jeudi 26 novembre 2009
RULFO, Juan : Pedro Páramo
Pedro
Páramo est le seul roman de Juan Rulfo, auteur mexicain qui,
au bout de deux livres (Pedro Páramo et un recueil de
nouvelles, Le Llano en flammes) préféra arrêter
d'écrire pour devenir jusqu'aux années quatre-vingts,
un obscur fonctionnaire d'administration... Peut-être
l'inspiration l'avait-elle quitté ? Toujours est-il qu'avec ce
livre, il nous laisse un véritable chef d'œuvre, devenu culte
pour certains.
L'histoire commence avec une mort (celle de la mère du personnage principal), et un voyage vers le passé : tout est dit, en vérité. La mort ne quittera plus le lieu, rôdant entre les mots et les images évoquées par le narrateur, jeune homme parti à la recherche de ses origines, tandis que le voyage en arrière ne s'arrêtera... que trop tard.
Avec cette histoire (qui paraît simple, et qui ne l'est pourtant pas) et qui se déroule dans une ambiance hallucinée, Juan Rulfo démontre avec merveille que le fantastique est bien plus proche de nous que ne l'est souvent ce que l'on a coutume de nommer le réel , hantise, fantômes, souvenirs... Toutes ces thématiques que l'on n'évoque souvent qu'avec difficulté, que l'on ne fait que murmurer dans la « vraie » vie et qui, bien menées comme elles le sont ici, vous donnent des frissons dans le dos sans avoir besoin de faire dans le sensationnel, loin de là. Avec Pédro Páramo, on touche du doigt, on sent, on respire l'odeur poussiéreuse de ces soirées où les plus sceptiques rient plutôt jaune...
A force de remonter le temps (oui, les heures s'écoulent comme à l'envers dans le livre), le lecteur est mené jusqu'à la source, à celui qui a tant marqué son territoire et ceux gens qui l'habitaient : le cruel, le navrant Pedro Páramo. Avec la crudité et la sobre extravagance souvent propre aux textes auteurs sud-américains, Juan Rulfo évoque son peuple, son histoire, et les hommes : rien de bien imaginaire, et pourtant... tout l'est. Là où les superstitions se font mode de pensée, les morts ne peuvent que reprendre vie, les vivants ne sont jamais bien loin des frontières d'un royaume des trépassés qui les entoure littéralement, en vérité, jusqu'à ce que les deux se confondent et que les liens étroits entre vie et mort apparaissent plus clairement que jamais... cependant que le monde moderne laisse peu à peu place à la société (plus ?) injuste des grands propriétaires du siècle précédent, les chevaux remplacent les voitures...
On tient là une histoire à ne pas manquer, pour qui aime toutefois se torturer un peu l'esprit ; car s'il se laisse lire, le roman ne peut pas vraiment être rangé parmi les bouquins divertissants, au sens le plus communément attribué au terme du moins. Pas vraiment jovial, dirons-nous.
Un livre (encore un) que vous ne trouverez pas au rayon SF, et qui y aurait pourtant sa place. Catégorisation oblige, ils sont nombreux dans ce cas ; à mon sens, cela soulève une véritable réflexion sur l'existence et le sens d'une distinction souvent faite entre ce que l'on appelle parfois (sans oser le dire trop fort non plus, faudrait pas passer pour des élitistes...) la littérature « noble » et la littérature de « seconde zone », ou de gare... dont la sf fait trop souvent partie.
Super Zolg
mardi 17 novembre 2009
Vite vu, vite lu : Novembre 2009
Louisiana Breakdown de Lucius Shepard :
Lucius
Shepard a remporté en 2007 le Grand Prix de l'Imaginaire pour
« Aztechs », un roman d'anticipation évoquant
des liens avec l'imaginaire ou la civilisation aztèque, si
j'ai bien compris...
Fidèle à mes habitudes, j'ai préféré en lire un autre que celui que tous nous recommandent. Et j'ai choisi, pas vraiment par hasard, Louisiana Breakdown, sorti en 2003 – peu avant le passage de l'ouragan Kathrina (évoqué dans la préface, rajoutée en 2006 et visiblement écrite expressément par l'auteur pour l'édition française si j'ai bien compris, ça fait toujours plaisir) sur l'état susnommé. Il se trouve que cette région du monde, allez savoir pourquoi, m'attire tout particulièrement ; certains c'est l'Inde, d'autres le Japon, d'autres encore il paraît le grand territoire inuit... Moi, c'est la Lousiane, la Nouvelle-Orléans et tout ça.
Il se trouve que j'ai point été déçu : bien écrit, rythmé et – paradoxalement – « réaliste », Louisiana Breakdown est un petit bijou glaçant et enthousiasmant, vraiment bien construit, qui relate les aventures du musicien plus ou moins looser Jack Mustaine dans un petit village de La Louisiane étrangement nommé : Graal. Il relate notamment son aventure d'amour avec la belle Vida, reine du printemps promise au terrible Bonhomme Gris, sorte de croque-mitaine local craint de tous, au point qu'on n'oserait lui refuser un sacrifice... et l'histoire d'un inévitable enchantement qui tourne en rond comme les péripéties de la vie humaine se répètent inlassablement.
Assez court, rapide à lire, on y entend résonner les sons doux et stridents de la musique cajun, on sent l'odeur du poivron grillé au fond de la froide cuisine de Bon Chance, le bar-restaurant où se déroule une bonne partie de l'intrigue. Par certains aspects, j'ai retrouvé la précision et la lucidité, le même souci de l'humain et du quotidien d'un Stephen King. Non pas, au contraire, que Shepard n'ait pas son style propre.
Personnellement, je raffole de ce type d'univers proche du nôtre et d'autant plus effrayant. C'est ce genre de livre qui vous fait chercher autour de vous des raisons de ne pas céder à la superstition ou à la crainte, et qui, finalement, renforce votre rationalité autant qu'il développe votre imagination... le yin et le yang, je crois, qu'on dit vers l'Asie.
Conclusion : à lire, lui aussi.
Super Zolg
mercredi 11 novembre 2009
JONES, Julie, V. :L’épée des ombres : 1) Le piège de glace blanche.
Après la semi déception de Graceling, je persiste pour me
faire une idée de ce que sera la ligne éditoriale du nouveau label Orbit. Je m’attaque
néanmoins à une valeur plus sure : J.V. Jones. Si je n’ai jamais rien lu
de cette auteure, sa réputation de grande dame de la fantasy me donne envie
voir par mes propres yeux.
Raif est un tout jeune homme des clans. Pas même encore considéré par ses pairs comme un « temporaire », il apprend avec son grand frère Drey à survivre et à se rendre utile au clan Grêlenoire sur les terres septentrionales des Territoires du Nord (c’est dire s’il fait froid !). Mais alors qu’ils reviennent d’une partie de chasse, ils découvrent le campement détruit et tous les chasseurs tués. Parmi eux, se trouve leur père ainsi que leur chef. Qui a pu commettre ce crime infâme ? Bouleversés, ils rentrent prévenir la communauté et découvrent un autre survivant : Masse Grêlenoire, le propre fils du patriarche. Comment s’en est-il sorti ? Raif doute fortement de cet homme au fétiche de loup qui semble attiré par le pouvoir. Mais que peut faire un enfant sans statut contre cet homme respecté et qui a l’intelligence de son animal totem…
Ash rêve de plus en plus. Une caverne de glace noire, des
voix qui l’appellent, du sang, des mains qui tentent de l’attirer. Qu’est-ce
que cela signifie ? Penthero Iss, son père adoptif et Haut Seigneur de la
Tour-Vanis semble en savoir plus que ce qu’il laisse entendre. Pourquoi l’avoir
sauvée du froid alors qu’elle n’était qu’un nouveau né ? Pourquoi se
préoccuper avec autant d’insistance de la venue de ses menstrues et de son
développement physique ? Cela a-t-il un rapport avec ses rêves ? Ash
a peur, elle va devoir trouver des réponses par elle-même…
Le piège de la glace blanche est le premier tome de ce qui
semble être un cycle de cinq volumes nommé l’épée des ombres. Cette entrée en
matière est assez bien menée. Même si l’intrigue n’avance pas énormément, J. V.
Jones nous fait découvrir un monde assez âpre et plein de mystères. Les
personnages sont bien brossés, ont des réactions humaines et on s’attache à ces
héros qui sont dépassés par les évènements. Le style de l’auteure est agréable,
plein de descriptions qui nous permettent de nous immerger dans ce monde rude.
Ainsi, nous découvrons au fil des pages les traditions et l’histoire des clans,
de la Tour-Vanis, comment tout un monde s’imbrique et se nourrit des cultures
et des relations entre des ennemis héréditaires. Nous entrevoyons d’autres
sociétés, inquiétantes… Nous apprenons aussi à appréhender une magie subtile et
dangereuse d’une grande originalité.
Notons enfin que le deuxième tome sort demain (le 12
novembre) en France et que le quatrième tome est en cours de publication aux
States. Ce qui signifie que la rapidité de publication française va vite cesser !
StepH
samedi 31 octobre 2009
BOUDOU, Jean : Les Contes du Drac.
« Il
était une fois le Drac. Le Drac était fils du diable.
Il était aussi une fois l'enfant-joli. Et l'enfant-joli
s'était juché sur un pommier de pommes rouges, tout au
fond du jardin, le long du chemin. »
Tel est pris qui croyait prendre... Le Drac, le vilain, le malin Drac va se retrouver, pour notre plus grand malheur à nous, pauvres gens du monde, bloqué hors de chez lui, à la surface de la terre, pour répandre le malheur partout où il passera...
Il aura aussi la malencontreuse idée de faire des enfants, et ceux-ci, bien dissimulés parmi les hommes, s'échineront à jouer des mauvais tours à ceux qu'ils croisent et aux vies desquels ils se mêlent, allant parfois jusqu'à se marier pour certains...
Tel est la trame du recueil, qui va nous servir les aventures des « petits dracs » jusqu'à un splendide final dont on ne sera pas déçu.
Les Contes du Drac constituent donc un court recueil de contes écrits entièrement en occitan (mais traduits en français, rassurez-vous) par Jean Boudou, un auteur plutôt inconnu mais qui mérite bien mieux à mon avis. Ses contes, que l'on va qualifier de « tirés du folklore rouergat » (Boudou était fils d'une conteuse), d'une simplicité brute, tant dans la forme que dans le fond – bien qu'ils ne manquassent pas de réservasser leur lot de surprises – vous charment et vous captivent dès les premières lignes. C'est rythmé et lourd comme la terre et la rocaille, omniprésente, hypnotique comme un vieux blues mal enregistré...
Fascinant d'innocence, effrayant comme l'enfance. Boudou – qui fut en son temps instituteur dans le Rouergue, puis en Algérie, où il termina sa vie en 1975 – parvient, avec sa langue à la fois simple et si riche en expressions inédites, à faire revivre le fabuleux monde des contes tel qu'on le connaît, tels qu'on les entendait au « dans le bon vieux temps »...
L'allemand Georg Kremnitz a dit de lui que « s'il avait écrit dans une langue majoritaire, sa voix serait perçue de partout. ».
Tant mieux, c'est pas moi qui l'ai dit, mais je suis bien d'accord avec lui.
Seul problème : une relative rareté de l'œuvre (pas introuvable non plus, je pense, faut juste le demander), éditée (du moins, la version que j'ai moi, il doit en exister d'autres, je pense) aux Editions du Rouergue, dans un recueil de recueils contenant, en plus des contes du Drac, les Contes des Balssa, les Contes du Viaur, et les Contes de chez moi, dans lesquels on pourra aussi trouver quelques merveilles comme le formidable Fleurette et Piétonel, ou bien le glaçant Château des Rêves, ou encore l'énigmatique Oiseau Bleu... et je pourrais en citer d'autres, tant ils sont chacun, malgré leur brièveté (rarement plus d'une dizaine de pages) comme une entité à part entière.
Mais pour ce qui est des recueils, les Contes du Drac gardent ma préférence, et je ne saurais que vous conseiller de commencer par eux.
Zolg
dimanche 25 octobre 2009
CASHORE, Kristin : Graceling.
Voilà, c’est parti, Orbit s’est lancé ! Quatre volumes
sont parus au début du mois. J’espère beaucoup de ce label et je crains en même
temps ce qui va arriver. En effet, Hachette lance Orbit d’abord car il existe
déjà chez nos voisins anglo-saxons et américains mais aussi pour barrer la
route à Bragelonne dont l’hégémonie et la place sur les tables SF n’est plus à
démontrer. S’en suivra-t-il une bataille de volume ou une bataille de
qualité ? L’avenir nous le dira et j’espère sincèrement que ce sera la
deuxième solution qui sera envisagée. Pour le moment, j’ai terminé Graceling,
qui semblait être le cheval de bataille du nouveau label. Convaincu ? Pas
vraiment mais pas déçu non plus…
Parmi les 7 royaumes, certains humains se trouvent dotés d’une habileté qui semble défier l’imagination. Certains seront des couseurs hors pairs, d’autres seront d’incomparables bretteurs, d’autres encore seront des cuisiniers illustres. On les appelle des graceling. Ils sont reconnaissables à leurs yeux qui sont dépareillés. Souvent ces êtres hors normes servent les rois des différents royaumes et sont craints par tous.
Katsa fait partie de ces élus. Elle a le don du combat. Son
oncle, qui dirige le royaume des Middluns, l’utilise comme gros bras pour
intimider ou punir ceux qui ne restent pas dans le rang. Inutile de dire que sa
réputation est épouvantable. A son arrivée, les gens baissent les yeux ou
s’enfuient. Mais Katsa en souffre. Elle se pose des questions. Qui
est-elle ? Vaut-elle mieux qu’une bête féroce ? Peut-elle prendre en
main son destin au risque de tout détruire sur son passage ? Elle a crée
une société secrète qui régule les abus de pouvoirs des seigneurs des royaumes
mais reste pourtant inféodée à son roi. C’est lors d’une mission de sauvetage
que la rencontre d’un autre graceling la lancera sur le long chemin de
l’humanité…
A la lecture des premières pages, je n’ai pas été
véritablement emballé. Le style n’est pas mauvais mais le contenu n’est pas
d’une originalité sans borne. Une héroïne avec d’énormes pouvoirs ne sait pas
quoi en faire. Elle en a même peur. Elle l’utilise pour faire le mal. Mais « avec
de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités »… L’univers ne
nous retourne pas le cerveau. On pourrait même dire qu’il est à peine ébauché.
Sept royaumes avec des seigneurs plus ou moins sympathiques à leurs têtes,
point. Nous n’en saurons pas vraiment plus. C’est décevant. Ceux qui aiment les
univers foisonnant, les belles descriptions, peuvent passer leur chemin. En
vérité, le roman est centré principalement sur deux personnages, peut-être
trois. C’est d’ailleurs de ce qui me semblait être une faiblesse qu’est venu
l’intérêt. En effet, au fil des pages, on voit se dessiner la psychologie des
personnages, leurs interactions font avancer le récit et l’on s’attache à ces
héros hors norme qui ont des problèmes trivialement humains.
Une fois accrochés aux protagonistes, nous passons à la
deuxième phase du livre : l’action ! Car c’est à partir de ce moment
là que l’intrigue, qui avait été lancée dès le premier chapitre, prend de
l’ampleur. Un méchant se dessine, effrayant de pouvoir, et qui pourrait tenir
en échec Katsa et ses pouvoirs incommensurables. Mais encore une fois, ce
danger est l’occasion de découvrir le développement intérieur de notre jeune
graceling.
Au final, après quelques péripéties, je sors de ce livre plutôt satisfait. Même si je ne dirais pas que c’est un « must have », il m’a fait passer un bon moment et je ne regrette pas sa lecture. Je regrette que le monde ne soit pas plus étayé et j’espère que les suites que notre jeune auteure (c’est son premier roman) prépare pallieront à se manque et garderont les qualités qui m’ont fait l’apprécier. En revanche, je ne vois pas ce qui justifie le grand nombre de nominations à des prix littéraires…
Quoiqu’il en soit, pour le prix attrayant de 14.90€ on peut
se permettre cet achat si on a envie d’une lecture sympathique…
StepH
mercredi 21 octobre 2009
CROWLEY, John : Le Parlement des fées II – L’art de la mémoire.
Dans ce
deuxième tome nous suivons l’histoire d’Auberon à la Cité et continuons à entrapercevoir
le sort des habitants d’Edgewood.
Je n’en dis
pas plus pour ne pas gâcher la lecture du premier et du second tome…
J’attendais
beaucoup de l’art de la mémoire et, jusqu’au 100 dernières pages, je n’ai absolument
pas été déçue ! En effet des fragments de réponses à nos questions sont
égrenés au fur et à mesure du récit mais de nouvelles interrogations (et non
des moindres) sont également présentes. Qu’à cela ne tienne, je continuais
quand même, attendant avec impatience la fin du « Conte » tout en
imaginant milles issues possibles. Mais voilà, l’auteur nous propose un final
complètement farfelu… Que ce soit farfelu n’est pas forcément gênant en soi
mais quand on a nourri des attentes pendant 650 pages (les deux tomes réunis)
et qu’on nous ouvre les rideaux d’un coup sec en proposant une vision
rocambolesque qui ne nous dit rien, ça déçoit, forcément. Ce qui m’a vraiment
gêné c’est que partant de là, l’auteur aurait pu écrire n’importe quoi pour
clore cette histoire, cela aurait été pareil. Ca m’a semblait un peu trop
facile et j’avoue que j’ai refermé le livre avec un goût amer tant j’avais
investi ces deux tomes.
EVa
CROWLEY, John : Le Parlement des fées I – L’Orée du Bois.
Smoky
Barnable, jeune homme de la grande Cité, se rend en marchant à Edgewood, l’Orée
du Bois, pour y épouser Daily Alice Drinkwater. Il devra loger dans la maison
familiale construite par John Drinkwater, architecte excentrique et entrera
ainsi dans l’histoire de la grande lignée des Drinkwater. On suit ainsi l’évolution
solitaire de Smoky, seul personnage masculin de la maisonnée entouré de 4
femmes auxquelles il s’attache, acceptant son sort et d’ouvrir son cœur sans
rien demander en retour. Smoky aura 4 filles et un garçon, Auberon, qui
quittera Edgewood pour la grande Cité.
Avec Smoky,
ce premier tome nous plonge dans un lieu mystérieux, flou, incompréhensible
dont l’auteur ne nous laisse percevoir que de simples fragments. Comme Smoky
nous acceptons les règles du jeu et, même si nos méninges fonctionnent à plein
régime en s’imaginant tous les scénarii explicatifs possibles, nous continuons
à avancer, patiemment.
On
comprendra dans ce premier tome que seuls les personnages féminins sont
capables de voir et de parler aux habitants d’un royaume situé à l’intérieur du
monde ordinaire. On suivra Smoky et Auberon (ainsi que d’autres figures
masculines et féminines passées, grâce à des flash-back) qui cherchent à
trouver leur place et leur rôle dans une destinée qui les dépasse.
EVa
dimanche 18 octobre 2009
HUB : Okko.
La
littérature est un voyage immobile dans un paysage sans limite. Au-delà de ce
lieu commun existe un paradoxe. On pourrait croire que les contrées de
l'imaginaire, ne subissant pas les contingences du monde vulgaire, transcendant
espace, temps et lois de la physique ne connaissent aucune borne. Or, ces
terres semblent parfaitement topographiées parfois même très précisément donc
limitées inconsciemment. Le sujet est bien plus vaste à développer que l'oeuvre
sur laquelle s'appuie cette chronique ; mais sa qualité narrative semble y
conduire.
Dans un Japon de traditions, un vieux bonze, marqué au front du signe des voleurs, se remémore les épisodes marquants de son prodigieux passé. Un passé étrangement lié au destin d'un samouraï sans maître chasseur de démon et aux quatre éléments.
L'eau tout
d'abord, dans un premier cycle où il évoque comment, jeune et pauvre pécheur,
il a sacrifiée sa liberté pour qu'un illustre chasseur de démon daigne
s'intéresser à l'enlèvement de sa soeur. Une aventure qui les conduira dans une
île inhospitalière battue par les vents marins où règne un seigneur despote
depuis son château suspendu dans les airs. La terre ensuite, car c'est dans les
sommets enneigés que cette bande hétéroclite mène une quête absurde pour
découvrir quelle mystérieuse force a pu terrasser le plus inébranlable acolyte
de cette compagnie. Quête qui connaît son apothéose dans une immense bataille
rangée à un contre dix contre une horde de morts-vivants s'extirpant des
entrailles de la terre. Pour entamer le Cycle de l'air quoi de plus approprié
que l'apparition d'un cerf-volant. Un cycle qui commence sous une fraîche bise
qui se change en une tempête qui dévaste tout sur son passage, semblant calquer
sa course sur le destin du héros...
Nous voguons ici en des terres inexplorées, aux limites de nos cartes des contrées imaginaires. Car le médiéval fantastique est une question de point de vue... Aux antipodes des chevaliers errants, dieux et démons qui nous semblent si familiers existent rônins, kamis et onis : un Japon des mythes et légendes. Effrayant voyage s'il en est, grand bond en avant dans les traditions asiatiques qui pour certains d'entre nous sont inconnues. Contrées inexistantes de notre imaginaire même si l'on a côtoyé le miroir quelque peu déformant du manga et du cinéma de Hong-Kong.
Alors est posée la question de savoir si l'exploration en terres déjà colonisées est plus plaisante qu'un voyage en terres inconnues. Et si tout comme il est bon de posséder un bon guide pour visiter de nouvelles contrées, il faut être versé dans le folklore nippon pour apprécier tout le sel de cette oeuvre ?
Mon conseil
: peu importe, laissez-vous entraîner par la narration de Hub. Car le terme qui
la caractérise le plus n'est pas " original ", mais
" juste ". Certes nous évoquons une histoire inscrite dan
un contexte singulier : Evoquer Okko, c'est respirer un rythme entre lenteur de
méditation contemplative et souffle saccadé d'un combat de sabre cher aux
samouraïs. C'est observer une image emprunte de maîtrise entre dépaysement
asiatique et codes familiers dés lors que l'on observe évoluer un étrange coterie
face à ses doutes : le mystérieux passé du héros ténébreux, le sacrifice de
l'enfant et son nouvel apprentissage, le monstre au service du bien... Le tout
rendu avec une précision de calligraphe, inscrite dés la couverture. Alors peu
importe l'accent avec lequel vous est contée une histoire dés lors qu'elle vous
parle. Cycle de deux albums, on ressent en lisant Okko que chaque dessin,
chaque case, chaque dialogue est pensé en fonction du suivant pour produire un
tout qui se suffit à lui-même. De plus, le dernier album en date apporte son
lot de rebondissements extraordinairement bien placés dans l'ensemble de
l'oeuvre de cinq existants.
La question d'un lecteur au combien casanier paraîtra peut-être simpliste mais : Vous sentez-vous prêts à sauter le pas, à franchir les océans qui bordent les côtes de votre imaginaire pour atteindre l'île, ou pour certains la presqu'île, qui mène à ce Japon médiéval fantastique ?
Vous m'en
feriez un grand honneur, une dignité de samouraï...
Pacman.
mercredi 23 septembre 2009
BRUST, Steven, LINDHOLM, Megan : La nuit du prédateur.
Je vous l’ai déjà dit mais encore une fois, il est très dur
d’écrire sur ce que l’on aime passionnément. C’est de nouveau le cas ici. La
nuit du prédateur est à mon sens un des meilleurs titres du catalogue Mnémos. Alors
quand Pocket le publie finalement au format poche, je suis obligé de me faire
violence et de tenter de vous expliquer les raisons de mon engouement pour ce
titre.
L’histoire est assez complexe à présenter sans déflorer la moitié de l’intrigue. Un vieux flic désabusé enquête sur des meurtres horribles ; un gitan erre, amnésique, dans les rues de Lakota. Il ne sait pas qui il est mais il sait qu’il doit faire quelque chose… Les morts s’entassent autour du gitan… Un conte, une Belle Dame, un Monde étrange… Je ne vous en dirai pas plus, l’intrigue est installée.
Je l’avoue, commencer ce roman est ardu. Alternant entre enquête du policier tenace, quête d’identité du Gitan et conte, les chapitres s’enchaînent au départ sans liens apparents. Imaginez l’orée d’une forêt. Un petit chemin s’ouvre devant vous, à peine discernable. Plein de ronces, vous forçant à quelques souplesses. Vous vous dites qu’il serait plus simple de rebrousser chemin. Mais si vous continuez, vous émergerez sur un petit chemin vierge de toute civilisation, un monde pour vous tout seul. Avez-vous déjà vécu cette expérience ? C’est ici la même chose. Après quelques pages ardues (j’ai voulu rebrousser chemin mais la fée sur mon épaule m’a poussé à continuer), on entre dans un monde envoûtant, vierge de tout poncif littéraire. On suit les héros, on écoute la musique et l’on cherche à entrer dans la danse.
Quête initiatique, OVNI littéraire, pur moment de poésie,
voyage dans le monde de féerie, je ne sais pas comment qualifier ce roman. Restent
la qualité de l’écriture, de la structure, l’ingéniosité des auteurs. Peut-être
ne suis-je pas tout à fait objectif, peut-être le genre de la fantasy urbaine me
rend-il clément, en tout cas cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un
livre aussi beau.
Au final, je me dis que lorsque deux auteurs de qualité unissent leurs efforts, il ne peut en résulter que du bon. C’est faux, mais c’est le cas ici. Les qualités reconnues de ces deux écrivains ont été mises en avant pour gommer leurs défauts. Il ne reste que du bon. Le seul regret que je pourrais avoir, c’est que Célia Chazel et Audrey Petit aient quitté le bateau Mnémos qui nous offrait de merveilleuses pépites. Audrey, je l’espère nous offrira d’autres bijoux pour le nouveau label Orbit (chez Calmann Levy). Célia nous laisse orphelins puisqu’elle quitte le monde de l’édition pour embrasser celui de la traduction. Quant à Mnémos, malheureusement en perte de vitesse, il est repris par Sébastien Guillot, qui nous a offert la découverte d’auteurs incontournables comme Neil Gaiman et qui dirige la très belle collection Interstice (encore chez Calmann Levy).
Pour conclure, je vous dirai donc simplement que ce livre, qui correspond si fort à l’atmosphère automnale qui sévit depuis quelques jours est un incontournable. Amoureux de littérature, fans de fantasy urbaine et de poésie, entrez dans la danse, passez quelques soirées auprès de la roulotte des bohémiens et écoutez leurs chants et leurs histoires, vous en reviendrez, tout comme moi, enchantés.
StepH
lundi 14 septembre 2009
LEHMAN, Serge, COLIN, Fabrice : La Brigade Chimérique
Mais pourquoi n’y a-t-il aucun super héros français ?
Les fans de comics se sont parfois posés cette question et rêvent
en secret de voir naître nos champions nationaux (et européens) et de se
passionner de leurs récits. Pourtant, si l’on regarde l’histoire, on se rend
compte qu’ils ont existé mais que le peuple les a oubliés. Lehman et Colin ont
donc entrepris de nous compter la fin de leur histoire et de nous expliquer
pourquoi nous ne nous souvenons pas d’eux. Est-ce le début d’un golden age des
comics français ?
L’histoire est complexe à exposer sans déflorer l’intérêt de
la lecture. L’action se déroule à la fin des années trente. Les nations s’inclinent
vers le totalitarisme. Les fiers héros de la première guerre mondiale, nés dans
les tranchées, tentent de dégager l’Europe d’une nouvelle guerre qui serait
désastreuse. Mais nos protagonistes ne sont plus tous aussi nets… Les intérêts
politiques et personnels entrent en jeu, comme les sentiments politiques…
Chacun se débat donc avec ses armes afin de créer le monde qu’il souhaite voir
naître.
La Brigade Chimérique s’inspire de la Ligue des Gentlemen
extraordinaires, c’est un fait. Le graphisme de Guess (Carmen mc Callum)
ressemble étrangement à du Mignola. Ne serait-ce donc qu’une énième resucée,
une nouvelle tentative bidon de créer du neuf avec du vieux ? Je pense que
non. Certes la ressemblance est frappante. On retrouve dans la Brigade
Chimérique des personnages historiques et fictifs qui ont eu leur heure de
gloire. Ils forment une sorte de groupe désordonné dans lequel l’ego et les
idéaux influent fortement sur les causes plus grandes. Mais l’ambiance est plus
sombre et l’histoire (même si elle reste encore très confuse sur le premier
tome) trouve une vie propre. Les références historiques, qu’elles soient
littéraires ou non, abondent et l’on s’incline devant la culture de Lehman. Certains
diront que la culture, c’est comme la confiture et qu’on en a marre de ces œuvres
qui n’ont de sens que d’étaler le savoir de l’auteur. Je répondrai que ce n’est
pas forcément le cas ici. Je ne connaissais pas tous les protagonistes et
toutes les références mais j’ai pourtant lu avec plaisir ces aventures. L’alliance
à la fois insouciante des pulps et l’ambiance sombre d’une période difficile se
marient très bien et l’on peut lire cette saga pour elle-même. Evidemment tout
l’intérêt réside aussi dans les clins d’œil et dans la réutilisation de héros
de sf des années trente, mais l’on peut s’en passer.
Au final, c’est une série qui m’a l’air d’être de qualité. Le
travail des scénaristes est indéniable et l’on se prend à vouloir connaître la
suite des aventures de nos héros européens. Guess a, à mon avis, produit un
beau travail au niveau graphisme, même si certains disent qu’il n’arrive pas à
la cheville de Mignola. Quoiqu’il en soit, on sera vite fixé sur la qualité de
la série dans la longueur puisque l’Atalante publiera très rapidement les
autres tomes : alors que le tome 1 est sorti le 21 août, le second paraîtra
le 16 septembre et le troisième le 16 octobre.
Au prix de 11€ le tome, on peut se laisser tenter en
attendant la sortie chez Panini comics des inédits de la Ligue des Gentlemen
Extraordinaires…
StepH
PS : les auteurs ont eu la merveilleuse idée de créer
un site. De belles illustrations, des explications sur la genèse du projet, les
références expliquées. Une extension indispensable à la BD ! Voici l’adresse :
http://brigadechimerique.com/
lundi 7 septembre 2009
BROOKS, Max : World War Z
L’actualité de Max Brooks (le fils jusque là inconnu de Mel
Brooks) a été chargée en mai. En effet, deux livres sont parus dans la
collection interstice. Pourquoi ? Les deux sont liés par leur
thématique : les zombies ! Le premier est un guide de survie en
territoire zombie et le second, un rapport d’une sorte
d’ « ONU » sur l’invasion de ces non morts. Alors que l’un
semble assez amusant (je ne l’ai pas lu et me base donc sur une intuition…),
celui dont nous allons parler est plutôt sérieux. Dans la profusion des
parutions zombiesques, il me semble que cette œuvre mérite le détour et je vais
tenter de vous expliquer pourquoi…
World War Z est un recueil de témoignages. Un homme a été
chargé par la Commission Post Traumatique des Nations Unies (CPTNU) de pondre
un rapport sur la plus grande pandémie, la plus grande guerre que le monde ait
connu, la lutte mondiale contre les zombies. Malheureusement, ce rapport n’a
pas été accepté et l’auteur a décidé d’en publier le contenu afin de permettre
aux générations futures de comprendre ce qui a détruit le monde de leurs
parents… Au travers de divers témoignages de par le monde, nous découvrons le
déroulement de cette catastrophe : Scepticisme, panique, survie, contre
attaque…
Si le thème du zombie est rebattu sur tous les medias
possibles, cette œuvre fait pour moi figure d’ovni littéraire. Pas vraiment une
histoire avec un début, un développement et une fin ; pas de héros mais
une collection d’entretiens sur divers sujets et dans diverses parties du
monde. Cela peut paraître déroutant mais on peut dégager une histoire au fil
des chapitres, celle de notre monde. Classés dans un ordre chronologique, les
témoignages permettent de construire le déroulement de l’invasion zombie et les
réactions humaines à l’échelle mondiale.
Souvent, les histoires de zombies suivent un petit groupe de
survivants, qui se débattent pour survivre, créant une microsociété pour le
meilleur et pour le pire. On y retrouve les luttes de pouvoirs, les travers
humains ou les nobles sacrifices. Bref, on se focalise sur l’individu. Ici, la
focale s’élargit pour embrasser le monde entier. Que feraient nos Etats si
cette catastrophe arrivait ? La raison d’état justifie-t-elle le sacrifice
de millions de citoyens ? Doit-on tout révéler ou bien cacher ce que l’on
sait ? C’est là, pour moi le tour de force de Max Brooks : par des
témoignages individuels, l’auteur nous montre comment le Monde dans son
ensemble réagirait. Mais Brooks est américain me direz-vous ? Sa vision de
la géopolitique n’est-elle pas un peu biaisée ? A mon sens, Il évite
l’écueil d’une analyse fermée et aborde bien les différents points de vues des
Etats. Certes, on retrouve ici et là quelques penchants occidentaux mais rien
qui trouble vraiment la lecture. Le lecteur un poil chauvin que je dois être à
regretté le traitement de la crise française, mais bon, on ne peut pas être
génial partout…
Au final, World War Z est une réussite. On le lit d’une
traite, se posant sans cesse la question du réalisme des réponses
gouvernementales à cette grave crise. Pour moi, cette œuvre fait office, comme
la plupart des histoires de zombies, de parabole. Car qu’est ce qui est en jeu
sinon la gestion mondiale d’une pandémie ? Je trouve qu’à la veille de
l’automne, avec l’actualité qui nous submerge, on devrait tous lire ce livre…
Et quelques réponses qu’on y trouve pourraient nous faire froid dans le
dos !
StepH
PS : J’ai oublié de préciser que la Paramount avait racheté les droits pour l’adapter en film. A Priori, ce devrait être Straczynski (un excellent auteur de comics et le créateur de Babylon 5) qui scénarise. Vous pouvez déjà regarder de fausse bandes annonces très bien faites sur Youtube.
De longues vacances !
Voilà ! Les vacances sont finies ! Bon en même
temps, c’était de bonnes vacances puisqu’elles ont duré (en ce qui concerne la
publication sur ce blog) plus de deux mois ! Après s’être reposé, on va
attaquer cette rentrée avec beaucoup de matériau. Espérons seulement que nous
aurons le temps de critiquer toutes les bonnes choses que nous aurons lues !
Du côté de la structure de ce site, pas énormément de
nouveautés. On continue dans le même sens en espérant augmenter la cadence des
critiques (dur dur !!). Nous allons grader la rubrique vite vu, vite lu en
invitant une nouvelle fois tout le monde à y participer. Peut être allons nous
tenter cette année d’augmenter l’aspect actualité du milieu de l’imaginaire.
Enfin, je vous souhaite à tous une bonne rentrée (qu’elle
soit scolaire, littéraire, ou simplement de vacances !) et bonne lecture à
tous !!
StepH
lundi 29 juin 2009
MEIRELLES, Fernando : Blindness
Fernando Meirelles est ce que l’on peut appeler un
réalisateur engagé. Il a signé la Cité de Dieu dans lequel il nous présente de
manière réaliste la vie dans les favelas. Il a aussi adapté avec soin The Constant
gardener de John Le Carré. Blindness est sa première incursion dans le domaine
du fantastique. Il adapte un
roman de l’auteur portugais Saramago (L’Aveuglement chez Point). Cela mérite qu’on s’arrête sur le sujet…
Dans une grande ville, un homme qui conduit perd soudain la
vue. Raccompagné chez lui par un petit voleur, il demande ensuite à sa femme de
l’ammener chez l’ophtalmo. Ce dernier ne trouve aucune raison à cette cécité.
Mais le lendemain, il perd aussi la vue. C’est le début d’une pandémie
galopante que personne ne semble pouvoir arrêter. L’Etat se voit donc dans l’obligation
de mettre en quarantaine tous les cas qu’il trouve. Le « patient zéro »,
le voleur, le docteur et bien d’autres se retrouvent donc isolés et livrés à eux-mêmes
dans un vieux bâtiment. Mais comment se débrouiller lorsque l’on ne voit plus
rien ? Les taches les plus simples deviennent insurmontables. Il faut donc
organiser la vie… Heureusement pour les victimes, la femme du docteur, qui
semble immunisée, a été mise en quarantaine aussi. Elle va tenter d’aider cette
communauté et devenir le témoin privilégié de l’horreur qui peut investir cette
prison…
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le sujet est original. C’est peut-être un film catastrophe, qui parle de pandémie, mais on ne meurt pas de cette maladie, on est juste privé du sens que nous utilisons le plus et qui fonde notre société. Cette thématique permet à l’auteur d’aborder une multitude de sujets différents comme le handicap, la société… Certes on retrouve des ingrédients classiques des films catastrophe comme l’inefficacité de l’Etat face à la crise ou bien l’horreur de l’humanité en position de survie, mais c’est bien l’originalité de la maladie qui donne son intérêt au film.
On retrouve la patte du réalisateur de talent. Une belle photographie, des plans bien pensés, apportent un supplément d’âme à ce film. Décidément, Meirelles mérite d’être suivi. Les acteurs, pas forcément des stars (à part Julianne Moore et Danny Glover), nous offrent une prestation juste et parfois touchante.
Là où le bas blesse, à mon sens, c’est que le film s’embourbe
un moment dans l’horreur. Si l’on suit le cheminement de ces malades livrés à eux-mêmes,
l’escalade vers l’inhumanité finit par me poser question. Certes amoindris et
traumatisés, les victimes resteraient-elles soumises si l’horreur devenait
insoutenable ? Vous me direz que la 2ème guerre mondiale nous a
bien montré la « banalité du mal » mais j’ai eu des difficultés à
comprendre la lâcheté d’une communauté entière… Et même si j’ai frissonné et
suis resté accroché à mon écran, je ne suivais plus le message… A l’inverse, la
dernière partie du film me semble assez gentillette, pleine d’humanité… Bref,
Meirelles ne s’affranchit pas entièrement des codes du genre et se laisse un
moment entraîner par des questions assez classiques pour cette catégorie de
film.
Pour conclure, je dirais que ce film mérite d’être vu. Malgré
la petite limite que je vous ai exposé, ce long métrage est tellement bourré de
bonnes idées et si joliment réalisé qu’il restera dans vos mémoires. Injustement
boudé lors de sa sortie ciné, donnez lui l’occasion de vous surprendre et de
vous faire discuter de son sujet. Parmi les nombreuses sorties traitant de fin
du monde, de catastrophe, de maladies, d’horreur, il fait partie de ceux qui m’ont
marqué et fait réfléchir…
StepH
mercredi 17 juin 2009
Vite vu, vite lu : Juin 2009
Le Dernier Magicien de Megan Lindholm alias Robin Hobb.
Dans
la ville de Seattle, le Magicien, qui a oublié son nom,
erre depuis des siècles – ou bien quelques mois seulement –
et nourrit « ses » pigeons avec un sachet de
pop-corn vieux de plusieurs années. Partie intégrante
de la ville, il en connaît les moindres recoins secrets, les
détours cachés, et vit sa vie, tranquillement, croisant
de temps à autres les autres « enchanteurs »
de la cité. Mais voilà qu'arrive un démon à
sa poursuite, ou bien une partie de lui-même, le redoutable
« Mir ». En le fuyant, le magicien ignore qu'il
court droit à sa perte.
Je n'avais jamais lu Robin Hobb, et en ayant à plusieurs reprises entendu dire le plus grand bien, je me suis décidé à me lancer à sa rencontre par l'intermédiaire de cet opus d'urban fantasy tout ce qu'il y a de plus classique.
Au final, je suis plutôt déçu ; si le livre se laisse lire, le style est assez neutre, voire répétitif, les personnages relativement brouillons, et l'auteure, à force de fausses-vraies pistes entre lesquelles elle semble ne pas parvenir à choisir, finit par se perdre elle-même, et son lecteur avec. On assiste en conclusion à une jolie redondance de fins désordonnées et presque incohérentes, et si je dois avouer que je ne regrette pas non plus complètement de l'avoir lu, je doute de me relancer un jour dans un autre Robin Hobb.
Super Zolg
L'Univers à l'envers de Phillip José Farmer.
Jack Cull, ancien
ingénieur électronique, est mort récemment dans
un accident de voiture ; cela ne l'empêche pas de se retrouver
dans un étrange enfer peuplé de nombre de ses
contemporains, et de bien d'autres encore, gens venus du passé
ou du futur. Un enfer où des nuages de « manne »
se baladent dans les airs, servant de nourriture à la
population, et où les arbres de Roc, seule végétation
connue, constituent avec la pierre brute dont sont faits tous les
meubles et immeubles, la principale matière première de
cette société relativement bien organisée. Les
démons sont là aussi, mais du fait de leur infériorité
numérique, ils sont devenus les esclaves des humains – ces
humains qui ne peuvent plus mourir : Jésus lui-même
intervient, sortant d'une ambulance, pour les ramener à la vie
lorsqu'un malencontreux incident les fait succomber. Jack, qui
travaille dans la puissante administration de « L'inter »,
n'est cependant pas au bout de ses surprises quand il découvre,
se réfugiant dans les égouts en compagnie du mystique
Fyodor (lequel emporte avec lui la tête de Jésus
décapité par la foule en furie) et de la belle
arriviste Phyllis, les immenses galeries inexplorées, et qu'un
véritable cataclysme l'en expulse soudain...
J'avais beaucoup aimé « La nuit de la lumière » et ses nombreuses images hallucinantes ; c'est peut-être pour cela que je suis un peu resté sur ma faim avec « L'Univers à l'envers » – mais je me dis que je suis bien sévère : Farmer, maître de l'oxymore s'il en est, livre ici une œuvre au rythme parfois un peu lourd, et dont les personnages sont souvent agaçants et peu attachants, mais qui est bourrée de trouvailles. On oscille au fil des pages entre le fantastique, la hard-S.F et la métaphysique ontologique (il faut le faire !), dans un univers un peu âpre mais aux images fascinantes – on pense souvent aux illustrations de Wojtek Siudmak. A tenter, donc, pour ceux qui se sentiraient intrigués, d'autant que scénaristiquement, l'histoire réserve son lot de surprises
Super Zolg
Witchling de Yasmine Ganelorn.
La Terre (les Etats-Unis ?) ont pris connaissance de
l’existence du monde des fées. Ceci engendre craintes et désirs de la part des
humains. Des fées marchent parmi les hommes. Les sœurs d’Artigo sont des
sang-mélés, nées d’un père fée et d’une mère humaine. Elles font partie d’une
structure « gouvernementale » qui régule et s’occupe de la sécurité
des citoyens de l’Outremonde. Mais elles ne sont pas très douées, leur sang
humain altérant leurs pouvoirs féeriques. Ainsi, Camille est une sorcière mais
ses pouvoirs ont tendance à déraper. Delilah est un chat garou qui se
transforme au plus mauvais moments. Enfin Menolly est une jeune vampire qui a
du mal à se contrôler. Lorsqu’elles enquêtent sur une affaire de meurtre d’un géant
de petite taille, elles se retrouvent au cœur d’un complot qui risque de mettre
en péril leur monde et celui des humains…
Si le pitch est alléchant, on a bien vite l’impression de
lire un épisode de Charmed… Trois sœurs qui s’adorent aux prises avec des
démons très méchants qui veulent leur faire la peau jusque dans leur belle et
grande maison. Ajoutons à cela des histoires d’amour à rebondissement (qui
vais-je choisir entre le beau ténébreux elfe noir et le malin
renard-garou ? Que faire lorsque le majestueux dragon me fait de
l’œil ?) et la coupe est pleine. Vous n’en n’avez pas assez ? Et bien
Camille ira faire des courses pour des beaux dessous en attendant que des infos
tombent sur la plus grande menace à laquelle ils doivent faire face…
On a beau dire, et au risque de paraître encore une fois
obtus, la bit lit (puisque c’est le genre auquel appartient cette trilogie) me
semble bien être une lecture plutôt féminine. En tout cas cet auteur nous livre
une histoire qui aurait bien mieux eu sa place dans la collection Luna de
Harlequin… Pour vous prouver mes dires, je voulais vous livrer des citations
mais je me dis que ce titre ne mérite pas de prendre une trop grande place…
En un mot, je crois que vous pouvez passer votre chemin,
sauf si vous aimez les histoires de filles…
StepH
dimanche 14 juin 2009
GEMMEL, David : Rigante
David Gemmel est un auteur phare aujourd’hui dans le monde
de la fantasy. Véritable vache à lait pour les éditions Bragelonne, chaque
nouveau roman est un succès. Pourtant, j’ai remarqué que notre blog n’avais
jamais donné son avis sur aucun de ses livres. Je voudrais donc revenir sur une
quadrilogie qui m’a marqué et qui n’est pas reconnue à sa juste valeur.
Connavar est un jeune garçon plutôt sauvage, né dans les
montagnes verdoyantes des Highlands (pas ceux d’Ecosse mais assez proche).
Courageux et malin, il apprend aux côtés de Banouin, le marchand étranger. Mais
cette vie rustique dans laquelle notre héros montrera sa valeur, ne durera
peut-être pas. En effet, la cité de Roc, avide de territoires nouveaux, a déjà
conquis tout le continent et veut traverser la mer afin de soumettre les fiers
highlanders au grand Empire. Les rigantes ne sont pas prêts. Ils sont condamnés
à perdre leur culture et à vivre à genoux… Sauf si un grand héros se lève et
organise la défense…
Gemmel produisait (il est décédé en 2006) une fantasy soit
dans des mondes totalement imaginaires (les Cycles de Drenaï) ou bien para
historiques (Le lion de Macédoine ou le récent Troie). Rigante appartient au
deuxième genre. Le monde s’inspire grandement de l’Ecosse et de son invasion
par l’Empire romain. Il est clair que les histoires qui sont écrites sont toutes
très guerrières, pleines d’hommes au caractère trempé et de femmes soumises mais farouches. Je ne
dirai pas que c’est une littérature plutôt masculine pour éviter de me faire
traiter de sexiste, mais je le pense…
Rigante n’échappe pas à cette tradition. Les héros sont
forts, sentent un peu sous les bras et se battent comme des forces de la
nature. Les sentiments sont forts comme lors d’un bon match de rugby. Bref on
ressent la testostérone qui envahit notre corps à la lecture des protagonistes
qui se sacrifient pour une cause plus grande qu’eux. Vous vous dites au ton de
plaisanterie que j’utilise, que ma critique ne sera pas bonne ? Détrompez
vous ! J’aime beaucoup et ce pour deux raisons : d’un côté on
pourrait dire que c’est une lecture récréative mais très bien construite ;
de l’autre, un deuxième niveau de lecture se cache souvent derrière cet apparat
de Conan.
Premièrement donc, je trouve que si l’on considère que
Rigante est un bon roman pour s’aérer le cerveau, on a raison. Bien construit,
renouvelant bien le genre de l’heroïc fantasy, on s’étonne souvent d’être pris
par le livre. On a envie de savoir ce qu’il va se passer, on veut voir le
gentil (en fait peut-être pas toujours si gentil) héros battre les méchants
(pas toujours si méchants). Les personnages sont attachants, humains malgré
leur taille hors norme. Leurs actions ne sont pas toujours héroïques et
l’humain reste toujours présent. C’est donc une très bonne lecture récréative
même si je pense que Rigante n’est pas la meilleure série si l’on cherche un
livre d’action pure (on passe beaucoup de temps avec les rigantes à suivre leur
vie « normale »).
Deuxièmement, on peut déceler beaucoup de réflexions
derrière l’apparente simplicité du texte. Cette quadrilogie traite d’abord, si
on la considère dans son ensemble, de Culture(s) (vous m’avez bien lu !!).
La série se déroule sur plusieurs centaines d’années et l’on suit le peuple des
highlands au fil des tentatives (réussie ou pas) d’invasion. On voit comment
chaque culture s’interpénètre et change la civilisation. De ce point de vue, il
me semble que Rigante est une des œuvres les plus réussies de cet auteur. On
est vraiment étonné de ce que soulève ce livre d’apparence si fruste.
En conclusion, il me semble que Gemmel est un des seuls
auteurs à proposer une littérature à la fois très populaire, digne héritière
des séries comme Conan ou autres Bannis de Gor, mais aussi maline est
intelligente. D’une manière générale tous les Gemmel que j’ai lus sont de bons
niveau mais j’ai eu un vrai coup de cœur pour cette série.
StepH
jeudi 4 juin 2009
MCCARTHY, Cormac : La route
Cormac McCarthy n’est pas un auteur de SF. Considéré comme
un des plus grands auteurs contemporains, il s’essaye ici à un roman
d’anticipation. Avec succès ? Il a reçu le prix Pulitzer 2007 et toutes
les critiques sont dithyrambiques. La sortie en poche dans la collection Point
me donne envie de rajouter ma critique à l’énorme masse de critiques qui
existent déjà…
La civilisation est détruite. Plus rien ne tient debout. La fin du monde a eu lieu. Pourquoi ? Comment ? Quelle importance ? Aujourd’hui ne reste plus que la survie dans un monde recouvert de cendres où plus rien ne pousse.
Un homme et son fils sont sur la route. Ils tentent de
rallier le sud avant que l’hiver ne les tue. Mais le voyage et dur et
incertain. Leur vie se résume à la survie. Marcher, s’abriter, rechercher de
quoi survivre, éviter les autres qui tenteront de voler ou de tuer pour manger…
Autant vous dire que le sujet n’est pas gai. La route parle d’un monde qui est mort mais dont certains habitants n’ont pas eu la chance de partir avec, comme un poulet que l’on tue et qui a encore les pattes qui n’ont pas compris que c’était fini. Aucun espoir mais pourtant la vie s’accroche. Pas de circonstanciel, à quoi bon parler de ce qu’il y avait avant quand tout ce qui reste se réduit à manger de la poussière de céréales et à marcher vers le sud. On ne sait même pas exactement dans quel pays se situe l’action.
Le style de l’auteur participe de cette noirceur. Apre,
constitué de phrases courtes, parfois juste nominales, comme si le souffle
était trop court pour en formuler davantage. Pas de chapitrage, juste des
paragraphes qui scandent le voyage de nos deux héros. Peu de dialogues,
formulés dans un style presque indirect libre. Pourquoi parler quand il n’y a
plus rien à dire. Pourtant le père essaye, fait un effort pour son fils. Mais
les choses ne sont pas si faciles. C’est dans les non dits que l’on comprend
l’émotion. Au final, on a l’impression d’être dans un cauchemar sans fin dans
lequel on n’ose plus espérer ni pour le petit, ni pour l‘homme.
Touchant, percutant, ce roman l’est indéniablement. J’ai eu
un peu de mal à y entrer, obnubilé par l’effort de style. Pourtant, au bout de
quelques dizaines de pages, j’y étais, je les suivais le long de cette route,
témoin de leur calvaire. La relation père/fils qui est développée est crédible.
Tout d’ailleurs est très crédible dans son horrible réalité. Mais je dois
avouer que je n’étais pas toujours très touché et la noirceur constante du
sujet, le style très présent, me situait plus du côté du spectateur que du
témoin horrifié. C’est un peu un regret. J’aurais voulu ressentir plus
d’émotions (ou peut être ne suis-je pas très sensible) comme le vend le Point
sur le quatrième de couverture. Peut-être aussi est-ce la multiplicité
inquiétante de coquilles, de césures en plein milieu de ligne qui me mettait
hors de moi et me faisait sortir du récit. En vérité, je n’ai jamais vu autant
de coquilles de ma vie. Quasiment une toute les trois pages !! On se
demande s’il y a eu une relecture !
Au final, je ne saurais que conseiller ce roman car la
lecture vaut le détour. La réputation de l’auteur n’est pas usurpée. Et même si
je n’ai pas toujours été très touché, j’ai eu du mal à stopper ma lecture. Je
pense aussi que certaines images resteront gravées dans ma mémoire. Cependant,
attendez une nouvelle édition en poche ou investissez dans le grand format, ça
vous évitera l’écueil de râler toutes les trois pages…
StepH
jeudi 28 mai 2009
BARROW Wayne : Bloodsilver.
Les westerns, c'est cool
; mais quand en plus de ça, y a et des fantômes et
(surtout) des suceurs de sang, quelle éclate !
Bloodsilver débute
avec le débarquement d'une colonie de « monstres »
– les broucolaques – sur la côté est des Etats-Unis,
au dix-huitième siècle (débarquement célébré
comme il se doit par un superbe bain de sang,) et va présenter
l'avancement, au fil des siècles, de leur « Convoi »
à travers l'Amérique, jusqu'à la côté
Ouest, en même temps ou parfois avec un peu de retard sur les
autochtones (les « seconds» autochtones
dira-t-on...), ainsi que leur intégration progressive à
la vie du pays naissant. On pense parfois à une Uchronie bien
menée, interrogeant de-ci de-là les relations entre les
diverses ethnies du continent (noirs, indiens, blancs) en inversant
cette fois le rapport de force... et on y est, sans vraiment y être
non plus : Wayne Barrow reste franchement dans son sujet, à
savoir, écrire une histoire fantastique. On vit quoi qu'il en
soit de l'intérieur cette terre sans règles ou presque,
on ressent l'état d'esprit de « ceux »
qui y étaient, et on songe parfois qu'il n'est pas étonnant
qu'une telle jungle, où règne bel et bien la loi du
plus fort et de la débrouille, ait fini par donner naissance à
cette nation de « grands enfants » où le
libéralisme est érigé en dogme.
Mais là n'est pas
le cœur de l'œuvre, ce ne sont que des thématiques
auxquelles nous renvoie (peut-être) le genre même du
Western – en cela, pour être écrit par une paire de
paires de mains françaises, le coup est franchement réussi,
on s'y croirait. N'y manquent pas non plus les images, immenses et
flamboyantes, paysages de plaines désertiques,
courses-poursuites surréalistes le long des crêtes des
montagnes rocheuses, village paisible lové au pied des
Appalaches ou bien bourgade poussiéreuse où passe la
redoutable « Confrérie des Chasseurs »
pourchassant le « Convoi » des vampires, et
personnages pittoresques, tous plus ou moins barrés...
Et en matière de
personnages, nous voici servis également : les héros
mythiques de cette Amérique sont tous au rendez-vous : des
célèbres pistoleros que sont Billy The Kid, Doc Holiday
ou Wyatt Earp, à l'éminent Abraham Lincoln en passant
par le récurent Mark Twain* au destin ici complètement
transfiguré, ou encore la célèbre veuve
Winchester à la santé mentale fragile qui fait
construire pour les fantômes des victimes des armes de son
défunt mari, à leur demande, une « maison
aux esprits » à l'architecture plus
qu'improbable**, ils y passent tous, j'en oublie certainement. Vous
l'aurez compris, Bloodsilver est plus une suite suite
d'historiettes plus ou moins reliées qu'un véritable
roman, au sens classique du terme du moins ; mais cette structure
permet d'autant mieux de servir ce qui semble être le but des
auteurs, à savoir, donner à la fois une vision
d'ensemble et nous le faire vivre de l'intérieur ; le tout est
écrit dans un style à la fois âpre et élégant,
faisant naître ou renaître cet univers avec une
efficacité rare.
Pour ma part, après le cycle de la Tour Sombre, Bloodsilver a aussi été l'occasion de me plonger dans la littérature de western, et je ne peux que vous le conseiller : des grands classiques de Louis L'Amour au plus contemporain Cormack McCarthy, en passant par une perle, le « Journal de la première traversée du continent Nord-Américain », par les explorateurs M. Lewis et W. Clarke, il y a là une véritable mine d'or que, si je ne craignais de vous détourner de votre affaire principale, à savoir la littérature fantastique, je vous conseillerais franchement !
Super Zolg.
* Au passage, l'occasion
de remettre les pendules à l'heure à propos de l'un de
mes auteurs favoris : je ne sais plus où j'ai lu,
dernièrement, que Mark Twain aurait été un
vilain garçon raciste et tout et tout – rumeur étrangement
tenace et persistante ; mais que l'on relise (ou que l'on lise,
simplement...) l'essentiel de ses œuvres, (notamment Les
Aventures de Hucleberry Finn),
et on s'apercevra qu'il n'en est rien, et qu'en de nombreux endroits,
on peut y voir de violentes attaques contre l'esclavagisme et le
traitement porté à son époque aux noirs. Que
quiconque en doute se rende sur ce lien :
http://bibliobs.nouvelobs.com/2008/09/18/cest-mark-twain-quil-ressuscite
, où les choses sont bien mieux expliquées que par
moi-même.
** Histoire absolument vraie, paraît-il ; véritable légende en tout cas.
jeudi 21 mai 2009
MASE, Motoro : Ikigami, préavis de mort.
Dans un futur proche, le Japon a promulgué une loi
« pour la prospérité nationale ». Dans le cadre de cette loi, chaque
enfant sera vacciné en entrant à l’école primaire. Une seringue sur quelques
milliers contient une capsule qui programmera la mort de l’infortuné qui a reçu
l’injection. Ainsi, devenu adulte, l’Etat le préviendra de sa mort 24h avant
qu’elle n’arrive. Ce programme a été mis en place afin que chaque citoyen du
Japon comprenne l’importance de la vie, qu’il faut être productif tant que l’on
est vivant et qu’on ne doit pas tomber dans la
criminalité…
Le jeune fonctionnaire Fujimoto est chargé de délivrer ce
préavis de mort précisément 24h avant le décès programmé de ce sacrifié pour le
bien de la société. On suit donc parallèlement le parcours du héros, avec qui
l’on découvre les rouages de cette machine implacable, les fondements
idéologiques qui la soutiennent, et les dernières 24 h de ces citoyens
infortunés qui doivent faire face à cette mort injuste…
Le sujet de ce manga fait froid dans le dos. Le récit
d’anticipation que nous livre MASE n’est pas si loin d’un 1984 ou encore d’un
fahrenheit 451… Le monde mis en place est crédible, ce qui le rend d’autant
plus effrayant. On s’imagine les dérives qui pourraient amener notre société à
promouvoir de telles solutions. Plus on avance dans l’intrigue, plus on
constate le vrai travail de réflexion que nous propose l’auteur. Il faut dire
d’ailleurs qu’il est considéré au Japon comme un contestataire convaincu.
Le fonctionnaire que l’on suit est la voie sourde d’une résistance
intellectuelle silencieuse. Il nous permet d’appréhender le monde qui
l’entoure, de se poser des questions sur notre société. Le parcours des
victimes propose des thématiques plus larges sur le sens de la vie et sur les
choix que l’on fait. Parfois les thèmes deviennent forcément métaphysiques.
Le graphisme est agréable, sobre et soutient bien le
propos : une société lisse, proprète, dans laquelle la révolte ou même la
contestation n’est plus permise.
Au final, cette série me semble vraiment digne d’intérêt,
prouvant s’il le faut que le manga ne se résume pas à une succession de combats
factices ponctués de « gouahhh » et de « yaaahhh ». Elle
plaira à un public peu habitué au manga. Elle donne envie de réfléchir sur une
société qui semble bien proche de la notre, avec comme point d’orgue une
question horrible : lorsque l’on suit les victimes de cette loi
arbitraire, la conclusion n’est-elle pas qu’ils vivent plus intensément ces 24
dernières heures que tout le reste de leur vie ? L’auteur ne donne-t-il
pas du crédit à la solution imposée par l’Etat ? Vous n’aurez la réponse à
cette question qu’en suivant la série… Pour le moment, deux tomes sont parus,
le troisième paraîtra en juillet.
StepH
jeudi 14 mai 2009
Vite vu, vite lu : Mai 2009
Après une première tentative peu concluante et à la demande
de quelques uns de nos chroniqueurs, la rubrique vite vu, vite lu reprend du
service. Après quelques discussions, les modalités de publication vont un peu
changer afin de pouvoir coller au plus près de l’âme de ce blog : pouvoir
discuter. Les avis seront publiés directement sur l’article. Ainsi chacun
pourra réagir en commentaire. Je vous demande donc de m’envoyer vos avis comme
pour une critique classique et je les publierai. En espérant que cette fois la
sauce prendra ! N’hésitez pas, chacun peut venir donner un avis et des
conseils de lectures ! À vos plumes !
Vite vu vite lu :
La légende du changelin de Dubois et Fourquemin.
Angleterre, fin du XIXème siècle. Scrubby est un enfant
spécial. Certains disent qu’il a été enlevé par des fées alors qu’il n’était qu’un
nouveau né. Il voit le petit peuple et apprend de lui. Lorsque la crise force
sa famille à rejoindre La Ville pour espérer survivre, il découvre que les êtres
féeriques peuplent aussi les bas fonds et que le mal rôde…
On retrouve dans cette Bd originale le ton et l’univers de
Pierre Dubois : une féerie étrange, dangereuse parfois, remplie de
traditions. Nous sommes loin d’un récit fantasy classique et c’est ce qui est
vraiment agréable. Le graphisme de Fourquemin sert bien l’ambiance et l’histoire
pleine de réalisme social. Les deux premiers tomes sont de très bonnes facture,
il faut simplement espérer que la suite apporte un peu plus d’élan à cette
série qui s’installe assez doucement pour une série en 4 tomes. A découvrir.
StepH
Vampyrrhic de Simon Clarck
Le docteur David Leppington revient dans la ville du même
nom qu’il avait quitté 20 ans plus tôt. Il souhaite, entre autres, profiter de
ses vacances pour rendre visite au seul membre de sa famille qui habite encore
la ville…après tout ce temps. Il y rencontrera pourtant bien d’autres individus
hauts en couleurs et autres créatures dont il était bien loin de soupçonner
l’existence…
Vampyrrhic peut rebuter par son écriture légère et sa
fâcheuse tendance à s’appuyer sur des ingrédients qui nous sont trop souvent
servis à toutes les sauces (hémoglobine, scènes d’actions, sexe, etc.) et
pourtant… Et pourtant j’ai été séduite par l’introduction successive de chaque
personnage dont les destins seront amenés à se croiser, j’ai aimé que Clarck
joue sur les stéréotypes pour nourrir les attentes du lecteur, j’ai énormément
apprécié que l’auteur choisisse de ne pas se référer au mythe du vampire tel
que nous le présentent Bram Stoker ou Anne Rice et qu’il ajoute sa touche très
personnelle pour expliquer leur origine et leur présence. En résumé, une
littérature « easy-reading »
qui ne vous abrutira pas pour autant.
EVa
Abarat de Clive Barker
Candy
Quackenbush, jeune fille anonyme, ou presque, s'ennuie à
Chickentown, ville moyenne et poussiéreuse des Etats-Unis où
l'on élève des poulets et puis c'est tout. Un beau-père
alcoolique, une mère dont les contours s'effacent, tous les
ingrédients sont réunis pour faire de son quotidien une
longue suite de non-événements mornes et sordides.
Un beau jour, sa fuite du lycée et la découverte, sur une plage, d'un phare abandonnée vont faire basculer sa vie, et la voici fuyant un étrange tueur à gages en compagnie du non moins intrigant John Canaille, l'homme qui porte sur lui-même ses six frères-têtes. Elle ne va pas tarder à découvrir le magique et fascinant archipel d'Abarat et ses vingt-cinq îles (une pour chaque... heure de la journée, vous savez bien compter...), lieu où elle ne semble pas si inconnue que cela, et dont elle conserve d'étranges semi-souvenirs...
Paysages surréalistes, personnages hauts en couleurs, le point fort d'Abarat réside dans ses splendides illustrations, réalisées par l'auteur lui-même ; car pour ce qui est de l'histoire, si vous avez lu Alice et vu le Magicien d'Oz (ou encore, tiens, Coraline, ayons le courage de nos idées et plaçons-la au côté des classiques), vous ne trouverez là rien de bien révolutionnaire – même si, il faut être juste, l'univers est bien ficelé et le style agréable à lire. A mi-chemin entre délire onirique et roman d'aventure, Abarat (je n'ai lu que le premier tome, un deuxième est sorti qui attend son tour, et un troisième serait attendu), qui recèle quelques bonnes trouvailles, pourra vous faire passer un agréable moment, et voilà.
Zolg
Doomsday de Neil Marshall
Un horrible virus s’attaque à l’écosse, plus ravageur que
tout ce que l’on peut connaître. La seule solution trouvée par les autorités
réside dans une quarantaine forcée derrière un nouveau mur d’Adrien. Une vingtaine
d’année après, malgré toutes les précautions, le virus réapparaît en plein
Londres… Pour éviter la mort de l’Angleterre et pour des raisons politiques,
une équipe est envoyée derrière le Mur afin de trouver des survivants à la
précédente épidémie et de ramener un vaccin…
L’histoire commence très bien. Elle est prometteuse. On dirait qu’on va enfin voir le retour d’un vrai post-apocalyptique du XXIème siècle. Puis les héros traversent le mur et là c’est le drame… En plus de changer de civilisation en découvrant ce milieu hostile, le film nous fait traverser le temps du genre. On découvre un film des années 80 et encore, c’est assez méchant pour cette époque… Le film est un fouillis de poncifs et de déjà vus. On frôle souvent le parfait ridicule. La réalisation est lourdingue (ce qui est dommage pour le réalisateur de The Descent qui était très bien…). Bref, on se dit bien vite qu’il n’y a pas grand chose à sauver… Même la BO (vraiment un comble !!!) est une copie de 28 jours plus tard !
Vraiment inadmissible ! Ca aurait pu être un très bon film, mais Hollywood en a fait un blockbuster décérébré presque digne d’un Beowulf avec Lambert…
StepH
lundi 11 mai 2009
RUSSELL, Sean : La guerre des cygnes (trois tomes)
Il est des livres, qui une fois terminés, vous laissent
désemparés. C’est un monde qu’on quitte, des amis qu’on perd. Il nous faut les
relire, voyager à nouveau. Cette trilogie nous fait cet effet-là. Après avoir découvert
ce monde étrange et dangereux, il est difficile de s’en séparer. Mais c’est ce
qui détermine la qualité d’un roman !
Le Royaume d’Ayr est divisé par une guerre séculaire entre
la famille Wills et la famille Renné. Chacun veut conquérir le trône et régner
seul sur le Royaume unique. Ce conflit est devenu viscéral et personne ne
semble à même de l’arrêter. Pourtant un homme tentera de trouver une solution
pacifique que personne ne souhaite vraiment…
Tam, Fynnol et Baore sont trois amis qui s’ennuient dans
leur petit village coincé entre les montagnes. Pour se distraire du quotidien,
ils décident de partir en bateau vendre des antiquités trouvée sur un ancien
champ de bataille au village voisin. Mais une rencontre avec un homme étrange
et l’attaque surprise qu’ils subissent les force à abandonner leur projet. C’est
alors qu’ils font la connaissance de Cynndl, questeur d’histoire, qui leur
propose un emploi. C’est le début d’une aventure qui mènera nos amis vers des
contrées bien plus dangereuses que prévu, au cœur d’un monde qu’ils ne
connaissaient pas, par les méandres d’une rivière étrange…
Si l’intrigue paraît de prime abord bien classique (qui
parle de Roméo et Juliette et de quelques hobbits candides embarqués dans une
aventure très dangereuse ?), il n’en est rien. On s’éloigne bien vite des
clichés éculés pour se plonger dans une histoire passionnante. On découvre un
monde mystérieux et riche, plein de dangers et de merveilles. On le voit se déplier
au fur et à mesure du roman, au fil de l’eau. Plein de poésie, on y entre,
fascinés, pour n’en sortir, à regret, qu’à la dernière page du troisième tome.
La structure du texte est équilibrée, entre action et
découverte, jusqu’au creux du monde. Le style (la traduction ?) est
élégant sans être pompeux et participe à cette addiction au monde. On ne peut s’empêcher
de le comparer à Tolkien. D’ailleurs, comme dans l’œuvre du maître, des pans d’histoires
sont évoqués et laissées dans l’ombre, comme un voile qu’on soulève brièvement.
Je ne suis pas un fan inconditionnel de fantasy. J’aime
beaucoup cela mais m’ennuie vite face à la production massive et très inégale. Pourtant,
je dois admettre que lorsqu’il est bien écrit, ce genre n’a pas d’égal quant au
plaisir et au rêve qu’il vous procure. J’avais connu cela avec Tolkien, le
relisant, dans ma jeunesse, chaque été. Aujourd’hui, j’ai connu la même
sensation avec cette œuvre. Je ne peux donc que vous la conseiller. Pour moi,
elle a pris sa place sur mes étagères, au côté du maître.
StepH



