vendredi 29 juin 2007
GREEN, Simon, R. : Traquemort, la rébellion.
Pour leur retour, Hazel et Owen commencent fort en
s’attaquant à l’administration centrale des impôts. Mais dans Traquemort, rien
ne se passe jamais comme prévu et le Capitaine Silence et l’Investigatrice
Givre vont avoir fort à faire pour dénouer la situation. Les rebelles
s’organisent et choisissent des cibles stratégiques, les véritables ennemis
montrent leurs vrais visages… la rébellion commence et la guerre pointe le bout
de son nez.
Le premier tome marquait par sa diversité et un bon compromis entre le rythme et la description, il plantait le décor et présentait les héros. Ce nouvel opus s’attarde plus sur les personnages entrevus ou secondaire du premier, en introduit de nouveaux et laisse un peu de côté les vrais héros. L’intrigue a la part belle, les complots se précisent, les alliances se forment… Les combats sont toujours présents mais avec une place et une intensité moindre que dans le premier. On en profite pour entrevoir les réels talents de nos héros.
Les relations sont toujours aussi soignées entre les divers protagonistes et on entre même plus en profondeur dans la psychologie de certains personnages, dans leur intimité parfois. On s’attendrit, on rigole beaucoup et on prend son temps. Oui le rythme est cette fois-ci – j’en suis certain – plus lent que dans le premier. On parle énormément, on entre largement dans la tête des personnages, on suit avec précision les intrigues à tous les niveaux. La scène finale va au contraire crescendo tout à la fois hilarante et morbide… du Traquemort quoi !
Impossible pourtant de s’arrêter, on voit les changements se profiler dans l’empire et les menaces qui se précisent entretiennent le suspens. Un peu frustré cependant de ne pas avoir suffisamment vu Owen, Hazel et quelques autres, on comprend facilement qu’ils auront le beau rôle dans le prochain volume : la Guerre.
Sincèrement, je me suis un peu plus ennuyé à partir de la deuxième moitié du bouquin : le dernier chapitre paraît parfois interminable mais les dernières parties remontent bien le niveau. Sinon le Capitaine Silence et l’Investigatrice Givre sont des personnages qui prennent toute leur ampleur et ils sont vraiment supers. On s’aperçoit aussi que les menaces qui pèsent sur l’empire sont réelles et on ne sait plus qui des rebelles ou de l’Impératrice à raison, ce qui tend à (me) prouver que l’intrigue est bonne. Bref, je ne regrette toujours pas de m’être remis à lire cette série et je passe au troisième avec l’envie furieuse de redécouvrir la suite.
Fab
mardi 26 juin 2007
Locus award 2007
Locus est le magazine américain de référence en ce qui concerne le champ de la littérature de l’imaginaire. Crée en 1968, il décerne depuis 1971 ses locus awards qui récompensent les acteurs les plus talentueux de l’imaginaire : auteur, éditeur, illustrateur… Décernés par les lecteurs du magazine, ce sont des prix populaires qui dépassent en importance de votants les prix Nebula et Hugo cumulés ! C’est dire s’ils peuvent être intéressants à suivre !
Les prix
2007 viennent juste de tomber (le 16 juin), en voici quelques gagnants :
- Meilleur roman de Science Fiction : Rainbows end de Vernor VINGE (traduit en français chez Robert Laffon sous le même titre).
- Meilleur roman de Fantasy : The Privilege of the Sword d’Ellen Kushner (non traduit en français).
- Meilleur
premier roman : Temeraire : His
Majesty Dragon / Throne of Jade / Black Powder de Naomi NOVIK (le premier
volet de la trilogie est traduit au Pré aux Clercs sous le titre Téméraire : les Dragons de sa Majesté).
Pour les autres gagnants allez voir :
http://www.locusmag.com/2007/06_LocusWinners.html
Pour info,
Neil GAIMAN a eu un prix pour une nouvelle de son nouveau recueil Fragile
Things.
StepH
lundi 25 juin 2007
CORBEYRAN, GUERIN, GUERINEAU, et al. : Les véritables légendes urbaines.
A ne pas lire seul le soir. Interdit au moins de 16 ans… Ca attire l’œil pour une BD…
Alors info marketing ou véritable contenu dérangeant ? Je pencherais pour
la première solution, quelques mangas étant beaucoup plus violents. Mais la BD
commence en fait dès la couverture, insinuant son ambiance avant même d’avoir
commencé la lecture…
Quatre histoires macabres racontées par un homme mystérieux, tel est son sujet : des histoires de Baby-sitter, de téléphone portable, de terreurs nocturnes et enfin de gang des phares. Ces histoires vous les avez mille fois entendues, soit par le biais de films d’horreur, soit par le biais d’amis lors de soirées Halloween. Rien de bien original, me direz vous, rien de bien imaginaire non plus. Vous aurez tort à mon avis car cette BD traite en vérité d’un genre particulier et hautement imaginaire : les légendes urbaines.
Qu’est ce qu’une légende urbaine ? Ce sont toutes ces histoires qui sont arrivées près de chez vous : cet élève qui a eu 18 en philo en écrivant sur sa copie « le risque c’est ça », ce vieux qui a pété un plomb et qui se ballade avec une hache, la dame blanche au bord de la route… C’est réel, je jure ! Mais lorsqu’on voyage, ça s’est aussi passé ailleurs… Y a-t-il un fond de vérité ? On ne sait pas… Et c’est ce qui fait frissonner !
Les légendes urbaines ont à voir avec la rumeur, elles sont les restes de la vieille tradition orale et donc de tous les mythes et légendes séculaires, les situant dans notre société et y insufflant nos peurs actuelles. Pour moi c’est ce qui en fait un thème passionnant et sans doute trop peu étudié.
De ce point de vue là, Les véritables légendes urbaines est une BD de qualité. Elle joue parfaitement avec les codes des légendes urbaines et donne à penser sur cette nouvelle culture. Elle est d’ailleurs conclue sur une très bonne postface de Jean Bruno RENARD, sociologue spécialisé sur les rumeurs et le folklore urbain. Elle est aussi servie par un dessin, un encrage et une mise en page que je trouve adaptée et de bon niveau.
Moi, j’ai aimé me faire (un peu) peur en lisant cette BD et j’espère que la suite sera d’aussi bonne qualité (si suite il y a…). J’ai aussi très envie de me renseigner sur ce nouveau folklore.
StepH
jeudi 21 juin 2007
MORVAN, Jean-David; BESSATI, Bruno : ZORN ET DIRNA. (4 tomes parus)
Zorn et Dirna est
un conte tragique.
Dans le monde Med-Fan où se déroule cette histoire, la Mort
et son macabre office ne sont qu'une légende. Un puissant roi, apeuré par sa
propre fin, a découvert le moyen d'emprisonner la Camarde dans un grand miroir.
Cependant que dans ce monde, le cycle du dépérissement du
corps se poursuit, se pose la question du devenir des âmes. Car si les corps
peuvent être laminés, broyés après que la tête soit tranchée, les âmes ainsi
libérées trouvent refuge dans le corps de leur bourreau ; Le lamineur.
Dans ce monde, Zorn et Dirna sont des jumeaux, garçon et
fille qui se découvrent un pouvoir fabuleux : Dès lors qu'ils touchent une
personne et qu'ils le désirent fort, ils peuvent faire disparaître son âme.
Autour de ces trois axiomes simples comme des oeufs de
Colomb, les auteurs tissent une sensible et belle histoire. Le conte de fée ne
nous épargne rien des affres de cet univers sans morts : Les familles dénonçant
leurs aînés, l'organisation industrieuse des laminoirs (Titre du tome 1) ou
bien plus encore l'entourage royal décadent, survivant à grand renfort de
lotions et de bains de jouvence.
Mais Zorn et Dirna est aussi l'histoire d'un espoir
au travers de la recomposition d'une famille que tout semblait séparer (sauf la
mort...) : Deux enfants élevés pour leur pouvoir par un sorcier, de leur père
devenu par dépit un redoutable chasseur de zombies et de leur mère dont l'âme
est emprisonnée dans le corps d'un impressionnant lamineur. C'est l'histoire de
deux enfants et de leur relation avec un terrible pouvoir, entre amusement pour
Dirna et une pointe de désespoir pour Zorn...
Une très belle réflexion sur la nécessité d'une Mort, sur la
nécessité pour les âmes de trouver le repos même pour les plus assoiffées de
vivre. Servie par un dessin très léger qui évite de tomber dans le morbide,
cependant que le dessinateur a potassé son anatomie avant de laisser les deux
parents trancher dans leurs différents adversaires.
Pacman
mardi 19 juin 2007
CAGE David : FAHRENHEIT.
Dans un New York contemporain dont un hiver particulièrement
rude redessine les rues, vous êtes Lucas Kane. Après vous être
consciencieusement scarifié les avant-bras, assailli de visions étranges, vous
allez tuer un homme... Devenu un fugitif recherché, vous serez poursuivi par
deux inspecteurs: Carla Valenti et Tyler Miles. Vous incarnerez tour à tour ces
trois personnages.
Vous n'en tirerez pas plus de ma part sur l'intrigue. Car c'est son mystère qui fait la force de ce jeu. Alors plutôt que de vous dire ce qu'est Fahrenheit parlons de ce qu'il n'est pas.
C'est véritablement, et sans ambages un film d'animation interactif où les instructions de jeu, qui parfois occupent le centre de l'écran, ne nuisent en aucun cas à la lisibilité de l'action et à l'immersion dans son superbe scénario.
dimanche 17 juin 2007
GREEN, Simon, R : Traquemort : le Proscrit.
« Le Green est light ! » avons-nous dit lors de précédentes critiques oui mais voilà, il y a aussi du Green « fat » et c’est pour notre plus grand bonheur ! Quelle joie de retrouver Owen Traquemort, le proscrit, Hazel d’Ark, pirate et trafiquante de clones, Jack Hasard, la légende vivante, Tobias Lune, l’homme ajusté, Rubis Voyage, la chasseuse de prime, Lionepierre, l’impératrice, Finlay Campbel, Evangéline Shrek et bien sur mon préféré Valentin Wolfe. Pour e-maginaire, je me suis replongé dans l’univers fascinant de la série des Traquemort (5 tomes jusqu’à présent) et je vous livre mes impressions de deuxième lecture, cinq après la première !
Owen se remet tranquillement de sa nuit avec sa maîtresse quand il apprend de la pire des manières que l’impératrice Lionepierre XIV l’a déclaré hors la loi. Il réussit à s’enfuir de son château avec l’aide d’Ozymandias et rencontre dans sa fuite Hazel d’Ark tout juste remise d’une attaque de croiseurs interstellaires. Ainsi se rencontrent les deux héros que rien ne rapproche sinon leur situation inconfortable. De planète en planète, vont se rallier à eux une véritable petite équipe qui va devoir remettre de l’ordre dans l’Empire ! De leur côté, sur Golgotha, Finley Campbel et Valentin Wolfe papillonnent entre secrets, intrigues et machinations alors que la résistance des clones et des espsis s’organise contre le pouvoir oppresseur.
Dans un univers à la croisée des mondes, sorte de melting-pot de tout ce que la SF a pu produire, Green nous plonge dans un univers assez noir où tous les coups sont permis. La loi du plus fort règne, l’esclavage fait partie des institutions, on tue pour le plaisir et on prend plaisir à tuer dans des feux d’artifices d’hémoglobine ou tout autre liquide un peu visqueux qui s’en rapproche. Impossible de décrire en quelques lignes un Empire très complexe auquel est consacré se premier tome. On entrevoit les rouages grinçants d’un monde où rien ne va plus à travers les différentes intrigues et les réflexions personnelles des personnages. Malgré la longueur des descriptions on en redemande tant on a l’impression d’y être.
Les atmosphères dépeintes sont souvent très lourdes mais les réparties humoristiques des personnages réussissent parfaitement à nous arracher des sourires en pleine boucherie. Justement, leur caractère est absolument bien pensé, de chapitre en chapitre, ils sont tous fidèles à eux-mêmes et c’est vraiment un régal que de les suivre de bout en bout. De plus Green réussit le tour de maître de leur faire rencontrer des situations toujours différentes, toujours plus dangereuses et toujours plus incroyables. Une variété des plus appréciables dans un livre de cette longueur.
Je ne saurais vraiment dire si le rythme est plutôt lent ou rapide, pour ma part il est parfait : on prend le temps de connaître l’univers, les personnages et quand on arrive aux combats, tout se précipite et part dans tous les sens et la plupart du temps en vrille totale… le juste milieu peut-être ! J’admire aussi la cohérence des personnages et leur parfaite intégration dans le monde aussi complexe et bien pensé soit-il.
Bref, faites attention avant de vous lancer dans cette série car vous risquez de dilapider tout votre stock de congés afin d’en arriver au bout tant elle est prenante. Pour moi ce premier tome est vraiment exceptionnel, même en deuxième lecture, il pause les bases de l’univers et vous fait connaître les personnages. Il se lit très facilement mais il demande un certain effort de mémoire à cause de la foultitude de détails qu’il énonce. De plus la variété est très appréciable, tant dans l’action que dans les planètes visitées ou les caractères. Avec Traquemort, on oublie facilement qu’il existe un monde réel qui nous entoure !
La suite pour le tome deux : «la Rébellion ».
Fab
jeudi 14 juin 2007
STROUD, Jonathan : L'amulette de Samarcande (La trilogie de Bartiméus).
J'errais
dans les rayons de ma librairie, en mal de lecture. Vu le rayon francais (Hugo
et autres Verlaine), je me dirige vers le rayon anglais. Faute de grives... Je
tombe sur une couverture sympa, un livre épais donc qui tiendra longtemps.
J'achète. Une semaine plus tard, j'embêtais une employée de la même librairie
pour qu'elle me trouve la suite... Pourquoi?
Londres,
aujourd'hui. Nathaniel est un petit garçon adopté. Son maître est un magicien.
Les magiciens, pour éviter les luttes de lignées, ont interdit d'eux même la
parenté parmi les leurs. Ils sont d'ailleurs ceux qui dirigent la Grande
Bretagne actuellement, leur gouvernement contrôlant tout, et laissant très peu
de liberté aux gens du peuple non pratiquant de l'art.
Nathaniel est très
doué. Encore enfant, il arrive tout de même à invoquer un Djiin, Bartimeus. Il
lui ordonne de voler un objet de pouvoir chez un magicien du gouvernement. Les
ennuis commencent, et l'intrigue se noue.
Que dire de plus
que : passionnant? J'ai acheté ce livre en anglais, et je l'ai dévoré en une
semaine. Les pouvoirs des magiciens provenant des "démons" qui ne
sont autres que des Djiins ou assimilés, le système politique du pays, la société
opprimée mais contrôlée et supportant son gouvernement, tout cela est très bien
amené, et surtout dévoilé petit a petit, comme Nathaniel le découvre.
Mais le vrai intérêt
du livre, ce sont les personnages. Nathaniel est ambitieux, arrogant, mais il a
un certain charme de pureté et de naïveté dans ses actions. On se prend même à
s'attacher a lui. Le deuxième personnage, Bartimaeus, est une bouffée d'oxygène.
Cynique, mauvais, hautain, il est quand même celui que l'on attend sur ses
actions, et surtout ses commentaires. Toujours à se mettre en avant, toujours à
se dire le plus fort. Ses explications en bas de page sont légion, et à chaque
fois ou presque, c'est pour dire à quel point il est fort ou à quel point ses
adversaires sont faibles. Les parties sur lui sont d'ailleurs écrites à la
première personne, alors que celles sur Nathaniel le sont à la troisième.
Un joyau, première
pierre d'une série de trois. Il vous tiendra en haleine jusqu'aux dernières
pages.
Paquito del Japon
mardi 12 juin 2007
MIEVILLE, China : Le roi des Rats.
Mieville est un de ces auteurs fashions : il faut l’avoir lu et en parler en soirée. Ces deux autres romans, Perdido street station (grand prix de l’imaginaire) et Les scarifiés, ont eu un bon succès critique. Autant vous dire que ce n’est pas ce qui me donne envie de le lire. Pourtant, je dois avouer que je suis assez d’accord avec l’intelligentsia de l’imaginaire, Mieville est un auteur habile et prometteur. Le Roi des Rats est le premier roman qu’il a écrit.
Saul rentre chez lui, à Londres. Enfin, plutôt chez son père avec qui il ne s’entend pas forcément très bien. Il s’endort et se réveille le matin, entouré par les flics qui l’inculpent pour le meurtre de son père. Sa vie s’effondre… Mais c’est sans compter la visite d’un homme étrange qui se prétend son oncle et qui l’aide à s’évader par des moyens peu orthodoxes. Saul ne contrôle plus rien… Il serait, selon son nouvel oncle, de sang royal, sa mère appartenant à la famille souveraine des rats !
China Mieville adore Londres et ça se voit ! La ville est presque un personnage mais l’auteur s’amuse avec, la travestit pour nous en montrer les coins les plus sombres. Saul y évolue accompagné de personnages hauts en couleurs et l’on se sent hypnotisé par les mésaventures de notre héros. Mieville y ajoute de la musique, qui finit par rythmer la lecture.
Le roman reprend un conte allemand célèbre, et joue avec, utilisant comme Neil Gaiman les ficelles du conte de fée en les détournant. Le Roi des Rats se rapproche d’ailleurs de Neverwhere (il va falloir que j’en fasse une critique à force d’en parler !) même s’il n’en a pas toutes les qualités. Il se lit sans problème, aborde des thèmes intéressants et fait rêver mais il manque un petit quelque chose qui le mettrait au même niveau que Neverwhere… Néanmoins, l’originalité de l’histoire, les qualités littéraires du roman, me font dire que Mieville est un très bon, à surveiller. Pour moi, il fait partie du top 10 des romans 2006 !
StepH
lundi 11 juin 2007
BOULE, Philippe, R., BROCHU Stéphane, ASHEIM Joshua, Mosqueira : Tribe 8
Jeu de rôle
canadien, Tribe 8 n’a pas eu, pour moi, le succès qu’il méritait. Il y a
quelques années, rien ne ressemblait plus à un jeu post-apocalyptique qu’un
autre jeu post-apocalyptique. Tribe 8 a pour moi révolutionné ce thème en jeu
de rôle et d’autre l’ont suivi depuis (Vermines, Cendres…). L’intérêt d’en
parler me semble évident mais comme je n’étais que joueur, je me contenterai
d’esquisser le monde, de témoigner de son ambiance particulière et de donner
mon ressenti sur les règles.
Le Futur. Un monde usé où chacun vit en communauté, suivant les préceptes de fatimas (sortes de Déesses plus ou moins intransigeantes). Dans ce monde tribal, ceux qui ne suivent pas les doctrines de leur Fatima sont exclus, formant la huitième tribu. Vivant plus ou moins misérablement sur une île prison, les marginaux essayent de reconstruire une société à leur manière. Chaque joueur incarne un de ces exclus et tente de survivre dans ce monde étrange…
Reconstruire sa vie, sa société, tel est le but premier du joueur. Mais il doit aussi s’adapter au monde, en comprendre les mystères (très nombreux). C’est une sorte de quête identitaire perpétuelle. Qui sont les Fatimas, les Z’bris ? Où commence le monde réel, où finit celui du rêve ? Quelle est cette île où tous les exclus de chaque tribus sont jetés ?
On le voit clairement, c’est un jeu d’ambiance et tout est fait pour la maintenir. Il me semble que les règles sont assez bien ficelées pour contribuer à l’immersion dans le monde. Les différents livres source sont très beaux et contribuent eux aussi à donner des pistes aux maîtres de jeu. Enfin, le jeu suit ce qu’on appelle une storyline (ligne directrice qui fait avancer l’histoire du monde) qui évolue vers une conclusion au jeu de rôle. Ainsi, si je ne me trompe pas, le nombre d’extension n’est pas infini avant la conclusion du jeu et le monde est dynamique. De ce fait, on n’a pas juste l’impression de se faire alléger de 30 € pour trois feuilles inutiles…
Jouer à
Tribe 8 m’a donné l’impression de prendre part à une fable philosophique. Si l’action
est présente, elle ne fait que servir l’intrigue et on finit par oublier nos
instincts de bourrins pour préférer tenter d’entretenir notre jardin pour l’approche
de l’hiver… Un jeu vraiment original, passionnant, qui mérite donc plus qu’un
coup d’œil mais qui nécessite de pouvoir jouer en campagne pour s’imprégner du
monde et en retirer toute la substantifique moelle !
StepH
PS :
je parlais sous le contrôle de ceux qui connaissent bien mieux que moi le jeu
alors n’hésitez pas à venir approfondir cette description par vos commentaires.
Et pour plus d’info (ou des infos différentes) allez jeter un coup d’œil sur la
page du pingouin qui l’a fort bien critiqué !
jeudi 7 juin 2007
NOLAN, Christopher : Le Prestige.
Ce film
nous transporte en arrière dans le temps, à la période qui fait suite à
l’invention de l’électricité. A cette époque, où les tours de magies et les
grandes illusions font salles combles, deux illusionnistes, Alfred Borden et
Rupert Angier, semblent prêt à tout pour obtenir leur heure de gloire avec
l’illusion qui fera définitivement leur réputation. Seulement voilà, si les
deux hommes faisaient équipe au départ certains événements ainsi que leurs
ambitions respectives vont les séparer pour en faire les pires ennemis.
La qualité de ce film est indéniable. La réalisation est très bonne et nous immerge dans une ambiance à la fois pauvre et sordide, mais aussi magique (lorsque l’on retrouve les personnages sous les feux des projecteurs). Les performances d’acteurs de Hugh Jackman et Christian Bale apportent un atout incontestable au film, largement soutenues par celles des personnages secondaires (comme celle de Michael Caine). L’histoire tient la route, mais étant donné que le scénario est tiré du livre de Christopher Priest on ne peut pas attribuer cette qualité au scénariste du film.
Seul petit bémol : la volonté de Christopher Nolan de narrer à partir de flashbacks laisse parfois le spectateur dans la confusion voire l’incompréhension la plus totale. Rassurez-vous, une fois le film terminé on comprend mieux et on se rend compte que ce n’était pas si complexe que ça.
En bref, le film vaut largement le coup d’œil.
Critique comparée :
Je
terminerai cette présentation par une critique comparée entre le roman de
Cristopher Priest et le film de Christopher Nolan. Bien qu’étant bon, le film
de Nolan n’est pas à la hauteur du roman de Priest. Je sais qu’il est difficile
d’obtenir le rendu d’un livre de 410 pages en 2h08 minutes, mais il me semble
quand même que Nolan est passé à côté de ce qui fait, pour moi, la grandeur du
Prestige. En effet, le réalisateur a laissé de côté la subtilité et la finesse
que l’on trouve dans le livre pour expliquer finalement comment ces deux hommes
en sont arrivés là. Pour ne pas gâcher la lecture du roman ou le visionnage du
film, tout en essayant de faire comprendre mon avis, j’évoquerais simplement un
point qui se situe très tôt dans les deux œuvres respectives. Dans le livre,
les deux hommes ne se connaissent (et ne se connaîtront) pas : et c’est
bien à partir de cette méconnaissance et de l’accumulation d’évènements plus ou
moins fortuits (dont soit l’un soit l’autre ne soupçonnera pas les
conséquences) que ces deux hommes, qui ne sont en aucun cas mauvais, se
retrouvent dans des situations qu’ils n’ont pas réellement voulu. Or, dans le
film on constate très tôt que ces deux personnages sont prêts à se détruire
l’un l’autre pour arriver à leur fin. Je ne pense pas que tenter de montrer que
l’un ou l’autre n’est pas totalement informé et conscient du mal qu’il a pu
faire, prenne beaucoup plus de temps dans la réalisation ou augmente
nécessairement la durée du film. Mais il est vrai que le choix de Nolan renvoie
au spectateur beaucoup plus de violence directe et visible que ne le fait le
roman…
EVa





