MERRITT, Abraham : La Nef d'Ishtar.
Abraham Merritt est un petit peu une légende ; c'est, je crois, l'un des plus anciens auteurs de fantasy, peut-être LE créateur de l'heroïc fantasy, prédécesseur de gens comme Robert Howard, L. Sprague de Camp et Howard Lovecraft notamment.
Journaliste de profession, il passait son temps libre à écrire des histoires pour des pulp. Histoire de s'amuser un peu. De la fantasy de consommation rapide, donc, dont on peut dire (constaterai-je à la fin de cette chronique) qu'il écula les clichés. Aujourd'hui, plusieurs de ses romans sont encore trouvables dans le commerce ; parmi ceux-là, j'ai pêché La Nef d'Ishtar, qui m'a semblé relativement original.
L'histoire est simple : Kenton, un jeune archéologue tombe par hasard sur une splendide maquette de bateau datant de l'époque babylonienne... et voilà que, tandis qu'il l'examine, paf ! Il se retrouve à bord, expulsé hors du temps dans ce navire qui dérive vers nulle-part depuis une éternité. Et quand il en sort, il n'a qu'une envie : y retourner.
Bon, il faut dire, accueilli là-bas par une peu farouche prêtresse en nuisette transparente qui lui saute dessus pour lui rouler une pelle sitôt qu'elle le voit et par ses suivantes aux seins nus, on comprend qu'il ait pris goût à l'histoire. Et tant pis si, de l'autre côté du bateau, au-delà d'une limite que lui seul, en tant que type pas concerné par la malédiction de la nef, peut franchir, tant pis donc si là se trouve toute une série de maussades adorateurs de la mort.
Un bateau où voguent, embarqués côte à côté, adorateurs des dieux de l'amour et de la mort, donc. L'allégorie est bien trouvée, l'idée séduit, se dit-on, même si l'Abraham a quand même pas peur de manquer de crédibilité (cf . les prêtresses qui se baladent en permanence à poil sur le bateau...)
Rapidement, notre jeune archéologue va se transformer en barbare aux muscles saillants, foudre de combat pulvérisant ses adversaires grâce à son habileté et sa musculature exceptionnelle... ce qui l'empêchera pas de se créer des ennuis. La jolie Sharane se fait enlever et il devra, en compagnie de l'équipage dont il s'est fait, en quelques semaines, le commandant digne et incontesté, il devra se mettre à sa poursuite...
Bref. Je crois que vous avez saisi le tableau : des combats violents et sauvages, des nanas qui se baladent les nénés à l'air et s'offrent à celui qui gagne le combat, du courage exalté, de la sueur et de la force brute... c'est pas pour la psychologie des personnages que l'on y reviendra. Abraham Merritt, tout précurseur qu'il fut, fait plus que frôler la caricature à de nombreuses reprises, mais pour créer au final un univers relativement original et solide, nous offrant une lecture assez agréable, quand bien même il est difficile de se retenir de lever les yeux au ciel en soufflant, parfois. La filiation avec Conan est frappante.
Une pensée particulière, en ce qui me concerne, pour le style, suranné et alambiqué, qui contraste avec l'univers ; je ne peux m'empêcher de vous livrer, en guise d'exemple, la première phrase du livre, absolument jouissive : « Un parfum étrange s'exhalait de la pierre en une volute dont la caresse effleurait le visage de Kenton comme une main câline. Ce parfum, dont l'image insolite évoquait des images furtives et jamais vues, des arabesques de pensée qui s'évanouissaient avant d'être appréhendées,... » ; pardon, ça fait une phrase et demie mais j'ai pas pu m'arrêter. Ici, c'est plus à Lovecraft que l'on pense, autre auteur au style extrêmement sophisitqué – même si, je l'avoue, Merritt m'a paru un brin plus lourd, à force, et moins efficace.
Il y aurait d'autres passages à donner, notamment celui où, vainqueur du combat contre le prêtre noir honni, il « conquiert » une Sharane bien peu résistante, mais je crois qu'on finirait par avoir des problèmes avec les droits d'auteur ou avec Michel Houellebecq.
Bon, après, moi j'en lirai pas un autre, je l'avoue ; je pense que quand on en a lu un, on peut se passer du reste. Mais bon, ça vaut le coup d'être lu !
Zolg.
MIEVILLE, China : The City & The City.
China Mieville est un garçon indiscipliné. Alors que le marché mainstream nous impose de choisir un camp déterminé, étiquetant de fait l'auteur dans un style particulier (bit-lit, fantasy, SF,...) et permettant au lecteur de toujours lire confortablement le même livre, ce rosbif révolutionnaire (ce pourrait être un pléonasme) décide de faire exploser les frontières et de ne suivre aucune règle. Il en fait même un idéal, fondant le mouvement new weird qui vise à redonner ses lettres de noblesses aux « mauvais genres ». La logique marchande devrait lui donner tort et le reléguer aux greniers éditoriaux. Pourtant, son succès critique et populaire est indéniable, démontrant, s'il est besoin, que le lecteur ne se plie pas au concept de « temps de cerveau disponible ».
Tyador Borlù a déjà bien roulé sa bosse. L'inspecteur de la ville de Beszel a eu le temps de développer cette intuition propre au flic. Alors lorsqu'il arrive sur la scène de crime, qu'il découvre la fille assassinée, il sent bien que ça va être la merde : pas d'identité, des témoins camés, des indices discordants... L'avenir lui donnera raison. La victime est, en effet, américaine et résidait dans la ville siamoise, la ville ennemie, celle qu'on ne doit pas voir, Ul Qoma. Dès lors, l'enquête obligera notre héros à jouer avec les frontières physiques, psychologiques, diplomatiques, légales...
Décidément, il m'est toujours difficile de parler de ce que j'aime ! A fortiori ici, dans ce grand roman, presque fou, schizophrène et carrément engagé politiquement. Comment vous présenter l'idée unique qui sou-tend toute l'intrigue ? Une grande ville qui regroupe deux entités étroitement imbriquée mais séparée : Beszel et Ul Qoma. Une unité de lieu déchirée en deux atomes qui, au mieux, s'ignorent. Bouleversement de la réalité ? Hystérie collective ? L'auteur ne statue pas. Mais on ne peut s’empêcher de penser à des villes tristement réalistes comme Jérusalem ou Berlin d'après guerre (d'ailleurs l'auteur les cite). Cette ville démente est bien sûr le lieux idéal pour un complot tordu qui vous tiendra en haleine jusqu'à son dénouement mais il me semble bien plus que ce roman est l'occasion pour l'auteur de nous immerger dans la folie humaine où chaque acte, chaque initiative politique déforme notre vision de la réalité, jusqu'au non-sens... On déambule ainsi dans Beszel, tentant d'ignorer les blocs Ul Qoman et ses citoyens, refoulant toute une partie de la ville, découvrant les règles qui permettent à cette réalité de tenir... Puis tout s'inversera jusqu'à la découverte finale...
Cet univers original est soutenu par l'écriture moite, pleine de vie de China Mieville. L'auteur est résolument un écrivain de l'urbain. Par son style, il fait de cette chimère un personnage du roman avec son caractère, sa ligne de conduite stricte, ses évolutions. On sent, on voit, ça fourmille, ça a sa propre vie, en dehors de tout contrôle humain. Cette écriture peut étouffer, parfois sembler maladroite, moi je la trouve forte. Exagérerais-je si je vous disais que Mieville est le Scorsese du roman et que son The City & The City est la Taxi Driver du réalisateur ? Pour moi, tout est dit !
Je pourrais sans doute convoquer aussi du Kant, du Foucault mais je ne le ferai pas. Je pense que ce roman est une expérience à vivre au sortir de laquelle chacun fera sa propre exégèse ! Vous aussi faites vos valises et venez visiter cette ville-freaks, car il n'en existe aucune autre comme elle ! Ou bien peut-être que si, malheureusement...
StepH
BARDAS, Raphaël ; CEDELLEC, François ; et. al.:CAPHARNAUM.
Nous ne vivons pas hors du monde.
Certes, je reconnais le caractère léger de l'activité que nous menons ici. Certes, je ne me dédierai pas personnellement en rappelant que j'ai toujours veillé à la mener sans me soucier de " l'air du temps " - Tout juste admettrai-je un clin d’œil appuyé en ce début d'année 2012 – Mais parfois le contributeur que je suis se doit de mettre en avant les valeurs auxquelles il croit.
Capharnaüm ; Kapher Nahum : Le Village des Consolations. Le lieu où moururent les trois Prophètes Saabi. Ils unifièrent et rendirent leur foi au peuple Jazîrati. Afin qu'il puisse reconquérir sa liberté sur une illustre Démocratie devenue un Empire décadent bien trop vaste pour être gouverné. Capharnaüm est devenu par extension le nom de toute la partie Nord de la presqu’île de Jazirat. En son centre, une cité fondée par un peuple d'esclaves qui a traversé un immense désert au cours d'un Grand Exil – Et Gadol Galout dans leur idiome Shiradim -. Une cité bénie par deux religions qui chacune lui attribue un nom : Jergathine, Sagrada. Une cité occupée durant son histoire par tous les peuples du monde. Coupant en deux la péninsule,djebels, oueds dayas, oasis ; Des mots riches d'évocation pour conter l'Aramla El-Nar – Le Désert de Feu -. Au Sud, K'saaba, terre gouvernée depuis la cité de Jergath-la-Grande, la cité des Milles et Un Dieux. Qui fait écho à un même nombre de nuits...
Terre de commerce où les longues caravanes traversent les dunes de sable pour enrichir Nord et Sud sans se soucier de qui prient les partenaires commerciaux. Terre de religion où Princes-voleurs et assassins confient leur salut aux Dieux. Où les plus redoutables guerriers sont de gracieux derviches et les Moudjahidin autant hommes d'épées que d'érudition. Terres où les peuples de la lointaine Occident ont mené la Quête Sainte pour récupérer les reliques de leur foi en une Sainte Trinité. Mais aussi terre de tant de promesse : où l'on peut profiter de la fraîcheur des jardins suspendus de la Médina Al-Yassine de Carrassine, apercevoir depuis la piste poussiéreuse le fortin Al_Mayadit aux portes du désert aux 4000 Moudjahidin. Et finir ce long voyage par prendre le thé à Alhen Raha, la grande auberge d'Al-Malikah Alsouk, le Souk des Rois odorant et grouillant d'activité en Jergath-la-Grande. Une contrée où l'homme le plus riche est possiblement le plus célèbre chef de bande de pillards du désert. Où le grand Roi de K'saaba, Abdallah Ibn Malik Abd-Al-Hassan est au centre d'un complot visant à le renverser mener par un certain Jafar...
Il serait long fastidieux de présenter toutes les images qu'évoquent en nous ce quelques mots. Inconsciemment, en avez-vous peut-être prononcé certains en prenant un accent moyen-oriental. Toutes les cultures mises en avant dans ce jeu, même fortement modifiées, nous les connaissons. Elles sont celles des contes de l'Orient bienheureux, des traditions judaïques et dans une moindre mesure, des mythes antiques et des récits haut-moyenâgeux. Elles encouragent à leur découverte et à leur partage. Quasiment nulle part ne sont évoqués les affrontements idéologiques, les fanatismes. Partout sont mis en avant le soucis de la concorde communautaire des vastes cités-état qui gouvernent ces terres. Issus de ces divers horizons, les joueurs incarnent des hommes choisis pour avoir des destins épiques : Les Héritiers des Dragons, appelés à s'unir pour accomplir les exploits qui entrent dans les légendes.
Certes, j'exprimerais ici quelques regrets : Qu'en recherchant l'originalité, les concepteurs ait imaginé un système de jeu un peu déroutant et que les secrets de leur univers soient dévoilé et à mon humble avis pas à la hauteur des promesses présentées. Mais ce jeu a le mérite de s'intéresser à ces cultures moyen-orientales et à donner l'occasion à moi, modeste contributeur, mettre en avant de nouvelles cultures de l'Imaginaire et le respect que j'ai pour elles.
Il fallait un porte-étendard à mes valeurs de curiosité, de partage mais surtout de tolérance – bien éloignées de " l'air du temps " mais en aucun cas une tribune dérogeant des buts de ces chroniques - .J'aurai pu avancer les Contes des 1001 Nuits ou Les Lions d'Al-RassandeGuyGavrielKayouencorePrince of Persia...Maisjemesuissouvenudecejeuauthèmeévocateur.Jel'aireprisavec un certain plaisir.Peut-êtreavez-vousen têtedesréférencesquepourraientcomplétercettechronique ?
Terminons par deux citations.
La première vient du quatrième de couverture de Capharnaüm : " Chaque chose est un combat, même la paix".La seconde est du chanteur Abd Al-Malik (!!) : " Je ne suis pas de ceux qui maudissent les Ténèbres, je suis de ceux qui allument une bougie ".
Voici, modestement, la mienne... En espérant qu'elle ne sera pas balayée par " l'air du temps "
Pacman.
La Cinémathèque (Paris) : l'Exposition Tim Burton
Une exposition à la cinémathèque, il faut y aller. Quand il fait beau, l’endroit est magnifique, très vert, mais malheureusement, très peuplé… Et là, j’ai béni les billets coupe-file qu’on m’avait offert… Parce que vraiment, c’était pas possible… Autant pour Kubrick, l’attente n’était que d’une trentaine de minutes, autant pour Tim Burton, la file semblait interminable. Parce que oui, je ne vous l’ai pas encore dit, mais la cinémathèque, dimanche dernier, c’était pour l’exposition Tim Burton ! J’en ai vu quelques uns, des films du grand cinéaste, mais pas tous, et surtout, je n’avais pas vu tous les court-métrages qui sont juste avant ou juste après les films et c’est là que je me suis aperçue qu’il aurait fallu… Parce que les gens, autour de moi, étaient hyper calés. C’est bien là aussi, le problème : il faudrait privatiser les salles, pour être certain de tout capter, d’être réceptif à tout l’univers du cinéaste… Seule.
Je refais donc ma visite. Seule. Seule avec Tim.
Tim, appelons le Tim, me fait rentrer dans la belle salle plutôt sombre. Il est cool, avec ses cheveux mal peignés et son air un peu fou. Je ne suis pas une gothique, j’espère que ça se passera quand même bien : ses fans le sont, souvent, et il doit y être habitué.
Il m’explique tout d’abord qu’il y a 6 salles, chacune représentant une période de sa vie. Dans la première, des photos des personnages principaux de l’Etrange Noël de M. Jack et des poupées. En poursuivant doucement à travers les pièces sombres, on découvre une musique très enfantine et un peu flippante. C’est ici-même qu’on rencontre un carrousel très coloré, conçu spécialement par le maître pour l’expo. Sympa, Tim ! De la peinture au mur, de la lumière noire partout… On se croirait dans un labyrinthe sombre dont on ne trouvera jamais la sortie…
Et puis apparaît cette pièce immense, recouverte totalement des dessins de Tim Burton. Et là, moi, j’étais impressionnée. Classés par thèmes, on pouvait aller déceler les peurs et les fascinations du cinéaste. Pirates, nains, femmes, couples… Tout est très coloré, et bourré de petits détails. Ouf ! on n’est que tous les 2 ! Sinon avec la foule, je pense que cette pièce aurait créé en moi une véritable frustration. Au milieu, des personnages en résine et des sculptures démontrent le talent de Tim Burton dans tous les domaines.
Les projets à la fac, les affiches des pompiers de sa ville qu’il a dessinées, et puis l’époque Disney. C’est là qu’on apprend qu’il avait préparé des dessins pour Taram et le chaudron magique, mais aucun d’entre eux n’a été choisi au montage.
Au coin de la pièce d’après, l’émotion. Tim doit me tenir pour ne pas que je m’effondre : le costume de Johnny Depp dans Edward aux mains d’argent est là, devant moi ! C’est la salle la plus impressionnante, puisqu’on y retrouve les costumes des films et des éléments de décor.
On arrive doucement vers la boutique, on pense que c’est terminé… Mais là, à notre gauche, plein de serviettes en papier : quand Tim attend sa commande au resto, il n’hésite pas à griffonner 2, 3 trucs rapidos…
Heureusement que j’étais seule avec lui, on a pu parler un peu, il m’a expliquée les dessins et m’a parlé de son prochain film, Dark Shadows. Parce qu’y aller un dimanche, même avec un billet coupe-file, ça aurait été l’horreur, et on n’aurait pas pu en profiter pleinement…
Anouchka.
Exposition Tim Burton à la Cinémathèque... par lacinematheque
BESTER, Alfred & ZELAZNY, Roger : Le Troqueur d'âmes.
A force de dénicher les chefs d'œuvre, on finit par oublier de parler de ce qu'il ne faut pas lire. Enfin, qu'il vaut mieux éviter, disons. Alors, j'ai décidé de m'y mettre – ça me prend de temps en temps. Mais ne prenez pas non plus mon avis pour argent comptant : il n'engage que moi.
Roger Zelazny, on connaît ; c'est frais, c'est drôle, pas toujours très original à ce que j'ai compris, mais quand même plutôt de la qualité. En ce qui concerne Alfred Bester, allez savoir, de temps à autre les éditeurs et les libraires se liguent pour dénicher un auteur incontournable sorti d'on ne sait où et qu'il faut ABSOLUMENT connaître – comment cela, vous n'en aviez même pas entendu parler c'est pas possible ?!?!?
Ainsi, dernièrement, ils nous ont tous mis en tête de gondole, avec les compliments du libraire, un livre d'une originalité frappante parait-il, L'Homme Démoli ». D'Alfred Bester, donc.
Bon, moi je me fais pas avoir comme ça. Alors j'ai plutôt acheté « Troqueur d'âmes », co-signé des deux précités, et ré-édité chez J'ai Lu en poche pour l'occasion de la ré-édition de L'homme Démoli, je crois.
L'histoire était alléchante : un bonhomme, journaliste, tombe sur une « étrange échoppe » qui vend, disponible à toutes les époques de l'humanité, des traits de personnalité. Il va accompagner le marchand dans sa boutique et même y devenir vendeur à temps complet, séduisant au passage sa nounou (!), une étrange femme-serpent au charme hypnotique. Hélas ! A la lecture, ça se gâte. Des personnages qui passent, qui reviennent, des informations vaguement lâchées et non reprises... Les deux hommes ne se sont pas consultés (Zelazny a repris l'écriture après la mort de Bester, qui avait laissé l'ouvrage inachevé, si j'ai bien compris), et ça se sent. Le premier ne donne pas l'impression de savoir où il veut aller ; le second essaye de remettre un peu d'ordre dans tout ça, mais ne fait malheureusement qu'y fiche un peu plus de pagaille. C'est absolument incompréhensible ! Le personnage principal s'avère en fait être, plutôt qu'un simple journaliste, un chasseur de primes intergalactique trans-temporel (notons au détour que lui-même n'était pas au courant...), là où le marchand serait... le diable ? Le messie ?
Incompréhensible, donc. Au passage, un clochard qui devient dieu, une histoire d'amour ô combien ennuyeuse et sans rebondissements dont on pense bien, à un moment, qu'elle prendra la place centrale de l'intrigue mais en fait non pas du tout (ils se contentent de forniquer dans l'arrière-boutique...), des extra-terrestres empotés qui essaient de prendre le contrôle du magasin parce que c'est important quand même, cosmiquement parlant, d'avoir un magasin... autant de dossiers laissés sans suite.
Malheureusement, ce n'est pas non plus du côté du style, de la richesse intérieure des personnages, de la beauté époustouflante de l'univers qu'il faudra chercher de quoi sauver la soupe. Rien de tout cela à l'horizon. Il paraît qu'il y a de l'action, de l'amour, du suspense, de l'humour... pas trouvé.
Le tout étant, qui plus est, précédé d'une insupportable et pédante préface de Greg Bear qui trouve le moyen de nous parler des « Grands auteurs Jazz » de la SF – incluant, donc, ces deux-là dans le lot. Personnellement, je perçois difficilement le lien qu'il semble envisager entre cette musique et l'écriture – plutôt que, mettons, entre écriture et cuisine, par exemple. Certes, il y a art, donc planification et improvisation mêlées, mais au-delà de ça.... Sincèrement, il aurait mieux fait de se taire plutôt que d'écrire de pareilles sottises : ça donne juste l'impression qu'au moment où on lui a demandé de pondre cette préface, le bonhomme était en train d'écouter son tout récent disque de John Coltrane ou de Dave Brubeck... bon, ben c'est tant mieux pour lui qu'il lui plaise, mais où est-ce que ça nous regarde ? Et surtout, qu'est-ce qui rattache la S.F au jazz plutôt qu'au rock'n roll, à la musique tsigane, aux ensembles de percussion africaine ou aux orchestres symphoniques ? Je vous le demande. Une comparaison qui tombe, à mon sens, comme un cheveu sur la soupe.
Bref, je n'insiste pas et en viens directement à la conclusion, qui prendra la forme d'un conseil : si vous le pouvez, évitez de vous lancer dans la lecture de Troqueur d'âmes. Moi j'ai trouvé ça nul.
Mais ça n'engage que moi.
Zolg.
SNYDER, Zack : SUCKERPUNCH.
Je ne peux pas avoir perdu votre confiance. L'affiche qui est donnée ici à voir ou la réputation qui précède ce film ne peux pas vous dissuader d'aller plus loin. Loin de me défendre, je tente de vous faire éviter l'erreur que j'ai commise en pensant me trouver face à une simple œuvre graphique sans intérêt. Variante sur le thème : " Il ne faut pas juger un livre à sa couverture "...
Babydoll a un don. Au -delà de son physique de poupée blonde aux yeux de biche et de sa tenue d'écolière u peu légère. Une capacité à travestir le réel pour ne pas que son esprit vacille. jeune fille fragile sans parents qui a malencontreusement tué sa sœur en tentant de l'arracher aux malsaines intentions de son beau-père, elle fait une simple orpheline vendue par un pasteur libidineux. De l'hôpital psychiatrique où on l'enferme, elle fait un bouge, entre le club coquin et l'hôtel de passe. Un établissement où les psychiatre sont meneuse de revue et les infirmiers magouilleurs des souteneurs gominés.
Et au sein de ce rêve qui recouvre aussi d'autres jeunes pensionnaires tout aussi désespérées, construire d'autres chimères pour conduire une quête vers leur évasion... Du château médiéval au train à grande vitesse futuriste, accomplir des missions, pour obtenir les outils qui les conduiront vers leur liberté...
Une trompeuse mécanique de jeu vidéo. Un déchaînement de violence, un visuel aguicheur, tous les prérequis du simple divertissement semblent réunis. Mais à y regarder plus attentivement on perçoit plus de profondeur. Certes, la mécanique de jeu vidéo, mais pour servir de trame à l'accomplissement des étapes d'un schéma de très élaboré pour fuir au-delà des murs gris de ce sinistre sanatorium. Certes un déchaînement de violence, mais conçus comme un mécanisme cathartique pour survivre à l'horreur. Parfois jusqu'au sacrifice. Certes, rien ne vous sera épargné sur le plan visuel du gigantisme à la multitude des monstres, à l'esthétique des héroïnes ; Mais ce ne sont que des jeunes filles qui ont perdu leurs illusions et qui luttent contre leurs démons intérieurs pour leur évasion.
L'imagination au service de la liberté. Bien loin de l'idée préconçue de départ de jolis minois maniant de gros flingues. Alors, je l'admets, la mécanique d’emboîtement d'univers dans un monde qui lui-même travesti une réalité glauque est déstabilisant et ne survit pas à un début d'analyse. D'ailleurs ce propos comme ce film ne convaincra pas nombre de sceptiques. Mais le but n'est simplement pas ici de comprendre, mais de croire. Et de trouver la force de vous " évader "... au sens littéraire du terme – que nous défendons par chaque chronique...
Car le plus important n'est-il pas de continuer à parcourir les terres de l'Imaginaire.. Et de faire partager ?
Pacman.
Sucker Punch : bande annonce #2 VOST
FAZI, Mélanie : Notre-Dame-Aux-Écailles.
Mélanie Fazy est une auteure française célébrée, à ce que j'en ai lu, par l'ensemble de la profession. À tel point que, je dois l'avouer, j'ai trouvé ça louche, au départ. En effet, depuis quelques années, la jeune fille (qui est également traductrice) collectionne les prix et donne l'air de les enfiler comme des perles sur un collier : Prix Merlin (elle en a trois !), Grand Prix de l'Imaginaire (deux) et Prix Masterton (un). Si on le compte dans ce sens, ça devrait s'arrêter ; sinon, on peut tout de suite imaginer qu'elle va remporter le Locus quatre fois, le Hugo cinq et... Non, j'arrête.
Évidemment, tant de louanges ne peuvent laisser insensible. Alors je me suis penché sur le cas de la jeune fille : d'abord, avec un roman (Arlis des Forains), puis par la suite avec des nouvelles (format qu'elle semble affectionner tout particulièrement : ça tombe bien, c'est pareil pour moi !) , avec le recueil Notre-Dame-Aux-Écailles. Bougez pas, je vous en parle tout de suite.
Vous me direz, si j'en ai repris, c'est que, forcément, ça m'avait plu.
Eh bien, oui, et non en même temps. D'Arlis des Forains, j'étais ressorti, disons charmé, mais pas complètement séduit. Autant le dire, ça m'a fait un peu le même effet avec Notre-Dame-Aux-Écailles.
D'emblée, le style percute, vous happe et on se trouve plongé dans des historiettes percutantes et bien tressées. Des phrases courtes, équilibrées et souvent bien trouvées ; un univers à la fois profondément réaliste et trouble, vacillant, des ambiances souvent dérangeantes – et, incontestablement, ça paraît voulu par l'auteur.
Alors oui, ça fonctionne. Mais au fil des pages, quelque chose, trouvé-je humblement, se met à marcher moins bien.
Laissez-moi vous expliquer mon (toujours humble) point de vue : tout le talent de la jeune fille réside, à mon sens, dans son style, le rythme de son, l'incessant dialogue intérieur qui se déroule devant nos yeux. Et c'est un véritable don qu'elle possède. Les histoires, les faits, passent souvent au second plan ; les personnages un peu moins, mais ils ne sont pas primordiaux non plus, même s'ils sont le plus souvent bien trouvés. Las ! Au bout d'un moment, je dois avouer qu'on étouffe de ce monologue interminable, comme une voix qui ne veut pas s'arrêter en arrière-fond de nos propres pensées. C'est probablement là que réside tout le secret de ces ambiances oppressantes qu'elle trame, inlassablement. Mais je dois avouer qu'il y a quelque chose de pénible, d'essoufflant, à être emporté de la sorte, comme à l'intérieur du corps ou de l'esprit d'un autre, sans avoir jamais loisir d'avoir recours à son jugement personnel à soi-même pour jauger du déroulement des faits ou des actions auxquelles nous assistons. C'est dommage – d'autant que, par ailleurs, l'aspect visuel en pâtit, à force.
Ben voilà ; dans le fond, tout (ce que j'avais à dire à ce propos) est dit. Inutile de s'attarder sur le contenu strictement narratif, de qualité je l'ai dit mais souvent secondaire, des nouvelles contenues dans le recueil. Des villes, des trains, des loups garous, de la musique, des maison, des statues, des océans... mille autres petits faits et éléments de la vie quotidienne revisités à l'aune du fantastique, pour qu'à la fin s'en dégage une certaine poésie.
Ah, non, il y a autre chose en fait : les serpents. Je crois ne pas me tromper en affirmant que la demoiselle (dame, peut-être ? Bon, peu importe) aime bien les serpents. Y en a partout, dans les tournures de phrases, les métaphores, mais aussi dans le narratif lui-même. C'en est presque lassant, à la fin : on en devine à l'avance les images et rebondissements à venir. On avait vaguement parlé ici je crois (je suis pas sûr de bien me souvenir...?) des animaux-totem – mais si, vous savez bien, que dans Fight-Club c'est un pingouin. Dans le fond, je crois que c'est résumer beaucoup et assez bien l'œuvre de la jeune fille que de dire qu'elle est « serpent » : énigmatique, envoûtante, d'une beauté fasicinante autant que glaçante, presque repoussante. Sinueuse.
Alors, voilà, moi c'est sûr que je suis pas serpent (en fait, je me suis renseigné sur les mythes amérindiens, dont est issue cette superstition, et je serais Ours, bon...) mais malgré tout je vous conseille de lire, au final, Mélanie Fazy – préférant effectivement ses nouvelles, pour leur « courteur » (tiens, on pourra plus dire que les ours font pas des néologismes !), leur efficacité, et le fait qu'on a assez rapidement, la possibilité de sortir enfin la tête de l'eau pour prendre une bonne bouffée d'air frais avant de s'y replonger. C'est peut-être pas l'auteur du siècle(en même temps, il est où l'auteur du siècle ?) , mais c'est suffisamment original et intrigant et agréable pour qu'on s'y intéresse. Sincèrement.
Zolg
MARTIN, Georges, Raymond, Richard : Skin Trade.
Georges R. R. Martin a le vent en poupe, c'est le moins que l'on puisse dire. Bien que déjà culte pour une large partie des lecteurs de fantasy avec sa saga du Trône de fer, c'est aujourd'hui un véritable tsunami qui déferle et submerge les rives du petit archipel du genre SFFF pour abreuver les terres lointaines (commercialement) et difficile d'accès du mainstream. L'épicentre en a été la mise en image de son œuvre maîtresse en série télé. Imaginez un auteur qui dépasse l'espace étriqué du rayon SF pour parvenir aux meilleures ventes sur le fonds de la librairie... Le résultat, pour les éditions J'ai lu, c'est une manne et chacun veut sa part du gâteau. Bien normal en ces temps de crise. Nous assistons donc à une multiplication des titres patrimoniaux de l'auteur, des titres qui, selon les éditeurs, méritaient de revoir la lumière : Riverdream chez Mnémos, Armageddon Rag chez Denoël et, pour ce qui nous occupe, Skin Trade chez ActuSF. J'avais déjà entendu du bien des deux premiers titres et j'étais plus intrigué par ce texte court, de fantasy urbaine, à la mode avant l'heure... Alors, après lecture, peut-on statuer s'il s'agit d'opportunisme éditorial ou d'un véritable coup de cœur ?
Willie Flambeaux n'est vraiment pas un héros : hypocondriaque, porté sur la gaudriole, assez peu courageux avec une fâcheuse tendance à pisser sur les lampadaire, notre héros étant un petit bâtard de loup-garou. Mais Willie à un grand cœur, il est fidèle avec ses amis, comme un corniaud, ce qui n'est pas une qualité dans cette ville au déclin prononcé, ni pour son métier (agent de recouvrement). Quoiqu'il en soit, il survit, apportant son aide s'il le peut, frétillant comme un petit poisson dans une grande mare pleine de merde... Jusqu'à ce que son amie, son amante, soit assassinée de manière atroce. Il demande alors l'aide de Randy Wade, belle détective privé qu'il courtise grossièrement depuis longtemps. Il ne peut avoir confiance qu'en elle pour découvrir qui a commis ce crime horrible. Mais la confiance peut-elle être réciproque dans cette Ville au lourd passé ?
Véritable polar fantastique, Skin Trade utilise tous les bons ingrédients de ce genre : une ville à la dérive, des cadavres dans tous les placards, de grandes familles menant la danse et des héros aux cicatrices émotionnelles cachées. Roman court, les informations s'enchaînent sans temps mort jusqu'à l'inévitable dénouement. On ne s'ennuie pas, on s'accroche aux personnages, on cherche à deviner qui est derrière ce terrible complot. Mais plus qu'un scénario bien monté aux références irréprochables, c'est l'écriture de l'auteur qui donne toute son originalité au roman. En moins de 170 petites pages il s'attache à décrire finement des personnages résolument humains pour les sortir des archétypes dans lequel le genre voudrait volontiers les noyer. Il examine leur relations avec attention rendant prééminent la question de la confiance. On sent bien que ce sont ces questions qui intéressent l'écrivain.
Par son style, il parvient en outre à déployer toute l'écologie, forcément fangeuse d'une ville qui n'évolue plus et vit dans le souvenir de sa gloire passée. Alors même que l'on pourrait penser que le format exigerait de rogner sur les descriptions, Georges R.R. Martin fait de sa Cité, bien qu'innommée, un des personnage principaux de son roman. Elle étend ses tentacules, tentant d'étouffer toute vie, marquant de son Histoire tous les protagonistes de l'intrigue, les entraînant fatalement dans sa chute irrémédiable. Remarquable tour de force, donc, de ponctuer un scénario vif et contracté de descriptions fluides essentielles.
En résumé, Skin Trade allie le fonds et la forme, une intrigue prenante, dans le plus pur style polar hard-boiled fantastique servie par une plume épurée qui fait mouche. On ne peut donc qu’acquiescer au prix qu'il a reçu en 1989 ! Et oui, 1989 ! Pourtant, pourrait-on imaginer plus actuel comme roman alors que la Bit-lit et la fantasy urbaine affolent les foules d'aujourd'hui ? N'est-ce pas vraiment le signe d'une grande œuvre que de rester actuelle malgré le temps qui passe ?
Actusf nous gratifie donc d'un titre essentiel, dont le seul défaut doit être sa taille trop courte, comme tout bon roman. Si l'aubaine éditoriale est indéniable, elle me semble bien plutôt fondée sur l'envie de partager et faire connaître à nouveau un magnifique texte de l'auteur. D'ailleurs, j'en veux pour preuve l'excellente présentation et l'utile biographie que contiennent le livre qui permettent de découvrir l'ample oeuvre de l'auteur. Merci à eux ! Alors ne boudons pas notre plaisir et encourageons tout le monde à découvrir différemment l'écrivain à la mode ! Cerise sur le gâteau, Skin Trade est aussi disponible au format numérique, à moitié prix, l'éditeur ayant récemment franchi le cap, pour mon plus grand bonheur !
StepH
SHUSTERMAN, Neal : [l'Eternéant]
Pour la plupart, les Éditions du Masque, ce sont tous les classiques du polar : Rouletabille, Poirot, Miss Marple... Pourtant, depuis 4 ans maintenant, ils sont aussi devenus éditeurs pour la jeunesse avec leur collection MSK. Dans leur genre de prédilection ? Pas du tout ! En vérité bien plutôt dans le notre ! Ils ont eu quelques succès young adult (secteur décidément à la mode!) avec Hush Hush ou encore avec Comment se débarrasser d'un vampire amoureux (et ses suites). Il y a aussi eu Les Fragmentés, de l'auteur qui nous occupe aujourd'hui. Il y présentait un monde dans lequel les parents pouvaient avorter leurs enfants rétroactivement, jusque 18 ans ! Difficile sujet mais qui avait plu ! En janvier, MSK nous proposait un autre titre du talentueux romancier : Eternéant. Le sujet n'est pas plus facile puisqu'il s'agit de suivre un groupe d'enfant plus ou moins décédés... Alors, si je vous disais que la qualité éditoriale de MSK m'interpelle et que Shusterman fait plus que simplement partager son prénom avec le glorieux Gaiman, vous auriez envie de lire la suite ?
Deux voitures, deux familles heureuses. Nick mange tranquillement sa barre chocolatée, Allie bataille avec son père pour le volume radiophonique. Ils n'auraient jamais du se connaître, juste se croiser... Mais voilà un détritus sur la route en décide autrement. Et la rencontre sera violente... Allie voit la lumière, elle se dirige vers elle. Pourtant, percutée par Nick qui évoluait aussi vers Ailleurs, ils dévient tout deux du chemin et se retrouvent perdus dans un monde étrange, l'Eternéant. Plus ici, pas encore là-bas, ce monde possède ses propres règles que Racine, jeune habitant depuis des siècles, va tenter de leur inculquer. Mais Allie n'est pas du genre à suivre bêtement ! Elle va les encourager à découvrir les secrets de ce monde et à se battre pour fuir cette prison ! Commence alors une quête qui les mènera, par d'étranges chemins, à devenir des héros pour la population illumière, à se découvrir eux même et le monde qui les entoure...
Difficile de parler de ce premier tome d'une trilogie, d'en dire tout le bien que j'en pense, sans déflorer les nombreux secrets et surprises qui émaillent le texte. Même le résumé ne peut en rendre la complexité, la profondeur ! Car Shusterman réussit presque le tour de force de me faire oublier le splendide Coraline ! A l'instar d'un Gaiman, l'auteur parvient à créer un monde complexe, intelligent, merveilleux (teinté de gothique). Les personnages sont attachants, très humains, avec leurs défauts et leurs qualités et évoluent au fil du texte. A travers leurs yeux et leurs choix, on découvre les règles qui régissent cet univers, on assiste aux bouleversements qu'induisent les décisions prises. Car ce monde n'est pas statique, Shusterman est prêt à le faire exploser si les héros en décident ainsi ! Mais ces modifications forcent les plus grands à se poser des questions beaucoup plus profondes, notamment sur la mort (et sans doute sur la vie pour certain, qui, comme moi, voient aussi une métaphore sur comment mener sa vie...)... Sidérant !!
Au final, Eternéant, comme Coraline en son temps, réunit les plus jeunes et les plus vieux autour d'un texte intelligent, dans lequel chacun trouvera son compte : monde merveilleux et cohérent, aventure, réflexion philosophique. Une chose est sure pour moi, cette trilogie ne se fera pas oublier et Shusterman, s'il continue sur cette voie, deviendra bien vite u auteur incontournable ! Quant à la collection MSK, croyez moi, je la tiendrai dorénavant à l’œil !
StepH
AGRESTI, Alejandro : Entre deux rives.
Je me suis fait une règle de ne jamais être là où l'on m'attend. De ne m'interdire aucun support, aucun genre. Car les terres de l'Imaginaire sont si vastes qu'elles peuvent accueillir chacun d'entre nous. Même aussi parfois ceux qui nous observent avec ce regard extérieur mi-amusé, mi-condescendant...
Il existe une maison près d'un lac. Un pur produit d'architecture tout de verre et d'acier qui circonvient un arbre. Une maison , pas un foyer. Une œuvre d'art bâtie pour être admirée, pas habitée.
Pourtant deux personnes vont y vivre. Kate Forster, jeune médecin qui est en train de la quitter pour commencer une carrière d'interne dans un hôpital et Alex Wyler, architecte qui y aménage pour tenter de renouer avec son passé. Qui pourrait alors imaginer qu'ils ne soient pas appelés à se rencontrer ? Dans la boite-aux-lettres, Kate laisse la traditionnelle missive pour faire suivre son courrier. Politesse que ne pourra lui rendre Alex car sa correspondante date sa missive de 2006... Alors qu'il prend possession de la maison en 2004...
Exactement deux années les séparent. Avec pour seul lien cette si mystérieuse et américaine boite en fer blanc avec son drapeau rouge. Un échange s'établit entre les deux dans cet inamovible espace temps : Elle parle de sa peur de s'engager et lui de son envie de renouer avec son père, par ailleurs le concepteur de la " Maison du Lac " - Qui donne son titre anglo-saxon au film – Entre espoir et attente, ils se découvrent jusqu'à se qu'ils en arrivent à vouloir se rencontrer... Mais ceci est la part de l'histoire que je ne vous conterai pas ici...
Je l'admets, dans cette chronique, je parle d'une comédie romantique.
Comme savent si bien en chorégraphier les scénaristes Nord-américains : Tous les poncifs y sont puisqu'elle débute et s'achève à la Saint-Valentin... Alors quel intérêt peut-il y avoir à ressortir du placard cet artefact de l'Imaginaire de 2006 qui aura probablement échappé à tout le monde ? Sinon celui de toujours repousser les limites de l'Imaginaire et de démontrer à tout un chacun que nous en sommes d'inconscients adeptes.
Entre deux rives est une histoire d'amour comme savent si bien les raconter de nombreux auteurs. Et j'entends ici évoquer deux des auteurs français les plus populaires : Marc Lévy et Guillaume Musso qui aiment à souligner d'un trait de Fantastique ce genre de récit. Mais un trait de Fantastique n'est-il pas un trait d'Imaginaire ? N'ai-je pas raison de faire remarquer aux habituels lecteurs de ces chroniques qu'ils ont en ce moment ce regard mi-amusé, mi-condescendants à l'égard de celle-ci que j'évoquais ci-avant ? Sommes-nous près à accepter dragons et vampires, sabres-laser et robots, passés alternatifs et futurs anticipés et dénier à une boite-aux-lettres et à une histoire d'amour d'être écartées ici ? Argument que je retourne tout aussi simplement : car si vous pouvez admettre que vos large esprits concèdent aux boite-aux-lettres de faire vivre une romance en se défiant des lois universelles, pourquoi ne pas admettre que nous concédions aux vénérables patriarches barbus de pouvoir par leurs dons magiques défier les lois de la physiques ou admettre qu'on puisse poursuivre une étoile par amour ?
Ne pourrions-nous pas admettre que nous ne sommes pas des enfants attardés et que vous n'êtes pas des ménagères frustrées ? Je ne dénierai pas une frontière entre nos deux conceptions du voyage immobile. Mais cette frontière est un trait. De Fantastique ? D'Imaginaire...
Il me fallait choisir une œuvre pour avancer mon questionnement. Y apporter je l'avoue de façon grossière – Que vous me pardonnerez je l'espère – les différents point-de-vues. J'ai choisi celle-ci car au milieu des dates évoquées pour marquer la marche inéluctable du temps, on trouve celle de mon anniversaire....
Ne jamais être où on m'attend...
Pacman.
AARON, Rachel : La Légende d'Eli Monpress – Le Voleur aux esprits.
Cela fait maintenant un peu plus de 2 ans que la collection Orbit a fait son apparition sur les tables de nos librairies sous la direction d'Audrey Petit (dont j'ai déjà dit tout le bien que j'en pensais). Malgré une conjoncture maussade (c'est le moins qu'on puisse dire...) et un placement dangereux (tenter de bousculer le géant Bragelonne avec des titres exclusivement du genre Bit lit et Fantasy est un pari osé !), elle a su se faire une place grâce, notamment, à des titres de qualité et, sans doute, au flair de l'éditrice, qui a su déceler les auteurs populaires de demain (cf Brandon Sanderson...). Pour cette année, Orbit compte nous accrocher avec ses premiers titres SF (vivement!). En attendant, leur premier coup de cœur de l'année sera fantasy, mais une fantasy un peu particulière : La Légende d'Eli Monpress, une fantasy légère, pleine d'humour et d'aventure... Alors, 2012 commence-t-il de belle manière ?
Ah Mellinor...Ces belles vallées, son château, son Roi. Tout n'y est que quiétude ! Pourquoi ? Ces sales magiciens sont bannis ! Plus d'entourloupe et de magouilles mystiques depuis des milliers d'années ! Mais reste l'avarice. En effet, le bon Roi Henrith a capturé Eli Monpress, un des voleurs les plus recherchés du monde !! Il touchera donc l'immense récompense proposée et pourra construire sa belle arène... Ce qu'il ne sait pas, c'est qu'Eli n'est pas un criminel vulgaire connu, c'est le meilleur ! L'arrêter est impossible s'il ne l'a pas prévu dans son plan. Et son plan, c'est justement de pouvoir approcher le seigneur afin de l'enlever et d'en demander une rançon ! Accompagné de son ami bretteur et d'une fille étrange nommée Nico, il sortira bien vite avec le nouvel otage. Ce qu'il n'a pas prévu, c'est que Miranda Lyonet, spirite, est sur ses talons pour utilisation illégale de magie et que cet enlèvement sera l'occasion d'un coup d'état maléfique... Voilà, on l'avait bien dit, la magie apporte toujours les ennuis... Et ceux d'Eli ne font que commencer. Sa magie non conventionnelle ne sera pas de trop pour tenter de sauver sa peau...
Bien étrange découverte que ce premier roman de Rachel Aaron ! Une histoire simple, au départ, un style léger et humoristique, un monde assez peu décrit. On découvre un héros cabochard au bon cœur, une magicienne obstinée et juste et deux compères tout aussi stéréotypés... Tout du moins au départ. En effet, les premières pages nous donnent l'impression d'une belle petite histoire de littérature jeunesse. Puis tout se complique, un monde se déploie, les mystères s'épaississent, les personnages gagnent en profondeur. On lit, on trouve ça charmant, assez léger, puis on découvre que, mine de rien, l'auteure nous a mené bien plus loin que ce à quoi on s'attendait. Puis c'est fini, nous laissant sur notre faim, juste au moment ou l'on se rend compte qu'on est vraiment accroché et que ce monde et ces personnages sont décidément bien plus complexes qu'on le croyait !
On s'attache fort à Eli, mélange savant d'Arsène Lupin magicien et de Han Solo. On vibre d'inquiétude pour le bretteur imposant qu'est Josef, lorsqu'il se bat contre des armées, muni d'une poutre improvisée (armé de sa fidèle Durandal?). Nico est la plus mystérieuse ; A la fois fragile et rudement forte. Enfin, bref, une belle brochette qui évolue et qu'on apprend à connaître... Si l'on devait invoquer des grandes œuvres, je dirais que ce roman est un savant mélange d'Arsène Lupin, de chansons de geste et de Princess Bride !!
Vous m'avez compris, La Légende d'Eli Monpress est un petit coup de cœur de début d'année pour moi aussi. C'est une sorte de bonbon qu'on déguste en souriant, qu'on finit trop vite en se disant que vraiment, le pâtissier a bien plus de talent que ce qu'en laissait penser la mise en bouche... On a envie de manger toute la boite !! Pour le mot de la fin, j'emprunterai l'expression de mon ami Zolg, C'est frais !
StepH
SHEA, Michael : La quête de Nifft Le Mince.
Michael Shea est un auteur assez peu connu en France, mais qui eût l'honneur non négligeable de rédiger et de publier, avec l'autorisation de Jack Vance s'il-vous-plaît, une suite aux fameuses aventures de Cugel l'Astucieux, voleur impénitent et farceur entré, je crois, dans la légende chez pas mal d'amateurs de fantasy – précisons que je fais partie du nombre. Avec La Quête de Nifft Le Mince, nous avons là, je crois, l'une des rares traductions de l'américain disponible en France, et un ouvrage lauréat du Grand Prix de l'Imaginaire en 1985, j'aime bien dire les prix, surtout quand ils sont mérités.
Shea y reprend, en le remettant à sa sauce, le personnage du voleur extraordinaire, qui cette fois s'appelle Nifft, et le place dans un univers un peu plus marqué et identifiable que celui de Vance, mais qui n'en reste pas moins relativement proche. Nous y suivons, à travers quatre novellas, les aventures de l'incroyable Nifft Le Mince et de ses divers compagnons au cœur des différentes strates de son monde : enfers, monde souterrain des démons, gigantesques marais infestés de goules où se pêchent de formidables et onéreuses perles noires appartenant à quelque reine vampire traînant là, ville menacée par l'effondrement d'une montagne et qui s'en sauve (plus ou moins) par le truchement de sa gigantesque déesse-libellule.
Nifft, et c'est une surprise agréable, n'est déjà pas un copier-coller de ce que fut Cugel ; il en est à la fois suffisamment proche pour que les aficionados s'en réjouissent, et assez loin pour qu'ils ne crient pas au plagiat. Pour le reste, Shea nous sert des histoires simples, mais dans un décorum grandiloquent et débridé ; les personnages qui pourraient être décrits de la même façon. Un plaisir à lire, un roman efficace, avec quelques défauts bien entendus – mais rares. En particulier, je regrette que la Novella la plus longue des quatre qui composent le livre (La Pêche dans la mer des démons), possède quelques longueurs, au cours desquelles Shea se complaît dans d'interminables et inutiles descriptions de démons plus tordus les uns que les autres et de paysages interminablement apocalyptiques et déchus. Mais pour le reste, c'est une vraie trouvaille.
Chaque historiette est précédée d'un appendice factice rédigé par un certain Shag Margold, ami de Nifft, géographe de profession ; des textes courts qui, s'ils ne sont pas indispensables, complètent agréablement la lecture et rendent le monde plus crédible, grâce notamment à un ton très docte et scientifique.
J'écrivais ici-même qu'il devenait difficile de trouver des romans de Fantasy agréables, frais et qui renouvellent tant soit peu le genre. Avec La Quête de Nifft Le Mince (au passage, je vous préviens, le titre de la traduction est trompeur, il ne s'agit pas d'une quête mais de plusieurs aventures), je suis servi. Comme je l'ai dit, c'est super, divertissant, ça refait pas le monde mais ça fait du voyager dans un monde exubérant et hors norme, et on n'en demande pas plus.
Si bien que j'en regretterais presque l'absence de suite, (ce qui est un comble quand on sait combien je râle souvent après les séries interminables) ou bien plutôt, peut-être, juste une aventure en plus – et surtout, surtout, la mise au point par l'auteur d'un détail que je ne saurais dévoiler ici (on sait jamais, vous pourriez bien finir par avoir la bonne idée de le lire et je voudrais pas vous gâcher le plaisir) et dont je me contenterai de dire qu'il s'agit d'un « procédé narratif intéressant », lâché dès le début du roman par Shea et sur lequel il fait le choix, malheureux à mon avis, de ne pas revenir, et c'est dommage, tant pour son histoire que... pour son histoire. Non parce que, un héros, c'est un héros, après tout. Et Nifft-Le-Mince en est un qui mérite le nom.
Zolg
HAUTIERE, Régis ; RENO : AQUABLUE – RETOUR AUX SOURCES :
En cette année 2012...
... Il est dans notre ambition de tenter d'agrandir le cercle de nos militants. De démontrer que les valeurs de créativité et de maîtrise que nous défendons sont dignes d'être portées à la connaissance du plus grand nombre. Afin de permettre un choix éclairé , libéré des clivages partisans et de rapprocher les générations. D'amener certaines de nos propositions au centre du débat.
Vingt ans après s'être battu pour sa planète d'adoption, Nao revient chez lui. Tumu-Nao comme le nomment les habitants d'Aquablue qui l'ont recueilli étant enfant. Wilfried Morgenstern selon son état-civil terrien. Il a bien changé le jeune homme qui leva Rakahanga, le harpon ancestral pour mener les tribus autochtones contre les firmes terriennes qui entendaient piller les ressources de la planète. Entre-temps, Aquablue est devenu le nom de la fondation qu'il dirige. Un certain nombre d'histoires existent sur ses combats pour la défense de l'écologie et le respect des peuplades extraterrestres.
Et c'est toujours le but qu'il poursuit ici en employant les ressources de sa fondation à la résolution d'une extraordinaire énigme : Les origines du genre humain seraient-elles inscrites dans la faune et la flore d'Aquablue ? D'ailleurs son union avec une native ne lui a-t-elle pas donnée un fils Ylo ? Alors que les découvertes dépassent toutes les espérances, une campagne médiatique enflamme la Terre : La planète que l'on dit ultra-bleue semble être le berceau de l'Humanité. Sous la pression populaire, le Conseil des Cinq Continents en autorise la colonisation...
Dans l'ombre, se liguent des forces qui ont juré la perte de Nao... Et ceci il y a près de vingt ans...
Vingt ans,. Sans avoir pris la peine de vérifier, je dirai même plus de vingt ans. J'ai le souvenir d'avoir lu les premières planches d'Aquablue dans une revue d'informatique. J'avoue qu'il y a une certaine nostalgie à parler aujourd'hui de cette longue série qui atteint l'age canonique de douze albums...
Pourtant ne m'épargnant aucun paradoxe, je puise dans ces illustres origines la force de convaincre les nouvelles générations. Les thèmes mis en avant en ces temps anciens sont toujours aussi prégnants : Respect et sauvegarde d'une nature superbe, appel à la tolérance, à la compréhension et à l'acceptation de nos différences menés avec des robots, des formes de vie extraterrestres et des combats spatiaux.
Aquablue est un lien. Il puise sa source dans une certaine Guerre des Étoiles pour trouver son embouchure dans une certaine Incarnation selon la religion hindoue. Il doit permettre une sorte d'union entre les plus jeunes et les plus anciens d'entre nous.
On peut se demander si tout n'as pas été dit, si le sujet ne peut être considéré comme clos... S'il existe encore un moyen d’entraîner à nouveaux les convaincus de la première heure et d'en rallier de nouveaux. Je le pense. Car à le parcourir on doit admettre que l'objet est de la belle ouvrage : Les rendus y sont particulièrement magnifiques dans un style graphique à la fois moderne et personnel. Nos héros d'antan ne perdent pas leur âme à revêtir leurs nouveaux oripeaux. Sur le fond on sent l'amorce d'une intrigue forte sur le thème plus actuel de la question religieuse mais on sent aussi pertinemment que l'origine des nouveaux danger est à trouver dans des événements vieux de ces quelques vingt années.
Je vole audacieusement la métaphore aux défenseurs des lettres classiques. Car Proust n'a-t-il pas fait d'une madeleine un livre ? Ma gourmandise est un ancien titre et se veut le moyen de convoquer une dynamique : Cinéphiles et bibliophiles de toute générations, unissez-vous !!
Étrange discours d'une folle campagne qu'il reste à mener. Continuer à créer du lien entre les genres, les supports, les sensibilités; les opinons et les générations. Un thème qui ne sera pas nécessairement abordé par tous. Mais forcément par les sympathisants de notre parti...
Pacman.
DOSSIER EXCLUSIF : LA FIN DU MONDE EN 2012.
J'ai toujours pensé que la littérature fantastique était bien plus proche du réel que ce que beaucoup en pensent. Qu'au-delà même de l'intérêt que l'on y trouve ou pas, au-delà de l'esthétique, souvent très marqué, au-delà des diverses significations psychologiques et/ou métaphysiques, au-delà de toute les mythologies élaborées ou réagencées et des diverses trouvailles ou platitudes narratologiques, il y avait quelque chose de... disons, « profondément superficiel », pour paraphraser l'autre, dans la littérature fantastique. C'est pour cela que, souvent, je bondis quand j'entends divers esthètes proclamer que « cette » littérature n'a rien à voir avec la vraie vie, avec ce qui se passe tous les jours etc... Heureusement, (comme dit encore un autre autre), le réel est bien plus incroyable que la fiction et nous offre des occasions de revanche.
Par exemple, j'ai adoré le Bug de l'an 2000. Ou le triangle des Bermudes, ou le type qu'a fait une chute de 1000 mètres en montagne et qu'a même pas un bras cassé. Je dis rien de la mort de Stephen King en 1999... Et je n'oublie pas non plus toutes les bêtes et légendes extraordinaires qui nourrissent notre quotidien : le Loch-Ness, le Yéti, les écureuils volants, les feux follets, la loi des séries (qui marche !) et celle de Murphy (qui marche aussi !), le père Noël et la petite souris et le monstre sous le lit... Vous me direz, j'extrapole, il me reste qu'à ressortir les vidéo-cassettes de Mystères et tout et tout, mais tout cela s'intercale dans un domaine typiquement humain du savoir situé à mi-chemin entre la raison et l'intuition, entre la réflexion et l'intuition. A mon humble avis ; et c'est ce domaine, le lieu du fantasme et du songe, qu'explorent et qu'exploitent depuis toujours les littératures fantastiques, sous quelque forme que ce soit.
Et puis surtout, oui, MAIS ; il y a un second mais. Oui MAIS, on a aussi quand même un sujet d'actualité (et c'est pas si souvent que ça m'arrive d'en trouver un qui fasse autant fureur, même au repas de Noêl j'en ai parlé ç'a été terrible). Oui MAIS, malgré tout ce qu'on dit, y a quand même un doute, pour beaucoup de monde en tout cas. C'est comme pour les diverses explications trouvées, hasardées au détour d'une conversation plus ou moins sérieuse à propos des trop nombreuses catastrophes naturelles ou industrielles de ces derniers temps (Tsunami, ouragans, etc...). Non ? Qui n'a jamais argumenté à propos d'une obscure vengeance divine ou quelque chose du même ordre ? Ben, peut-être pas vous, mais moi ça m'est arrivé de l'entendre. Et quoi qu'il en soit, pour beaucoup de monde, il y en a. Et ça veut pas rien dire ; nombreux sont les penseurs à s'être penchés sur la question de la présence effective du doute et de l'incertitude, de sa prégnance dans le processus d'auto-création permanente du réel. Je sais, vous allez me dire « hé l'autre ho-la on se calme ! », bon, alors oui, je me calme. Mais pour illustrer, par exemple, j'aime beaucoup le bonhomme qu'a déclaré : « Le Soleil ne se lèvera pas demain n'est pas une assertion moins intelligible que l'affirmation : il se lèvera. » (David Hume, il s'appelle). Si vous voyez ce que je veux dire.
Cela-dit, je m'égare ; je ne suis pas là pour accumuler des preuves ni pour blablablablableurgter.. Mon but, en fait, était au départ de présenter les diverses théories à propos de cette fin du monde ; de dérouler, un peu à la façon de Borges, les histoires que ç'aurait pu être, sortes de romans hypothétiques. Précisons qu'il s'agit là de ce que j'en ai trouvé après de rapides et superficielles recherches internet, accompagnées de la lecture de rares articles et du visionnage d'un ou deux documentaires sur lesquels je suis tombé complètement par hasard, et que vous pourriez trouver tout aussi vite, je pense. Pas le travail d'un spécialiste, loin de là, mais ça n'en fut pas moins assez stimulant, au final.
Je vous fais donc partager les résultats de mes recherches, et j'espère que vous y prendrez autant de plaisir que moi. Voici donc quelques-unes des diverses versions de la fin du monde :
1. La fin des temps selon les mayas. Selon la version la plus répandue (et originelle, peut-être ?), les mayas auraient élaboré, il y a plusieurs milliers d'années, un formidable calendrier prévisionnel de l'Histoire à venir du monde et... il s'arrête en 2012. C'est terrible ! Ont-ils laissé des commentaires ? Expliqué un petit peu comment, où et pourquoi ? Ou bien, n'avaient-ils juste plus de place ? J'ai pas trouvé. Pas beaucoup cherché non plus, en vérité, préférant laisser la place au suspense...
2. Les cougars : Si l'on en croit la théorie de leurs voisins aztèques, en revanche, c'est plus clair : le 21 janvier 2012, au moment de la tombée de la nuit, tous les COUGARS cachés à l'intérieur de la NUIT sortiront enfin de leurs PLANQUETTES pour dévorer les HOMMES. A la tombée de la nuit, ça veut dire, vers 17h36 en France, un peu plus tard en Azerbaïdjan (si je me suis pas trompé de sens). D'ici là,on aura eu le temps de prévoir un bon stock de vestes matelassées.
3. Le broyage : sur ce site http://www.neotrouve.com/?p=204 (l'article est assez effrayant, je vous préviens, allez le lire et revenez me dire que « mais non n'importe quoi enfin !), on apprend qu'en fait ils sont bien gentils les types mais y a pas besoin d'aller en Amérique du Sud pour trouver le coup de la fin du monde, puisque c'est écrit... dans la Bible ! Ben oui, la Bible. De façon codée, bien sûr. Dieu aurait déclaré (à propos de la Terre) : « Elle sera broyée, je la réduirai en pièces. » Il précise pas comment, mais c'est sûr que ce sera « après une première période de prépurification » (on sait jamais) et dans l'idée de nous faire passer à un niveau de conscience supérieur. Un peu comme dans Tom O'Bedlam.
4. Le choc interplanétaire. Prévision un poil moins farfelue mais un peu surfaite : une nouvelle planète dénommée « Sedna » (la dixième, qui se trouve donc APRES Pluton qui n'est en fait plus une planète... mais alors, c'est la neuvième ?) se cognerait à la Lune et irait rebondir ailleurs (ouf !). Pas de bol, ça ferait tout un pataquès de débris qui nous tomberaient dessus. Complètement irrévocable ? Je sais pas ; celle-ci est quelque peu décevante. Je me dis qu'en étant un peu habile et chanceux, tu peux éviter les coups. 
5. La concomitance astrologique. Selon la tribu amérindienne des « hoppis », en 2012, toutes les planètes seront alignées, ce qui provoquera de façon cosmique des « changements de climats et de grandes catastrophes » (c'est fou comme ça concomite !) avant de tout détruire « par le feu » puis de déclencher une nouvelle ère glaciaire pour les plus résistants.
6. Ça brûle, tous à la mer ! Celle-là, c'est la prophétesse de la Rome Antique connue sous le nom de « la Sybille » qui l'aurait pondue : "Voilà ce qui surviendra au cours de la dixième génération: Le monde sera secoué par un violent tremblement de terre qui enverra plusieurs villes à la mer, la guerre éclatera, le feu embrasera les cieux et plusieurs villes seront ravagées par les flammes. Les cendres envahiront le ciel le peuple connaitra la colère des dieux." Ben, voilà, tout est dit. Reste plus qu'à attendre la dixième génération – c'est combien déjà une génération ?
7. La version de Merlin. Elle existe(rait) aussi, et mêle un peu de tout ; ce qui est rassurant, c'est que la fin du monde concernerait surtout les anglais et les poissons, en fait : "Londres pleurera la mort de 20 0000 Hommes et la Tamise sera rouge sang" ; puis : "la mer se déversera et les eaux bruleront pendant sept mois, les poissons périront dans le brasier ardent et il leurs poussera des queues multiples". Ça rejoint un peu le coup de la Sybille, non ? J'ai trouvé ça sur : http://paranormal-surnaturel.e-monsite.com/pages/mysteres/l-apocalypse-de-2012-tout-est-predit.html si vous voulez aller voir...
8. Et celle de Nostradamus... Là, pas de chance, on a perdu le livre. Même que depuis on l'appelle le « Livre Perdu de Nostradamus ». Du coup, on sait pas trop ce qu'il a dit à ce propos, mais il paraît que c'est terrible. Je n'ai PAS trouvé l'info sur ce site-là : http://nostradamus2012.perso.sfr.fr/ mais ils y disent que des annonces similaires avaient été faites en 1999, alors, ça vaut peut-être le coup de le lire un peu mieux qu'en diagonale, contrairement à ce que j'ai fait.
9. Indiana Jones et les crânes de cristal. Des indiens, encore ; ici, j'ai pas vraiment identifié la source, mais voilà, il y aurait 13 crânes de cristal légués par des « anciens » aux peuples de la Terre et qui seraient rassemblés par quelqu'un (mais qui ?) alors qu'il fallait pas le faire. Ça me rappelle quelque chose, mais je vois pas, je l'ai pourtant sur le bout de la langue...
Bon, je peux pas tout rassembler, on y perdrait notre temps, au final,mais je trouve qu'on a là, au moins, des ébauches d'histoires assez formidables. Personnellement, ma préférée est celle des cougars, mais j'aime bien aussi la clarté des écrits de Merlin, le pauvre. (Ceci-dit, j'y pense, Merlin, c'était pas sensé être un druide par hasard ? Du genre de ceux qui privilégiaient la tradition orale et excluaient tout recours à l'écriture ? Je sais plus, moi...)
Malgré tout, ne perdez pas espoir, il EXISTE des raisons d'espérer. Oui, dans tout ce marasme, il y a de l'espoir. Pas ici, non... mais pas loin non plus : à Bugarach dans... l'Aude ! Mais oui messieurs mesdames. Ce serait, selon « les prophéties », l'ultime rempart, . Si vous me croyez pas, je vous jure que la télévision japonaise et le New York Times sont allés prospecter et inspecter les lieux... et que toutes les maisons et les granges sont rachetées depuis quelques temps à prix d'or par des milliardaires venus des quatre coins du monde. Le maire aurait même déclaré au Figaro : « Ça commence à bien faire » (source : http://www.sudouest.fr/2011/02/21/ce-village-francais-presente-comme-le-refuge-contre-l-apocalypse-fin-2012-323447-4776.php ) .
Mais bref ; au-delà de l'aspect éminemment trivial de la chose, il me semble qu'on a là une belle opportunité rappeler que non, la littérature fantastique n'est pas, à l'instar des autres littératures et des autres arts, juste un truc pour passer le temps, avec des monstres en plus (même si c'est AUSSI ça) ; c'est un lieu d'exercice et d'élaboration de mondes, d'esthétiques, de conceptions de l'univers à partir d'instincts proprement humains : nos craintes, nos rêves, et nos fantasmagories qui sont, au final, tout sauf de simples fantasmagories.
zolg
SCARROW, Alex : Time Riders
Fermez les yeux. Imaginez. Vous vous appelez Liam O’Connor. Vous travaillez à bord du Titanic, on est le 14 avril 1912. Le grand paquebot se met à sombrer, vous ne vous faites plus d’illusion, vous savez que vous allez mourir. Vous êtes jeune, alors c’est encore plus dommage. Mais là, un vieil homme apparaît et vous propose un marché des plus étonnants : mourir, ou vivre. Dit comme ça, la décision est rapide. Mais évidemment, la vie choisie ne sera plus votre vie : vous ferez partie d’une équipe de Times Riders. Avec Sal, tout droit réchappée d’un terrible incendie en 2026 et Maddy, qui a également choisie la vie à la mort en avion en 2010, vous aurez une mission des plus importantes : empêcher que les voyages dans le temps ne changent l’Histoire. Et y a du boulot !
Coincée les 10 et 11 septembre 2001 à New York, la fine équipe est chargée de tout vérifier. Les new-yorkais sont à ce moment de leur Histoire si occupés à crier, à pleurer, et à tenter de trouver leur proche sous les décombres des tours jumelles, qu’ils ne prêteront pas attention aux décalages temporels qui pourraient arriver. Les trois comparses vont être aidés de Bob, une sorte de robot super intelligent, qui aidera Liam à remonter le temps à la recherche des événements qui auraient pu bouleverser l’Histoire.
Time Riders, c’est un vrai livre de Science-Fiction. C’est son truc, d’ailleurs, à Alex Scarrow. Des voyages dans le temps, beaucoup de sciences et de recherches ; des savants fous à l’égo surdimensionné… Et on en redemande ! On voyage avec Liam et Bob à travers l’Histoire, de l’assassinat de Kennedy aux débuts d’Hitler, on est au cœur des événements marquants du 20ème siècle. Maddy est l’opératrice en chef, qui veille aux changements en gardant les yeux rivés sur internet, Sal est celle qui est sur le terrain en 2001, et qui est chargée de repérer les modifications du présent qui auraient pu être influencées par les changements dans le passé.
Time Riders vient de sortir, les deux prochains tomes sont déjà prévus, et je suis certaine qu’ils vont faire grand bruit. C’est un vrai coup de cœur, l’écriture est fraîche, les chapitres sont courts et la lecture n’en est que plus haletante. On est à l’affût des changements, on est en panique lorsqu’une fenêtre temporelle s’ouvre au mauvais endroit ou au mauvais moment, on est dégoûté lorsque les corps voyagent ensemble et arrivent totalement mêlés, un tronc avec 4 bras et trop de jambes, beurk beurk.
Time Riders est un vrai roman ado à dévorer, pour voir l’Histoire autrement, et s’interroger sur ces équipes qui gardent l’œil sur les décalages temporels. Et si c’était vrai ?
Anouchka.
BONNE ANNEE 2012 !!!
Ah, nous y voici enfin, 2012, l'année de tous les dangers !
Crise, apocalypse, élections, révolution (numérique)... On va avoir de quoi discuter !! Mais il y aura de bonnes choses aussi : la suite tant attendue du trône de fer, la conclusion de la roue du temps (on croise les doigts!), de nombreuses nouveautés de qualité à découvrir, de nouvelles collections, de nouveaux éditeurs, de nouvelles offres numériques... Je vous le dis, cette année me paraît pleine de promesses et de défis, un appel à transformer, à penser et quoi de mieux que notre domaine de prédilection pour imaginer le monde de demain ?
En ce sens, je vous souhaite le meilleur, professionnellement comme personnellement. Je vous souhaite des lectures fantastiques, qui vous feront rêver, voyager, mais surtout affuteront vos regards sur le monde. A moi, je souhaite que ce blog soit fédérateur, toujours de qualité (ce sera à vous de nous le dire!) et qu'il devienne un endroit d'échange pour tous !!
Donc, encore une fois plein de bonne choses pour vous et vos proches et à très bientôt pour de gros coups de coeurs!!!
StepH
Clarke, Arthur : Rendez-vous avec Rama
XXIIème siècle : un étrange objet s'approche à grande vitesse du système solaire, affolant la communauté internationale et l'ensemble des colonies terriennes dans le système solaire. On décide d'envoyer un vaisseau en reconnaissance : le commandant William Norton, (fan avoué du grand James Cook, l'explorateur anglais) est chargé de la mission. Lui et son équipage parviendront à accoster l'objet et même à y pénétrer, découvrant tout un monde en dormance et qui n'attend que de se réveiller
Voilà un livre particulièrement difficile à résumer, encore plus à chroniquer. Pour l'histoire, on peut vraiment difficilement en dire plus ; mais en vérité, ce qui m'a profondément marqué, c'est l'ambiance unique que parvient à poser Arthur Clarke, teintée de mystère et de... quelque chose de plus que je ne saurais nommer. Cela, et les images : les descriptions ont quelque chose de foncièrement fascinant, et on ressort de là avec mille décors d'outre-monde, plus énigmatiques les uns que les autres gravés en mémoire. C'est d'une beauté visuelle à couper le souffle, et pourtant, on ne s'en rend compte qu'une fois le roman terminé et reposé sur son étagère. Je pourrais vous parler de l'or dont est recouvert le cylindre intersidéral et de ses mille nuances reflétant les lueurs du soleil, refaire avec vous la descente le long d'un interminable escalier sombre et froid ou bien évoquer une incroyable course en bicyclette à hélices en direction d'un horizon inaccessible...
Et puis voilà, tout est dit. Si ce n'est qu'il n'y a pas de quoi s'étonner que cette œuvre-là soit classée parmi les classiques de la S.F., et peu importe si les personnages sont (relativement) plats, si on nous sert ici ou là des péripéties véritablement périphériques, pour le coup, et presque inutile : le voyage auquel on est convié vaut franchement le détour. C'est écrit dans un style simple et pourtant presque hypnotique, d'une efficacité redoutable ; à aucun moment l'ennui ne vous étreint.
Arthur Clarke, c'est à signaler pour ceux qui ne le sauraient pas, est également l'auteur de 2001 : L'Odyssée de l'Espace. En vérité, je ne l'ai pas lu, mais en repensant à l'adaptation de Stanley Kubrick, je ne peux que faire un parallèle entre les deux univers, évidemment proches : une esthétique parfaite, une histoire à la fois simple et sortie de nulle-part, une atmosphère envoûtante... Toutefois, là où le film pouvait paraître soporifique à certains (c'est vrai que la légendaire scène de l'ouverture du sas est un brin longuette, quand-même...), rien de ce goût-là avec Rendez-vous Avec Rama. C'est bien rythmé, et on ne peut que s'en réjouir.
Et puis ça s'achève aussi vite que ça avait commencé. Et puis ça a remporté des prix (le Hugo, notamment). Alors, lisez-le. D'autant qu'il existe une réédition récente (moins d'un an, je crois), avec même des suites (qui, paraît-il, ne sont pas à la hauteur de l'original), donc, vous devriez pas avoir trop de mal à vous le procurer. Alors, au boulot bande de fainéants !
Zolg.
MASTERTON, Graham : Manitou.
Cet été, je vous avais présenté le glaçant Démon des morts. Plus que satisfait de sa lecture, je me suis dit qu'il serait opportun de continuer mon exploration du travail de cet auteur. Et puisque Bragelonne nous proposait, au format numérique, une de ses œuvres les plus connues, je m'y suis mis ! Manitou est le premier roman de l'auteur qui n'écrivait jusqu'alors que des guides pratiques sur la sexualité. Pour se détendre, il a commit ce roman qui a été traduit en de nombreuses langues, a été adapté au cinéma et a finalement lancé l'importante carrière qu'on lui connaît.
Harry Erskine est un filou. Voyant de pacotille, il passe le plus clair de son temps entourlouper les petites vieilles. Pourtant, lorsque Karen Tandy passe le pas de sa porte, il se rend bien vite compte que l'occultisme n'est peut-être pas qu'une blague. Atteinte d'une étrange tumeur au cou qui grossit chaque jour, elle fait tous les soirs le même rêve étrange et effrayant d'une plage et d'un bateau... Qu'est-ce que cela signifie ? L’escroc essaiera d'apporter son aide à cette jeune femme qui l'attire visiblement. Mais ses hormones auraient bien fait de lui ficher la paix car l'horreur qu'il connaîtra pourrait bien lui couper l'envie de galipettes...
Masterton ne s'embarrasse pas d'une longue introduction. A peine quelques pages et nous savons tout de l'intrigue. Reste l'action, les scènes d'horreur, la lutte pour la survie et certainement le sauvetage de toute l'humanité. Un peu court, peut-être...
Les personnages sont brossés à grands traits, parfois plutôt incompréhensibles dans leurs comportements (notons deux exemples : un guignol du mystique qui croit finalement au surnaturel, un médecin émérite qui sacrifie volontiers une de ses mains pour ses copains...). L'histoire se déroule sans véritable suspense, à part celui de savoir qui va mourir. On sait qui est le méchant, on sait qu'il va être fort et incontrôlable. On a bien quelques idées pour le tuer, dès le départ, mais on va attendre qu'il soit vraiment là...
Pour ce qui est de l'action, on ne s'ennuie pas, tout s'enchaîne très vite, sans temps mort. Mais en ce qui concerne l'horreur, ce me semble globalement un peu grand guignol, très marqué série B 80'. A mon sens, l'auteur brade la tension et l'angoisse au profit du gore. Si quelques scène sortent véritablement du lot, ce n'est malheureusement pas la règle.
Enfin, sommet de l'intrigue, la lutte pour sauver le monde.! Ici, ça se complique et ça devient amusant ! En effet, Graham Masterton a écrit deux conclusions à ce roman car la première ne convenait pas aux éditeurs américains. Dans la présente édition (comme dans les précédentes, d'ailleurs) l'éditeur a choisi de nous proposer les deux. L'une vaut-elle mieux que l'autre ? Ce qui est sûr, c'est que la version américaine (la première proposée) frôle réellement le ridicule ! Plus chargée d'adrénaline, plus longue, elle nous propose presque littéralement une bataille à la bioman, on a du mal à ne pas rire aux éclats. La seconde (et fin originale), semble pour le coup beaucoup plus intelligente. Pour autant, nous n'en pleurerons pas de joie ! Hommage ou clin d’œil à la guerre des mondes, elle a le mérite de tenter de questionner les responsabilités de nos aïeuls dans l'extermination des indiens d’Amérique. Dommage que les américains n'aient pas pu en profiter...
Une grosse daube donc ? N'exagérons rien. Il y a quelques petites choses à sauver et l'auteur a le mérite de ne pas raconter plus que ce qu'il a à dire. Il me semble surtout que ce roman a très mal vieilli et ce qui aurait pu être d'actualité à l'époque prête aujourd'hui à sourire. En tout cas, ce ne sera pas celui que je conseillerai de cet auteur même si, je n'ose le dire, ce peut être un plaisir coupable, de la même manière qu'une série z de type SyFy (je vous conseille à ce sujet Méga Shark VS Giant Octopus !)
StepH
Chroniques de l'E-maginaire n°4
Un mois déjà que j'avais tenté de brosser un état de l'offre numérique en général et de celle des littératures de l'imaginaire en particulier. Force est de constater que l'analyse que j'en faisais est plutôt en passe de se réaliser. Amazon vend maintenant son Kindle à 99€. Il est présent dans les enseignes Casino et Virgin. Du coup, la Fnac répond à cette attaque par un partenariat plutôt bien pensé avec la marque de liseuse Kobo pour une synergie qui sera, à mon sens, très efficace. Résultat : un très bon matériel tactile avec une grosse librairie en ligne (la plus importante à ce jour, me semble-t-il...), la possibilité de partager ses lectures grâce à des applications communautaires et tout cela pour 129€ (et moins si on est adhérent) ! Virgin, plutôt discret jusqu'à présent sur ce thème, se lance aussi dans un
partenariat (tout aussi intéressant) avec Bookeen (société française), proposant la dernière technologie Cybook (qui ferait le café selon certaines rumeurs) au même prix et avec les même conditions que le Kobo, Enfin, pour l'anecdote, France Loisir relance de la même façon son offre numérique avec une tablette au prix très très compétitif (55€ en prix de lancement). Pléthore d'offres donc qui deviennent abordables (toutes proportions gardées...). Le taux d'équipement risque enfin de monter. Inéluctablement, le besoin de contenu se fera plus prégnant, et à prix juste. A ce point, deux solutions s'offriront à nous : ou bien on trouve une offre légale attractive, ou bien on se lance dans l'acquisition illicite de contenu (cf marché du disque). Il me semble que les éditeurs ont compris qu'ils sont maintenant au pied du mur et que le marché de demain ne dépend que d'eux... Ainsi, des rumeurs disent que des négociations seraient en cours afin d'aligner enfin les prix du numérique sur le poche quand il paraîtrait à ce format. Quelle avancée ! J'espère que ce ne sera pas un vœux pieux…
Quoiqu'il en soit, il me semble que 2012 verra bien l'avènement d'un nouveau marché, pour le meilleur, ou pour le pire... En ce qui nous concerne, en tout cas, les maisons d'éditions continuent à se mobiliser. État des lieux
LA SFFF ANGLO-SAXONNE QUI PROSPERE !
SF Gateway
Commençons dans un premier temps par un projet qui nous fait rêver ! Gollancz, éditeur britannique de renom a lancé, il y a peu, une plateforme de téléchargement (une e-bibliothèque) dédiée aux domaines de l'imaginaire. Vous y trouverez tous les auteurs classiques dont certains titres sont épuisés depuis fort longtemps. Elle permettra donc de compléter votre bibliothèque avec ces titres que vous cherchez désespérément mais qui ne sont plus disponibles en librairie. Cette plateforme se veut aussi être un lieu d'échange, de conseils, pour toute leur communauté. Elle sera d'ailleurs en lien étroit avec l'encyclopédie Scifi. Pour l'avoir testé rapidement, SF Gateway n'est, pour le moment pas trop ergonomique ni trop fédératrice de la communauté, mais laissons lui le temps de vivre. De la même manière, si les titres sont bien référencés, ils ne sont pas tous disponibles sur les plateformes d'achat (amazon, kobo...). So wait and see... Gollancz prévoit une mise à disposition des titres exponentielle...
En revanche, SF gateway n'est d'aucune utilité pour nous, petits français ! En effet, il semble que nous soyons totalement dépourvu de e-librairie ! Pourquoi je vous en parle donc ? Et bien tout d'abord, c'est une initiative intéressante qui sera reprise, je l'espère... Peut-être qu'un Ayerdhal pourrait infléchir son projet dans ce sens, peut-être que Bragelonne, souvent locomotive, pourrait s'en emparer ! Mais plus prosaïquement, je vous dirais qu'Amazon montre sa force. En effet, les tests (très rapides) que j'ai fait tendraient à prouver que la plateforme est la principale source de titres du portail SF. Ainsi, les possesseurs de Kindle devraient pouvoir accéder au catalogue. Un point de plus pour le Kindle ! Cependant, il faudra attendre l'arrivée du Kobo by FNAC (d'ici la fin de semaine) pour annoncer la victoire du géant américain car ils sont aussi en lien. Enfin, plus théoriquement, Gollancz est un éditeur appartenant à Orion Publishing, qui appartient lui même à Hachette... Pourrait-on rêver que ce soit le géant français qui nous apporte le graal ?
Label SFFF pour Amazon
On vient tout juste de le voir, Amazon brille par son investissement dans le numérique, y compris pour l'imaginaire. Mais le premier vendeur numérique aux Etats-Unis ne compte pas s'arrêter là. Il a sans doute bien étudié ses stats et sait que la SFFF a du potentiel. Il vient donc d'annoncer le lancement d'un label sur ce genre. Son nom : 47north. Au programme, éditions de Science Fiction, Fantasy et Horreur avec de grands auteurs comme Stephenson ou Greg Bear. 15 titres seront lancés dans un premier temps d'ici à la fin du premier trimestre. Il s'agira encore une fois de rééditer des titres épuisés (décidément, tout le monde a la même idée!), sans doute parce que l'édition n'est, pour le moment pas leur premier métier.
Pour le lecteur, cette nouvelle est sans doute une bonne chose. Toutefois, il me semble qu'elle est de mauvaise augure pour l'édition. En effet, si dans un premier temps, on peut penser que la multiplication de l'offre tend à stimuler la création, on se demande si, en dernière analyse, l'hyper concentration de la chaîne du livre ne conduira pas à tuer la librairie. Certes, vous me direz que je ne suis pas honnête, que la concentration d'Hachette, d'Editis, du Seuil... a déjà eu lieu et qu'on en est déjà sur ce modèle depuis un moment et vous aurez raison ! L'analyse de la Feuille nous le prouve. Cependant, les modèles « à la Apple », les pressions qu'ont déjà subit les éditeurs anglo-saxons (sur les prix, notamment), nous incitent à craindre le pire... Quoiqu'il en soit et si l'on exclut tout débat commercial, Amazon nous prouve que notre petit monde de l'imaginaire a du potentiel. Encore une fois, nous devrions nous en inspirer !
UNE OFFRE FRANCAISE QUI S'ETOFFE (ENFIN!)
Un titre peut-être un peu ronflant si l'on considère son contenu mais il me semble que, petit-à-petit, une véritable offre se met en place, nous permettant de diversifier nos lectures !! Encore une fois, ce sont les « petits » qui montrent l'exemple mais un acteur classique s'y met et de belle manière !
Robert Laffont en numérique.
Cela fait un petit moment déjà que Robert Laffont numérise son catalogue. Depuis le début du mois, c'est au tour de la collection Ailleurs et Demain de se virtualiser. C'est sans aucun doute une bonne nouvelle ! Pour le moment, c'est du Dan Simmons, du Ian Banks, du Gérard Klein, du Michel Jeury qui sont mis à disposition. Que de beau monde !!! Question prix, si on est encore assez loin d'applaudir, il me semble que quelques efforts sont faits. Ainsi, on retrouve toujours l’aberrant « c'est plus cher d'acheter la version numérique que la version poche » (cf Hypérion) mais les auteurs français (Jeury et Klein) sont à 9€99. De cette manière, les excellents titres classiques seront enfin lisibles sur nos supports préférés.
Sous la cape du Vicomte.
Le savoir faire de Bragelonne (tant au niveau technique que communicationnel) n'est plus à démontrer en ce qui concerne le numérique. Véritable fer de lance pour la SFFF, dans ce domaine, ils deviennent aujourd'hui prestataires pour de petits éditeurs. Ainsi, les éditions du Riez, Griffe d'encre, et Voy'el confient quelques titres de leurs catalogues au Vicomte afin qu'ils paraissent au sien (de catalogue!), en EPUB. C'est tout d'abord une excellente nouvelle pour les lecteurs qui pourront découvrir ces maisons d'édition sérieuses qui ne sont malheureusement pas assez présentes en librairie. Mais, à part cette conclusion évidente, nous pourrions nous demander si cette initiative de Bragelonne ne marque pas l'avènement d'une nouvelle ère. En effet, il y a près de 12 ans, Stéphane Marsan (entre autres) créait sa propre boite pour publier des littératures de l'imaginaire ; en quelques années, le petit challenger impose sa loi, son style à tous les gros qui le raillaient, devenant par la même occasion un intervenant incontournable du genre. Mais pour continuer à se développer, il lance, avec succès, deux nouveaux labels qui deviendront respectivement les collections poche et roman graphique de la maison mère. Enfin, parce qu'il faut continuer à imposer le rythme, il propose une offre numérique à bas prix et sans DRM, encore une fois avec succès.
On le voit bien, Bragelonne contrôle tout son catalogue, sur tous les formats. Plus encore, il s'est développé sur toutes les franges du genre. Il est donc arrivé à maturité et aura du mal à continuer sa diversification. Pour autant, sa position de leader lui impose de continuer son développement pour éviter de péricliter. Et voici donc que l'éditeur intègre des extérieurs à son catalogue. Pourrait-on en déduire que ce sera leur nouveau moyen de garder leur triple A ? Il me semble que oui. A mon avis, utiliser leur expertise dans le domaine du numérique pour prendre de plus petits éditeurs sous leur houlette est une très bonne chose. C'est, en effet, un choix tout autant politique qu'économique (comme leur positionnement sur le prix du numérique) car ils promeuvent de petits aventuriers et stabilisent leur statut de leader. Alors, est-ce que Bragelonne deviendra le portail français de l'imaginaire en numérique ? M'est avis que oui... L'avenir nous le dira...
Voilà ce qu'il me semblait important de vous dire, ce mois-ci, au sujet du numérique. J'en ai sans doute oublié, à commencer par les éditions Asgard qui nous offrent leur catalogue pour près de 10€ pièce, mais plus que l'exhaustivité, je souhaitais dégager une logique à tout cela. On le voit (j'espère) le numérique n'est plus le doux rêve de quelques technophile, il est là et il reste à savoir ce qu'on en fera. Je ne parle pas énormément des différentes tentatives d'expériences de lectures nouvelles (elles sont très nombreuses dans le domaine de la jeunesse) mais demain, nous ne lirons plus forcément de la même manière un livre « codex » et un livre numérique. D'autre part, on remarque aussi que les littératures de l'imaginaire ont une vrai place virtuelle et c'est très bien pour nous. Bien sûr nous pourrions gloser qu'on lui laisserait plus de place, en France, car une sous littérature trouve une meilleure place au sein d'une sous lecture, mais l'erreur coûtera sans doute beaucoup à ceux qui le pensent...
StepH
GAIMAN, Neil : Odd et les Géants de Glace.
Odd est un petit garçon étrange et boiteux, au pays des glaces dans le grand nord, qui va quitter son village à la suite d'une péripétie avec son vilain beau-père et se retrouvera embringué dans de drôles d'aventures en compagnie d'un renard, d'un ours et d'un aigle.
Odd et les géants de glace est un mini-roman paru en 2008 ( je crois) et vendu 1 Livre Sterling pour je sais pas quelle bonne cause ; personnellement, je me le suis procuré pour près de 10 fois plus, en version papier, chez Wiz de Albin Michel.
Voici une critique, disons-le tout-de-suite, qui a une vocation polémique. Et le débat ne portera pas sur l'arbitrage de la finale de la coupe du monde de rugby, même si ça pourrait, quand-même, parce que. Mais non. Mon envie, bien vaste et illusoire je le sais, est de m'en prendre à une icône : ce bougre de Neil Gaiman, auteur agaçant s'il en est. A mon avis. Entreprise d'autant plus complexe que, nous le verrons plus loin, je ne suis finalement même pas d'accord avec moi-même.
Un avertissement préalable, toutefois : l'auteur du présent billet a parfaitement conscience qu'il ne fera pas grand mal au susnommé Gaiman en s'en prenant aujourd'hui à son œuvre et que son opinion lui fera, au mieux (au GRAND mieux....), une belle jambe. Et, dans le fond, c'est aussi bien.
Mais bon, lâchons-le enfin : depuis quelques années, Neil Gaiman m'exaspère. Je trouve qu'il gaspille son talent, et même si c'est le sien, après tout, et qu'il en fait ce qu'il veut, c'est extrêmement frustrant. La concrétion ultime de ce vilain sentiment en moi a vu le jour dernièrement, quand j'ai refermé cet espèce de machin chose absolument inintéressant qu'est le court roman qui occupe la place centrale de la présente critique. Roman qui, malgré tout, n'est pas si mal écrit – mais c'est bien là la seule qualité que je lui trouverai. Pour le reste, l'exploration ultra-rapide de la mythologie norroise, pourtant vaste et fascinante, est on ne peut plus décevante, les personnages à peine tracés et caricaturaux, le schéma narratif terriblement classique... Quel atroce constat !
Mais revenons à l'auteur en élargissant le débat ; c'était mon intention première. Je sais que je ne me ferai pas que des amis ici en écrivant ceci, mais voilà : à quoi joue-t-il ? En ce qui me concerne, j'ai adoré Neverwhere et Coraline, tous deux véritables chefs d'œuvres, qui avaient l'énorme qualité de tracer et de (re)définir, quelque part, les règles d'un genre plus ou moins neuf – la fantasy urbaine pour le premier, et cette espèce de littérature étrango-horrifique de jeunesse (pas trouvé mieux comme nom) pour le second. Les œuvres de cette verve sont assez rares pour être signalées. J'ai beaucoup aimé Stardust, même si incontestablement, il ne revêt pas la même envergure. Je ne me suis pas ennuyé devant L’Étrange Vie de Nobody Owens, un petit peu plus avec le pourtant très (sur)estimé American Gods que, nous en avons déjà parlé ici, je trouve assez bon, mais sans plus, mais dont j'ai la dérangeante impression qu'il ne doit son prix Hugo qu'au seul nom de son auteur, plutôt fashion dans son genre, et qui a été ma première déception. En revanche, que de temps perdu devant Anansi Boys à attendre que quelque chose se passe et... ah, mince. C'est tout. Non, pardon, ce n'est pas tout : il y a Odd et les géants de glace.
Alors, oui, comme souvent, je me coupe moi-même l'herbe sous le pied, mais il faut être honnête, je ne vois finalement pas plus de gâchis que cela, en fait. Voyons voir (si je peux me rattraper à une branche)... Miroirs et Fumées est complètement inégal, mais quels sont les recueils qui ne le sont pas ?
Toutefois, je dois le dire, avec Odd et les Géants de Glace, je trouve que l'on franchit un cap. A noter malgré tout, que la faute en revient ici aussi à l'éditeur, qui propose une histoire très médiocre à un prix qu'elle ne mérite pas en se servant d'un nom. Vilaine sensation de s'être fait couillonner.
En conclusion, je ne peux que, à regret, faire une croix sur ma croisière anti-Gaiman, même si je trouve qu'il ne mérite pas toujours toutes les louanges qui lui sont faites – c'est, à mon avis et avec le recul de quelques années, juste un bon auteur qui a eu le « malheur » d'avoir des débuts tonitruants et de ne pas réussir à se remettre au même niveau pour la suite. Ça peut arriver, dans le fond. Même si tout mon fiel (oui, je le reconnais, je suis fielleux... bon, ça me passera) provient essentiellement du fait que je n'attends qu'une chose, c'est qu'il se décide enfin à me fermer mon clapet en publiant un nouveau chef d'œuvre !
Le hic, c'est que, avec tout ça, je ne suis vraiment pas sûr que celui-ci ne me passe pas sous le nez tant, à présent, je suis devenu hésitatif devant ses titres. A force.
Zolg




