samedi 31 octobre 2009
BOUDOU, Jean : Les Contes du Drac.
« Il
était une fois le Drac. Le Drac était fils du diable.
Il était aussi une fois l'enfant-joli. Et l'enfant-joli
s'était juché sur un pommier de pommes rouges, tout au
fond du jardin, le long du chemin. »
Tel est pris qui croyait prendre... Le Drac, le vilain, le malin Drac va se retrouver, pour notre plus grand malheur à nous, pauvres gens du monde, bloqué hors de chez lui, à la surface de la terre, pour répandre le malheur partout où il passera...
Il aura aussi la malencontreuse idée de faire des enfants, et ceux-ci, bien dissimulés parmi les hommes, s'échineront à jouer des mauvais tours à ceux qu'ils croisent et aux vies desquels ils se mêlent, allant parfois jusqu'à se marier pour certains...
Tel est la trame du recueil, qui va nous servir les aventures des « petits dracs » jusqu'à un splendide final dont on ne sera pas déçu.
Les Contes du Drac constituent donc un court recueil de contes écrits entièrement en occitan (mais traduits en français, rassurez-vous) par Jean Boudou, un auteur plutôt inconnu mais qui mérite bien mieux à mon avis. Ses contes, que l'on va qualifier de « tirés du folklore rouergat » (Boudou était fils d'une conteuse), d'une simplicité brute, tant dans la forme que dans le fond – bien qu'ils ne manquassent pas de réservasser leur lot de surprises – vous charment et vous captivent dès les premières lignes. C'est rythmé et lourd comme la terre et la rocaille, omniprésente, hypnotique comme un vieux blues mal enregistré...
Fascinant d'innocence, effrayant comme l'enfance. Boudou – qui fut en son temps instituteur dans le Rouergue, puis en Algérie, où il termina sa vie en 1975 – parvient, avec sa langue à la fois simple et si riche en expressions inédites, à faire revivre le fabuleux monde des contes tel qu'on le connaît, tels qu'on les entendait au « dans le bon vieux temps »...
L'allemand Georg Kremnitz a dit de lui que « s'il avait écrit dans une langue majoritaire, sa voix serait perçue de partout. ».
Tant mieux, c'est pas moi qui l'ai dit, mais je suis bien d'accord avec lui.
Seul problème : une relative rareté de l'œuvre (pas introuvable non plus, je pense, faut juste le demander), éditée (du moins, la version que j'ai moi, il doit en exister d'autres, je pense) aux Editions du Rouergue, dans un recueil de recueils contenant, en plus des contes du Drac, les Contes des Balssa, les Contes du Viaur, et les Contes de chez moi, dans lesquels on pourra aussi trouver quelques merveilles comme le formidable Fleurette et Piétonel, ou bien le glaçant Château des Rêves, ou encore l'énigmatique Oiseau Bleu... et je pourrais en citer d'autres, tant ils sont chacun, malgré leur brièveté (rarement plus d'une dizaine de pages) comme une entité à part entière.
Mais pour ce qui est des recueils, les Contes du Drac gardent ma préférence, et je ne saurais que vous conseiller de commencer par eux.
Zolg
mercredi 25 mars 2009
HAMILTON Laurell K. : Lunatic Café
En pleine Twilight-mania
virulente, j’avais bien besoin d’une histoire de vampires pas trop gnangnan. Je
ne veux pas dire du mal de quelque chose que je n’ai pas lu ou vu, sûrement que
le succès de Stephenie Meyer doit être mérité, mais sa bluette
romantico-fantastique ne me tente absolument pas et me fascine encore moins.
C’est donc tout naturellement que je me suis tourné vers un autre phénomène littéraire, plus ancien et plus modéré : les aventures d’Anita Blake. Chasseuse de vampires et réanimatrice de zombies, surnommée l’Exécutrice, celle-ci évolue dans une sorte de présent alternatif où monstres et humains se côtoient sans chercher à se cacher les uns des autres : pour les humains, les vampires et autres loups-garous existent, ils peuvent être nos voisins, nos banquiers, les enseignants de nos enfants, sans pour autant être des meurtriers. Ces êtres sont intégrés dans la société avec plus ou moins de succès, et sont même protégés par des lois anti-discriminatoires ! Un monde presque parfait puisque bien entendu les penchants les plus bas de l’âme humaine y sont toujours présents. C’est ainsi que notre Exécutrice est amenée à donner quelques coups de main à la police de Saint-Louis en tant qu’experte en surnaturel (elle a même fait des études pour cela !) pour élucider des crimes plus sordides les uns que les autres.
Un univers qui fonctionne et une galerie de personnages très attachants sont donc les points forts de cette série qui compte à ce jour une quinzaine de volumes. Les intrigues lorgnent du côté du polar, tout en faisant évoluer une trame principale centrée sur les sentiments de l’héroïne. Les thèmes abordés sont bien sombres et certaines scènes s’impriment immédiatement sur nos rétines. Le style est très accessible, voire conventionnel, avec quelques tics assez horripilants propres à l’auteur (où serait-ce au narrateur ?) : description des personnages en mentionnant leur tailles, leurs vêtements, effets de style qui reviennent d’un tome à l’autre et… les prénoms des protagonistes. Jean-Claude le vampire vous y croyez, vous ? Pour l’instant je suis en train de lire le premier tome, je vous en dirais donc plus une fois lu ! A ce sujet, j’ai commencé par le quatrième opus ce qui ne m’a en rien gêné pour la compréhension de l’histoire. J’ai dû me gâcher seulement quelques surprises des volumes précédents, aussi me tairais-je avant de spoiler davantage.
En
synthèse, une bonne série qui se veut sans d’autre prétention que celle de
divertir et qui y parvient haut la main. Un détail cependant : les
couvertures cul-cul… Mais Bragelonne va rééditer cette année les aventures de
la belle alors on peut se prendre à rêver d’un meilleur traitement…
Mr Jack
mardi 3 mars 2009
LOVECRAFT, Howard Philips :La quête onirique de Kadath L'inconnue
Randolph Carter – le fameux, le légendaire Randolph Carter me dira-t-on
peut-être... *– se met un beau jour ou
une belle nuit en quête d'une cité aperçue en rêve, dans un monde tout à fait
onirique que l'on va découvrir en suivant sa trace ; une cité dont même lui,
rêveur chevronné, n'a jamais entendu parler. C'est dire. Son chemin,
comprend-il, devra passer par Kadath, la cité perchée des dieux, que personne
n'a jamais vue jusque-là.
Pour commencer son voyage, Carter n'a qu'à descendre les sept cent marches qui le mèneront aux « prêtres barbus de Nasht et Kaman-Thah, dont le temple souterrain s'étend non loin du monde éveillé et au milieu duquel se dresse un pilier de feu » ; tout un programme, une broutille en vérité. En musique, on dit que cela commence « in media res », je crois – au milieu de la chose. Je n'aurais pas dit mieux. Sans avertissement, nous voici dès les premières lignes plongés dans le songeux univers bâti par Lovecraft, sans autre justification ; on n'en saura pas plus sur Randolph Carter, qui il est, d'où il vient, même si quelques indices seront parsemés au long du livre ; seul son nom, perdu et étrangement discordant au milieu des Zin, Shantak Barzai-le-sage et autres Nyarlathotep, évoque une éventuelle parenté avec notre monde. Il faut dire, La Quête Onirique... ferait partie d'un « cycle » plus long, que l'on trouve en intégralité dans le recueil Démons et merveilles, (« un rapport avec la chanson ? » - je pourrais guère vous le dire**) et qui narre les aventures dudit Randolph Carter : ceci explique peut-être cela, mais pour ma part, je l'ai point lu *** ; et quoi qu'il en soit, les aventures du bonhomme le mèneront ici d'une région à l'autre du pays des rêves, où il aura affaire à d'innommables créatures et nouera des alliances avec des chats, des goules – dont « celle qui avait été autrefois l'artiste Arthur Pickman de Boston » – pour un périple parfaitement fantaisiste et presque léger, loin des habituels cauchemars lovecraftiens, bien que l'on y retrouve quelques-uns de ses thèmes de prédilection.
Mené tambour battant, dans un style bourré des habituels épithètes de l'auteur (mais sans jamais tomber non plus dans le soporifique), La Quête Onirique de Kadath l'Inconnue est un véritable enchantement où l'on retrouve et où l'on goutte, grâce à une plume incroyablement efficace, la substance presque intacte des rêves et leur logique propre, tout en conservant cohérence et fil narratif. Tout d'un bloc (pas la moindre trace d'un quelconque dialogue, de chapitres, à peine des paragraphes), le texte semble nous prélever hors de la réalité à un moment de notre vie pour nous y ramener, presque inchangés, à la fin du voyage. La faible épaisseur du roman aide à renforcer l'impression, qui ne tiendrait pas, pensé-je, bien plus loin que les quelques cent cinquante pages imprimées là.
Au final, entre bois enchantés, mers lunaires, vins hypnotiques, faméliques
de la nuit ou visages divins gravés dans la pierre – et même quelques héroïques
batailles ; j'ai parfois cru lire du Tolkien – mille images restent en tête une
fois le livre refermé. On ne saurait que trop le conseiller à ceux qui
voudraient aller à la rencontre d'un auteur dont les louanges sont souvent
chantées, mais qui est je crois, de nos jours, peut-être peu lu du fait d'un
univers parfois considéré comme trop âpre, et de son côté « ancêtre »
qui peut rebuter certains.
Zolg
*C't une blague, mais c'est aussi parce que je suis pas spécialiste de Lovecraft non plus, alors...
** Car oui, « Démons et Merveilles » est aussi le titre d'une chanson de Jacques Prévert. Jacques Prévert aurait-il lu Lovecraft ? Ce dernier était-il déjà traduit à l'époque où la chanson a été écrite ? Si un musicologue pouvait nous répondre, ce serait fameux je crois.
***J'ai appris ça par hasard, quand je rédigeais la présente notice... Comme quoi, quand je dis que je suis pas spécialiste de Lovecraft !
samedi 7 février 2009
AYROLES, MAÏORANA, LEPREVOST : D
En 2002 se concluait, au bout de 6 tomes hilarant,
l’histoire de Garulfo, la petite grenouille qui voulait devenir un homme. Après
avoir dépoussiéré le conte de fée, la belle équipe remet le couvert en
s’attaquant au mythe du vampire. C’est plein d’espoir que j’ai parcouru cette
BD et je n’ai pas été déçu !
En pleine époque victorienne, Richard Drake, célèbre
explorateur, rentre d’expédition. A l’occasion d’une grande soirée, il fait la
connaissance d’une jeune femme, Catherine Lacombe, qui ne le laisse pas
indifférent. Malheureusement, notre héros se fait souffler la dame par un
mystérieux dandy… Drake ne le sait pas encore mais c’est le début d’une
nouvelle aventure qui le conduira à chasser un prédateur bien plus rusé et
dangereux que ceux qu’il a déjà chassé…
Les graphismes et l’encrage, fins et dynamiques, nous
plongent directement dans une époque victorienne bien éloignée des bas fonds
sales et sombres de Jack l’éventreur ou d’Oliver Twist. Lumineux, extravagant,
cette époque représente ici le dandysme. Les protagonistes qui entourent le
héros sont futiles, n’écoutent pas grand chose et préfèrent les commérages à la
politique. L’ambiance est donc posée, pleine de lumières et de strass.
L’énigmatique rival de Drake ne dépareille pas dans l’ambiance, incarnation du
dandy, il est comme né de son temps.
Le scénario est plein de références mais ne s’alourdit
jamais, on le lit d’une traite, happé par l’aventure. Rappelant les classiques
mais ne les copiant (pour le premier tome en tout cas) pas, l’histoire prend de
l’intérêt que l’on soit spécialiste du vampire ou néophyte. L’humour disséminé
tout au long de l’album termine de donner un goût spécifique à cette relecture
du mythe du suceur de sang.
Emballé, c’est le moins que l’on puisse dire de mon avis au
sujet de ce premier tome ! Je me suis régalé ! A la fois bonbon
acidulé, travail sérieux et récit d’aventure efficace, on se laisse vraiment
emporter, on a envie de relire, de faire des recherches et de trouver les
références. Pourvu que ce soit aussi bien sur la longueur !!
StepH
lundi 12 janvier 2009
SIMMONS, Dan : Terreur
Après la déception qu’a été Olympos, il me fallait voir si
ce grand auteur était sur le déclin ou si ce n’avait été qu’une erreur de
parcours. Un nouveau pavé de 700 pages, j’espérais que c’était du bon ! Je
n’ai pas été déçu.
Terreur reprend la véritable histoire de l’expédition de Sir John Franklin à la recherche du passage nord ouest de l’antarctique. Parti en 1845 avec deux vaisseaux (le Terror et l’Erebus), le Capitaine et son équipage ne revirent jamais les côtes d’Angleterre… Cette histoire passionna en son temps les citoyens britanniques. Dan Simmons la revisite à sa façon.
A cette époque (milieu du XIXème), la recherche d’un passage au nord ouest est une sorte d’El Dorado pour la marine anglaise qui pourrait alors commercer avec le pacifique de manière performante et prendre ainsi un large avantage sur les mers. Qu’importe la difficulté, il faut envoyer des explorateurs et trouver le chemin…
Et voici comment tout commence avec un Francis Rawdon Moira
Crozier arpentant son bateau, constatant l’enfer polaire dans lequel il se
trouve coincé. Il est loin d’imaginer (ou sans doute que si) ce qui l’attend…
Si Simmons avait sorti les gros sabots pour Olympos, il n’en est rien ici. Incroyablement documenté, toujours érudit, bien écrit, l’auteur joue avec nos nerfs avec du réaliste. On est ici en milieu hostile, pas besoin de créer des génies du mal, des posthumains fous, des trous de ver, la nature est suffisamment hostile en elle même (surtout à cette époque où la technologie était encore balbutiante...). La nature humaine fait aussi le reste… Pourtant, l’auteur ajoute un aspect fantastique pour tout rendre encore plus difficile pour nos explorateurs, mais là encore, tout est finement mené, dans le plus horrible des styles : la retenue.
Le résultat est un roman à la fois d’aventure et d’horreur, mêlant
habilement Jules Vernes et Carpenter. On
a froid, on veut qu’ils s’en sortent. On imagine leur état psychique. Que
peuvent-ils faire ? Sont-ils maudits ? Tout part toujours de travers
et rend la fuite de cet enfer blanc plus difficile encore. Une explication
carrément fantastique rassurerait quelque peu mais Simmons ne nous en fait pas
cadeau, c’est l’horrible réalisme de la vie polaire, des hommes qui nous fait
le plus froid dans le dos. On espère voir intervenir une Chose, un Alien, qui
nous détendrait, mais souvent il s’en abstient, faisant appel au fantastique de
manière très diffuse.
En bref, c’est une indéniable réussite, bien loin de son
style habituel même si on reconnaît sa patte et ses références (il revient
souvent sur Homère et Shakespeare). En ce moment de grand froid, vous devriez courir
l’acheter ou l’emprunter, vous ne serez pas déçus !
StepH
vendredi 26 décembre 2008
JOYCE, Graham : La Fée des dents
J’ai toujours lu le plus grand bien au sujet de Graham
Joyce : un auteur touchant avec énormément de qualités. Il fallait donc
que je teste par moi-même. Le thème de ce roman paraissait bien convenir à mes
goûts personnels, une histoire de fantasy urbaine sur la fée des dents pas si
mignonne que les parents le prétendent… Allez c’était parti !
Résultat ? Pas du tout celui auquel je m’attendais…
Petite ville d’Angleterre, années 60/70. Nous suivons les
pérégrinations de trois jeunes enfants de milieux plus ou moins modestes :
Sam, Terry et Clive. Sam va perdre sa première dent de lait et les trois amis
se demandent si la fée des dents existe vraiment… Il suffit de la cacher sans
le dire à personne et l’on verra bien si la petite souris vient l’échanger
contre un penny ! Malheureusement, Sam s’exécute et fait la connaissance
de Quenotte, pour le meilleur et surtout pour le pire…
Troublant, malsain, nostalgique, un peu choquant, sont les mots qui me viennent à la fin de la lecture de ce roman. En tout cas, ce n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais. Ce n’est d’abord pas tout à fait de la fantasy urbaine mais plutôt un récit fantastique. On est bien plus proche de Stephen King que de Neil Gaiman. Ce ne sont pas les aventures d’enfants confrontés au merveilleux mais plutôt une sorte de parabole sur l’enfance ou un roman initiatique présentant la vie de ce groupe, de l’enfance au début de l’âge adulte. Mais les thématiques développées ne sont pas celles qu’on envisage au premier abord au sujet de l’enfance : sexualité, jalousie, secrets… Cette enfance là est dure à tous points de vue : milieu social, problèmes personnels…
Le rythme du livre est aussi assez étrange mais envoûtant, comme un cauchemar duquel on ne peut se réveiller. On suit les héros qui subissent des épreuves et on subit avec eux. On attend un rayon de soleil entre les nuages mais notre auteur est radin à ce niveau là… On veut savoir la fin, que tout se termine mieux… C’est un livre noir au ton aigre-doux.
Je ne peux pas dire que la lecture de ce livre m’a réjoui au plus haut point. Mais je ne peux pas dire non plus que c’est un mauvais livre. Je crois que j’étais plutôt trop peu préparé à le lire et qu’il m’a cueilli sous le menton sans avertissement… J’ai été hanté par cette fée qui m’a presque fichu la frousse… Et je n’ai pas aimé cette enfance qui était si perverse et si crue mais pourtant insidieusement réelle… Pas préparé donc à me faire emmener là ou l’auteur le souhaitait…
Même si je ne sais pas si je le relirai, je dirais tout de
même bravo l’auteur…
StepH
mardi 16 décembre 2008
ROSZAK, Théodore : Les Mémoires d’Elizabeth Frankenstein
Ceux qui ont lu le « Frankenstein » de Mary
SHELLEY se souviennent sûrement que l’histoire était racontée par deux voix
masculines. La première était celle de Victor Frankenstein lui-même, le créateur
du monstre ; la deuxième, celle de Robert Walton, le capitaine qui
recueille Victor sur son bateau et qui nous retranscrit en quelque sorte ses
mémoires. Donc dans ce roman, pas de place pour une seule voix féminine, alors
que son auteur était une jeune fille de 19 ans ! Mais, mon propos n’est
pas là, je ne compte pas faire une critique de « Frankenstein » et
sachez qu’il n’est pas nécessaire de l’avoir lu pour apprécier pleinement ces « Mémoires ».
Nous retrouvons donc ici le même Robert Walton qui, après la
mort de Victor Frankenstein, décide de combler les vides du récit de Victor et
d’obtenir un autre point de vue sur cette tragédie. Il parvient donc à
récupérer le journal intime d’Elizabeth Frankenstein, sœur adoptive,
confidente, fiancé et amante de Victor.
Nous découvrons donc ici la face cachée de l’histoire que
nous connaissons tous. Nous apprenons tout de l’enfance de Victor et Elizabeth,
de leur éducation, du « Grand Œuvre » qu’ils devaient accomplir, de
la façon dont Victor s’en est détourné pour créer ce que l’on sait. Avec ce
roman Théodore ROSZAK donne une réelle épaisseur aux personnages, une deuxième
vie après le roman « originel ». De plus le récit n’est pas une
simple succession de pages de journal. Robert Walton est le narrateur principal,
il nous livre les pages des Mémoires d’Elizabeth en se permettant de temps en
temps de faire des commentaires sur certains points, ce qui rend le récit
encore plus crédible.
L’auteur s’efface totalement pour laisser place (enfin) à
une voix féminine, voix qui aurait pu être en son temps, celle de Mary SHELLEY ;
à tel point que je suis encore étonnée que ce soit un homme qui ait écrit ce
roman ! Vous raconter plus de détails sur ce livre serait vous le gâcher,
car tout le plaisir est de découvrir les secrets de ces deux personnages,
l’avenir auquel ils étaient destinés, et dans lequel l’homme et la femme
avaient égale importance.
Que dire de plus pour vous donner envie ? Allez-y les yeux fermés ! (Mais ouvrez-les pour lire, ce sera plus facile !)
Miss J
vendredi 16 mai 2008
NIGHTOW, Yasuhiro : Gungrave
Et si je vous dis que
je vais vous parler d’une série animée dont le héros est habillé en cow-boy,
armé de deux énormes flingues, qu’il porte son propre cercueil sur le dos (dans
lequel il dissimule des armes lourdes) et qu’il mitraille à tout va des hordes
de créatures s’apparentant à des zombies, vous allez fuir, non ?
Maintenant si je rajoute qu’il s’agit de l’adaptation d’un piètre jeu vidéo PS2
sans cervelle dans lequel il faut tout dégommer, vous me suivez toujours ?
Eh bien, les persévérants
seront récompensés car, contre toute attente, Gungrave est l’un des meilleurs
animés qu’il m’ait été donné de voir ! Prenant à contre-pied tout
l’univers établi par le jeu PS2, les auteurs nous livrent une histoire
poignante d’amitié, d’honneur dans la plus pure tradition des films de mafieux.
Et pourtant, ça démarrait mal, dès le premier épisode…
Un camion dans lequel se trouvent un savant et une petite
fille est assailli par un bataillon de surhommes monstrueux. La situation
devenant critique, le savant n’a pas d’autre choix que de réveiller Brandon (la
grosse mule dépeinte en début de post). La suite n’est que massacre, car
Brandon ou plutôt Gungrave ne fait pas dans la dentelle. MAIS, dès le second épisode, flash-back de 10
ou 15 ans en arrière où l’on apprend peu à peu comment nous en sommes arrivés
là…
A la manière d’un Georges Lucas bouclant la boucle de son Darth Vader, les auteurs approfondissent un personnage qui ne semblait qu’être une machine à tuer en lui apportant un passé, une vie, une histoire dans un contexte complètement inattendu : l’univers mafieux. Il en sort un début de série totalement addictif où l’on suit l’ascension de Brandon et de son ami dans les différents échelons de la Famille. Fait rarissime pour un animé, la transition à un récit plus SF s’effectue avec finesse, dans la mesure où, dès le premier épisode, on sait où l’on va mettre les pieds. C’est même une motivation supplémentaire. Surtout que tout, absolument tout est expliqué et justifié dans la série (à part peut-être le costume de cow-boy, mais bon !). Bref, à aucun moment on a la désagréable impression d’être pris pour des pigeons tant la série respire la sincérité. En ce qui concerne l’animation et le graphisme, je pense que c’est le point faible de la série : des épaules trop imposantes, des mentons pointus, des persos qui courent bizarrement… Mais d’après les « spécialistes », je suis dans le faux alors… Les gunfights sont cependant très convaincantes. Et puis surtout, Beyond the Grave (ou plutôt biyondo ze gureivu comme y disent dans la série !) renferme une incroyable galerie de personnages tous plus attachants les uns que les autres, enfonçant le clou, puisqu’on parle de cercueil, d’un animé de haute volée comme on en voit que trop peu dans nos contrées.
Mr Jack
mardi 29 avril 2008
CALVEZ, Florent, LOVECRAFT : Réanimator.
Qui ne connaît
pas le film culte des années 80 (1985) qui mettait en scène un savant (fou ?)
voulant redonner la vie aux morts ? Il y a quelques mois, Delcourt
redonnait vie à cette nouvelle de Lovecraft de 1922. Un succès ? Pour moi
oui !
1910, Herbert West est un étudiant passionné, fils d’un médecin reconnu, mort bien trop tôt. Ambitieux et obstiné, il décide de s’attaquer à une maladie à laquelle personne n’échappe : la mort. En effet, sa théorie prouverait que l’âme n’existe pas et qu’il est donc possible de relancer la machine qui n’est qu’une association complexe de procédés chimiques. Accompagné par son ami Philip (qui est le témoin et le narrateur de cette histoire), ils vont aller au delà du raisonnable pour arriver à leur fin. Bien sûr, l’expérimentation tournera mal et l’on connaît plus ou moins la fin de l’histoire…
Si l’histoire
est de facture classique (on en connaît déjà le dénouement), la mise en page et
le graphisme servent cette BD à merveille. Florent Calvez, signe ici ce qui est
pour moi sa meilleure œuvre. Je n’ai pas lu la nouvelle qui a inspiré cette BD,
mais je trouve que l’ambiance qu’il instille au fil des pages se rapproche d’une
manière générale de l’univers de Lovecraft. Des tons uniformes (plutôt verdâtres),
un dessin hachuré, des cadrages statiques, nous plongent dans l’univers étrange
et effrayant de Lovecraft. Une fois ouverte, il est dur d’abandonner cette
histoire macabre.
Certes le rythme peut sembler un peu mou au bout d’un moment, mais il est tellement rempli de détails, montre si bien la plongée dans la folie du Docteur qu’on ne peut abandonner. On retrouve aussi des clins d’œil à une autre histoire classique : Frankenstein.
Bref, je n’avais pas trop apprécié de parcourir les pages de Nelson Lobster (une autre série en cours de l’auteur) mais là, je suis sous le charme ! Je conseille la lecture de Réanimator à tous ceux qui aiment les histoires macabres, les fans de Lovecraft et les nombreux fans de Zombie qui peuplent ce blog ! Merci Monsieur Calvez !
StepH
Le site de la BD : http://www.reanimator.fr/
Le site de
l’auteur : http://www.florentcalvez.com/
lundi 31 mars 2008
MURAKAMI, Haruki : La course au mouton sauvage
Haruki
Murakami est un auteur japonais qui a remporté en 2006 le World Fantasy Award
pour « Kafka sur le rivage ». Une raison amplement suffisante pour
partir à sa rencontre, mais sans oser me lancer dans le millier de pages de
l’ouvrage en question. Donc, comme de coutume, j’en choisis un qui ait l’air sympathique et
pas trop long : La course au mouton sauvage.
Un homme, dont on ne connaît pas le nom (le narrateur), mène au Japon une vie qu’il aimerait désespérée et dénuée de sens : il vient de divorcer, son emploi l’ennuie – il dirige avec un collègue alcoolique un magazine mensuel de publicité qui lui permet de gagner correctement sa vie mais pas de « s’épanouir » – et il envisage d’en changer un jour ; pour le reste, il passe ses journées à allumer des cigarettes et à vider des « boîtes » de bière. Seul son chat, vieux et abîmé, consiste aujourd’hui un point d’attache sérieux. C’est son côté romantique qui parle.
Le jour où il rencontre une call-girl aux oreilles sublimissimes, sa vie se relance un brin, mais c’est pas encore ça. Elle va toutefois l’accompagner dans l’aventure extraordinaire qui se présente à lui : contacté par une agence d’extrême-droite, notre homme va être chargé de retrouver un mouton… aux pouvoirs magiques.
Evidemment, désabusé qu’il est, il refuse ; mais ceux qui s’adressent à lui ont plus d’un tour dans leur sac pour lui forcer la main, et le voici parti pour l’île d’Hokkaido à la recherche d’un ami disparu qui a eu le malheur de lui envoyer, quelques années plus tôt, une photo dudit mouton. Une chance que sa call-girl – dont les oreilles surnaturelles captent d’étranges ondes qui lui permettent d’avoir d’incroyables intuitions, si-si – l’accompagne, sans quoi il n’avancerait pas d’un poil.
La construction a-chronologique ambitieuse et le style faussement plat de l’auteur sont un des points forts du roman, qui tarde malheureusement à se lancer et se perd, durant les 150 premières pages, dans des méandres psychologiques relativement pénibles : on sent que l’homme est, pour le moins, un assidu de la littérature française – un traumatisé du Proust qui considère que tout ouvrage digne de ce nom ne peut que comporter de longs passages mélancoliques où le héros se demande quel est le sens de sa vie. Par chance, après ces longues digressions, il se passe enfin quelque chose et nous avons le plaisir de nous laisser emporter par l’ambiance irréelle de l’ouvrage et son histoire hallucinée. Des paysages fascinants, des personnages inédits et des retournements de situations réellement surprenants, quelques ingrédients qui font de ce livre un bon moment et une œuvre surprenante. Suffisamment pour que je me lance dans le gros Kafka sur le rivage ? A voir.
Zolg





