E-maginaire

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lundi 11 février 2008

LE GUIN, Ursula : L’autre côté du rêve.

leguinJe n’avais jamais lu Ursula Le Guin jusque-là, et avant de me lancer à l’aveugle dans une œuvre trop longue – Les Contes de Terremer, par exemple –, je me suis dit qu’un autre roman, pas trop long et pas trop cher, me permettrait de voir à qui j’avais affaire. Autant dire que je n’ai pas été déçu.

George Orr ressemble à s’y méprendre à tout le monde, à vous, à moi. Jusque dans son sommeil : quand il dort, il fait des rêves. A ceci près que quand il se réveille, il a souvent la désagréable surprise de constater que ses songes ont modifié la réalité, la rendant bien plus souvent qu’à son tour, hélas, proprement cauchemardesque. Voici le point de départ de l’incroyable aventure qu’il va vivre.

Le pauvre George, qui finit par absorber des substances irrégulières et se soumettre à la suggestion hypnotiques afin de ne plus rêver, se voit ballotté entre les mains d’un savant fou, d’une belle jeune femme dont on se demande au final s’il ne l’a pas lui-même inventée, et d’extra-terrestres au langage plutôt incompréhensible mais visiblement bienveillants, eux aussi sortis tout droit de son imagination. Au passage, il déclenchera une guerre intergalactique avant d’échapper de peu à une explosion nucléaire et de se retrouver avec la peau grise, comme tous les humains.

Il est des œuvres qui sortent du cours traditionnel de la science-fiction pour dériver imperceptiblement vers le traité philosophique : ainsi, Ravage, 1984, Farenheit 451, ou encore Les Monades Urbaines. L’autre Côté du Rêve est à mon avis à ranger dans cette catégorie : un propos bien maîtrisé, malgré un style un brin trop impersonnel à mon goût, et surtout, elle parvient à faire tenir sa trame malgré les absurdités que son personnage s’efforce de faire intervenir. La question sous-jacente, s’il ne faut en retenir qu’une seule, est la suivante – ou plutôt, restons modeste, pourrait être la suivante : quel homme peut-il se targuer d’employer « la » bonne méthode pour faire progresser l’humanité ? Où commence, où s’arrête l’intérêt personnel des gens, nombreux, qui prétendent « essayer de faire du bien à la planète », qu’ils soient simples citoyens ou politiciens ?

Certes, cela fait deux questions ; nous pourrons les résumer en ayant recours au fameux proverbe, un de mes favoris, proclamant que « la route des enfers est pavée de bonnes intentions. » A lire, donc.

Zolg

Posté par e_maginaire à 15:24 - bouquins - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Dis-donc Zolg, y a des fautes dans ta critique.

Zolg.

Posté par Zolg., lundi 11 février 2008 à 18:56

welcome !

Bienvenue à notre nouveau chroniqueur !
Tu commences sur les chapeaux de roue avec un auteur incontournable de la SF ! En tout cas, ta critique me donne fortement envie de tester ce livre !

StepH

Posté par StepH, mardi 12 février 2008 à 10:24

Le Terremer dont tu parles est aussi celui adapté par Miyasaki (le fils)? Eh ben, je ne savais pas que c'était une adaptation, on apprend des choses sur tes posts, Zolg.
Sinon, la thématique du roman que tu chroniques me rappelle par certains aspect celle des romans de Priest, mais en l'explorant de façon plus approfondie. Intéressant donc.

Posté par Mr Jack, mercredi 13 février 2008 à 20:49

Je suis pour ma part tout-à-fait ravi de faire partie de l'équipe de chroniqueurs du présent blog, Steph !
Pour te répondre Mr Jack, je sais pas si c'est la même histoire qui a été adaptée, j'ai acheté hier le dvd (eh oui ça existe encore des gens qui achètent des dvd...) et le résumé derrière m'a pas tout-à-fait l'air de corroborrer. Cela-dit, j'ai pas lu le livre non plus : juste vu une adaptation téléfilm... pendant les vac de noêl, si vous avez bien suivi (S.D. à Pacman). Il semblait être relativement fidèle, cela dit. A vérifier, donc.
Pour Priest, j'ai lu que le Prestige, et il me semble pas avoir retrouvé "lesdites" thématiques. Si ?

Zolg.

Posté par Zolg., jeudi 14 février 2008 à 18:23

Je ne pensais pas forcément au Prestige, dont le thème est écarté de ce que Priest peut faire d'habitude, mais plutôt à Futur immédiat, l'Archipel du rêve, etc...
Malgré tout, l'idée que tu évoques (l'homme apprenti-sorcier pour le bien d'autrui) est présente en filigrane dans Le prestige, puisqu'il s'agit avant tout de l'opposition de deux conceptions différentes pour faire progresser une discipline (la magie en l'occurrence), quitte à compromettre sa propre humanité.
Pour faire dans le classique, j'aurai peut-être mieux fait d'évoquer Mary Shelley et son Frankenstein, puisque là aussi, c'est l'aveuglement d'un homme, pourtant convaincu du bien-fondé de sa démarche, qui conduit à commettre des horreurs.
Personnellement, puisque tu abordes la question en fin de post, je doute de l'altruisme de "certains" politiciens (et même citoyens) qui me semblent bien conscients de ce qu'il font "au nom de l'avenir", et servent copieusement leurs propres intérêts: point de "bonnes intentions" là dedans, plutôt un mépris avéré des autres, jugés comme suffisamment idiots pour ne rien saisir de la manœuvre.
Attention, pas question de restreindre le propos à un primaire "Tous pourris", mais il me semble que les projets de société proposés jusque-là servent avant tout ceux qui les ont mis en place.
D'où ma volonté de démarquer le propos du scientifique ou chercheur qui, lui, n'a rien à y gagner, si ce n'est de laisser son nom à la postérité.

Posté par Mr Jack, vendredi 15 février 2008 à 20:23

tous pourris !

Le Dessin animé est bien inspiré de l'oeuvre d'Ursula Le Guin et plus particulièrement du troisième tome. Miyasaki L'adorait quand il était étudiant !
En ce qui concerne ta/tes questions, je serais plus large que Mr Jack, je pense que ce n'est pas une question de société ou de certaines classes sociales mais un problème tout à fait humain. Qu'on soit politicien ou scientifique, on est loin d'un quelconque altruisme. C'est le propre de l'homme de penser à lui avant tout, non ?
Par contre, je suis tout à fait pour cet adage que tu mets en avant sur l'enfer et tout ! Peut être suis je naïf mais je crois en la bonne intention sur certain points,..., au début, avant que tout ne se réduise qu'à un jeu de pouvoir...
Quoiqu'il en soit, c'est vraiment un bon texte de SF qui nous questionne sur notre présent malgré son âge (1971!!!). Marrant comme les bons livres sont intemporels!!

StepH

Posté par StepH, vendredi 15 février 2008 à 20:53

De l'espoir...

Peut-être que maintenant que les enfants vont devoir apprendre des prénoms d'autres enfants d'avant ça va aller mieux ?
Zolg

Posté par Zolg., vendredi 15 février 2008 à 21:25

D'accord avec toi Zolg, à condition qu'ils ne s'attachent pas trop à leur "correspondant"...

Posté par Mr Jack, vendredi 15 février 2008 à 23:46

Sûr qu'on va sauver la planete avec ça ! C'est un beau "cadeau" qui est fait à nos chères têtes blondes ! (du coup, cette expression me fait bizarre dans le contexte...)

StepH

Posté par StepH, samedi 16 février 2008 à 09:00

Ben voilà, si vous voulez bien me permettre une conclusion poncifière : y en a qui feraient bien d'en lire, de la science-fiction.

Zolg.

Posté par Zolg., samedi 16 février 2008 à 10:44

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