lundi 29 juin 2009
MEIRELLES, Fernando : Blindness
Fernando Meirelles est ce que l’on peut appeler un
réalisateur engagé. Il a signé la Cité de Dieu dans lequel il nous présente de
manière réaliste la vie dans les favelas. Il a aussi adapté avec soin The Constant
gardener de John Le Carré. Blindness est sa première incursion dans le domaine
du fantastique. Il adapte un
roman de l’auteur portugais Saramago (L’Aveuglement chez Point). Cela mérite qu’on s’arrête sur le sujet…
Dans une grande ville, un homme qui conduit perd soudain la
vue. Raccompagné chez lui par un petit voleur, il demande ensuite à sa femme de
l’ammener chez l’ophtalmo. Ce dernier ne trouve aucune raison à cette cécité.
Mais le lendemain, il perd aussi la vue. C’est le début d’une pandémie
galopante que personne ne semble pouvoir arrêter. L’Etat se voit donc dans l’obligation
de mettre en quarantaine tous les cas qu’il trouve. Le « patient zéro »,
le voleur, le docteur et bien d’autres se retrouvent donc isolés et livrés à eux-mêmes
dans un vieux bâtiment. Mais comment se débrouiller lorsque l’on ne voit plus
rien ? Les taches les plus simples deviennent insurmontables. Il faut donc
organiser la vie… Heureusement pour les victimes, la femme du docteur, qui
semble immunisée, a été mise en quarantaine aussi. Elle va tenter d’aider cette
communauté et devenir le témoin privilégié de l’horreur qui peut investir cette
prison…
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le sujet est original. C’est peut-être un film catastrophe, qui parle de pandémie, mais on ne meurt pas de cette maladie, on est juste privé du sens que nous utilisons le plus et qui fonde notre société. Cette thématique permet à l’auteur d’aborder une multitude de sujets différents comme le handicap, la société… Certes on retrouve des ingrédients classiques des films catastrophe comme l’inefficacité de l’Etat face à la crise ou bien l’horreur de l’humanité en position de survie, mais c’est bien l’originalité de la maladie qui donne son intérêt au film.
On retrouve la patte du réalisateur de talent. Une belle photographie, des plans bien pensés, apportent un supplément d’âme à ce film. Décidément, Meirelles mérite d’être suivi. Les acteurs, pas forcément des stars (à part Julianne Moore et Danny Glover), nous offrent une prestation juste et parfois touchante.
Là où le bas blesse, à mon sens, c’est que le film s’embourbe
un moment dans l’horreur. Si l’on suit le cheminement de ces malades livrés à eux-mêmes,
l’escalade vers l’inhumanité finit par me poser question. Certes amoindris et
traumatisés, les victimes resteraient-elles soumises si l’horreur devenait
insoutenable ? Vous me direz que la 2ème guerre mondiale nous a
bien montré la « banalité du mal » mais j’ai eu des difficultés à
comprendre la lâcheté d’une communauté entière… Et même si j’ai frissonné et
suis resté accroché à mon écran, je ne suivais plus le message… A l’inverse, la
dernière partie du film me semble assez gentillette, pleine d’humanité… Bref,
Meirelles ne s’affranchit pas entièrement des codes du genre et se laisse un
moment entraîner par des questions assez classiques pour cette catégorie de
film.
Pour conclure, je dirais que ce film mérite d’être vu. Malgré
la petite limite que je vous ai exposé, ce long métrage est tellement bourré de
bonnes idées et si joliment réalisé qu’il restera dans vos mémoires. Injustement
boudé lors de sa sortie ciné, donnez lui l’occasion de vous surprendre et de
vous faire discuter de son sujet. Parmi les nombreuses sorties traitant de fin
du monde, de catastrophe, de maladies, d’horreur, il fait partie de ceux qui m’ont
marqué et fait réfléchir…
StepH
mercredi 17 juin 2009
Vite vu, vite lu : Juin 2009
Le Dernier Magicien de Megan Lindholm alias Robin Hobb.
Dans
la ville de Seattle, le Magicien, qui a oublié son nom,
erre depuis des siècles – ou bien quelques mois seulement –
et nourrit « ses » pigeons avec un sachet de
pop-corn vieux de plusieurs années. Partie intégrante
de la ville, il en connaît les moindres recoins secrets, les
détours cachés, et vit sa vie, tranquillement, croisant
de temps à autres les autres « enchanteurs »
de la cité. Mais voilà qu'arrive un démon à
sa poursuite, ou bien une partie de lui-même, le redoutable
« Mir ». En le fuyant, le magicien ignore qu'il
court droit à sa perte.
Je n'avais jamais lu Robin Hobb, et en ayant à plusieurs reprises entendu dire le plus grand bien, je me suis décidé à me lancer à sa rencontre par l'intermédiaire de cet opus d'urban fantasy tout ce qu'il y a de plus classique.
Au final, je suis plutôt déçu ; si le livre se laisse lire, le style est assez neutre, voire répétitif, les personnages relativement brouillons, et l'auteure, à force de fausses-vraies pistes entre lesquelles elle semble ne pas parvenir à choisir, finit par se perdre elle-même, et son lecteur avec. On assiste en conclusion à une jolie redondance de fins désordonnées et presque incohérentes, et si je dois avouer que je ne regrette pas non plus complètement de l'avoir lu, je doute de me relancer un jour dans un autre Robin Hobb.
Super Zolg
L'Univers à l'envers de Phillip José Farmer.
Jack Cull, ancien
ingénieur électronique, est mort récemment dans
un accident de voiture ; cela ne l'empêche pas de se retrouver
dans un étrange enfer peuplé de nombre de ses
contemporains, et de bien d'autres encore, gens venus du passé
ou du futur. Un enfer où des nuages de « manne »
se baladent dans les airs, servant de nourriture à la
population, et où les arbres de Roc, seule végétation
connue, constituent avec la pierre brute dont sont faits tous les
meubles et immeubles, la principale matière première de
cette société relativement bien organisée. Les
démons sont là aussi, mais du fait de leur infériorité
numérique, ils sont devenus les esclaves des humains – ces
humains qui ne peuvent plus mourir : Jésus lui-même
intervient, sortant d'une ambulance, pour les ramener à la vie
lorsqu'un malencontreux incident les fait succomber. Jack, qui
travaille dans la puissante administration de « L'inter »,
n'est cependant pas au bout de ses surprises quand il découvre,
se réfugiant dans les égouts en compagnie du mystique
Fyodor (lequel emporte avec lui la tête de Jésus
décapité par la foule en furie) et de la belle
arriviste Phyllis, les immenses galeries inexplorées, et qu'un
véritable cataclysme l'en expulse soudain...
J'avais beaucoup aimé « La nuit de la lumière » et ses nombreuses images hallucinantes ; c'est peut-être pour cela que je suis un peu resté sur ma faim avec « L'Univers à l'envers » – mais je me dis que je suis bien sévère : Farmer, maître de l'oxymore s'il en est, livre ici une œuvre au rythme parfois un peu lourd, et dont les personnages sont souvent agaçants et peu attachants, mais qui est bourrée de trouvailles. On oscille au fil des pages entre le fantastique, la hard-S.F et la métaphysique ontologique (il faut le faire !), dans un univers un peu âpre mais aux images fascinantes – on pense souvent aux illustrations de Wojtek Siudmak. A tenter, donc, pour ceux qui se sentiraient intrigués, d'autant que scénaristiquement, l'histoire réserve son lot de surprises
Super Zolg
Witchling de Yasmine Ganelorn.
La Terre (les Etats-Unis ?) ont pris connaissance de
l’existence du monde des fées. Ceci engendre craintes et désirs de la part des
humains. Des fées marchent parmi les hommes. Les sœurs d’Artigo sont des
sang-mélés, nées d’un père fée et d’une mère humaine. Elles font partie d’une
structure « gouvernementale » qui régule et s’occupe de la sécurité
des citoyens de l’Outremonde. Mais elles ne sont pas très douées, leur sang
humain altérant leurs pouvoirs féeriques. Ainsi, Camille est une sorcière mais
ses pouvoirs ont tendance à déraper. Delilah est un chat garou qui se
transforme au plus mauvais moments. Enfin Menolly est une jeune vampire qui a
du mal à se contrôler. Lorsqu’elles enquêtent sur une affaire de meurtre d’un géant
de petite taille, elles se retrouvent au cœur d’un complot qui risque de mettre
en péril leur monde et celui des humains…
Si le pitch est alléchant, on a bien vite l’impression de
lire un épisode de Charmed… Trois sœurs qui s’adorent aux prises avec des
démons très méchants qui veulent leur faire la peau jusque dans leur belle et
grande maison. Ajoutons à cela des histoires d’amour à rebondissement (qui
vais-je choisir entre le beau ténébreux elfe noir et le malin
renard-garou ? Que faire lorsque le majestueux dragon me fait de
l’œil ?) et la coupe est pleine. Vous n’en n’avez pas assez ? Et bien
Camille ira faire des courses pour des beaux dessous en attendant que des infos
tombent sur la plus grande menace à laquelle ils doivent faire face…
On a beau dire, et au risque de paraître encore une fois
obtus, la bit lit (puisque c’est le genre auquel appartient cette trilogie) me
semble bien être une lecture plutôt féminine. En tout cas cet auteur nous livre
une histoire qui aurait bien mieux eu sa place dans la collection Luna de
Harlequin… Pour vous prouver mes dires, je voulais vous livrer des citations
mais je me dis que ce titre ne mérite pas de prendre une trop grande place…
En un mot, je crois que vous pouvez passer votre chemin,
sauf si vous aimez les histoires de filles…
StepH
dimanche 14 juin 2009
GEMMEL, David : Rigante
David Gemmel est un auteur phare aujourd’hui dans le monde
de la fantasy. Véritable vache à lait pour les éditions Bragelonne, chaque
nouveau roman est un succès. Pourtant, j’ai remarqué que notre blog n’avais
jamais donné son avis sur aucun de ses livres. Je voudrais donc revenir sur une
quadrilogie qui m’a marqué et qui n’est pas reconnue à sa juste valeur.
Connavar est un jeune garçon plutôt sauvage, né dans les
montagnes verdoyantes des Highlands (pas ceux d’Ecosse mais assez proche).
Courageux et malin, il apprend aux côtés de Banouin, le marchand étranger. Mais
cette vie rustique dans laquelle notre héros montrera sa valeur, ne durera
peut-être pas. En effet, la cité de Roc, avide de territoires nouveaux, a déjà
conquis tout le continent et veut traverser la mer afin de soumettre les fiers
highlanders au grand Empire. Les rigantes ne sont pas prêts. Ils sont condamnés
à perdre leur culture et à vivre à genoux… Sauf si un grand héros se lève et
organise la défense…
Gemmel produisait (il est décédé en 2006) une fantasy soit
dans des mondes totalement imaginaires (les Cycles de Drenaï) ou bien para
historiques (Le lion de Macédoine ou le récent Troie). Rigante appartient au
deuxième genre. Le monde s’inspire grandement de l’Ecosse et de son invasion
par l’Empire romain. Il est clair que les histoires qui sont écrites sont toutes
très guerrières, pleines d’hommes au caractère trempé et de femmes soumises mais farouches. Je ne
dirai pas que c’est une littérature plutôt masculine pour éviter de me faire
traiter de sexiste, mais je le pense…
Rigante n’échappe pas à cette tradition. Les héros sont
forts, sentent un peu sous les bras et se battent comme des forces de la
nature. Les sentiments sont forts comme lors d’un bon match de rugby. Bref on
ressent la testostérone qui envahit notre corps à la lecture des protagonistes
qui se sacrifient pour une cause plus grande qu’eux. Vous vous dites au ton de
plaisanterie que j’utilise, que ma critique ne sera pas bonne ? Détrompez
vous ! J’aime beaucoup et ce pour deux raisons : d’un côté on
pourrait dire que c’est une lecture récréative mais très bien construite ;
de l’autre, un deuxième niveau de lecture se cache souvent derrière cet apparat
de Conan.
Premièrement donc, je trouve que si l’on considère que
Rigante est un bon roman pour s’aérer le cerveau, on a raison. Bien construit,
renouvelant bien le genre de l’heroïc fantasy, on s’étonne souvent d’être pris
par le livre. On a envie de savoir ce qu’il va se passer, on veut voir le
gentil (en fait peut-être pas toujours si gentil) héros battre les méchants
(pas toujours si méchants). Les personnages sont attachants, humains malgré
leur taille hors norme. Leurs actions ne sont pas toujours héroïques et
l’humain reste toujours présent. C’est donc une très bonne lecture récréative
même si je pense que Rigante n’est pas la meilleure série si l’on cherche un
livre d’action pure (on passe beaucoup de temps avec les rigantes à suivre leur
vie « normale »).
Deuxièmement, on peut déceler beaucoup de réflexions
derrière l’apparente simplicité du texte. Cette quadrilogie traite d’abord, si
on la considère dans son ensemble, de Culture(s) (vous m’avez bien lu !!).
La série se déroule sur plusieurs centaines d’années et l’on suit le peuple des
highlands au fil des tentatives (réussie ou pas) d’invasion. On voit comment
chaque culture s’interpénètre et change la civilisation. De ce point de vue, il
me semble que Rigante est une des œuvres les plus réussies de cet auteur. On
est vraiment étonné de ce que soulève ce livre d’apparence si fruste.
En conclusion, il me semble que Gemmel est un des seuls
auteurs à proposer une littérature à la fois très populaire, digne héritière
des séries comme Conan ou autres Bannis de Gor, mais aussi maline est
intelligente. D’une manière générale tous les Gemmel que j’ai lus sont de bons
niveau mais j’ai eu un vrai coup de cœur pour cette série.
StepH
jeudi 4 juin 2009
MCCARTHY, Cormac : La route
Cormac McCarthy n’est pas un auteur de SF. Considéré comme
un des plus grands auteurs contemporains, il s’essaye ici à un roman
d’anticipation. Avec succès ? Il a reçu le prix Pulitzer 2007 et toutes
les critiques sont dithyrambiques. La sortie en poche dans la collection Point
me donne envie de rajouter ma critique à l’énorme masse de critiques qui
existent déjà…
La civilisation est détruite. Plus rien ne tient debout. La fin du monde a eu lieu. Pourquoi ? Comment ? Quelle importance ? Aujourd’hui ne reste plus que la survie dans un monde recouvert de cendres où plus rien ne pousse.
Un homme et son fils sont sur la route. Ils tentent de
rallier le sud avant que l’hiver ne les tue. Mais le voyage et dur et
incertain. Leur vie se résume à la survie. Marcher, s’abriter, rechercher de
quoi survivre, éviter les autres qui tenteront de voler ou de tuer pour manger…
Autant vous dire que le sujet n’est pas gai. La route parle d’un monde qui est mort mais dont certains habitants n’ont pas eu la chance de partir avec, comme un poulet que l’on tue et qui a encore les pattes qui n’ont pas compris que c’était fini. Aucun espoir mais pourtant la vie s’accroche. Pas de circonstanciel, à quoi bon parler de ce qu’il y avait avant quand tout ce qui reste se réduit à manger de la poussière de céréales et à marcher vers le sud. On ne sait même pas exactement dans quel pays se situe l’action.
Le style de l’auteur participe de cette noirceur. Apre,
constitué de phrases courtes, parfois juste nominales, comme si le souffle
était trop court pour en formuler davantage. Pas de chapitrage, juste des
paragraphes qui scandent le voyage de nos deux héros. Peu de dialogues,
formulés dans un style presque indirect libre. Pourquoi parler quand il n’y a
plus rien à dire. Pourtant le père essaye, fait un effort pour son fils. Mais
les choses ne sont pas si faciles. C’est dans les non dits que l’on comprend
l’émotion. Au final, on a l’impression d’être dans un cauchemar sans fin dans
lequel on n’ose plus espérer ni pour le petit, ni pour l‘homme.
Touchant, percutant, ce roman l’est indéniablement. J’ai eu
un peu de mal à y entrer, obnubilé par l’effort de style. Pourtant, au bout de
quelques dizaines de pages, j’y étais, je les suivais le long de cette route,
témoin de leur calvaire. La relation père/fils qui est développée est crédible.
Tout d’ailleurs est très crédible dans son horrible réalité. Mais je dois
avouer que je n’étais pas toujours très touché et la noirceur constante du
sujet, le style très présent, me situait plus du côté du spectateur que du
témoin horrifié. C’est un peu un regret. J’aurais voulu ressentir plus
d’émotions (ou peut être ne suis-je pas très sensible) comme le vend le Point
sur le quatrième de couverture. Peut-être aussi est-ce la multiplicité
inquiétante de coquilles, de césures en plein milieu de ligne qui me mettait
hors de moi et me faisait sortir du récit. En vérité, je n’ai jamais vu autant
de coquilles de ma vie. Quasiment une toute les trois pages !! On se
demande s’il y a eu une relecture !
Au final, je ne saurais que conseiller ce roman car la
lecture vaut le détour. La réputation de l’auteur n’est pas usurpée. Et même si
je n’ai pas toujours été très touché, j’ai eu du mal à stopper ma lecture. Je
pense aussi que certaines images resteront gravées dans ma mémoire. Cependant,
attendez une nouvelle édition en poche ou investissez dans le grand format, ça
vous évitera l’écueil de râler toutes les trois pages…
StepH
jeudi 28 mai 2009
BARROW Wayne : Bloodsilver.
Les westerns, c'est cool
; mais quand en plus de ça, y a et des fantômes et
(surtout) des suceurs de sang, quelle éclate !
Bloodsilver débute
avec le débarquement d'une colonie de « monstres »
– les broucolaques – sur la côté est des Etats-Unis,
au dix-huitième siècle (débarquement célébré
comme il se doit par un superbe bain de sang,) et va présenter
l'avancement, au fil des siècles, de leur « Convoi »
à travers l'Amérique, jusqu'à la côté
Ouest, en même temps ou parfois avec un peu de retard sur les
autochtones (les « seconds» autochtones
dira-t-on...), ainsi que leur intégration progressive à
la vie du pays naissant. On pense parfois à une Uchronie bien
menée, interrogeant de-ci de-là les relations entre les
diverses ethnies du continent (noirs, indiens, blancs) en inversant
cette fois le rapport de force... et on y est, sans vraiment y être
non plus : Wayne Barrow reste franchement dans son sujet, à
savoir, écrire une histoire fantastique. On vit quoi qu'il en
soit de l'intérieur cette terre sans règles ou presque,
on ressent l'état d'esprit de « ceux »
qui y étaient, et on songe parfois qu'il n'est pas étonnant
qu'une telle jungle, où règne bel et bien la loi du
plus fort et de la débrouille, ait fini par donner naissance à
cette nation de « grands enfants » où le
libéralisme est érigé en dogme.
Mais là n'est pas
le cœur de l'œuvre, ce ne sont que des thématiques
auxquelles nous renvoie (peut-être) le genre même du
Western – en cela, pour être écrit par une paire de
paires de mains françaises, le coup est franchement réussi,
on s'y croirait. N'y manquent pas non plus les images, immenses et
flamboyantes, paysages de plaines désertiques,
courses-poursuites surréalistes le long des crêtes des
montagnes rocheuses, village paisible lové au pied des
Appalaches ou bien bourgade poussiéreuse où passe la
redoutable « Confrérie des Chasseurs »
pourchassant le « Convoi » des vampires, et
personnages pittoresques, tous plus ou moins barrés...
Et en matière de
personnages, nous voici servis également : les héros
mythiques de cette Amérique sont tous au rendez-vous : des
célèbres pistoleros que sont Billy The Kid, Doc Holiday
ou Wyatt Earp, à l'éminent Abraham Lincoln en passant
par le récurent Mark Twain* au destin ici complètement
transfiguré, ou encore la célèbre veuve
Winchester à la santé mentale fragile qui fait
construire pour les fantômes des victimes des armes de son
défunt mari, à leur demande, une « maison
aux esprits » à l'architecture plus
qu'improbable**, ils y passent tous, j'en oublie certainement. Vous
l'aurez compris, Bloodsilver est plus une suite suite
d'historiettes plus ou moins reliées qu'un véritable
roman, au sens classique du terme du moins ; mais cette structure
permet d'autant mieux de servir ce qui semble être le but des
auteurs, à savoir, donner à la fois une vision
d'ensemble et nous le faire vivre de l'intérieur ; le tout est
écrit dans un style à la fois âpre et élégant,
faisant naître ou renaître cet univers avec une
efficacité rare.
Pour ma part, après le cycle de la Tour Sombre, Bloodsilver a aussi été l'occasion de me plonger dans la littérature de western, et je ne peux que vous le conseiller : des grands classiques de Louis L'Amour au plus contemporain Cormack McCarthy, en passant par une perle, le « Journal de la première traversée du continent Nord-Américain », par les explorateurs M. Lewis et W. Clarke, il y a là une véritable mine d'or que, si je ne craignais de vous détourner de votre affaire principale, à savoir la littérature fantastique, je vous conseillerais franchement !
Super Zolg.
* Au passage, l'occasion
de remettre les pendules à l'heure à propos de l'un de
mes auteurs favoris : je ne sais plus où j'ai lu,
dernièrement, que Mark Twain aurait été un
vilain garçon raciste et tout et tout – rumeur étrangement
tenace et persistante ; mais que l'on relise (ou que l'on lise,
simplement...) l'essentiel de ses œuvres, (notamment Les
Aventures de Hucleberry Finn),
et on s'apercevra qu'il n'en est rien, et qu'en de nombreux endroits,
on peut y voir de violentes attaques contre l'esclavagisme et le
traitement porté à son époque aux noirs. Que
quiconque en doute se rende sur ce lien :
http://bibliobs.nouvelobs.com/2008/09/18/cest-mark-twain-quil-ressuscite
, où les choses sont bien mieux expliquées que par
moi-même.
** Histoire absolument vraie, paraît-il ; véritable légende en tout cas.
jeudi 21 mai 2009
MASE, Motoro : Ikigami, préavis de mort.
Dans un futur proche, le Japon a promulgué une loi
« pour la prospérité nationale ». Dans le cadre de cette loi, chaque
enfant sera vacciné en entrant à l’école primaire. Une seringue sur quelques
milliers contient une capsule qui programmera la mort de l’infortuné qui a reçu
l’injection. Ainsi, devenu adulte, l’Etat le préviendra de sa mort 24h avant
qu’elle n’arrive. Ce programme a été mis en place afin que chaque citoyen du
Japon comprenne l’importance de la vie, qu’il faut être productif tant que l’on
est vivant et qu’on ne doit pas tomber dans la
criminalité…
Le jeune fonctionnaire Fujimoto est chargé de délivrer ce
préavis de mort précisément 24h avant le décès programmé de ce sacrifié pour le
bien de la société. On suit donc parallèlement le parcours du héros, avec qui
l’on découvre les rouages de cette machine implacable, les fondements
idéologiques qui la soutiennent, et les dernières 24 h de ces citoyens
infortunés qui doivent faire face à cette mort injuste…
Le sujet de ce manga fait froid dans le dos. Le récit
d’anticipation que nous livre MASE n’est pas si loin d’un 1984 ou encore d’un
fahrenheit 451… Le monde mis en place est crédible, ce qui le rend d’autant
plus effrayant. On s’imagine les dérives qui pourraient amener notre société à
promouvoir de telles solutions. Plus on avance dans l’intrigue, plus on
constate le vrai travail de réflexion que nous propose l’auteur. Il faut dire
d’ailleurs qu’il est considéré au Japon comme un contestataire convaincu.
Le fonctionnaire que l’on suit est la voie sourde d’une résistance
intellectuelle silencieuse. Il nous permet d’appréhender le monde qui
l’entoure, de se poser des questions sur notre société. Le parcours des
victimes propose des thématiques plus larges sur le sens de la vie et sur les
choix que l’on fait. Parfois les thèmes deviennent forcément métaphysiques.
Le graphisme est agréable, sobre et soutient bien le
propos : une société lisse, proprète, dans laquelle la révolte ou même la
contestation n’est plus permise.
Au final, cette série me semble vraiment digne d’intérêt,
prouvant s’il le faut que le manga ne se résume pas à une succession de combats
factices ponctués de « gouahhh » et de « yaaahhh ». Elle
plaira à un public peu habitué au manga. Elle donne envie de réfléchir sur une
société qui semble bien proche de la notre, avec comme point d’orgue une
question horrible : lorsque l’on suit les victimes de cette loi
arbitraire, la conclusion n’est-elle pas qu’ils vivent plus intensément ces 24
dernières heures que tout le reste de leur vie ? L’auteur ne donne-t-il
pas du crédit à la solution imposée par l’Etat ? Vous n’aurez la réponse à
cette question qu’en suivant la série… Pour le moment, deux tomes sont parus,
le troisième paraîtra en juillet.
StepH
jeudi 14 mai 2009
Vite vu, vite lu : Mai 2009
Après une première tentative peu concluante et à la demande
de quelques uns de nos chroniqueurs, la rubrique vite vu, vite lu reprend du
service. Après quelques discussions, les modalités de publication vont un peu
changer afin de pouvoir coller au plus près de l’âme de ce blog : pouvoir
discuter. Les avis seront publiés directement sur l’article. Ainsi chacun
pourra réagir en commentaire. Je vous demande donc de m’envoyer vos avis comme
pour une critique classique et je les publierai. En espérant que cette fois la
sauce prendra ! N’hésitez pas, chacun peut venir donner un avis et des
conseils de lectures ! À vos plumes !
Vite vu vite lu :
La légende du changelin de Dubois et Fourquemin.
Angleterre, fin du XIXème siècle. Scrubby est un enfant
spécial. Certains disent qu’il a été enlevé par des fées alors qu’il n’était qu’un
nouveau né. Il voit le petit peuple et apprend de lui. Lorsque la crise force
sa famille à rejoindre La Ville pour espérer survivre, il découvre que les êtres
féeriques peuplent aussi les bas fonds et que le mal rôde…
On retrouve dans cette Bd originale le ton et l’univers de
Pierre Dubois : une féerie étrange, dangereuse parfois, remplie de
traditions. Nous sommes loin d’un récit fantasy classique et c’est ce qui est
vraiment agréable. Le graphisme de Fourquemin sert bien l’ambiance et l’histoire
pleine de réalisme social. Les deux premiers tomes sont de très bonnes facture,
il faut simplement espérer que la suite apporte un peu plus d’élan à cette
série qui s’installe assez doucement pour une série en 4 tomes. A découvrir.
StepH
Vampyrrhic de Simon Clarck
Le docteur David Leppington revient dans la ville du même
nom qu’il avait quitté 20 ans plus tôt. Il souhaite, entre autres, profiter de
ses vacances pour rendre visite au seul membre de sa famille qui habite encore
la ville…après tout ce temps. Il y rencontrera pourtant bien d’autres individus
hauts en couleurs et autres créatures dont il était bien loin de soupçonner
l’existence…
Vampyrrhic peut rebuter par son écriture légère et sa
fâcheuse tendance à s’appuyer sur des ingrédients qui nous sont trop souvent
servis à toutes les sauces (hémoglobine, scènes d’actions, sexe, etc.) et
pourtant… Et pourtant j’ai été séduite par l’introduction successive de chaque
personnage dont les destins seront amenés à se croiser, j’ai aimé que Clarck
joue sur les stéréotypes pour nourrir les attentes du lecteur, j’ai énormément
apprécié que l’auteur choisisse de ne pas se référer au mythe du vampire tel
que nous le présentent Bram Stoker ou Anne Rice et qu’il ajoute sa touche très
personnelle pour expliquer leur origine et leur présence. En résumé, une
littérature « easy-reading »
qui ne vous abrutira pas pour autant.
EVa
Abarat de Clive Barker
Candy
Quackenbush, jeune fille anonyme, ou presque, s'ennuie à
Chickentown, ville moyenne et poussiéreuse des Etats-Unis où
l'on élève des poulets et puis c'est tout. Un beau-père
alcoolique, une mère dont les contours s'effacent, tous les
ingrédients sont réunis pour faire de son quotidien une
longue suite de non-événements mornes et sordides.
Un beau jour, sa fuite du lycée et la découverte, sur une plage, d'un phare abandonnée vont faire basculer sa vie, et la voici fuyant un étrange tueur à gages en compagnie du non moins intrigant John Canaille, l'homme qui porte sur lui-même ses six frères-têtes. Elle ne va pas tarder à découvrir le magique et fascinant archipel d'Abarat et ses vingt-cinq îles (une pour chaque... heure de la journée, vous savez bien compter...), lieu où elle ne semble pas si inconnue que cela, et dont elle conserve d'étranges semi-souvenirs...
Paysages surréalistes, personnages hauts en couleurs, le point fort d'Abarat réside dans ses splendides illustrations, réalisées par l'auteur lui-même ; car pour ce qui est de l'histoire, si vous avez lu Alice et vu le Magicien d'Oz (ou encore, tiens, Coraline, ayons le courage de nos idées et plaçons-la au côté des classiques), vous ne trouverez là rien de bien révolutionnaire – même si, il faut être juste, l'univers est bien ficelé et le style agréable à lire. A mi-chemin entre délire onirique et roman d'aventure, Abarat (je n'ai lu que le premier tome, un deuxième est sorti qui attend son tour, et un troisième serait attendu), qui recèle quelques bonnes trouvailles, pourra vous faire passer un agréable moment, et voilà.
Zolg
Doomsday de Neil Marshall
Un horrible virus s’attaque à l’écosse, plus ravageur que
tout ce que l’on peut connaître. La seule solution trouvée par les autorités
réside dans une quarantaine forcée derrière un nouveau mur d’Adrien. Une vingtaine
d’année après, malgré toutes les précautions, le virus réapparaît en plein
Londres… Pour éviter la mort de l’Angleterre et pour des raisons politiques,
une équipe est envoyée derrière le Mur afin de trouver des survivants à la
précédente épidémie et de ramener un vaccin…
L’histoire commence très bien. Elle est prometteuse. On dirait qu’on va enfin voir le retour d’un vrai post-apocalyptique du XXIème siècle. Puis les héros traversent le mur et là c’est le drame… En plus de changer de civilisation en découvrant ce milieu hostile, le film nous fait traverser le temps du genre. On découvre un film des années 80 et encore, c’est assez méchant pour cette époque… Le film est un fouillis de poncifs et de déjà vus. On frôle souvent le parfait ridicule. La réalisation est lourdingue (ce qui est dommage pour le réalisateur de The Descent qui était très bien…). Bref, on se dit bien vite qu’il n’y a pas grand chose à sauver… Même la BO (vraiment un comble !!!) est une copie de 28 jours plus tard !
Vraiment inadmissible ! Ca aurait pu être un très bon film, mais Hollywood en a fait un blockbuster décérébré presque digne d’un Beowulf avec Lambert…
StepH
lundi 11 mai 2009
RUSSELL, Sean : La guerre des cygnes (trois tomes)
Il est des livres, qui une fois terminés, vous laissent
désemparés. C’est un monde qu’on quitte, des amis qu’on perd. Il nous faut les
relire, voyager à nouveau. Cette trilogie nous fait cet effet-là. Après avoir découvert
ce monde étrange et dangereux, il est difficile de s’en séparer. Mais c’est ce
qui détermine la qualité d’un roman !
Le Royaume d’Ayr est divisé par une guerre séculaire entre
la famille Wills et la famille Renné. Chacun veut conquérir le trône et régner
seul sur le Royaume unique. Ce conflit est devenu viscéral et personne ne
semble à même de l’arrêter. Pourtant un homme tentera de trouver une solution
pacifique que personne ne souhaite vraiment…
Tam, Fynnol et Baore sont trois amis qui s’ennuient dans
leur petit village coincé entre les montagnes. Pour se distraire du quotidien,
ils décident de partir en bateau vendre des antiquités trouvée sur un ancien
champ de bataille au village voisin. Mais une rencontre avec un homme étrange
et l’attaque surprise qu’ils subissent les force à abandonner leur projet. C’est
alors qu’ils font la connaissance de Cynndl, questeur d’histoire, qui leur
propose un emploi. C’est le début d’une aventure qui mènera nos amis vers des
contrées bien plus dangereuses que prévu, au cœur d’un monde qu’ils ne
connaissaient pas, par les méandres d’une rivière étrange…
Si l’intrigue paraît de prime abord bien classique (qui
parle de Roméo et Juliette et de quelques hobbits candides embarqués dans une
aventure très dangereuse ?), il n’en est rien. On s’éloigne bien vite des
clichés éculés pour se plonger dans une histoire passionnante. On découvre un
monde mystérieux et riche, plein de dangers et de merveilles. On le voit se déplier
au fur et à mesure du roman, au fil de l’eau. Plein de poésie, on y entre,
fascinés, pour n’en sortir, à regret, qu’à la dernière page du troisième tome.
La structure du texte est équilibrée, entre action et
découverte, jusqu’au creux du monde. Le style (la traduction ?) est
élégant sans être pompeux et participe à cette addiction au monde. On ne peut s’empêcher
de le comparer à Tolkien. D’ailleurs, comme dans l’œuvre du maître, des pans d’histoires
sont évoqués et laissées dans l’ombre, comme un voile qu’on soulève brièvement.
Je ne suis pas un fan inconditionnel de fantasy. J’aime
beaucoup cela mais m’ennuie vite face à la production massive et très inégale. Pourtant,
je dois admettre que lorsqu’il est bien écrit, ce genre n’a pas d’égal quant au
plaisir et au rêve qu’il vous procure. J’avais connu cela avec Tolkien, le
relisant, dans ma jeunesse, chaque été. Aujourd’hui, j’ai connu la même
sensation avec cette œuvre. Je ne peux donc que vous la conseiller. Pour moi,
elle a pris sa place sur mes étagères, au côté du maître.
StepH
mardi 28 avril 2009
WILLINGHAM, Billy, MEDINA, Lan : Fables : Légendes en exil.
Vertigo, collection de DC (Batman, Superman, Flash, la Ligue
des justiciers) à destination d’un public plus adulte, nous a habitué à une
production de très haute qualité. On ne compte plus les classiques
incontournables depuis sa création : Sandman, V for Vendetta, Hellblazer
et j’en passe… Collectionnant les prix, elle nous propose des créations
intelligentes et fascinantes, prouvant s’il le faut que les américains (et les
britanniques) ne se contentent pas de raconter la vie de gars en collant qui
sauvent le monde mais proposent une variété d’histoires qui n’ont rien à envier
à notre production franco belge. Avec ce titre, Willingham nous plonge encore
une fois dans un monde plein de saveurs et de références qui est déjà devenu un
incontournable.
Les personnages des fables de notre enfance existent. Ils vivent parmi nous, exilés depuis l’invasion de leurs Royaumes par l’Adversaire. Ils ne vivent plus si heureux que ça, obligés de se cacher, de se faire passer pour des « communs ». Les plus humains de forme sont les citoyens de Fableville, en plein cœur de New York. Les autres sont exilés à la Ferme… Blanche Neige est adjointe au maire, divorcée du prince charmant qui la trompait. Elle gère les conflits réguliers des Fables et maintient un semblant d’ordre dans cette société pleine de tensions. Le Loup est le Shérif de la ville, amnistié de ses crimes comme tant d’autres meurtriers de Fables.
Tout n’est pas pour le mieux pour cette communauté en exil.
Mais tout empire lorsque Jack fait intrusion dans le bureau de Wolf pour l’informer
que Rose Rouge, la sœur et rivale de Blanche Neige, a disparu et que du sang macule
tout son appartement. Commence alors une enquête au cours de laquelle Blanche
Neige et le Grand Méchant Loup vont devoir découvrir qui a commis ce crime,
quitte à déterrer les lourds secrets des habitants de Fableville…
Reprenant volontairement une structure narrative somme toute
assez classique (la résolution d’un crime dans la plus grande tradition du
roman policier), le premier tome de cette série nous fait découvrir un monde
cohérent, intelligent et chargé de références. Si le contexte de fantasy
urbaine ne paraît pas de primes abords d’une très grande originalité (combien
de reprises un peu trash des fables a-t-on vu fleurir en littérature ou sur nos
écrans ?), la manière de le traiter apporte une saveur particulière à
cette histoire. Willingham joue avec ses personnages, leur apporte consistance
et réalisme. Il joue avec les codes des fables (et avec ceux du polar pour ce
tome). Au final, l’histoire se dévore et pose les bases d’un monde riche,
mystérieux et parfois drôle.
Les graphismesde Medina et l’encrage sont classiques mais collent bien à l’ambiance même s’ils manquent un peu de caractère à mon sens. Mais rassurez-vous cela ne nuit absolument pas à la lecture ! Vous chercherez tout de même tous les détails des planches. Plus récente (le premier story arc débute en 2002), cette série ne souffre pas de l’effet vieilli que nous procure un Sandman ou un Hellblazer. Medina sera remplacé dès le tome 2 Par Mark Buckingham qui est très bien. Remarquez aussi que les couvertures sont excessivement belles !
Notons enfin que Légendes en exil est un premier tome. En
tant que tel, outre la merveilleuse histoire que l’on lit, on a l’immense
plaisir de découvrir, lorsque l’on poursuit l’aventure avec les tomes suivants,
de découvrir à que l’auteur nous avait déjà donné des pistes et qu’il maîtrisait
déjà le monde qu’il créait.
Vous l’avez compris, je ne peux que conseiller à tout le
monde la lecture de ce premier tome (et de ses suites !). A son habitude,
la collection Vertigo nous délivre de vrai histoires, intelligentes et
remarquablement produites et réalisées. Je suis actuellement sur le deuxième
opus et je ne regrette absolument pas. Le monde grandit, on en découvre plus,
le nombre de références s’agrandit, à tel point qu’on ne les reconnaît pas
toutes parfois. Un véritable classique en somme !
StepH
mardi 14 avril 2009
GAIMAN, Neil : L’étrange vie de Nobody Owens.
La sortie d’un Gaiman est toujours un grand événement pour
moi. Le Diable Vauvert tarde à publier Fragile things (c’est pour le 17 avril).
Heureusement, Albin Michel publie l’étrange vie de Nobody Owens pour nous faire
patienter. De la même manière que Coraline (qui sort bientôt au ciné par le
réalisateur de l’Etrange noël de Monsieur Jack, Miam), ce roman devrait s’adresser
à un public plutôt jeune mais déborde largement cette frontière…
Jack se trouve dans une maison, il guette. Après avoir
assassiné un père, une mère, une sœur, il est à la recherche du petit dernier,
un enfant en bas âge qui ne pourra pas se défendre. Mais l’innocente victime n’est
plus là… Le petit curieux est sorti de son lit pour partir à l’aventure. Ses
pas le conduisent au vieux cimetière abandonné, talonné par le tueur. C’est là
qu’il est recueilli par un couple de fantômes qui jure de le protéger avec l’aide
du mystérieux Silas. L’enfant, baptisé Nobody par la population du cimetière,
se retrouve provisoirement en sécurité, élevé par la famille Owens, morte
depuis longtemps. Mais le mal rôde à l’extérieur, attendant son heure…
Un brin gothique, plein de rêves désenchantés et morbides (on
s’attend à retrouver Sandman ou Death au coin d’une page), on retrouve l’univers
unique de l’auteur. On y retrouve aussi beaucoup de thématiques chères à
Monsieur Gaiman : solitude, aliénation, réflexion sur la société, reprise
de la culture populaire et des légendes qui la fondent… Le cadre de ce roman
foisonne de références et d’aventures qui forment la personnalité du héros à travers
mille dangers.
On retrouve aussi, bien sûr puisque c’était la première
volonté de l’auteur, énormément de références au livre de la jungle.
Même si ce n’est pas le meilleur Gaiman que j’ai lu (je lui
ai préféré Coraline ou Neverwhere), ce roman fait partie des très bons crus. Il
est prenant, vivant. Il nous emmène dans un monde différent et pourtant si
proche du notre qu’il nous fait réfléchir. Livre sur la différence, roman
initiatique, roman d’aventure, cette oeuvre foisonne de casquettes que l’auteur
échange avec talent, nous plongeant intégralement dans son monde. Les
illustrations de Dave McKean si elles sont jolies et peuvent attirer les plus
jeunes (quoique) ne servent, par contre, pas vraiment l’histoire. On passe un
petit moment à les regarder, scrutant des indices à découvrir, puis, lassé, on
préfèrerait qu’elles ne soient pas là…
Reste la question difficile du public. Comme à chaque fois
(Stardust et Coraline par exemple), Neil Gaiman brouille les pistes. D’une
histoire qui semble presque naïve, il arrive à développer plusieurs niveaux de
lecture. Et ce qui est vraiment étrange, c’est qu’il semble que les niveaux de
lecture viennent vraiment de la réception du lecteur. Je m’explique : ce
qui pourrait paraître horrible à des adultes (se faire coudre des boutons à la
place des yeux) est perçu comme de l’aventure par les enfants (il faut sauver
les parents qui vont avoir les yeux cousus). Ce roman n’échappe pas à la règle,
même si c’est dans une moindre mesure que pour Coraline. Un enfant le lira avec
la même joie qu’un adulte mais pas pour les mêmes raisons. Vous pouvez donc
vous y jeter dessus, quel que soit votre âge !!
StepH
jeudi 9 avril 2009
KERASCOËT, VEHLMANN : Jolies ténèbres
Je lis beaucoup de BD d’une manière générale. Beaucoup de la
production d’aujourd’hui se ressemble et n’apporte pas grand chose à part du
divertissement. Alors quand sort une Bande dessinée qui me met une claque comme
ça, je me sens obligé d’en parler !
Jolies ténèbres s’ouvre sur un goûter entre une petite princesse et son prince. Graphismes enfantins, couleurs bonbons. « Reprendrez-vous un peu de thé ? Volontiers ma chère. ». Mais ce moment idyllique tourne court lorsque tout s’effondre autour du petit couple : d’abord des gouttes géantes, couleur sang puis le toit et les murs se resserrent et on ne peut plus que fuir, tenter de sortir… C’est alors que l’on voit où habitait ce petit monde et qu’on les suit au cours de leur tentative de survie dans ce nouveau monde hostile…
Je reste mystérieux sur l’histoire à dessein car une partie de l’intérêt réside dans la découverte. Je peux vous dire que lorsque l’on voit le graphisme, on ne s’attend pas du tout au contenu. Pourtant, dès la quatrième planche, on est fixé ! Contrairement donc à ce que nos yeux perçoivent, c’est une histoire sombre, très sombre même, cynique et sans concession.
Cette œuvre joue sur les contrastes comme en atteste l’oxymore du titre. Aux graphismes enfantins s’oppose l’effroyable histoire de la survie de ce petit peuple. Qui est-il d’ailleurs ? Les auteurs ne donnent pas de réponse. A nous de trouver, de tenter une exégèse.
Reste la survie de ces personnes mal préparées à ce monde,
et vierge de toute notion de sociabilité et d’empathie. On dévore les pages de
cette BD, horrifié, mal à l’aise, cherchant des réponses qui ne viennent pas.
Tout va de mal en pis dans la plus grande insouciance…
A mon sens (et après quelques recherches pour confirmer), l’œuvre parle de l’enfance. Mais pas celle qu’on aime à regarder : égoïsme, immoralité, méchanceté, naïveté extrême… Tant de concepts que l’on n’ose pas associer à nos chères têtes blondes. Mais souvenez vous de ces moments dans les cours de recré où humiliation et ostracisme étaient le pain quotidien... Le résultat est choquant, saisissant mais pondéré (ou aggravé, je ne sais pas…) par le graphisme du duo Kerascoët.
Pour moi, cette œuvre deviendra un classique tant tout est
bien pensé. Certes certain ne supporteront pas et crieront au scandale (ça a
déjà commencé…) mais il est indéniable que cette BD est terriblement bien réalisée. Je vous disais que ça avait été une claque pour moi mais je pense
plutôt que c’était une sorte de piano à queue que j’ai reçu par la
figure ! Jetez-vous y d’urgence sauf si vous avez l’âme sensible ou que
vous êtes gaga des enfants…
StepH
jeudi 2 avril 2009
KAMIYA, Makoto; SHUGA,Shorato : RESIDENT EVIL DEGENERATION :
" Survivre à l'horreur " :
Cette chronique pourrait se résumer ainsi : Raconter un genre et se poser la
question de savoir s’il mute du jeu vidéo au film d'animation (sans passer par
le cinéma, la nuance est importante) avec bonheur.
Depuis
longtemps, les échecs des expérimentations virales de l'immense multinationale
pharmaceutique " Umbrella " sont profondément enterrés sous
les ruines radioactives d'un bourg du Mid-West : Racoon City. Sans faire
l'impasse sur les péripéties ibériques de l'agent spécial Leon Kennedy,
" Degeneration " débute dans un aéroport US : Un autre
bourg du Mid-West : Harvardville, une autre firme pharmaceutique : Wilpharma,
les mêmes personnages : Leon Kennedy et Claire Redfield, déjà héros de Resident
evil deuxième du nom. Les éléments se mettent en place pour que les râles
désespérés reprennent et que les détonations de gros calibre y mettent fin.
Personnellement, j'ai été peu convaincu par cette partie car si la tension
familière est au rendez-vous, celle-ci retombe un peu rapidement, soufflé
resservi trop tiède... Une incertitude vite évanouie quand on découvre enfin
les gigantesques installations de Wilpharma, il ne manque plus que la grosse
bête mutante quasi-indestructible pour se remettre à table. Sans gâcher le
suspense – chose qui est rarement recherché dans le genre – je peux vous dire
que tous les ingrédients y sont. L'armée, les compromissions politiques, les
écolo-combattants, les ombres du 11 septembre, on tente d'introduire de
nouvelles saveurs mais elles sont bien fades et les vielles recettes n'en ont
jamais vraiment besoin car on veut le retrouver comme on les a toujours aimées.
En 1992, le
premier " Resident Evil " s'ouvrait sur la phrase :
" Enter the world of survival-horror ". Un genre créé en
France avec le premier " Alone in the Dark ", trouve là son
dogme, la bible qui fait autorité sur la question ; Déclinée dans une quinzaine
de jeux vidéos. Nés de mutations virales, la ménagerie des adversaires à
saturer de plomb est immense : Du doberman mort-vivant au géant bourré de
testostérone mutante. Le héros ou l'héroïne est une personnalité de devoir
ayant toujours avec bonheur une familiarité avec les armes à feu. L'adversaire
dispose de moyens colossaux pour entretenir des installations scientifiques
immenses et une véritable petite armée de chercheurs qui feront une acceptable
horde de zombis aussitôt que l'habituelle petite faille apparaîtra dans la
conservation des éprouvettes.
On peut se
demander si cette structure vidéo-ludique s'adapte à un film d'animation – Ce
questionnement ne se trouverait-il pas ailleurs sur ce blog ? – Je serai tenté
de dire " presque ", même si tout ceci sent le produit de
synthèse : une dose de nouveau personnage, une dose de psychologie, une
conclusion qui va un peu plus loin que la destruction du boss de fin de
niveau... " Presque ", Mais je suis un aficionado-gamer ne
comptant plus le nombre de chargeurs de calibre toujours plus gros vidés sur
des multitudes qui se déplacent benoîtement en poussant des râles de lassitude,
la tête penchée sur le côté, je manque certainement d'objectivité.
Le produit
final résiste-t-il à une analyse cinéphile ? On ne pourra pas contester le
grand spectacle et le rendu très dynamique si l'on n'était pas dans le cadre
d'un film en images de synthèse. On peut même se demander s’il a connu une
quelconque évolution depuis " Final Fantasy Les Créatures de
l'Esprit ". On pourrai même dire qu'il a plutôt régressé pour perdre
le petit supplément d'âme du film de Hirobonu Sakaguchi.
Au final et
à contre-courant du battage publicitaire qui visait le public large en sortant
des consoles de jeu. " Degeneration "est le pur produit
pour les geeks-fans de l'univers au parapluie blanc et rouge. Les chercheurs en
second et troisième degré pourront avec délectation regarder le making-of pour
admirer l'ardeur et le professionnalisme nippon à réaliser un produit tout
juste moyen. Tous les autres pourront passer sans remord leur chemin.
L'horreur
n'est pas vraiment à l'honneur. L'erreur peut-être...
Pacman.
mercredi 25 mars 2009
HAMILTON Laurell K. : Lunatic Café
En pleine Twilight-mania
virulente, j’avais bien besoin d’une histoire de vampires pas trop gnangnan. Je
ne veux pas dire du mal de quelque chose que je n’ai pas lu ou vu, sûrement que
le succès de Stephenie Meyer doit être mérité, mais sa bluette
romantico-fantastique ne me tente absolument pas et me fascine encore moins.
C’est donc tout naturellement que je me suis tourné vers un autre phénomène littéraire, plus ancien et plus modéré : les aventures d’Anita Blake. Chasseuse de vampires et réanimatrice de zombies, surnommée l’Exécutrice, celle-ci évolue dans une sorte de présent alternatif où monstres et humains se côtoient sans chercher à se cacher les uns des autres : pour les humains, les vampires et autres loups-garous existent, ils peuvent être nos voisins, nos banquiers, les enseignants de nos enfants, sans pour autant être des meurtriers. Ces êtres sont intégrés dans la société avec plus ou moins de succès, et sont même protégés par des lois anti-discriminatoires ! Un monde presque parfait puisque bien entendu les penchants les plus bas de l’âme humaine y sont toujours présents. C’est ainsi que notre Exécutrice est amenée à donner quelques coups de main à la police de Saint-Louis en tant qu’experte en surnaturel (elle a même fait des études pour cela !) pour élucider des crimes plus sordides les uns que les autres.
Un univers qui fonctionne et une galerie de personnages très attachants sont donc les points forts de cette série qui compte à ce jour une quinzaine de volumes. Les intrigues lorgnent du côté du polar, tout en faisant évoluer une trame principale centrée sur les sentiments de l’héroïne. Les thèmes abordés sont bien sombres et certaines scènes s’impriment immédiatement sur nos rétines. Le style est très accessible, voire conventionnel, avec quelques tics assez horripilants propres à l’auteur (où serait-ce au narrateur ?) : description des personnages en mentionnant leur tailles, leurs vêtements, effets de style qui reviennent d’un tome à l’autre et… les prénoms des protagonistes. Jean-Claude le vampire vous y croyez, vous ? Pour l’instant je suis en train de lire le premier tome, je vous en dirais donc plus une fois lu ! A ce sujet, j’ai commencé par le quatrième opus ce qui ne m’a en rien gêné pour la compréhension de l’histoire. J’ai dû me gâcher seulement quelques surprises des volumes précédents, aussi me tairais-je avant de spoiler davantage.
En
synthèse, une bonne série qui se veut sans d’autre prétention que celle de
divertir et qui y parvient haut la main. Un détail cependant : les
couvertures cul-cul… Mais Bragelonne va rééditer cette année les aventures de
la belle alors on peut se prendre à rêver d’un meilleur traitement…
Mr Jack
lundi 16 mars 2009
BEAUVERGER, Stéphane : Chromozone
Les fidèles de ce blog se souviennent peut-être que j’avais
été très sévère avec Stéphane Beauverger quant à la nouvelle qu’il a écrite
pour Appel d’air. J’avais dit hésiter à aborder un de ses livres. Et bien j’ai
dépassé mes appréhensions et c’est une bonne chose !
Chromozone est le premier tome d’une trilogie qui avait eu
de très bonnes critiques. Initialement parue à la Volte, elle fait finalement
l’objet d’une édition de poche chez Folio SF dont le deuxième tome, Noctivore,
vient de paraître (il y a un peu plus d’un mois). C’est donc l’occasion d’en
dire tout le bien que j’en pense !
Pour vous le présenter sans en dévoiler trop, je dirais
qu’après un cataclysme technologique, la France (le monde ?) a éclaté.
Plus d’unité nationale, plus de société mais une lutte de pouvoir constante
entre diverses communautés aussi éphémères qu’absurdes. Ici, les noirs
africains prônent une société à base de vaudou ; là les musulmans
progressistes tente de sécuriser leurs frontières ; ailleurs les communistes
déportent les émigrés dans de nouveaux goulags… C’est dans ce cadre presque
surréaliste, que l’on suit plusieurs personnages qui tentent de survivre, de
sauver des gens, de faire du pognon…
Le monde n’est plus le même. Plus de technologie ou plutôt
une nouvelle technologie étrange. Plus de communication. On flirte avec le
grossier, on a peur que l’auteur dérape et que tout devienne ridicule. Les
thématiques abordées ne sont effectivement pas d’une originalité folle.
Méchants musulmans ? Pauvres blancs spoliés ? On a un peu chaud au
début et puis c’est le déclic. Pas de méchants pas de gentils, aucune humanité
nulle part. Tout n’est que survie. Au départ, on se rend vite compte que la
société n’est qu’animale. Puis ce devient pire… Nos héros se débattent dans ce
monde mais ne sont pas exempt de défauts. Ils font partie de ce monde pourri,
ils contribuent à le créer.
Si Beauverger ne fait pas dans la dentelle, il mène bien sa
barque et nous guide, effrayés, dans ce monde si lointain et pourtant si
proche. Il nous procure aussi le grand bonheur de ne pas situer son histoire à
Paris, qui semble être la seule ville de France pour beaucoup d’auteurs
français. Ici tout se passe à Marseille, en Allemagne et en bretagne. La
conclusion de ce livre nous donne envie de prendre vite la suite.
En conclusion, je dirai que c’est un roman sombre, sans
concession, parfois un peu limite mais qui a le mérite de nous interroger sur
l’humanité et sur la société dans laquelle nous vivons. A lire donc.
StepH
lundi 9 mars 2009
ADLARD, KIRKMAN, MOORE : WALKING DEAD
Comme le
temps passe vite: ma dernière critique remonte à huit mois déjà et je vous y
faisais part de mon intention de chroniquer un monument du comics actuel, le
susmentionné Walking dead.
Les morts marchent en effet. On ne sait toujours pas pourquoi, mais leurs intentions sont quant à elles bien claires : Brrraiiinnnns ! L’histoire débute avec le point de vue de Rick (les patronymes ne sont guère plus d’usage à présent), un policier d’une petite ville des Etats-Unis, marié et ayant un fils. A la suite d’une intervention qui tourne mal, celui-ci perd connaissance. Lorsqu’il se réveille quelques jours plus tard (28 ?), c’est pour découvrir un hôpital, une ville puis un monde où la mort a pris la place de la vie. Dès lors, il n’a qu’une obsession : retrouver sa chère famille.
Encore des zombies, me diront certains ? Pas vraiment non.
Tout d’abord le ton de l’histoire : amateurs de gore rigolard, passez votre route. En détaillant le quotidien d’un groupe de survivants et des rapports qui les unissent les uns aux autres, Kirkman frappe juste. Les zombies ne sont finalement qu’une toile de fond, un prétexte comme bien souvent, pour nous parler de l’évolution d’hommes et de femmes en période de troubles. Les personnages parlent, réagissent et se comportent avec justesse et vraisemblance, terme trop souvent oublié dans les oeuvres relevant de l’imaginaire. Les rebondissements sont nombreux et très inattendus : dans les premières pages, la mort frappe soudainement, là où l’on s’y attend le moins, emportant des personnages auxquels on était attachés. Le rythme est soutenu, enlevé, surtout dans les premiers tomes, où aucun moment de répit n’est ménagé, au point que l’on n’en peut plus d’attendre la suite… C’est un peu différent pour les derniers volumes, à mon sens, où l’histoire semble s’essouffler un peu. A la décharge du scénariste, on ne voit pas comment ils auraient pu poursuivre sur ce tempo. Au contraire, cette cassure dans la trame permet aux auteurs de nous emmener sur des terrains surprenants, posant des questions pertinentes sur l’humanité : que devient la loi en l’absence de société, qu’est-ce qui définit un crime… Dès lors que le modèle de la société vole en éclat, plus rien ne peut rester comme avant. C’est un monde que Rick et ses congénères se doivent de réinventer. En plus de survivre.
Walking dead est donc une œuvre poignante, prenante, autant philosophique que divertissante, intelligente et violente. Certains passages sont (très) durs : quelques planches peuvent être très gores, mais surtout c’est de violence psychologique dont je veux parler. « Monstrueux » (volume 5) est d’une noirceur telle qu’il n’est pas à mettre entre toutes les mains. Lorsque vous le lirez, imaginez le calvaire des lecteurs de la première heure qui ont dû patienter plus de 3 mois pour en connaître la suite.
Pour finir, quelques mots sur le graphisme car on oublierait presque que l’on parle d’un comic. J’ai nettement préféré le premier dessinateur de la série, Tony Moore, au coup de patte précis et fin, et qui restituait à merveille les émotions des protagonistes, avec des encrages plus doux et nuancé. A un tel point que lorsque le relais est passé aux mains de Charlie Adlard, il m’a fallu une période pour m’habituer : le trait est plus nerveux, tremblant, on a du mal à reconnaître certains personnages. Mais cela va de pair avec leur perte de repères : c’est une volonté des auteurs de rendre leurs héros méconnaissables.
Un dicton de cinéphile promet qu’à chaque période de crise est associé un grand film de zombie. La crise est là, alors précipitez-vous sur Walking Dead…
Mr Jack
mardi 3 mars 2009
LOVECRAFT, Howard Philips :La quête onirique de Kadath L'inconnue
Randolph Carter – le fameux, le légendaire Randolph Carter me dira-t-on
peut-être... *– se met un beau jour ou
une belle nuit en quête d'une cité aperçue en rêve, dans un monde tout à fait
onirique que l'on va découvrir en suivant sa trace ; une cité dont même lui,
rêveur chevronné, n'a jamais entendu parler. C'est dire. Son chemin,
comprend-il, devra passer par Kadath, la cité perchée des dieux, que personne
n'a jamais vue jusque-là.
Pour commencer son voyage, Carter n'a qu'à descendre les sept cent marches qui le mèneront aux « prêtres barbus de Nasht et Kaman-Thah, dont le temple souterrain s'étend non loin du monde éveillé et au milieu duquel se dresse un pilier de feu » ; tout un programme, une broutille en vérité. En musique, on dit que cela commence « in media res », je crois – au milieu de la chose. Je n'aurais pas dit mieux. Sans avertissement, nous voici dès les premières lignes plongés dans le songeux univers bâti par Lovecraft, sans autre justification ; on n'en saura pas plus sur Randolph Carter, qui il est, d'où il vient, même si quelques indices seront parsemés au long du livre ; seul son nom, perdu et étrangement discordant au milieu des Zin, Shantak Barzai-le-sage et autres Nyarlathotep, évoque une éventuelle parenté avec notre monde. Il faut dire, La Quête Onirique... ferait partie d'un « cycle » plus long, que l'on trouve en intégralité dans le recueil Démons et merveilles, (« un rapport avec la chanson ? » - je pourrais guère vous le dire**) et qui narre les aventures dudit Randolph Carter : ceci explique peut-être cela, mais pour ma part, je l'ai point lu *** ; et quoi qu'il en soit, les aventures du bonhomme le mèneront ici d'une région à l'autre du pays des rêves, où il aura affaire à d'innommables créatures et nouera des alliances avec des chats, des goules – dont « celle qui avait été autrefois l'artiste Arthur Pickman de Boston » – pour un périple parfaitement fantaisiste et presque léger, loin des habituels cauchemars lovecraftiens, bien que l'on y retrouve quelques-uns de ses thèmes de prédilection.
Mené tambour battant, dans un style bourré des habituels épithètes de l'auteur (mais sans jamais tomber non plus dans le soporifique), La Quête Onirique de Kadath l'Inconnue est un véritable enchantement où l'on retrouve et où l'on goutte, grâce à une plume incroyablement efficace, la substance presque intacte des rêves et leur logique propre, tout en conservant cohérence et fil narratif. Tout d'un bloc (pas la moindre trace d'un quelconque dialogue, de chapitres, à peine des paragraphes), le texte semble nous prélever hors de la réalité à un moment de notre vie pour nous y ramener, presque inchangés, à la fin du voyage. La faible épaisseur du roman aide à renforcer l'impression, qui ne tiendrait pas, pensé-je, bien plus loin que les quelques cent cinquante pages imprimées là.
Au final, entre bois enchantés, mers lunaires, vins hypnotiques, faméliques
de la nuit ou visages divins gravés dans la pierre – et même quelques héroïques
batailles ; j'ai parfois cru lire du Tolkien – mille images restent en tête une
fois le livre refermé. On ne saurait que trop le conseiller à ceux qui
voudraient aller à la rencontre d'un auteur dont les louanges sont souvent
chantées, mais qui est je crois, de nos jours, peut-être peu lu du fait d'un
univers parfois considéré comme trop âpre, et de son côté « ancêtre »
qui peut rebuter certains.
Zolg
*C't une blague, mais c'est aussi parce que je suis pas spécialiste de Lovecraft non plus, alors...
** Car oui, « Démons et Merveilles » est aussi le titre d'une chanson de Jacques Prévert. Jacques Prévert aurait-il lu Lovecraft ? Ce dernier était-il déjà traduit à l'époque où la chanson a été écrite ? Si un musicologue pouvait nous répondre, ce serait fameux je crois.
***J'ai appris ça par hasard, quand je rédigeais la présente notice... Comme quoi, quand je dis que je suis pas spécialiste de Lovecraft !
mercredi 18 février 2009
BORDAGE, Pierre : La Trilogie des Prophéties
La trilogie des prophéties est constituée, comme son nom l'indique, de trois ouvrages plus ou moins liés entre eux : « La prophétie du serpent », « L'ange de l'Abîme » et « Les chemins de Damas ». Pierre Bordage (Les Guerriers du Silence, le Cycle de Wang...) se lance ici dans la littérature d'anticipation proche où le fantastique n'est présent que par touches légères, très légères...
Trois ouvrages
plutôt volumineux que je vais essayer de vous présenter ici d'un trait.
L'évangile du
Serpent : A travers une narration quadruple (le
principe des évangiles selon...Yann, le premier disciple, Luc, cyber call-girl,
Marc, journaliste, et Mathias, tueur à gages ), Pierre Bordage nous raconte
l'histoire d'un nouveau messie venu d'Amérique du Sud, Vaï Ka'ï, un jeune
enfant capable d'accomplir des miracles dont le message (abandon de la
propriété, nomadisme, recentrement sur soi, amour du prochain...) fait fureur
et déclenche les passions. Il en profite pour dresser un vilain portrait de
notre société, en situant l'histoire dans un futur très proche et aborde, avec
plus ou moins de bonheur, des thèmes tels que l'extrémisme religieux,
l'omnipotence et le cynisme des médias et des pouvoirs politiques , les
mouvements sectaires... Une autre version de la S.F en Lozère, bien plus
réaliste peut-être, vu qu'on est loin de s'y ennuyer...
Le style dynamique et fluide de Pierre Bordage sert ici une histoire plutôt bien montée, crédible et aimable à lire, tout en donnant à penser sur notre monde. L'univers est bien tenu, très proche de notre quotidien, les personnages sympathiques, et la plupart des réflexions et digressions, bienvenues quand elles sont glissées habilement, nous permettent de prendre du recul sur le monde dans lequel nous vivons. Beaucoup de lucidité, et au final une bonne petite histoire, incontestablement agréable et face à laquelle on n'a jamais l'opportunité de se dire que l'on a perdu son temps.
Le tout se termine sur une note presque optimiste, sans être larmoyant, et c'est très bien – vivement la suite, qu'on se dit.
L'Ange de l'Abîme : Faisons en premier lieu un détour, si vous le voulez bien , par la couverture du format Livre de Poche : il s'agit de l'une des meilleurs couvertures que j'aie vu, je crois, tant elle est l'illustration parfaite du roman et le résume à merveille ; sombre, oppressante, avec son paysage aux ponts de métal acéré dominés par un ange aux ailes déployées, mais immobile, et dont on ne voit pas le visage.
Quelques années ont passé depuis L'évangile du serpent, et là où celui-ci se terminait sur une note presque ensoleillée, L'Ange de L'Abîme s'ouvre sur un univers terriblement désespéré, sur fond de décor d'une Europe à l'agonie, politiquement démembrée, sur laquelle règne un mystérieux dictateur roumain, l'Archange Michel. Le cynisme et l'intolérance de la religion poussée à ses extrêmes ont remplacé les espérances que faisait naître le charmant Vaï Ka'ï – dont le « projet », nous l'apprendrons, à largement échoué – dans le précédent volume, s'incarnant dans une société méfiante, mafieuse et ultra-violente, refermée sur elle-même et entièrement tournée vers un objectif : la guerre contre les nations musulmanes.
C'est dans ce contexte que Stef et Pibe – qui tient son nom, certains se le demandent peut-être déjà, d'un certain « footballeur argentin d'avant la guerre » – vont prendre la route pour aller parler au fameux archange Michel...
Avec une extraordinaire lucidité, l'auteur nous mène avec brio dans un cauchemar dont – la formule est répandue, je le sais, mais pour une fois j'avoue l'avoir réellement ressenti – on ne saurait ressortir indemne. Impossible de s'arracher à ces pages, il faut savoir – savoir non pas tant ce que cette histoire-là nous réserve, mais ce vers quoi notre monde tend, et ce à quoi il va aboutir si on ne redresse pas la barre à temps. Car oui, c'est de cela qu'il est question le plus souvent, sans même que l'on s'en rende compte, et c'est là toute la force du livre : il nous met en garde contre un modèle de société qui exclut et qui assène, qui trie et qui triche, d'une façon tout-à-fait effrayante au vu de certains parallèles qui pourraient être faits.
Un chef d'œuvre
aux mots et aux images forts et persistants, il faut oser le dire.
Les chemins de Damas. Ah, la belle ellipse ! Quelques années ont passé
depuis la chute de l'empire chrétien de la vieille Europe, et on retrouve le
vieux continent dans un état guère plus frais : chômage, violences,
délocalisations, main-mise des mouvements évangélistes qui prêchent le
renouveau de la religion. Jemma quitte Paris pour retrouver sa fille disparue
et se rendre en terre musulmane, où les rumeurs d'enlèvement d'enfants la
mènent. Là, la justesse de l'auteur l'amène à découvrir un peuple pas si
sauvage que ce qu'elle pense, mais loin d'être angélique non plus ; et surtout,
il nous mène en douceur vers une fin en tous points surprenante qui évidemment
ne sera pas dévoilée ici.
Il faut le dire, Les chemins de Damas constitue – sans être non plus complètement mauvais – une légère déception, surtout après le fabuleux choc du précédent opus. L'auteur y reprend un procédé narratif identique à celui de L'Ange de L'Abîme – une alternance de chapitres consacrés à l'histoire principale et d'autres nous racontant la société qui les entoure, ses travers et ses acteurs – ce qui est dommage et ôte à mon avis un peu de cohésion à la trilogie ; il semble de plus s'être essoufflé, ce qui se comprend après le train d'enfer mené jusque-là. Le roman reste à lire, loin d'être désagréable et réservant, c'est déjà dit, une belle surprise pour la fin.
Au final, Pierre Bordage nous livre avec sa
trilogie une œuvre dense et intense, où l'Ange de L'Abîme se taille la
part belle, et dont les trois volumes peuvent être lus séparément mais gagnent
à être lus ensembles.
Zolg
samedi 7 février 2009
AYROLES, MAÏORANA, LEPREVOST : D
En 2002 se concluait, au bout de 6 tomes hilarant,
l’histoire de Garulfo, la petite grenouille qui voulait devenir un homme. Après
avoir dépoussiéré le conte de fée, la belle équipe remet le couvert en
s’attaquant au mythe du vampire. C’est plein d’espoir que j’ai parcouru cette
BD et je n’ai pas été déçu !
En pleine époque victorienne, Richard Drake, célèbre
explorateur, rentre d’expédition. A l’occasion d’une grande soirée, il fait la
connaissance d’une jeune femme, Catherine Lacombe, qui ne le laisse pas
indifférent. Malheureusement, notre héros se fait souffler la dame par un
mystérieux dandy… Drake ne le sait pas encore mais c’est le début d’une
nouvelle aventure qui le conduira à chasser un prédateur bien plus rusé et
dangereux que ceux qu’il a déjà chassé…
Les graphismes et l’encrage, fins et dynamiques, nous
plongent directement dans une époque victorienne bien éloignée des bas fonds
sales et sombres de Jack l’éventreur ou d’Oliver Twist. Lumineux, extravagant,
cette époque représente ici le dandysme. Les protagonistes qui entourent le
héros sont futiles, n’écoutent pas grand chose et préfèrent les commérages à la
politique. L’ambiance est donc posée, pleine de lumières et de strass.
L’énigmatique rival de Drake ne dépareille pas dans l’ambiance, incarnation du
dandy, il est comme né de son temps.
Le scénario est plein de références mais ne s’alourdit
jamais, on le lit d’une traite, happé par l’aventure. Rappelant les classiques
mais ne les copiant (pour le premier tome en tout cas) pas, l’histoire prend de
l’intérêt que l’on soit spécialiste du vampire ou néophyte. L’humour disséminé
tout au long de l’album termine de donner un goût spécifique à cette relecture
du mythe du suceur de sang.
Emballé, c’est le moins que l’on puisse dire de mon avis au
sujet de ce premier tome ! Je me suis régalé ! A la fois bonbon
acidulé, travail sérieux et récit d’aventure efficace, on se laisse vraiment
emporter, on a envie de relire, de faire des recherches et de trouver les
références. Pourvu que ce soit aussi bien sur la longueur !!
StepH
samedi 31 janvier 2009
PICARD, Geoffrey ; CROC ; BENOIST, Nicolas et al. : C.O.P.S
Faisons un
grand écart conceptuel ; " Rêve de Dragon ", 1993 ; " C.O.P.S
", 2003. Bien plus que des concepts de base complètement différents, dix
années séparent ces deux oeuvres. Un homme seul, à l'imagination féconde face
au travail foisonnant d'une " Dream Team " de l'autre. En un seul
ouvrage, GERFAUT capte votre imagination. C.O.P.S ne vaut que par la somme de
ses suppléments. Je vous ai parlé du premier précédemment. Parlons du second
maintenant.
2026,
poussée par la forte poussée ultra-moraliste des années Bush et des réformes
liberticides engagées après le fiasco de la présidence d'Hillary Clinton (pas
d'obamania en perspective en 2003 ...), la Californie déclare son indépendance
de l'Union. L'état souverain, prenant la place de l'Italie au G8, devient le
havre de toutes les libres expressions, des plus saines : Respect de
l'homosexualité ou des communautés, au plus inavouables : Dérives extrémistes,
sectaires ou criminelles. Afin de pallier à la disparition d'une police
fédérale et de sortir des guerres internes résultant de l'hyper-spécialisation
au sein du Los Angeles Police Departement, un partisan de l'indépendance
propose la création du C.O.P.S. La Central Organisation For Public Security se
veut une brigade d'élite, composée de flics tirés sur le volet, issus de toutes
les divisions du L.A.P.D. Pouvant se saisir de toutes les affaires impliquant
plusieurs services ou des sujets sensibles. Dotée d'une identité visuelle
significative (Le masque et l'arme particulière qui sont en couverture du livre
de base), le C.O.P.S est le service de super-flics dont ont besoin les
Angelinos élevés dans le culte de l'image et du héros moderne. Le cadre paraît
alléchant, mais la réalité est plus cynique car sous le chaud soleil, libre
expression rime souvent avec pire des excès où la vie se monnaie et les trafics
en tout genre vont bon train. Les affres de la criminalité et ses vilains
garçons sont largement documentés dans la " première saison " de ses
suppléments.
La première
saison est toujours bonne. Ici le crime nous ai proposé dans toute sa splendeur
et sa complexité, drogues new-age, mafieux entre tradition et modernité... et
apparition des premiers mystères. Le deuxième saison est celle des sphères
d'influence propre à amener leur petites complications : Les médias, les
politiques, le travail semble être un peu moins fouillé mais les coins du voile
sont encore un peu plus soulevés. Vous pouvez alors décider de vous arrêter là ?
Le meilleur pour faire vivre un L.A. Entre sunlight et ténèbres est derrière
vous. On poursuit parce qu'on est accroc et la descente est rude, de moins en
moins d'infos générales, mais les révélations sont maintenant à portée de
mains, connaissant des rebondissements pas toujours amenés de façon heureuse :
le grand tournant conduisant les flics de L.A. a vivre le tournant majeur de la
" série "... sur Mars. La quatrième saison met fin à l'histoire d'une
façon très abrupte.
Au fur et à
mesure de la lecture de suppléments s'est opéré en moi un basculement. Je me
suis demandé si je me trouvais en
présence d'un jeu de rôle ou d'une oeuvre littéraire collective ?
Dans le
premier cas de figure, l'énorme masse d'informations à presque de quoi
décourager. Il faut avoir la maturité d'un joueur expérimenté pour appréhender
et transmettre cette somme. Mais il faut aussi l'enthousiasme et le temps-libre
de la jeunesse pour pouvoir en profiter. Dans le second cas, on peut peut-être
regretter que les auteurs nous offre un florilège d'infos un peu rigide, de
données superflues. Mais dans un cas comme dans l'autre, je ne peux que saluer
les qualités qui m'ont amené à mener l'enquête jusqu'à son dénouement et le
courage et le talent dont ils ont fait preuve pour oser tout balayer à la fin.
Mais
peut-être existe-t-il une voie entre les deux, une piste que je n'ai pas
correctement exploitée...Tentez votre chance comme joueur et si vous devenez vraiment
accroc, vous trouverez quelqu'un sur le Web, déçus, qui vous fera un bon prix
pour le tout.
Pacman.
dimanche 18 janvier 2009
PONZIO, MARAZANO : Le complexe du chimpanzé
Je vous avais déjà parlé de ce duo d’auteurs lors du vite,
vu vite lu sur Genetiks. Je vous en avais dit le plus grand bien. Aujourd’hui,
puisque le dernier tome du Complexe du chimpanzé est paru (en décembre 2008),
je vais de nouveau en dire du bien !
2035. Alors qu’Hélène Freeman se prépare à décoller pour une mission spatiale sur Mars, elle apprend que cette mission est annulée. Parallèlement, un module spatial s’écrase dans l’océan. Un bateau militaire est envoyé pour repêcher l’engin. Il s’avère que c’est une capsule d’Apollo et que Buzz Aldrin et Neil Armstrong en sont les passagers ! Hélène est donc appelée en tant que spécialiste pour découvrir ce qui s’est passé…
Une véritable science fiction en BD est assez rare. Une SF
de qualité l’est encore plus. Ici, tous les ingrédients sont présents pour
faire de cette trilogie une Bande dessinée inoubliable.
Tout d’abord, le scénario est irréprochable jusqu’à la fin. Sans être incompréhensible ou trop difficile (ce qui était un peu le cas de Genetiks), il tient en haleine jusqu’au troisième tome. Paradoxes temporels, voyages dans le temps, exploration spatiale…, tous les ingrédients sont réunis pour faire de la hard SF. Pourtant, ce penchant est pondéré par l’aspect humain de l’intrigue. En effet, l’héroïne doit choisir entre sa vie professionnelle et sa fille… Ainsi, on suit en même temps l’intrigue principale et la vie de la petite fille qui vit assez mal le fait d’être « abandonné » par sa mère. On se rapproche assez d’une SF à la Stanislas Lem (connu pour Solaris).
La magnifique intrigue de Marazano est soutenue par le dessin ultra réaliste de Ponzio qui achève de nous aspirer dans cette histoire. Certes certains diront que son graphisme est assez figé, c’est affaire de goût, moi j’adhère ! Il arrive par ses cadrages à créer une atmosphère inquiétante digne des plus grands films de SF.
Le seul bémol pour moi réside dans le troisième tome qui fait la part belle à l’aspect humain, négligeant par là même une véritable explication de ce qui s’est passé (ou peut être suis-je passé un peu à côté !).
Quoiqu’il en soit, ces trois tomes ont été un délice à
dévorer et je ne saurais que les conseiller pour tous les fans de SF un peu
intellectuelle !
StepH






