E-maginaire

Tout ou presque sur le domaine de l'imaginaire! Littérature (fantastique, SF, fantasy), BD, comics, manga, jeu de rôle, cinéma. Des actus et des nouvelles. Blog collaboratif, n'hésitez pas à l'enrichir de votre avis!

mercredi 23 juillet 2008

DICK, Philip K. : Substance Mort.

SubstanceMortChaque fois que j’ai lu un Dick, je me suis retrouvé dans une situation assez embarrassante : je ne peux pas dire que son style soit formidable, il est assez plat, simple (est-ce la traduction, je ne saurais pas le dire), l’histoire n’est pas d’un relief étonnant, il n’y a pas de grandes théories exposées, bref, si j’analyse ce que je viens de lire rationnellement, je ne trouve rien de formidable. Pourtant, je suis toujours interpellé, mis mal à l’aise, voire bouleversé. En tout cas, ses œuvres laissent une trace… Ça a été encore le cas pour celui-ci.

Fred est un flic des stups. Il est un infiltré dont personne ne connaît l’identité, même pas ses supérieurs. Il côtoie chaque jour des dealers, des junkies et tente de remonter la filière afin de stopper la marée de drogue qui déferle sur les Etats-Unis. Une drogue en particulier, la Substance Mort, décime la population et Fred doit trouver qui la fournit.

Au jour le jour, Fred est Bob Arctor, un petit drogué vivant sa vie de looser, cherchant à acquérir de plus en plus de cachetons. Il a des amis camés, toujours déchirés, ne vivant plus tout à fait dans ce monde. Bob s’amuse, jouit de cette vie, de sa maison/squat et s’inquiète de se faire arrêter par les flics ou de se faire trucider par ces amis défoncés.

Mais lorsque Fred est chargé de surveiller Bob Arctor, les choses se compliquent…

Autant vous prévenir de suite, on est loin du polar classique. Pas de courses poursuites, pas de grosse enquête, on est spectateur de la vie de tous les jours de Bob Arctor, faites de trips et de vies de marginaux. On suit aussi Fred et ses questionnements sur son métier, sur le monde qui l’entoure. On assiste, impuissant au déroulement de son enquête et on se pose des questions.a_scanner_darkly_poster

Ce roman est psychologique, presque métaphysique. Comme à son habitude, Dick interroge la réalité. Son héros est seul et se sent décalé par rapport à la norme. Les questions qu’il soulève nous mettent mal à l’aise sans vraiment savoir pourquoi. Moi, je me suis même surpris à devoir faire des pauses tellement la charge émotionnelle était forte parfois. Mais l’originalité de ce roman tient aussi sans doute au fait qu’il n’est pas qu’imaginaire, que l’auteur fait référence à une partie de sa vie, sans vraiment porter un jugement. Dés lors, on ne peut rester insensible aux vies qui peuplent cette œuvre.

Pour moi, ce livre a été une grosse claque. Je me suis laissé prendre, j’ai suivi la vie de ces gens, j’ai réfléchis avec eu sur plein de questions et j’en suis ressorti marqué. C’est donc un livre à lire absolument. Mais attendez d’être un peu en forme…

StepH

Notez aussi que ce livre a été adapté au cinéma sous le titre A scanner darkly. C’est un film très intéressant qui utilise la rotoscopie. Ca nous donne une ambiance un peu étrange. C’est une curiosité coir même si j’ai préféré le roman.

Posté par e_maginaire à 09:52 - bouquins - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

dimanche 15 juin 2008

DICK, Philip, K. : Blade Runner (Do Androids Dream of Electric Sheep ?).

Blade_Runner

Pour la plupart des gens, Blade Runner ça sonne comme un grand film de SF, réalisé par un certain Ridley Scott. Et bien pour moi Blade Runner, ça sonne comme un grand moment de lecture de mon dieu de la SF (et pas que de la SF d’ailleurs) : Philip K. Dick.

Oubliez le film sur lequel je me tairai pour ne froisser personne et concentrez-vous sur un texte plein de profondeur et d’ambiguïté. Ce bouquin, un de mes préférés de l’auteur, sort du rapport cliché de l’homme face à sa créature qu’est le robot, comme Asimov a pu le traiter. Il ne s’agit de se demander à quel moment les robots deviennent des entités pensantes, éprouvant angoisse, instinct de survie et autres problèmes existentialistes, mais bien de savoir ce qu’est un homme dans une société post-apocalyptique où la Nature et la socialisation ont quasi disparu. L’homme cherche l’animal et la présence d’un animal domestique est signe d’humanité et de distinction. D’ailleurs le titre original n’est-il pas « Do Androids Dream of Electric Sheep ? ».

Le personnage central se révèle comme souvent dans les ouvrages de Dick un homme plutôt compétent dans son domaine, enclin au doute, quelque peu égoïste et avec une vision de l’avenir à court terme. C’est un livre sombre, profond car il traite de manière originale les angoissent et la lassitude de l’homme, oui oui homme avec un « h » minuscule. Le désir de posséder un animal, un vrai et de s’en occuper guide l’ensemble des activités du protagoniste principal. Le lecteur y verra la symbolique qu’il souhaite. Derrière l’idée de possession d’un animal c’est tout simplement une réflexion sur ce qui fait l’Homme, oui oui ici avec un « H » majuscule. Comme à son habitude, ce sacré Philip K. Dick sait poser et traiter des problématiques de fond sans tomber dans un intellectualisme pompeux ni aboutir à des conclusions péremptoires.

En conclusion, un des meilleurs romans de Philip K. Dick dans lequel est dépeint un homme seul et qui cherche des plaisirs simples, à savoir posséder un animal. Le lecteur trouvera un récit fondé sur l’aventure, l’imaginaire et la réflexion.

Franck

Posté par e_maginaire à 10:53 - bouquins - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 9 juin 2008

GREEN, Simon, R. : l’Honneur de Traquemort, La destinée de Traquemort.

l_honneur_traqCe coup-ci, j’ai choisi de critiquer les deux derniers volumes de la saga Traquemort dans un seul article. Pourquoi ? Tout simplement parce que je n’ai pas beaucoup apprécié « l’Honneur » et que je comptais bien sur « la Destinée » pour remonter le niveau.

Où en sommes-nous ? La guerre est passée, Lionnepierre n’est plus au pouvoir et chacun doit trouver sa place dans le nouvel ordre qui se met petit à petit en place. Mais voilà, d’anciens alliés trahissent l’empire, de nouveaux ennemis apparaissent et les révélations tombent.

L’Honneur montre cette période délicate où nos héros tentent d’exister dans une société où la violence ne devrait plus servir à se faire entendre. Oui mais voilà, alors qu’il est bon de tous les revoir, sains et saufs, je les aurais pensés grandis mais en fait il n’en est rien. En plus j’ai eu l’impression que chaque scène de combat était une reprise de quelque chose déjà vu dans un des épisodes précédents sans vraiment d’innovation, de changement. Les intrigues dans la capitale ne sont guère meilleures, chacun règle ses petites affaires le tout dans un seul chapitre où les personnages s’enchaînent très vite. Seule la fin réserve une petite surprise inattendue… Bref le pire de la série à mes yeux !

La Destiné est rapide, fulgurante, vous en parler trop c’est vous révéler les réponses à de nombreuses questions, presque toutes celles posées dans les quatre précédents tomes. C’est le plus court en terme de pages et pourtant tout y est dévoilé… L’action est rapide et on dirait que Green s’est posé un ultimatum afin que ce volume soit celui des réponses. Je l’ai trouvé vraiment palpitant, son rythme sans presque aucun temps mort, ses révélations (dont certaines sont vraiment convenues) bref, je l’ai lu d’un trait. Attention cependant, pour moi, les 10 dernières pages sont très frustrantes…destinee_traq_

Au final, et pour conclure sur cette série de cinq livres, il m’est rarement arrivé de lire cinq pavés est d’être autant captivé par l’histoire ou les héros. En première lecture, j’ai failli ne pas acheter le dernier parce que le quatrième ne m’avait pas plu… quelle erreur ! Enfin comment tenir cinq tomes sans de temps en temps avoir des passages à vide ? Et puis tout est affaire de goût et je suis certain que ce que je n’ai pas aimé, d’autres le trouveront bien. Par contre, Green et les répétitions de toutes sortes, ça, on pourrait en faire un roman, avec ses expressions figées récurrentes, ses flash-back… Mais bon, franchement l’histoire vaut le détour surtout pour les fans de space-op.

Sur ces mot, je vous laisse tranquille avec Traquemort, n’oubliez pas qu’il existe trois volumes supplémentaires se déroulant deux siècles après les événement que je vous ai contés (pas d’inquiétude, je ne sais même pas s’ils sont sortis en français !).

Fab

Posté par e_maginaire à 09:12 - bouquins - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 12 mai 2008

MILLER, Walter, Michael : Un cantique pour Leibowitz.

 

cantique_leibowitzLe problème quand on touche au sacré, c’est qu’il est dur d’en parler de peur de ne pas lui rendre justice. C’est le cas pour ce livre qui est pour moi une référence incontournable de la SF, un livre qui devrait être lu par tous, au même titre qu’un 1984 ou qu’un Fahrenheit 451. Pourtant il me semble que cet ouvrage n’est pas connu à sa juste valeur… C’est pourquoi je me fais violence afin d’essayer, avec humilité, de vous en parler.

Le futur. Quelques siècles ont passé depuis que l’Humanité a subi le Grand Déluge de Flammes et que le démon Retombée a foulé le sol, dévastant tout sur son passage. Les hommes, ou ce qu’il en reste, ce sont organisés en tribus, cherchant simplement à survivre, craignant au plus haut point et chassant la science et la connaissance. Seul un ordre religieux, crée il y a longtemps par le technicien Leibowitz, s’érige en rempart de l’ignorance, collectant, au péril de la vie de ses adeptes, toutes les sources de connaissances, en attendant un nouvel éveil de l’humanité. Mais que faire de ces connaissances qu’on ne comprend absolument pas ?
Le contexte étant posé, on suit à travers trois époques éloignées dans le temps, des figures de cet ordre essayant de comprendre et d’agir au mieux contre les remous de l’Histoire, luttant contre la folie humaine à laquelle ils contribuent parfois aussi…

Tour à tour surprenant, humoristique, grave, sarcastique, souvent (pour ne pas dire toujours…) pessimiste, ce livre vous prend et ne vous lâche plus jusqu’à la dernière page. On reste souvent étonné de la finesse du propos qui est loin de dépeindre une méchante humanité contre les gentils religieux. Chaque personnage choisit une voie qui n’est peut être pas la bonne mais on comprend chacun et on se demande si une issue favorable sera un jour possible… La variété des thématiques abordées est aussi impressionnante et certains passages sont inoubliables.
Par contre, ne vous attendez pas à de l’action, on est loin de Mad Max, même si les deux univers sont proches au début. Tout n’est que discussion et vie intérieure : que faire ? Comment comprendre l’autre ?...

Pour conclure, on pourrait dire que ce livre est d’autant plus fort lorsque l’on sait que l’auteur était pilote pendant la seconde guerre mondiale et que c’est le seul livre qu’il ait jamais écrit (il a quand même commencé une suite à ce roman mais il est mort avant de l’avoir terminé. Il a aussi écrit des nouvelles.).

Tout ce que je pourrais dire ne lui rendrait pas justice, tout ce que j’ajouterais ne pourrait que nuire au plaisir que vous aurez à lire ce livre. Si vous aimez la SF, vous devez l’avoir lu, à mon sens…

StepH

Posté par e_maginaire à 13:34 - bouquins - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mercredi 23 avril 2008

POWERS, Tim : Les voies d'Anubis

anubis_powersCertaines personnes qui me connaissent savent que je suis du genre à rabâcher régulièrement les mêmes choses. Parmi celles-ci, un exemple : IL FAUT ABSOLUMENT LIRE « LES VOIES D’ANUBIS » DE TIM POWERS !!!

Un avantage, c’est que je ne l’ai pas encore dit ici. Je vais donc me contenter d’asséner une évidence, sans me soucier de ce qu’en pensent d’éventuels contradicteurs, puisqu’après tout j’ai raison : ce roman est un ouvrage majeur de la Science-Fiction. Prix Philip K. Dick et Sceince-Fiction Chronicle Award 1984, prix Apollo 1987 ; autant de références qui me donnent l’avantage de ne pas être le seul à penser cela. Mais assez de blablature : parlons-en.

Brendan Doyle, professeur de littérature anglaise, accepte un beau jour de participer à une expérience inédite proposée par un scientifique rencontré lors d’une conférence : remonter pour quelques jours le cours du temps pour atterrir au XIX° siècle. C’est pour lui l’occasion de se plonger dans l’ambiance d’un siècle qui le fascine et peut-être de rencontrer les poètes qui le fascinent : Lord Byron, John Keats, Percy Shelley… Las ! Que ne manque-t-il le voyage retour et reste coincé là, à fuir d’étranges bohémiens, ainsi qu’un clown rebondissant (littéralement), sans parler de ces mages égyptiens qui souhaitent faire revenir à la vie leurs dieux à eux et sont persuadés qu’ils n’y parviendront qu’en lui faisant la peau. Au cœur de ces aventures rocambolesques, le professeur se retrouvera sur la piste d’un poète romantique des plus mystérieux, et son favori : William Ashbless, cela lui donne au moins l’occasion de travailler à sa thèse… en espérant ne pas changer le cours de l’Histoire. Il manquera également se noyer, découvrira un fascinant monde souterrain et…

Je m’arrête là, sans quoi j’en dirais trop. Incroyablement vivant et renseigné concernant tant les poètes romantiques que l’histoire des sciences occultes, « Les Voies d’Anubis» est aussi le roman fondateur de la vague Steampunk, courant fort intéressant de la S.F. en ceci  qu’il fait émerger les questionnements liés à la confrontation entre les antiques superstitions qui ont régné sur les fantasmes humains durant des siècles et les techniques industrielles naissantes – questionnements qui aujourd’hui prennent un autre sens, mais ne peuvent (à mon humble avis) être évités non plus.

Une œuvre haletante et maîtrisée de la première à la dernière ligne, le meilleur roman de Tim Powers – il est rare que je sois si enthousiaste. C’est peut-être parce qu’en ses lignes j’y ai retrouvé, ébahi, une superstition que m’avait transmise ma grand-mère, dans les « temps anciens » de ma jeunesse ; elle me répétait régulièrement : « Quand tu cuisines des œufs, pense toujours à écrabouiller les coquilles si tu ne veux pas que les sorcières s’en servent pour traverser la rivière ! ». Vous en faites ce que vous voulez ; tant que vous LISEZ LES VOIES D’ANUBIS, cela me convient.

Zolg

Posté par e_maginaire à 08:40 - bouquins - Commentaires [25] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 31 mars 2008

MURAKAMI, Haruki : La course au mouton sauvage

course_moutonHaruki Murakami est un auteur japonais qui a remporté en 2006 le World Fantasy Award pour « Kafka sur le rivage ». Une raison amplement suffisante pour partir à sa rencontre, mais sans oser me lancer dans le millier de pages de l’ouvrage en question. Donc, comme de coutume,  j’en choisis un qui ait l’air sympathique et pas trop long : La course au mouton sauvage. 

Un homme, dont on ne connaît pas le nom (le narrateur), mène au Japon une vie qu’il aimerait désespérée et dénuée de sens : il vient de divorcer, son emploi l’ennuie – il dirige avec un collègue alcoolique un magazine mensuel de publicité qui lui permet de gagner correctement sa vie mais pas de « s’épanouir » – et il envisage d’en changer un jour ; pour le reste, il passe ses journées à allumer des cigarettes et à vider des « boîtes » de bière. Seul son chat, vieux et abîmé, consiste aujourd’hui un point d’attache sérieux. C’est son côté romantique qui parle.

Le jour où il rencontre une call-girl aux oreilles sublimissimes, sa vie se relance un brin, mais c’est pas encore ça. Elle va toutefois l’accompagner dans l’aventure extraordinaire qui se présente à lui : contacté par une agence d’extrême-droite, notre homme va être chargé de retrouver un mouton… aux pouvoirs magiques.

Evidemment, désabusé qu’il est, il refuse ; mais ceux qui s’adressent à lui ont plus d’un tour dans leur sac pour lui forcer la main, et le voici parti pour l’île d’Hokkaido à la recherche d’un ami disparu qui a eu le malheur de lui envoyer, quelques années plus tôt, une photo dudit mouton. Une chance que sa call-girl – dont les oreilles surnaturelles captent d’étranges ondes qui lui permettent d’avoir d’incroyables intuitions, si-si – l’accompagne, sans quoi il n’avancerait pas d’un poil.

La construction a-chronologique ambitieuse et le style faussement plat de l’auteur sont un des points forts du roman, qui tarde malheureusement à se lancer et se perd, durant les 150 premières pages, dans des méandres psychologiques relativement pénibles : on sent que l’homme est, pour le moins, un assidu de la littérature française – un traumatisé du Proust qui considère que tout ouvrage digne de ce nom ne peut que comporter de longs passages mélancoliques où le héros se demande quel est le sens de sa vie. Par chance, après ces longues digressions, il se passe enfin quelque chose et nous avons le plaisir de nous laisser emporter par l’ambiance irréelle de l’ouvrage et son histoire hallucinée. Des paysages fascinants, des personnages inédits et des retournements de situations réellement surprenants, quelques ingrédients qui font de ce livre un bon moment et une œuvre surprenante. Suffisamment pour que je me lance dans le gros Kafka sur le rivage ? A voir.

Zolg

Posté par e_maginaire à 09:32 - bouquins - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 17 mars 2008

SIMMONS, Dan : Ilium.

 

iliumgfJ’adore Dan Simmons. Pour moi l’Echiquier du mal ou encore Hyperion sont des œuvres incontournables. Alors quand sort sa nouvelle grande fresque en poche, je me rue dessus. Après quelques temps, je m’y mets et près de 900 pages plus loin, me voilà à l’heure du bilan du premier tome de ce diptyque.

Comment vous expliquer cette histoire, si dense et si originale, sans rien vous dévoiler et tout en vous transmettant l’envie de plonger dans ce roman épique, intelligent, divertissant, érudit ?

Lointain futur, Mars. Pour se divertir (ou pour une raison plus complexe…) le Panthéon grec joue à nouveau la guerre de Troie. Achille fait une deuxième fois face à Hector et chaque Dieu parie sur son poulain, intervenant pour faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Pour arbitrer la mêlée, certains spécialistes humains de l’Iliade sont ressuscités. Car, en vérité, les Dieux ne se souviennent plus de la conclusion de la première bataille. Les scholiastes sont donc là pour s’assurer de la véracité de la reconstitution. Hockenberry fait partie de ces juges. Il sait que cette vie ne tient qu’à un fil, qu’il est le jouet de forces supérieures. Alors, quand Aphrodite lui demande un service, il sait qu’il est piégé et qu’il ne fera pas long feu. Commence pour lui une aventure qui changera ce nouveau monde à jamais…

Mahnmut est un Moravec, sorte d’entité biomécanique. Il explore les profondeurs marines d’Europe, lune de Jupiter. Sa vie solitaire dans son submersible n’est divertie que par la passion qu’il voue à Shakespeare lorsqu’on l’appelle pour une mission extérieure qui le mènera, en compagnie de plusieurs acolytes (dont un passionné de Proust), en direction de Mars afin de comprendre d’où vient cette énorme activité quantique qui risque de déchirer la réalité.

Daeman, Ada et Harman sont des humains. Ils vivent dans une société ayant tout oublié de son passé, de sa culture. Occupant leurs existences hédonistes avec des fêtes, servis par des robots, ils ne savent rien faire et n’attendent rien de la vie, sinon d’exister jusqu’à leur cinq-vingt, date à laquelle ils peuvent rejoindre les post-humains sur les anneaux en orbite autour de la Terre. Pourtant, Harman sait lire, il est curieux. Il se met en quête de réponses et veut accéder aux anneaux avant la date fatidique. Les trois curieux commencent alors une odyssée qui leur fera découvrir leur passé et les secrets des posts…iliumpf

En quatrième de couverture, Philippe Curval nous dit « qu’il y a tant d’idées dans Ilium qu’elles pourraient servir à une génération d’écrivain ». D’habitude, ces petites citations ne sont que des pubs censées vous faire acheter. Là, je vous jure que Curval, ne pouvait trouver de phrase plus pertinente ! 900 pages, c’est long, pourtant, l’auteur nous surprend à chaque chapitre avec mille trouvailles. Oscillant de manière incessante entre le grand spectacle et la réflexion, il nous divertit et nous questionne en même temps. A un chapitre guerrier, plein de sang, d’héroïsme, succède un passage intime dans lequel deux robots s’interrogent sur la Vie dans les œuvres de Proust et de Shakespeare. Sous des airs 16/9ème sound surround, Simmons interroge le lecteur de manière profonde et originale, principalement au sujet de la Culture, de l’évolution de la technologie et de l’humanité. Bref pour moi, il y a une véritable intelligence dans la construction de son récit qui se hisse de fait au même niveau que les chefs-d’œuvre que sont Hypérion et L’échiquier du mal. On découvre une nouvelle fois un auteur d'une grande érudition qui prouve, si l'on doit, que le domaine de l'imaginaire n'est pas que récréatif !

Un petit bémol, tout de même, la fin de ce premier tome fait vraiment la part belle à l’action, pleine de rebondissements, de Deus ex machina et l’on perd un peu de vue le côté réflexion… Reste à voir ce que sera la suite !! Espérons qu’elle sera de la même veine… En tout cas, jetez vous sur ce premier tome, vous ne le regretterez pas !!

StepH

Posté par e_maginaire à 09:11 - bouquins - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

STEPHENSON, Neal : Cryptonomicon.

crypto_1« Un texte devenu culte au Etats-Unis », disait la quatrième de couverture. Voici de quoi vendre sa sauce de façon efficace : aussi quand un jour, après quelques années d’errance désespérée dans les déserts arides de la littérature dite « générale », j’ai décidé de tenter un retour aux sources, je tombe sur un papier flatteur concernant le Cryptonomicon sur la toile, et je me décide, faisant fi avec une insouciance que effrontée de la broutille que représentaient les trois volumes de cinq cent pages chacun.

Trois ans plus tard, je trouve enfin le temps et le courage de m’y mettre. Et deux mois après, je l’ai terminé, et je vous en fais la critique.

J’aime bien poser le contexte.

Dans cette trilogie aux longueurs nombreuses, nous suivons les péripéties de plusieurs personnages, à travers deux époques : pour la première, Lawrence Pritchard Waterhouse, génie mathématique spécialisé en Glockenspiel et surtout en cryptographie ; Goto Dengo, ingénieur en tunnel dans l’armée nippone ; l’intrépide sergent des Marines Bobby Shaftoe, et enfin le prêtre-soldat Enoch Root. Ils font joujou les uns contre (ou avec, cela dépend) les autres, durant la première guerre mondiale. Pour la seconde époque, beaucoup plus proche dans la mesure où il s’agit plus ou moins de la notre, Randy Waterhouse, ingénieur en informatique, navigue à vue entre les divers complots visant à l’empêcher de monter avec ses amis une « crypte » informatique libre de droits, croisant parfois certains des personnages cités ci-dessus, parfois leurs descendants. Et d’autres, évidemment.

J’aurais du mal à vous en dire plus, tant c’est compliqué – et l’auteur ne nous aide pas, pour tout dire, n’hésitant pas à nous servir régulièrement d’indigestes passages tout en détails sur la cryptographie, l’économie internationale ou la science musicale. Cependant, il est indéniable que le bonhomme a du talent : parvenir à maintenir un semblant de suspens jusqu’à la fin du deuxième volume – moment où le quidam absolument décroché des soucis informatiques et technologiques, mais heureusement un brin entêté que je suis, a commencé à entrevoir la possibilité qu’il y ait une trame dans ce foutoir-là – reste un acte de bravoure qui mérite d’être salué, voire applaudi. Dans un style vif, avec beaucoup d’humour et un peu d’action,  Neal Stephenson parvient à nous garder éveillé suffisamment longtemps pour que l’intérêt soit présent jusqu’à la fin. Inutile de préciser cependant que je restai assez déçu dans un premier temps, avant de me rendre compte, constatant ladite déception, que c’était finalement pas si mal, en fait, et que peut-être une autre fois je lirai un autre de ses livres à ce monsieur ; un qui serait moins long.

Cependant, une question subsiste, qui me tarabuste : s’agit-il de science-fiction ? Si des incohérences et divergences apparaissent parfois avec notre vrai monde réel, l’auteur prenant notamment des libertés par rapport à la géographie classique – il va jusqu’à inventer une île inexistante, la drolatique qwglhm – on ne peut pas véritablement dire que c’en soit.

Une autre question se dresse alors devant nous, effrayante et inéluctable : qu’est-ce que ce livre faisait dans les rayons SF – et surtout : aujourd’hui, que fait-il sur ce blog ?

Zolg

Posté par e_maginaire à 08:31 - bouquins - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

jeudi 13 mars 2008

EDDINGS, David : La trilogie des joyaux : Le trône de diamant, Le Chevalier de Rubis, La rose de Saphir.

trilogie_joyaux1Emouchet, Chevalier Pandion de l'Eglise, rentre d'un exil de 10 ans pour trouver sa reine enchâssée dans un diamant magique. Le diamant, résultat d'un sortilège de ses collègues pandions et de leur formatrice en magie, la protège de l'avancée d'une maladie mortelle. Le Chevalier, aussi champion de la reine, part en quête d'un remède pour sauver la dame...trilogie_joyaux_2

Allez, dites le ! Dites le que le scénario est basique ! Et bien oui, ça fait du bien de le dire, hein? Mais en fait, le roman est très bien construit, et ses suites aussi. Une quête est toujours une quête, elle progresse petit a petit pour nous tenir en haleine jusqu'a la fin. Néanmoins, en avançant avec nos personnages, on découvre un monde étrange, avec des pratiques magiques qui sont plus proches des prières que de la magie. On découvre aussi un monde sépare en trois grands groupes, le commun des mortels, l'Eglise et ses 4 ordres de chevaleries et son clergé, et les Styriques, un peuple mystérieux et persécuté, détenteur d'une magie surpuissante.

trilogie_joyaux_3 Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un roman en francais, et cela a peut être aide a mon plaisir de lecture. L'histoire et ses rebondissements sont tout de même de très bonne facture, et on s'attache à ses chevaliers religieux, qui se servent de la religion sans trop y croire, pour arriver a leurs fins.


Cette trilogie n'est pas du Tolkien, loin s'en faut, mais elle fait passer un très agréable moment. Personnellement, j'en conseille la lecture.

Paquito del Japon

Posté par e_maginaire à 10:12 - bouquins - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

dimanche 24 février 2008

Collectif : Appel d’air.

appeld_airLa Science-fiction n’est-elle pas le media le plus approprié pour analyser notre société, ses perspectives et ses dérives ? Orwell, Huxley, Asimov, Bradbury… Autant d’auteurs qui nous ont toujours posé des questions à travers le prisme de la fiction. Uchronie, Cyberpunk, Space opera… Tous ces sous-genres interpellent le lecteur sur des questions humaines et ne cessent d’interroger l’actualité. Certes il existe aussi une science-fiction récréative, proche du roman de gare (ce terme n’étant absolument pas péjoratif pour moi), mais on retrouve toujours une trace d’interrogation.

En France, cette littérature n’est pas trop reconnue, considérée comme un genre mineur et sans importance. De ce fait, j’ai souvent pensé que trop peu d’auteurs français s’y intéressaient et qu’encore moins de ces auteurs étaient mémorables (hormis Pierre Boulle, forcément !). Je me trompais, bien sûr ! Et ce petit recueil de nouvelles me l’a rappelé !

« Trente auteurs de science fiction s’interrogent sur la france qui se lève tôt… ». Le sujet du livre est explicite dès que l’on entrevoit la couverture : que deviendra la France sous la présidence Sarkozy ? Ecrites pendant l’entre deux tours, ces nouvelles présentent la vision de trente auteurs sur la France de demain.

Réussite ? Globalement oui. En premier lieu, Les Trois Souhaits (maison d’édition de nos confrères d’actu S.F.) ont eu le mérite de regrouper la plupart des grands auteurs français et cela me rappelle qu’il y a en a énormément qui sont des classiques. Les nouvelles sont inégales en qualité mais certaines sont de vraies perles. On peut tout de même regretter le peu de variation sur les sujets abordés (la plus grande partie des nouvelles ont pour sujet l’hyper sécurité, l’immigration, et le capitalisme exacerbé ; presque rien sur le super président, sur la manipulation des medias et sur les milliers d’interrogations que posent le pouvoir aujourd’hui), ce qui fait perdre un peu de hauteur à ce recueil. On regrettera aussi que les auteurs soient le plus souvent dans le registre du passionnel. Parfois, j’ai même été agacé du manque de finesse, mais bon, ensuite les infos TV m’ont remis à ma place… La vérité dépasse aussi parfois la fiction…

En bref, c’est pour moi un livre à avoir malgré ses défauts. Certaines short stories sont d’une clairvoyance troublante (Andrevon est étonnant sur une partie de sa nouvelle) et d’autres sont vraiment très très réussies (Colin, Damasio, Day, Heliot, Li Cam, un génial Mizio… j’en oublie plein !). Pour moi, une seule est vraiment affligeante de nullité par son manque de finesse et sa platitude quant au sujet : celle de Beauverger. Il a pourtant la réputation d’un écrivain génial mais j’hésite maintenant à aborder un de ses livres…

StepH

Posté par e_maginaire à 20:44 - bouquins - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2  3  4   Page suivante »