E-maginaire

Tout ou presque sur le domaine de l'imaginaire! Littérature (fantastique, SF, fantasy), BD, comics, manga, jeu de rôle, cinéma. Des actus et des nouvelles. Blog collaboratif, n'hésitez pas à l'enrichir de votre avis!

mercredi 11 novembre 2009

JONES, Julie, V. :L’épée des ombres : 1) Le piège de glace blanche.

l_epeedesombres1Après la semi déception de Graceling, je persiste pour me faire une idée de ce que sera la ligne éditoriale du nouveau label Orbit. Je m’attaque néanmoins à une valeur plus sure : J.V. Jones. Si je n’ai jamais rien lu de cette auteure, sa réputation de grande dame de la fantasy me donne envie voir par mes propres yeux.

Raif est un tout jeune homme des clans. Pas même encore considéré par ses pairs comme un « temporaire », il apprend avec son grand frère Drey à survivre et à se rendre utile au clan Grêlenoire sur les terres septentrionales des Territoires du Nord (c’est dire s’il fait froid !). Mais alors qu’ils reviennent d’une partie de chasse, ils découvrent le campement détruit et tous les chasseurs tués. Parmi eux, se trouve leur père ainsi que leur chef. Qui a pu commettre ce crime infâme ? Bouleversés, ils rentrent prévenir la communauté et découvrent un autre survivant : Masse Grêlenoire, le propre fils du patriarche. Comment s’en est-il sorti ? Raif doute fortement de cet homme au fétiche de loup qui semble attiré par le pouvoir. Mais que peut faire un enfant sans statut contre cet homme respecté et qui a l’intelligence de son animal totem…

Ash rêve de plus en plus. Une caverne de glace noire, des voix qui l’appellent, du sang, des mains qui tentent de l’attirer. Qu’est-ce que cela signifie ? Penthero Iss, son père adoptif et Haut Seigneur de la Tour-Vanis semble en savoir plus que ce qu’il laisse entendre. Pourquoi l’avoir sauvée du froid alors qu’elle n’était qu’un nouveau né ? Pourquoi se préoccuper avec autant d’insistance de la venue de ses menstrues et de son développement physique ? Cela a-t-il un rapport avec ses rêves ? Ash a peur, elle va devoir trouver des réponses par elle-même…

Le piège de la glace blanche est le premier tome de ce qui semble être un cycle de cinq volumes nommé l’épée des ombres. Cette entrée en matière est assez bien menée. Même si l’intrigue n’avance pas énormément, J. V. Jones nous fait découvrir un monde assez âpre et plein de mystères. Les personnages sont bien brossés, ont des réactions humaines et on s’attache à ces héros qui sont dépassés par les évènements. Le style de l’auteure est agréable, plein de descriptions qui nous permettent de nous immerger dans ce monde rude. Ainsi, nous découvrons au fil des pages les traditions et l’histoire des clans, de la Tour-Vanis, comment tout un monde s’imbrique et se nourrit des cultures et des relations entre des ennemis héréditaires. Nous entrevoyons d’autres sociétés, inquiétantes… Nous apprenons aussi à appréhender une magie subtile et dangereuse d’une grande originalité.l__p_edesombres2

Ce premier tome est donc, à mon avis, une bonne surprise et, pour moi, la découverte d’un auteur à suivre tant pour ses qualités stylistiques que pour les histoires qu’elle raconte. Comme je le disais dans un commentaire, on trouve beaucoup de romans de fantasy qui se déroulent dans des cultures nordistes du type viking où le froid, la dureté des manières, la civilisation tribale sont mis en avant. Pour autant, il me semble que Jones, férue d’histoire, insuffle une atmosphère particulière à son monde, crée des personnages crédibles et dont on suit les motivations. En ce sens, on s’éloigne du classique « c’est parce que je suis un gentil fermier et que mon vieux voisin alcolo est un grand magicien que je prends mon épée pour tuer le méchant seigneur qui menace le monde… ». Une réussite donc qui mérite d’être lue !

Notons enfin que le deuxième tome sort demain (le 12 novembre) en France et que le quatrième tome est en cours de publication aux States. Ce qui signifie que la rapidité de publication française va vite cesser !

StepH

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samedi 31 octobre 2009

BOUDOU, Jean : Les Contes du Drac.

CIR05_ConteDelDrac_livre_Q« Il était une fois le Drac. Le Drac était fils du diable. Il était aussi une fois l'enfant-joli. Et l'enfant-joli s'était juché sur un pommier de pommes rouges, tout au fond du jardin, le long du chemin. »

Tel est pris qui croyait prendre... Le Drac, le vilain, le malin Drac va se retrouver, pour notre plus grand malheur à nous, pauvres gens du monde, bloqué hors de chez lui, à la surface de la terre, pour répandre le malheur partout où il passera...

Il aura aussi la malencontreuse idée de faire des enfants, et ceux-ci, bien dissimulés parmi les hommes, s'échineront à jouer des mauvais tours à ceux qu'ils croisent et aux vies desquels ils se mêlent, allant parfois jusqu'à se marier pour certains...

 

Tel est la trame du recueil, qui va nous servir les aventures des « petits dracs » jusqu'à un splendide final dont on ne sera pas déçu.

Les Contes du Drac constituent donc un court recueil de contes écrits entièrement en occitan (mais traduits en français, rassurez-vous) par Jean Boudou, un auteur plutôt inconnu mais qui mérite bien mieux à mon avis. Ses contes, que l'on va qualifier de « tirés du folklore rouergat » (Boudou était fils d'une conteuse), d'une simplicité brute, tant dans la forme que dans le fond – bien qu'ils ne manquassent pas de réservasser leur lot de surprises – vous charment et vous captivent dès les premières lignes. C'est rythmé et lourd comme la terre et la rocaille, omniprésente, hypnotique comme un vieux blues mal enregistré...

Fascinant d'innocence, effrayant comme l'enfance. Boudou – qui fut en son temps instituteur dans le Rouergue, puis en Algérie, où il termina sa vie en 1975 – parvient, avec sa langue à la fois simple et si riche en expressions inédites, à faire revivre le fabuleux monde des contes tel qu'on le connaît, tels qu'on les entendait au « dans le bon vieux temps »...

L'allemand Georg Kremnitz a dit de lui que « s'il  avait écrit dans une langue majoritaire, sa voix serait perçue de partout. ».

Tant mieux, c'est pas moi qui l'ai dit, mais je suis bien d'accord avec lui.

Seul problème : une relative rareté de l'œuvre (pas introuvable non plus, je pense, faut juste le demander), éditée (du moins, la version que j'ai moi, il doit en exister d'autres, je pense) aux Editions du Rouergue, dans un recueil de recueils contenant, en plus des contes du Drac, les Contes des Balssa, les Contes du Viaur, et les Contes de chez moi, dans lesquels on pourra aussi trouver quelques merveilles comme le formidable Fleurette et Piétonel, ou bien le glaçant Château des Rêves, ou encore l'énigmatique Oiseau Bleu... et je pourrais en citer d'autres, tant ils sont chacun, malgré leur brièveté (rarement plus d'une dizaine de pages) comme une entité à part entière.

Mais pour ce qui est des recueils, les Contes du Drac gardent ma préférence, et je ne saurais que vous conseiller de commencer par eux.

Zolg

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dimanche 25 octobre 2009

CASHORE, Kristin : Graceling.

gracelingVoilà, c’est parti, Orbit s’est lancé ! Quatre volumes sont parus au début du mois. J’espère beaucoup de ce label et je crains en même temps ce qui va arriver. En effet, Hachette lance Orbit d’abord car il existe déjà chez nos voisins anglo-saxons et américains mais aussi pour barrer la route à Bragelonne dont l’hégémonie et la place sur les tables SF n’est plus à démontrer. S’en suivra-t-il une bataille de volume ou une bataille de qualité ? L’avenir nous le dira et j’espère sincèrement que ce sera la deuxième solution qui sera envisagée. Pour le moment, j’ai terminé Graceling, qui semblait être le cheval de bataille du nouveau label. Convaincu ? Pas vraiment mais pas déçu non plus…

Parmi les 7 royaumes, certains humains se trouvent dotés d’une habileté qui semble défier l’imagination. Certains seront des couseurs hors pairs, d’autres seront d’incomparables bretteurs, d’autres encore seront des cuisiniers illustres. On les appelle des graceling. Ils sont reconnaissables à leurs yeux qui sont dépareillés. Souvent ces êtres hors normes servent les rois des différents royaumes et sont craints par tous.

Katsa fait partie de ces élus. Elle a le don du combat. Son oncle, qui dirige le royaume des Middluns, l’utilise comme gros bras pour intimider ou punir ceux qui ne restent pas dans le rang. Inutile de dire que sa réputation est épouvantable. A son arrivée, les gens baissent les yeux ou s’enfuient. Mais Katsa en souffre. Elle se pose des questions. Qui est-elle ? Vaut-elle mieux qu’une bête féroce ? Peut-elle prendre en main son destin au risque de tout détruire sur son passage ? Elle a crée une société secrète qui régule les abus de pouvoirs des seigneurs des royaumes mais reste pourtant inféodée à son roi. C’est lors d’une mission de sauvetage que la rencontre d’un autre graceling la lancera sur le long chemin de l’humanité…

A la lecture des premières pages, je n’ai pas été véritablement emballé. Le style n’est pas mauvais mais le contenu n’est pas d’une originalité sans borne. Une héroïne avec d’énormes pouvoirs ne sait pas quoi en faire. Elle en a même peur. Elle l’utilise pour faire le mal. Mais « avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités »… L’univers ne nous retourne pas le cerveau. On pourrait même dire qu’il est à peine ébauché. Sept royaumes avec des seigneurs plus ou moins sympathiques à leurs têtes, point. Nous n’en saurons pas vraiment plus. C’est décevant. Ceux qui aiment les univers foisonnant, les belles descriptions, peuvent passer leur chemin. En vérité, le roman est centré principalement sur deux personnages, peut-être trois. C’est d’ailleurs de ce qui me semblait être une faiblesse qu’est venu l’intérêt. En effet, au fil des pages, on voit se dessiner la psychologie des personnages, leurs interactions font avancer le récit et l’on s’attache à ces héros hors norme qui ont des problèmes trivialement humains.Orbit

Une fois accrochés aux protagonistes, nous passons à la deuxième phase du livre : l’action ! Car c’est à partir de ce moment là que l’intrigue, qui avait été lancée dès le premier chapitre, prend de l’ampleur. Un méchant se dessine, effrayant de pouvoir, et qui pourrait tenir en échec Katsa et ses pouvoirs incommensurables. Mais encore une fois, ce danger est l’occasion de découvrir le développement intérieur de notre jeune graceling.

Au final, après quelques péripéties, je sors de ce livre plutôt satisfait. Même si je ne dirais pas que c’est un « must have », il m’a fait passer un bon moment et je ne regrette pas sa lecture. Je regrette que le monde ne soit pas plus étayé et j’espère que les suites que notre jeune auteure (c’est son premier roman) prépare pallieront à se manque et garderont les qualités qui m’ont fait l’apprécier. En revanche, je ne vois pas ce qui justifie le grand nombre de nominations à des prix littéraires…

Quoiqu’il en soit, pour le prix attrayant de 14.90€ on peut se permettre cet achat si on a envie d’une lecture sympathique…

StepH

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mercredi 21 octobre 2009

CROWLEY, John : Le Parlement des fées II – L’art de la mémoire.

parlement_2Dans ce deuxième tome nous suivons l’histoire d’Auberon à la Cité et continuons à entrapercevoir le sort des habitants d’Edgewood.

Je n’en dis pas plus pour ne pas gâcher la lecture du premier et du second tome…

J’attendais beaucoup de l’art de la mémoire et, jusqu’au 100 dernières pages, je n’ai absolument pas été déçue ! En effet des fragments de réponses à nos questions sont égrenés au fur et à mesure du récit mais de nouvelles interrogations (et non des moindres) sont également présentes. Qu’à cela ne tienne, je continuais quand même, attendant avec impatience la fin du « Conte » tout en imaginant milles issues possibles. Mais voilà, l’auteur nous propose un final complètement farfelu… Que ce soit farfelu n’est pas forcément gênant en soi mais quand on a nourri des attentes pendant 650 pages (les deux tomes réunis) et qu’on nous ouvre les rideaux d’un coup sec en proposant une vision rocambolesque qui ne nous dit rien, ça déçoit, forcément. Ce qui m’a vraiment gêné c’est que partant de là, l’auteur aurait pu écrire n’importe quoi pour clore cette histoire, cela aurait été pareil. Ca m’a semblait un peu trop facile et j’avoue que j’ai refermé le livre avec un goût amer tant j’avais investi ces deux tomes.

Quoi qu’il en soit le monde, l’histoire, les personnages, la narration valent vraiment la peine d’être découverts et lus avec avidité… avec un petit bémol personnel et subjectif pour la fin.

EVa

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CROWLEY, John : Le Parlement des fées I – L’Orée du Bois.

parlement

Smoky Barnable, jeune homme de la grande Cité, se rend en marchant à Edgewood, l’Orée du Bois, pour y épouser Daily Alice Drinkwater. Il devra loger dans la maison familiale construite par John Drinkwater, architecte excentrique et entrera ainsi dans l’histoire de la grande lignée des Drinkwater. On suit ainsi l’évolution solitaire de Smoky, seul personnage masculin de la maisonnée entouré de 4 femmes auxquelles il s’attache, acceptant son sort et d’ouvrir son cœur sans rien demander en retour. Smoky aura 4 filles et un garçon, Auberon, qui quittera Edgewood pour la grande Cité. 

Avec Smoky, ce premier tome nous plonge dans un lieu mystérieux, flou, incompréhensible dont l’auteur ne nous laisse percevoir que de simples fragments. Comme Smoky nous acceptons les règles du jeu et, même si nos méninges fonctionnent à plein régime en s’imaginant tous les scénarii explicatifs possibles, nous continuons à avancer, patiemment.  
On comprendra dans ce premier tome que seuls les personnages féminins sont capables de voir et de parler aux habitants d’un royaume situé à l’intérieur du monde ordinaire. On suivra Smoky et Auberon (ainsi que d’autres figures masculines et féminines passées, grâce à des flash-back) qui cherchent à trouver leur place et leur rôle dans une destinée qui les dépasse.

Bien écrit, original, l’Orée du Bois nous donne l’impression d’être spectateur, regardant à travers une fenêtre dont les rideaux sont trop épais pour que l’on puisse tout voir et tout comprendre… Ne supportant pas cette situation nous nous engouffrons dans chacune des mises en scène qu’il nous est permis d’observer et dévorons ce premier tome qui nous met l’eau à la bouche.

EVa

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mercredi 23 septembre 2009

BRUST, Steven, LINDHOLM, Megan : La nuit du prédateur.

 

nuit_du_predateurJe vous l’ai déjà dit mais encore une fois, il est très dur d’écrire sur ce que l’on aime passionnément. C’est de nouveau le cas ici. La nuit du prédateur est à mon sens un des meilleurs titres du catalogue Mnémos. Alors quand Pocket le publie finalement au format poche, je suis obligé de me faire violence et de tenter de vous expliquer les raisons de mon engouement pour ce titre.

L’histoire est assez complexe à présenter sans déflorer la moitié de l’intrigue. Un vieux flic désabusé enquête sur des meurtres horribles ; un gitan erre, amnésique, dans les rues de Lakota. Il ne sait pas qui il est mais il sait qu’il doit faire quelque chose… Les morts s’entassent autour du gitan… Un conte, une Belle Dame, un Monde étrange… Je ne vous en dirai pas plus, l’intrigue est installée.

Je l’avoue, commencer ce roman est ardu. Alternant entre enquête du policier tenace, quête d’identité du Gitan et conte, les chapitres s’enchaînent au départ sans liens apparents. Imaginez l’orée d’une forêt. Un petit chemin s’ouvre devant vous, à peine discernable. Plein de ronces, vous forçant à quelques souplesses. Vous vous dites qu’il serait plus simple de rebrousser chemin. Mais si vous continuez, vous émergerez sur un petit chemin vierge de toute civilisation, un monde pour vous tout seul. Avez-vous déjà vécu cette expérience ? C’est ici la même chose. Après quelques pages ardues (j’ai voulu rebrousser chemin mais la fée sur mon épaule m’a poussé à continuer), on entre dans un monde envoûtant, vierge de tout poncif littéraire. On suit les héros, on écoute la musique et l’on cherche à entrer dans la danse.

Quête initiatique, OVNI littéraire, pur moment de poésie, voyage dans le monde de féerie, je ne sais pas comment qualifier ce roman. Restent la qualité de l’écriture, de la structure, l’ingéniosité des auteurs. Peut-être ne suis-je pas tout à fait objectif, peut-être le genre de la fantasy urbaine me rend-il clément, en tout cas cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un livre aussi beau.nuit_du_predateur

Au final, je me dis que lorsque deux auteurs de qualité unissent leurs efforts, il ne peut en résulter que du bon. C’est faux, mais c’est le cas ici. Les qualités reconnues de ces deux écrivains ont été mises en avant pour gommer leurs défauts. Il ne reste que du bon. Le seul regret que je pourrais avoir, c’est que Célia Chazel et Audrey Petit aient quitté le bateau Mnémos qui nous offrait de merveilleuses pépites. Audrey, je l’espère nous offrira d’autres bijoux pour le nouveau label Orbit (chez Calmann Levy). Célia nous laisse orphelins puisqu’elle quitte le monde de l’édition pour embrasser celui de la traduction. Quant à Mnémos, malheureusement en perte de vitesse, il est repris par Sébastien Guillot, qui nous a offert la découverte d’auteurs incontournables comme Neil Gaiman et qui dirige la très belle collection Interstice (encore chez Calmann Levy).

Pour conclure, je vous dirai donc simplement que ce livre, qui correspond si fort à l’atmosphère automnale qui sévit depuis quelques jours est un incontournable. Amoureux de littérature, fans de fantasy urbaine et de poésie, entrez dans la danse, passez quelques soirées auprès de la roulotte des bohémiens et écoutez leurs chants et leurs histoires, vous en reviendrez, tout comme moi, enchantés.

StepH

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lundi 7 septembre 2009

BROOKS, Max : World War Z

wwzL’actualité de Max Brooks (le fils jusque là inconnu de Mel Brooks) a été chargée en mai. En effet, deux livres sont parus dans la collection interstice. Pourquoi ? Les deux sont liés par leur thématique : les zombies ! Le premier est un guide de survie en territoire zombie et le second, un rapport d’une sorte d’ « ONU » sur l’invasion de ces non morts. Alors que l’un semble assez amusant (je ne l’ai pas lu et me base donc sur une intuition…), celui dont nous allons parler est plutôt sérieux. Dans la profusion des parutions zombiesques, il me semble que cette œuvre mérite le détour et je vais tenter de vous expliquer pourquoi…

World War Z est un recueil de témoignages. Un homme a été chargé par la Commission Post Traumatique des Nations Unies (CPTNU) de pondre un rapport sur la plus grande pandémie, la plus grande guerre que le monde ait connu, la lutte mondiale contre les zombies. Malheureusement, ce rapport n’a pas été accepté et l’auteur a décidé d’en publier le contenu afin de permettre aux générations futures de comprendre ce qui a détruit le monde de leurs parents… Au travers de divers témoignages de par le monde, nous découvrons le déroulement de cette catastrophe : Scepticisme, panique, survie, contre attaque…

Si le thème du zombie est rebattu sur tous les medias possibles, cette œuvre fait pour moi figure d’ovni littéraire. Pas vraiment une histoire avec un début, un développement et une fin ; pas de héros mais une collection d’entretiens sur divers sujets et dans diverses parties du monde. Cela peut paraître déroutant mais on peut dégager une histoire au fil des chapitres, celle de notre monde. Classés dans un ordre chronologique, les témoignages permettent de construire le déroulement de l’invasion zombie et les réactions humaines à l’échelle mondiale.

Souvent, les histoires de zombies suivent un petit groupe de survivants, qui se débattent pour survivre, créant une microsociété pour le meilleur et pour le pire. On y retrouve les luttes de pouvoirs, les travers humains ou les nobles sacrifices. Bref, on se focalise sur l’individu. Ici, la focale s’élargit pour embrasser le monde entier. Que feraient nos Etats si cette catastrophe arrivait ? La raison d’état justifie-t-elle le sacrifice de millions de citoyens ? Doit-on tout révéler ou bien cacher ce que l’on sait ? C’est là, pour moi le tour de force de Max Brooks : par des témoignages individuels, l’auteur nous montre comment le Monde dans son ensemble réagirait. Mais Brooks est américain me direz-vous ? Sa vision de la géopolitique n’est-elle pas un peu biaisée ? A mon sens, Il évite l’écueil d’une analyse fermée et aborde bien les différents points de vues des Etats. Certes, on retrouve ici et là quelques penchants occidentaux mais rien qui trouble vraiment la lecture. Le lecteur un poil chauvin que je dois être à regretté le traitement de la crise française, mais bon, on ne peut pas être génial partout…

Au final, World War Z est une réussite. On le lit d’une traite, se posant sans cesse la question du réalisme des réponses gouvernementales à cette grave crise. Pour moi, cette œuvre fait office, comme la plupart des histoires de zombies, de parabole. Car qu’est ce qui est en jeu sinon la gestion mondiale d’une pandémie ? Je trouve qu’à la veille de l’automne, avec l’actualité qui nous submerge, on devrait tous lire ce livre… Et quelques réponses qu’on y trouve pourraient nous faire froid dans le dos !

StepH

PS : J’ai oublié de préciser que la Paramount avait racheté les droits pour l’adapter en film. A Priori, ce devrait être Straczynski (un excellent auteur de comics et le créateur de Babylon 5) qui scénarise. Vous pouvez déjà regarder de fausse bandes annonces très bien faites sur Youtube.

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dimanche 14 juin 2009

GEMMEL, David : Rigante

rigante1David Gemmel est un auteur phare aujourd’hui dans le monde de la fantasy. Véritable vache à lait pour les éditions Bragelonne, chaque nouveau roman est un succès. Pourtant, j’ai remarqué que notre blog n’avais jamais donné son avis sur aucun de ses livres. Je voudrais donc revenir sur une quadrilogie qui m’a marqué et qui n’est pas reconnue à sa juste valeur.

Connavar est un jeune garçon plutôt sauvage, né dans les montagnes verdoyantes des Highlands (pas ceux d’Ecosse mais assez proche). Courageux et malin, il apprend aux côtés de Banouin, le marchand étranger. Mais cette vie rustique dans laquelle notre héros montrera sa valeur, ne durera peut-être pas. En effet, la cité de Roc, avide de territoires nouveaux, a déjà conquis tout le continent et veut traverser la mer afin de soumettre les fiers highlanders au grand Empire. Les rigantes ne sont pas prêts. Ils sont condamnés à perdre leur culture et à vivre à genoux… Sauf si un grand héros se lève et organise la défense…

Gemmel produisait (il est décédé en 2006) une fantasy soit dans des mondes totalement imaginaires (les Cycles de Drenaï) ou bien para historiques (Le lion de Macédoine ou le récent Troie). Rigante appartient au deuxième genre. Le monde s’inspire grandement de l’Ecosse et de son invasion par l’Empire romain. Il est clair que les histoires qui sont écrites sont toutes très guerrières, pleines d’hommes au caractère trempé et de femmes soumises mais farouches. Je ne dirai pas que c’est une littérature plutôt masculine pour éviter de me faire traiter de sexiste, mais je le pense…rigante2

Rigante n’échappe pas à cette tradition. Les héros sont forts, sentent un peu sous les bras et se battent comme des forces de la nature. Les sentiments sont forts comme lors d’un bon match de rugby. Bref on ressent la testostérone qui envahit notre corps à la lecture des protagonistes qui se sacrifient pour une cause plus grande qu’eux. Vous vous dites au ton de plaisanterie que j’utilise, que ma critique ne sera pas bonne ? Détrompez vous ! J’aime beaucoup et ce pour deux raisons : d’un côté on pourrait dire que c’est une lecture récréative mais très bien construite ; de l’autre, un deuxième niveau de lecture se cache souvent derrière cet apparat de Conan.

rigante3Premièrement donc, je trouve que si l’on considère que Rigante est un bon roman pour s’aérer le cerveau, on a raison. Bien construit, renouvelant bien le genre de l’heroïc fantasy, on s’étonne souvent d’être pris par le livre. On a envie de savoir ce qu’il va se passer, on veut voir le gentil (en fait peut-être pas toujours si gentil) héros battre les méchants (pas toujours si méchants). Les personnages sont attachants, humains malgré leur taille hors norme. Leurs actions ne sont pas toujours héroïques et l’humain reste toujours présent. C’est donc une très bonne lecture récréative même si je pense que Rigante n’est pas la meilleure série si l’on cherche un livre d’action pure (on passe beaucoup de temps avec les rigantes à suivre leur vie « normale »).rigante4

Deuxièmement, on peut déceler beaucoup de réflexions derrière l’apparente simplicité du texte. Cette quadrilogie traite d’abord, si on la considère dans son ensemble, de Culture(s) (vous m’avez bien lu !!). La série se déroule sur plusieurs centaines d’années et l’on suit le peuple des highlands au fil des tentatives (réussie ou pas) d’invasion. On voit comment chaque culture s’interpénètre et change la civilisation. De ce point de vue, il me semble que Rigante est une des œuvres les plus réussies de cet auteur. On est vraiment étonné de ce que soulève ce livre d’apparence si fruste.

En conclusion, il me semble que Gemmel est un des seuls auteurs à proposer une littérature à la fois très populaire, digne héritière des séries comme Conan ou autres Bannis de Gor, mais aussi maline est intelligente. D’une manière générale tous les Gemmel que j’ai lus sont de bons niveau mais j’ai eu un vrai coup de cœur pour cette série.

StepH

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jeudi 4 juin 2009

MCCARTHY, Cormac : La route

laroute_248Cormac McCarthy n’est pas un auteur de SF. Considéré comme un des plus grands auteurs contemporains, il s’essaye ici à un roman d’anticipation. Avec succès ? Il a reçu le prix Pulitzer 2007 et toutes les critiques sont dithyrambiques. La sortie en poche dans la collection Point me donne envie de rajouter ma critique à l’énorme masse de critiques qui existent déjà…

La civilisation est détruite. Plus rien ne tient debout. La fin du monde a eu lieu. Pourquoi ? Comment ? Quelle importance ? Aujourd’hui ne reste plus que la survie dans un monde recouvert de cendres où plus rien ne pousse.

Un homme et son fils sont sur la route. Ils tentent de rallier le sud avant que l’hiver ne les tue. Mais le voyage et dur et incertain. Leur vie se résume à la survie. Marcher, s’abriter, rechercher de quoi survivre, éviter les autres qui tenteront de voler ou de tuer pour manger…

Autant vous dire que le sujet n’est pas gai. La route parle d’un monde qui est mort mais dont certains habitants n’ont pas eu la chance de partir avec, comme un poulet que l’on tue et qui a encore les pattes qui n’ont pas compris que c’était fini. Aucun espoir mais pourtant la vie s’accroche. Pas de circonstanciel, à quoi bon parler de ce qu’il y avait avant quand tout ce qui reste se réduit à manger de la poussière de céréales et à marcher vers le sud. On ne sait même pas exactement dans quel pays se situe l’action.

Le style de l’auteur participe de cette noirceur. Apre, constitué de phrases courtes, parfois juste nominales, comme si le souffle était trop court pour en formuler davantage. Pas de chapitrage, juste des paragraphes qui scandent le voyage de nos deux héros. Peu de dialogues, formulés dans un style presque indirect libre. Pourquoi parler quand il n’y a plus rien à dire. Pourtant le père essaye, fait un effort pour son fils. Mais les choses ne sont pas si faciles. C’est dans les non dits que l’on comprend l’émotion. Au final, on a l’impression d’être dans un cauchemar sans fin dans lequel on n’ose plus espérer ni pour le petit, ni pour l‘homme.

Touchant, percutant, ce roman l’est indéniablement. J’ai eu un peu de mal à y entrer, obnubilé par l’effort de style. Pourtant, au bout de quelques dizaines de pages, j’y étais, je les suivais le long de cette route, témoin de leur calvaire. La relation père/fils qui est développée est crédible. Tout d’ailleurs est très crédible dans son horrible réalité. Mais je dois avouer que je n’étais pas toujours très touché et la noirceur constante du sujet, le style très présent, me situait plus du côté du spectateur que du témoin horrifié. C’est un peu un regret. J’aurais voulu ressentir plus d’émotions (ou peut être ne suis-je pas très sensible) comme le vend le Point sur le quatrième de couverture. Peut-être aussi est-ce la multiplicité inquiétante de coquilles, de césures en plein milieu de ligne qui me mettait hors de moi et me faisait sortir du récit. En vérité, je n’ai jamais vu autant de coquilles de ma vie. Quasiment une toute les trois pages !! On se demande s’il y a eu une relecture !

Au final, je ne saurais que conseiller ce roman car la lecture vaut le détour. La réputation de l’auteur n’est pas usurpée. Et même si je n’ai pas toujours été très touché, j’ai eu du mal à stopper ma lecture. Je pense aussi que certaines images resteront gravées dans ma mémoire. Cependant, attendez une nouvelle édition en poche ou investissez dans le grand format, ça vous évitera l’écueil de râler toutes les trois pages…

StepH

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jeudi 28 mai 2009

BARROW Wayne : Bloodsilver.

bloodsilverLes westerns, c'est cool ; mais quand en plus de ça, y a et des fantômes et (surtout) des suceurs de sang, quelle éclate !

Bloodsilver débute avec le débarquement d'une colonie de « monstres » – les broucolaques – sur la côté est des Etats-Unis, au dix-huitième siècle (débarquement célébré comme il se doit par un superbe bain de sang,) et va présenter l'avancement, au fil des siècles, de leur « Convoi » à travers l'Amérique, jusqu'à la côté Ouest, en même temps ou parfois avec un peu de retard sur les autochtones (les « seconds» autochtones dira-t-on...), ainsi que leur intégration progressive à la vie du pays naissant. On pense parfois à une Uchronie bien menée, interrogeant de-ci de-là les relations entre les diverses ethnies du continent (noirs, indiens, blancs) en inversant cette fois le rapport de force... et on y est, sans vraiment y être non plus : Wayne Barrow reste franchement dans son sujet, à savoir, écrire une histoire fantastique. On vit quoi qu'il en soit de l'intérieur cette terre sans règles ou presque, on ressent l'état d'esprit de « ceux » qui y étaient, et on songe parfois qu'il n'est pas étonnant qu'une telle jungle, où règne bel et bien la loi du plus fort et de la débrouille, ait fini par donner naissance à cette nation de « grands enfants » où le libéralisme est érigé en dogme.

Mais là n'est pas le cœur de l'œuvre, ce ne sont que des thématiques auxquelles nous renvoie (peut-être) le genre même du Western – en cela, pour être écrit par une paire de paires de mains françaises, le coup est franchement réussi, on s'y croirait. N'y manquent pas non plus les images, immenses et flamboyantes, paysages de plaines désertiques, courses-poursuites surréalistes le long des crêtes des montagnes rocheuses, village paisible lové au pied des Appalaches ou bien bourgade poussiéreuse où passe la redoutable « Confrérie des Chasseurs » pourchassant le « Convoi » des vampires, et personnages pittoresques, tous plus ou moins barrés...

Et en matière de personnages, nous voici servis également : les héros mythiques de cette Amérique sont tous au rendez-vous : des célèbres pistoleros que sont Billy The Kid, Doc Holiday ou Wyatt Earp, à l'éminent Abraham Lincoln en passant par le récurent Mark Twain* au destin ici complètement transfiguré, ou encore la célèbre veuve Winchester à la santé mentale fragile qui fait construire pour les fantômes des victimes des armes de son défunt mari, à leur demande, une « maison aux esprits » à l'architecture plus qu'improbable**, ils y passent tous, j'en oublie certainement. Vous l'aurez compris, Bloodsilver est plus une suite suite d'historiettes plus ou moins reliées qu'un véritable roman, au sens classique du terme du moins ; mais cette structure permet d'autant mieux de servir ce qui semble être le but des auteurs, à savoir, donner à la fois une vision d'ensemble et nous le faire vivre de l'intérieur ; le tout est écrit dans un style à la fois âpre et élégant, faisant naître ou renaître cet univers avec une efficacité rare.

Pour ma part, après le cycle de la Tour Sombre, Bloodsilver a aussi été l'occasion de me plonger dans la littérature de western, et je ne peux que vous le conseiller : des grands classiques de Louis L'Amour au plus contemporain  Cormack McCarthy, en passant par une perle, le « Journal de la première traversée du continent Nord-Américain », par les explorateurs M. Lewis et W. Clarke, il y a là une véritable mine d'or que, si je ne craignais de vous détourner de votre affaire principale, à savoir la littérature fantastique, je vous conseillerais franchement !

Super Zolg.

* Au passage, l'occasion de remettre les pendules à l'heure à propos de l'un de mes auteurs favoris : je ne sais plus où j'ai lu, dernièrement, que Mark Twain aurait été un vilain garçon raciste et tout et tout – rumeur étrangement tenace et persistante ; mais que l'on relise (ou que l'on lise, simplement...) l'essentiel de ses œuvres, (notamment Les Aventures de Hucleberry Finn), et on s'apercevra qu'il n'en est rien, et qu'en de nombreux endroits, on peut y voir de violentes attaques contre l'esclavagisme et le traitement porté à son époque aux noirs. Que quiconque en doute se rende sur ce lien : http://bibliobs.nouvelobs.com/2008/09/18/cest-mark-twain-quil-ressuscite , où les choses sont bien mieux expliquées que par moi-même.

** Histoire absolument vraie, paraît-il ; véritable légende en tout cas.

Posté par e_maginaire à 19:13 - bouquins - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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