-là, il s’agit bel et bien
de Science-fiction, non pas d’épouvante.
Zolg
lundi 11 février 2008
LE GUIN, Ursula : L’autre côté du rêve.
Je n’avais jamais lu Ursula Le Guin
jusque-là, et avant de me lancer à l’aveugle dans une œuvre trop longue – Les
Contes de Terremer, par exemple –, je me suis dit qu’un autre roman, pas trop
long et pas trop cher, me permettrait de voir à qui j’avais affaire. Autant
dire que je n’ai pas été déçu.
George Orr ressemble à s’y méprendre à tout le monde, à vous, à moi. Jusque dans son sommeil : quand il dort, il fait des rêves. A ceci près que quand il se réveille, il a souvent la désagréable surprise de constater que ses songes ont modifié la réalité, la rendant bien plus souvent qu’à son tour, hélas, proprement cauchemardesque. Voici le point de départ de l’incroyable aventure qu’il va vivre.
Le pauvre George, qui finit par absorber des substances irrégulières et se soumettre à la suggestion hypnotiques afin de ne plus rêver, se voit ballotté entre les mains d’un savant fou, d’une belle jeune femme dont on se demande au final s’il ne l’a pas lui-même inventée, et d’extra-terrestres au langage plutôt incompréhensible mais visiblement bienveillants, eux aussi sortis tout droit de son imagination. Au passage, il déclenchera une guerre intergalactique avant d’échapper de peu à une explosion nucléaire et de se retrouver avec la peau grise, comme tous les humains.
Il est des œuvres qui sortent du cours traditionnel de la science-fiction pour dériver imperceptiblement vers le traité philosophique : ainsi, Ravage, 1984, Farenheit 451, ou encore Les Monades Urbaines. L’autre Côté du Rêve est à mon avis à ranger dans cette catégorie : un propos bien maîtrisé, malgré un style un brin trop impersonnel à mon goût, et surtout, elle parvient à faire tenir sa trame malgré les absurdités que son personnage s’efforce de faire intervenir. La question sous-jacente, s’il ne faut en retenir qu’une seule, est la suivante – ou plutôt, restons modeste, pourrait être la suivante : quel homme peut-il se targuer d’employer « la » bonne méthode pour faire progresser l’humanité ? Où commence, où s’arrête l’intérêt personnel des gens, nombreux, qui prétendent « essayer de faire du bien à la planète », qu’ils soient simples citoyens ou politiciens ?
Certes, cela fait deux questions ; nous
pourrons les résumer en ayant recours au
fameux proverbe, un de mes favoris, proclamant que « la route des
enfers est pavée de bonnes intentions. » A lire, donc.
Zolg
mardi 20 novembre 2007
CROWLEY, John : L’été-machine.
L’été-machine,
publié à l’origine en France par les Moutons électriques, est sorti récemment
dans la collection Point fantasy. C’est l’occasion pour moi de rattraper le
temps perdu et de vous en faire ma critique. Autant vous dire que ma série de
très bons avis est terminée !
Crowley m’avait fait rêver durant deux tomes avec Le parlement des fées. Sa plume sensible, l’atmosphère qui se dégageait de son roman, m’émeut encore quand j’y pense. C’est donc avec envie que je me suis jeté sur cette nouvelle publication.

Ajoutons à
cela que l’édition des moutons électriques si elle est belle visuellement (et même
très belle), est bourrée de fautes typographiques. Les coquilles sont
omniprésentes. Au début, je me demandais si j’avais loupé quelques choses et si
c’était une partie de l’œuvre, mais non, c’est une grosse erreur de relecture. Pour
avoir fait ce boulot (de correction), je sais que c’est dur mais bon, quand
même, là, on aurait dit que personne n’avait relu !
Je serais
tenté de vous dire de passer votre chemin, pourtant, comme à chaque fois avec
Crowley, des images restent gravées dans ma mémoire et je ne peux me résoudre à
ne pas vous dire de tenter votre chance avec cet auteur très spécial mais qui
mérite reconnaissance…

