E-maginaire

Tout ou presque sur le domaine de l'imaginaire! Littérature (fantastique, SF, fantasy), BD, comics, manga, jeu de rôle, cinéma. Des actus et des nouvelles. Blog collaboratif, n'hésitez pas à l'enrichir de votre avis!

lundi 29 juin 2009

MEIRELLES, Fernando : Blindness

blindness_02Fernando Meirelles est ce que l’on peut appeler un réalisateur engagé. Il a signé la Cité de Dieu dans lequel il nous présente de manière réaliste la vie dans les favelas. Il a aussi adapté avec soin The Constant gardener de John Le Carré. Blindness est sa première incursion dans le domaine du fantastique. Il adapte un roman de l’auteur portugais Saramago (L’Aveuglement chez Point). Cela mérite qu’on s’arrête sur le sujet…

Dans une grande ville, un homme qui conduit perd soudain la vue. Raccompagné chez lui par un petit voleur, il demande ensuite à sa femme de l’ammener chez l’ophtalmo. Ce dernier ne trouve aucune raison à cette cécité. Mais le lendemain, il perd aussi la vue. C’est le début d’une pandémie galopante que personne ne semble pouvoir arrêter. L’Etat se voit donc dans l’obligation de mettre en quarantaine tous les cas qu’il trouve. Le « patient zéro », le voleur, le docteur et bien d’autres se retrouvent donc isolés et livrés à eux-mêmes dans un vieux bâtiment. Mais comment se débrouiller lorsque l’on ne voit plus rien ? Les taches les plus simples deviennent insurmontables. Il faut donc organiser la vie… Heureusement pour les victimes, la femme du docteur, qui semble immunisée, a été mise en quarantaine aussi. Elle va tenter d’aider cette communauté et devenir le témoin privilégié de l’horreur qui peut investir cette prison…

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le sujet est original. C’est peut-être un film catastrophe, qui parle de pandémie, mais on ne meurt pas de cette maladie, on est juste privé du sens que nous utilisons le plus et qui fonde notre société. Cette thématique permet à l’auteur d’aborder une multitude de sujets différents comme le handicap, la société… Certes on retrouve des ingrédients classiques des films catastrophe comme l’inefficacité de l’Etat face à la crise ou bien l’horreur de l’humanité en position de survie, mais c’est bien l’originalité de la maladie qui donne son intérêt au film.

On retrouve la patte du réalisateur de talent. Une belle photographie, des plans bien pensés, apportent un supplément d’âme à ce film. Décidément, Meirelles mérite d’être suivi. Les acteurs, pas forcément des stars (à part Julianne Moore et Danny Glover), nous offrent une prestation juste et parfois touchante.

Là où le bas blesse, à mon sens, c’est que le film s’embourbe un moment dans l’horreur. Si l’on suit le cheminement de ces malades livrés à eux-mêmes, l’escalade vers l’inhumanité finit par me poser question. Certes amoindris et traumatisés, les victimes resteraient-elles soumises si l’horreur devenait insoutenable ? Vous me direz que la 2ème guerre mondiale nous a bien montré la « banalité du mal » mais j’ai eu des difficultés à comprendre la lâcheté d’une communauté entière… Et même si j’ai frissonné et suis resté accroché à mon écran, je ne suivais plus le message… A l’inverse, la dernière partie du film me semble assez gentillette, pleine d’humanité… Bref, Meirelles ne s’affranchit pas entièrement des codes du genre et se laisse un moment entraîner par des questions assez classiques pour cette catégorie de film.

Pour conclure, je dirais que ce film mérite d’être vu. Malgré la petite limite que je vous ai exposé, ce long métrage est tellement bourré de bonnes idées et si joliment réalisé qu’il restera dans vos mémoires. Injustement boudé lors de sa sortie ciné, donnez lui l’occasion de vous surprendre et de vous faire discuter de son sujet. Parmi les nombreuses sorties traitant de fin du monde, de catastrophe, de maladies, d’horreur, il fait partie de ceux qui m’ont marqué et fait réfléchir…

StepH

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mercredi 17 juin 2009

Vite vu, vite lu : Juin 2009

Le Dernier Magicien de Megan Lindholm alias Robin Hobb.

dernier_magicienDans la ville de Seattle, le Magicien, qui a oublié son nom, erre depuis des siècles – ou bien quelques mois seulement – et nourrit « ses » pigeons avec un sachet de pop-corn vieux de plusieurs années. Partie intégrante de la ville, il en connaît les moindres recoins secrets, les détours cachés, et vit sa vie, tranquillement, croisant de temps à autres les autres « enchanteurs » de la cité. Mais voilà qu'arrive un démon à sa poursuite, ou bien une partie de lui-même, le redoutable « Mir ». En le fuyant, le magicien ignore qu'il court droit à sa perte.

Je n'avais jamais lu Robin Hobb, et en ayant à plusieurs reprises entendu dire le plus grand bien, je me suis décidé à me lancer à sa rencontre par l'intermédiaire de cet opus d'urban fantasy tout ce qu'il y a de plus classique.

Au final, je suis plutôt déçu ; si le livre se laisse lire, le style est assez neutre, voire répétitif, les personnages relativement brouillons, et l'auteure, à force de fausses-vraies pistes entre lesquelles elle semble ne pas parvenir à choisir, finit par se perdre elle-même, et son lecteur avec. On assiste en conclusion à une jolie redondance de fins désordonnées et presque incohérentes, et si je dois avouer que je ne regrette pas non plus complètement de l'avoir lu, je doute de me relancer un jour dans un autre Robin Hobb.

Super Zolg

L'Univers à l'envers de Phillip José Farmer.


l_univers___l_enversJack Cull, ancien ingénieur électronique, est mort récemment dans un accident de voiture ; cela ne l'empêche pas de se retrouver dans un étrange enfer peuplé de nombre de ses contemporains, et de bien d'autres encore, gens venus du passé ou du futur. Un enfer où des nuages de « manne » se baladent dans les airs, servant de nourriture à la population, et où les arbres de Roc, seule végétation connue, constituent avec la pierre brute dont sont faits tous les meubles et immeubles, la principale matière première de cette société relativement bien organisée. Les démons sont là aussi, mais du fait de leur infériorité numérique, ils sont devenus les esclaves des humains – ces humains qui ne peuvent plus mourir : Jésus lui-même intervient, sortant d'une ambulance, pour les ramener à la vie lorsqu'un malencontreux incident les fait succomber. Jack, qui travaille dans la puissante administration de « L'inter », n'est cependant pas au bout de ses surprises quand il découvre, se réfugiant dans les égouts en compagnie du mystique Fyodor (lequel emporte avec lui la tête de Jésus décapité par la foule en furie) et de la belle arriviste Phyllis, les immenses galeries inexplorées, et qu'un véritable cataclysme l'en expulse soudain...

J'avais beaucoup aimé «  La nuit de la lumière » et ses nombreuses images hallucinantes ; c'est peut-être pour cela que je suis un peu resté sur ma faim avec « L'Univers à l'envers » – mais je me dis que je suis bien sévère : Farmer, maître de l'oxymore s'il en est, livre ici une œuvre au rythme parfois un peu lourd, et dont les personnages sont souvent agaçants et peu attachants, mais qui est bourrée de trouvailles. On oscille au fil des pages entre le fantastique, la hard-S.F et la métaphysique ontologique (il faut le faire !), dans un univers un peu âpre mais aux images fascinantes – on pense souvent aux illustrations de Wojtek Siudmak. A tenter, donc, pour ceux qui se sentiraient intrigués, d'autant que scénaristiquement, l'histoire réserve son lot de surprises

Super Zolg


Witchling de Yasmine Ganelorn.

 

witchlingLa Terre (les Etats-Unis ?) ont pris connaissance de l’existence du monde des fées. Ceci engendre craintes et désirs de la part des humains. Des fées marchent parmi les hommes. Les sœurs d’Artigo sont des sang-mélés, nées d’un père fée et d’une mère humaine. Elles font partie d’une structure « gouvernementale » qui régule et s’occupe de la sécurité des citoyens de l’Outremonde. Mais elles ne sont pas très douées, leur sang humain altérant leurs pouvoirs féeriques. Ainsi, Camille est une sorcière mais ses pouvoirs ont tendance à déraper. Delilah est un chat garou qui se transforme au plus mauvais moments. Enfin Menolly est une jeune vampire qui a du mal à se contrôler. Lorsqu’elles enquêtent sur une affaire de meurtre d’un géant de petite taille, elles se retrouvent au cœur d’un complot qui risque de mettre en péril leur monde et celui des humains…

Si le pitch est alléchant, on a bien vite l’impression de lire un épisode de Charmed… Trois sœurs qui s’adorent aux prises avec des démons très méchants qui veulent leur faire la peau jusque dans leur belle et grande maison. Ajoutons à cela des histoires d’amour à rebondissement (qui vais-je choisir entre le beau ténébreux elfe noir et le malin renard-garou ? Que faire lorsque le majestueux dragon me fait de l’œil ?) et la coupe est pleine. Vous n’en n’avez pas assez ? Et bien Camille ira faire des courses pour des beaux dessous en attendant que des infos tombent sur la plus grande menace à laquelle ils doivent faire face…

On a beau dire, et au risque de paraître encore une fois obtus, la bit lit (puisque c’est le genre auquel appartient cette trilogie) me semble bien être une lecture plutôt féminine. En tout cas cet auteur nous livre une histoire qui aurait bien mieux eu sa place dans la collection Luna de Harlequin… Pour vous prouver mes dires, je voulais vous livrer des citations mais je me dis que ce titre ne mérite pas de prendre une trop grande place…

En un mot, je crois que vous pouvez passer votre chemin, sauf si vous aimez les histoires de filles…

StepH

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dimanche 14 juin 2009

GEMMEL, David : Rigante

rigante1David Gemmel est un auteur phare aujourd’hui dans le monde de la fantasy. Véritable vache à lait pour les éditions Bragelonne, chaque nouveau roman est un succès. Pourtant, j’ai remarqué que notre blog n’avais jamais donné son avis sur aucun de ses livres. Je voudrais donc revenir sur une quadrilogie qui m’a marqué et qui n’est pas reconnue à sa juste valeur.

Connavar est un jeune garçon plutôt sauvage, né dans les montagnes verdoyantes des Highlands (pas ceux d’Ecosse mais assez proche). Courageux et malin, il apprend aux côtés de Banouin, le marchand étranger. Mais cette vie rustique dans laquelle notre héros montrera sa valeur, ne durera peut-être pas. En effet, la cité de Roc, avide de territoires nouveaux, a déjà conquis tout le continent et veut traverser la mer afin de soumettre les fiers highlanders au grand Empire. Les rigantes ne sont pas prêts. Ils sont condamnés à perdre leur culture et à vivre à genoux… Sauf si un grand héros se lève et organise la défense…

Gemmel produisait (il est décédé en 2006) une fantasy soit dans des mondes totalement imaginaires (les Cycles de Drenaï) ou bien para historiques (Le lion de Macédoine ou le récent Troie). Rigante appartient au deuxième genre. Le monde s’inspire grandement de l’Ecosse et de son invasion par l’Empire romain. Il est clair que les histoires qui sont écrites sont toutes très guerrières, pleines d’hommes au caractère trempé et de femmes soumises mais farouches. Je ne dirai pas que c’est une littérature plutôt masculine pour éviter de me faire traiter de sexiste, mais je le pense…rigante2

Rigante n’échappe pas à cette tradition. Les héros sont forts, sentent un peu sous les bras et se battent comme des forces de la nature. Les sentiments sont forts comme lors d’un bon match de rugby. Bref on ressent la testostérone qui envahit notre corps à la lecture des protagonistes qui se sacrifient pour une cause plus grande qu’eux. Vous vous dites au ton de plaisanterie que j’utilise, que ma critique ne sera pas bonne ? Détrompez vous ! J’aime beaucoup et ce pour deux raisons : d’un côté on pourrait dire que c’est une lecture récréative mais très bien construite ; de l’autre, un deuxième niveau de lecture se cache souvent derrière cet apparat de Conan.

rigante3Premièrement donc, je trouve que si l’on considère que Rigante est un bon roman pour s’aérer le cerveau, on a raison. Bien construit, renouvelant bien le genre de l’heroïc fantasy, on s’étonne souvent d’être pris par le livre. On a envie de savoir ce qu’il va se passer, on veut voir le gentil (en fait peut-être pas toujours si gentil) héros battre les méchants (pas toujours si méchants). Les personnages sont attachants, humains malgré leur taille hors norme. Leurs actions ne sont pas toujours héroïques et l’humain reste toujours présent. C’est donc une très bonne lecture récréative même si je pense que Rigante n’est pas la meilleure série si l’on cherche un livre d’action pure (on passe beaucoup de temps avec les rigantes à suivre leur vie « normale »).rigante4

Deuxièmement, on peut déceler beaucoup de réflexions derrière l’apparente simplicité du texte. Cette quadrilogie traite d’abord, si on la considère dans son ensemble, de Culture(s) (vous m’avez bien lu !!). La série se déroule sur plusieurs centaines d’années et l’on suit le peuple des highlands au fil des tentatives (réussie ou pas) d’invasion. On voit comment chaque culture s’interpénètre et change la civilisation. De ce point de vue, il me semble que Rigante est une des œuvres les plus réussies de cet auteur. On est vraiment étonné de ce que soulève ce livre d’apparence si fruste.

En conclusion, il me semble que Gemmel est un des seuls auteurs à proposer une littérature à la fois très populaire, digne héritière des séries comme Conan ou autres Bannis de Gor, mais aussi maline est intelligente. D’une manière générale tous les Gemmel que j’ai lus sont de bons niveau mais j’ai eu un vrai coup de cœur pour cette série.

StepH

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jeudi 4 juin 2009

MCCARTHY, Cormac : La route

laroute_248Cormac McCarthy n’est pas un auteur de SF. Considéré comme un des plus grands auteurs contemporains, il s’essaye ici à un roman d’anticipation. Avec succès ? Il a reçu le prix Pulitzer 2007 et toutes les critiques sont dithyrambiques. La sortie en poche dans la collection Point me donne envie de rajouter ma critique à l’énorme masse de critiques qui existent déjà…

La civilisation est détruite. Plus rien ne tient debout. La fin du monde a eu lieu. Pourquoi ? Comment ? Quelle importance ? Aujourd’hui ne reste plus que la survie dans un monde recouvert de cendres où plus rien ne pousse.

Un homme et son fils sont sur la route. Ils tentent de rallier le sud avant que l’hiver ne les tue. Mais le voyage et dur et incertain. Leur vie se résume à la survie. Marcher, s’abriter, rechercher de quoi survivre, éviter les autres qui tenteront de voler ou de tuer pour manger…

Autant vous dire que le sujet n’est pas gai. La route parle d’un monde qui est mort mais dont certains habitants n’ont pas eu la chance de partir avec, comme un poulet que l’on tue et qui a encore les pattes qui n’ont pas compris que c’était fini. Aucun espoir mais pourtant la vie s’accroche. Pas de circonstanciel, à quoi bon parler de ce qu’il y avait avant quand tout ce qui reste se réduit à manger de la poussière de céréales et à marcher vers le sud. On ne sait même pas exactement dans quel pays se situe l’action.

Le style de l’auteur participe de cette noirceur. Apre, constitué de phrases courtes, parfois juste nominales, comme si le souffle était trop court pour en formuler davantage. Pas de chapitrage, juste des paragraphes qui scandent le voyage de nos deux héros. Peu de dialogues, formulés dans un style presque indirect libre. Pourquoi parler quand il n’y a plus rien à dire. Pourtant le père essaye, fait un effort pour son fils. Mais les choses ne sont pas si faciles. C’est dans les non dits que l’on comprend l’émotion. Au final, on a l’impression d’être dans un cauchemar sans fin dans lequel on n’ose plus espérer ni pour le petit, ni pour l‘homme.

Touchant, percutant, ce roman l’est indéniablement. J’ai eu un peu de mal à y entrer, obnubilé par l’effort de style. Pourtant, au bout de quelques dizaines de pages, j’y étais, je les suivais le long de cette route, témoin de leur calvaire. La relation père/fils qui est développée est crédible. Tout d’ailleurs est très crédible dans son horrible réalité. Mais je dois avouer que je n’étais pas toujours très touché et la noirceur constante du sujet, le style très présent, me situait plus du côté du spectateur que du témoin horrifié. C’est un peu un regret. J’aurais voulu ressentir plus d’émotions (ou peut être ne suis-je pas très sensible) comme le vend le Point sur le quatrième de couverture. Peut-être aussi est-ce la multiplicité inquiétante de coquilles, de césures en plein milieu de ligne qui me mettait hors de moi et me faisait sortir du récit. En vérité, je n’ai jamais vu autant de coquilles de ma vie. Quasiment une toute les trois pages !! On se demande s’il y a eu une relecture !

Au final, je ne saurais que conseiller ce roman car la lecture vaut le détour. La réputation de l’auteur n’est pas usurpée. Et même si je n’ai pas toujours été très touché, j’ai eu du mal à stopper ma lecture. Je pense aussi que certaines images resteront gravées dans ma mémoire. Cependant, attendez une nouvelle édition en poche ou investissez dans le grand format, ça vous évitera l’écueil de râler toutes les trois pages…

StepH

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jeudi 28 mai 2009

BARROW Wayne : Bloodsilver.

bloodsilverLes westerns, c'est cool ; mais quand en plus de ça, y a et des fantômes et (surtout) des suceurs de sang, quelle éclate !

Bloodsilver débute avec le débarquement d'une colonie de « monstres » – les broucolaques – sur la côté est des Etats-Unis, au dix-huitième siècle (débarquement célébré comme il se doit par un superbe bain de sang,) et va présenter l'avancement, au fil des siècles, de leur « Convoi » à travers l'Amérique, jusqu'à la côté Ouest, en même temps ou parfois avec un peu de retard sur les autochtones (les « seconds» autochtones dira-t-on...), ainsi que leur intégration progressive à la vie du pays naissant. On pense parfois à une Uchronie bien menée, interrogeant de-ci de-là les relations entre les diverses ethnies du continent (noirs, indiens, blancs) en inversant cette fois le rapport de force... et on y est, sans vraiment y être non plus : Wayne Barrow reste franchement dans son sujet, à savoir, écrire une histoire fantastique. On vit quoi qu'il en soit de l'intérieur cette terre sans règles ou presque, on ressent l'état d'esprit de « ceux » qui y étaient, et on songe parfois qu'il n'est pas étonnant qu'une telle jungle, où règne bel et bien la loi du plus fort et de la débrouille, ait fini par donner naissance à cette nation de « grands enfants » où le libéralisme est érigé en dogme.

Mais là n'est pas le cœur de l'œuvre, ce ne sont que des thématiques auxquelles nous renvoie (peut-être) le genre même du Western – en cela, pour être écrit par une paire de paires de mains françaises, le coup est franchement réussi, on s'y croirait. N'y manquent pas non plus les images, immenses et flamboyantes, paysages de plaines désertiques, courses-poursuites surréalistes le long des crêtes des montagnes rocheuses, village paisible lové au pied des Appalaches ou bien bourgade poussiéreuse où passe la redoutable « Confrérie des Chasseurs » pourchassant le « Convoi » des vampires, et personnages pittoresques, tous plus ou moins barrés...

Et en matière de personnages, nous voici servis également : les héros mythiques de cette Amérique sont tous au rendez-vous : des célèbres pistoleros que sont Billy The Kid, Doc Holiday ou Wyatt Earp, à l'éminent Abraham Lincoln en passant par le récurent Mark Twain* au destin ici complètement transfiguré, ou encore la célèbre veuve Winchester à la santé mentale fragile qui fait construire pour les fantômes des victimes des armes de son défunt mari, à leur demande, une « maison aux esprits » à l'architecture plus qu'improbable**, ils y passent tous, j'en oublie certainement. Vous l'aurez compris, Bloodsilver est plus une suite suite d'historiettes plus ou moins reliées qu'un véritable roman, au sens classique du terme du moins ; mais cette structure permet d'autant mieux de servir ce qui semble être le but des auteurs, à savoir, donner à la fois une vision d'ensemble et nous le faire vivre de l'intérieur ; le tout est écrit dans un style à la fois âpre et élégant, faisant naître ou renaître cet univers avec une efficacité rare.

Pour ma part, après le cycle de la Tour Sombre, Bloodsilver a aussi été l'occasion de me plonger dans la littérature de western, et je ne peux que vous le conseiller : des grands classiques de Louis L'Amour au plus contemporain  Cormack McCarthy, en passant par une perle, le « Journal de la première traversée du continent Nord-Américain », par les explorateurs M. Lewis et W. Clarke, il y a là une véritable mine d'or que, si je ne craignais de vous détourner de votre affaire principale, à savoir la littérature fantastique, je vous conseillerais franchement !

Super Zolg.

* Au passage, l'occasion de remettre les pendules à l'heure à propos de l'un de mes auteurs favoris : je ne sais plus où j'ai lu, dernièrement, que Mark Twain aurait été un vilain garçon raciste et tout et tout – rumeur étrangement tenace et persistante ; mais que l'on relise (ou que l'on lise, simplement...) l'essentiel de ses œuvres, (notamment Les Aventures de Hucleberry Finn), et on s'apercevra qu'il n'en est rien, et qu'en de nombreux endroits, on peut y voir de violentes attaques contre l'esclavagisme et le traitement porté à son époque aux noirs. Que quiconque en doute se rende sur ce lien : http://bibliobs.nouvelobs.com/2008/09/18/cest-mark-twain-quil-ressuscite , où les choses sont bien mieux expliquées que par moi-même.

** Histoire absolument vraie, paraît-il ; véritable légende en tout cas.

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jeudi 21 mai 2009

MASE, Motoro : Ikigami, préavis de mort.

IkigamiDans un futur proche, le Japon a promulgué une loi « pour la prospérité nationale ». Dans le cadre de cette loi, chaque enfant sera vacciné en entrant à l’école primaire. Une seringue sur quelques milliers contient une capsule qui programmera la mort de l’infortuné qui a reçu l’injection. Ainsi, devenu adulte, l’Etat le préviendra de sa mort 24h avant qu’elle n’arrive. Ce programme a été mis en place afin que chaque citoyen du Japon comprenne l’importance de la vie, qu’il faut être productif tant que l’on est vivant et qu’on ne doit pas tomber dans la criminalité…

Le jeune fonctionnaire Fujimoto est chargé de délivrer ce préavis de mort précisément 24h avant le décès programmé de ce sacrifié pour le bien de la société. On suit donc parallèlement le parcours du héros, avec qui l’on découvre les rouages de cette machine implacable, les fondements idéologiques qui la soutiennent, et les dernières 24 h de ces citoyens infortunés qui doivent faire face à cette mort injuste…

Le sujet de ce manga fait froid dans le dos. Le récit d’anticipation que nous livre MASE n’est pas si loin d’un 1984 ou encore d’un fahrenheit 451… Le monde mis en place est crédible, ce qui le rend d’autant plus effrayant. On s’imagine les dérives qui pourraient amener notre société à promouvoir de telles solutions. Plus on avance dans l’intrigue, plus on constate le vrai travail de réflexion que nous propose l’auteur. Il faut dire d’ailleurs qu’il est considéré au Japon comme un contestataire convaincu.

Le fonctionnaire que l’on suit est la voie sourde d’une résistance intellectuelle silencieuse. Il nous permet d’appréhender le monde qui l’entoure, de se poser des questions sur notre société. Le parcours des victimes propose des thématiques plus larges sur le sens de la vie et sur les choix que l’on fait. Parfois les thèmes deviennent forcément métaphysiques.

Le graphisme est agréable, sobre et soutient bien le propos : une société lisse, proprète, dans laquelle la révolte ou même la contestation n’est plus permise.

Au final, cette série me semble vraiment digne d’intérêt, prouvant s’il le faut que le manga ne se résume pas à une succession de combats factices ponctués de « gouahhh » et de « yaaahhh ». Elle plaira à un public peu habitué au manga. Elle donne envie de réfléchir sur une société qui semble bien proche de la notre, avec comme point d’orgue une question horrible : lorsque l’on suit les victimes de cette loi arbitraire, la conclusion n’est-elle pas qu’ils vivent plus intensément ces 24 dernières heures que tout le reste de leur vie ? L’auteur ne donne-t-il pas du crédit à la solution imposée par l’Etat ? Vous n’aurez la réponse à cette question qu’en suivant la série… Pour le moment, deux tomes sont parus, le troisième paraîtra en juillet.

StepH

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jeudi 14 mai 2009

Vite vu, vite lu : Mai 2009

Après une première tentative peu concluante et à la demande de quelques uns de nos chroniqueurs, la rubrique vite vu, vite lu reprend du service. Après quelques discussions, les modalités de publication vont un peu changer afin de pouvoir coller au plus près de l’âme de ce blog : pouvoir discuter. Les avis seront publiés directement sur l’article. Ainsi chacun pourra réagir en commentaire. Je vous demande donc de m’envoyer vos avis comme pour une critique classique et je les publierai. En espérant que cette fois la sauce prendra ! N’hésitez pas, chacun peut venir donner un avis et des conseils de lectures ! À vos plumes !

Vite vu vite lu :

La légende du changelin de Dubois et Fourquemin.

legende_du_Changeling_tome_1_Le_mal_venuAngleterre, fin du XIXème siècle. Scrubby est un enfant spécial. Certains disent qu’il a été enlevé par des fées alors qu’il n’était qu’un nouveau né. Il voit le petit peuple et apprend de lui. Lorsque la crise force sa famille à rejoindre La Ville pour espérer survivre, il découvre que les êtres féeriques peuplent aussi les bas fonds et que le mal rôde…

On retrouve dans cette Bd originale le ton et l’univers de Pierre Dubois : une féerie étrange, dangereuse parfois, remplie de traditions. Nous sommes loin d’un récit fantasy classique et c’est ce qui est vraiment agréable. Le graphisme de Fourquemin sert bien l’ambiance et l’histoire pleine de réalisme social. Les deux premiers tomes sont de très bonnes facture, il faut simplement espérer que la suite apporte un peu plus d’élan à cette série qui s’installe assez doucement pour une série en 4 tomes. A découvrir.

StepH


Vampyrrhic de Simon Clarck

vampyrrhicLe docteur David Leppington revient dans la ville du même nom qu’il avait quitté 20 ans plus tôt. Il souhaite, entre autres, profiter de ses vacances pour rendre visite au seul membre de sa famille qui habite encore la ville…après tout ce temps. Il y rencontrera pourtant bien d’autres individus hauts en couleurs et autres créatures dont il était bien loin de soupçonner l’existence…

Vampyrrhic peut rebuter par son écriture légère et sa fâcheuse tendance à s’appuyer sur des ingrédients qui nous sont trop souvent servis à toutes les sauces (hémoglobine, scènes d’actions, sexe, etc.) et pourtant… Et pourtant j’ai été séduite par l’introduction successive de chaque personnage dont les destins seront amenés à se croiser, j’ai aimé que Clarck joue sur les stéréotypes pour nourrir les attentes du lecteur, j’ai énormément apprécié que l’auteur choisisse de ne pas se référer au mythe du vampire tel que nous le présentent Bram Stoker ou Anne Rice et qu’il ajoute sa touche très personnelle pour expliquer leur origine et leur présence. En résumé, une littérature « easy-reading » qui ne vous abrutira pas pour autant.

EVa

Abarat de Clive Barker

abaratCandy Quackenbush, jeune fille anonyme, ou presque, s'ennuie à Chickentown, ville moyenne et poussiéreuse des Etats-Unis où l'on élève des poulets et puis c'est tout. Un beau-père alcoolique, une mère dont les contours s'effacent, tous les ingrédients sont réunis pour faire de son quotidien une longue suite de non-événements mornes et sordides.

Un beau jour, sa fuite du lycée et la découverte, sur une plage, d'un phare abandonnée vont faire basculer sa vie, et la voici fuyant un étrange tueur à gages en compagnie du non moins intrigant John Canaille, l'homme qui porte sur lui-même ses six frères-têtes. Elle ne va pas tarder à découvrir le magique et fascinant archipel d'Abarat et ses vingt-cinq îles (une pour chaque... heure de la journée, vous savez bien compter...), lieu où elle ne semble pas si inconnue que cela, et dont elle conserve d'étranges semi-souvenirs...

Paysages surréalistes, personnages hauts en couleurs, le point fort d'Abarat réside dans ses splendides illustrations, réalisées par l'auteur lui-même ; car pour ce qui est de l'histoire, si vous avez lu Alice et vu le Magicien d'Oz (ou encore, tiens, Coraline, ayons le courage de nos idées et plaçons-la au côté des classiques), vous ne trouverez là rien de bien révolutionnaire – même si, il faut être juste, l'univers est bien ficelé et le style agréable à lire. A mi-chemin entre délire onirique et roman d'aventure, Abarat (je n'ai lu que le premier tome, un deuxième est sorti qui attend son tour, et un troisième serait attendu), qui recèle quelques bonnes trouvailles, pourra vous faire passer un agréable moment, et voilà.

Zolg


Doomsday de Neil Marshall

doomsday_ver6Un horrible virus s’attaque à l’écosse, plus ravageur que tout ce que l’on peut connaître. La seule solution trouvée par les autorités réside dans une quarantaine forcée derrière un nouveau mur d’Adrien. Une vingtaine d’année après, malgré toutes les précautions, le virus réapparaît en plein Londres… Pour éviter la mort de l’Angleterre et pour des raisons politiques, une équipe est envoyée derrière le Mur afin de trouver des survivants à la précédente épidémie et de ramener un vaccin…

L’histoire commence très bien. Elle est prometteuse. On dirait qu’on va enfin voir le retour d’un vrai post-apocalyptique du XXIème siècle. Puis les héros traversent le mur et là c’est le drame… En plus de changer de civilisation en découvrant ce milieu hostile, le film nous fait traverser le temps du genre. On découvre un film des années 80 et encore, c’est assez méchant pour cette époque… Le film est un fouillis de poncifs et de déjà vus. On frôle souvent le parfait ridicule. La réalisation est lourdingue (ce qui est dommage pour le réalisateur de The Descent qui était très bien…). Bref, on se dit bien vite qu’il n’y a pas grand chose à sauver… Même la BO (vraiment un comble !!!) est une copie de 28 jours plus tard !

Vraiment inadmissible ! Ca aurait pu être un très bon film, mais Hollywood en a fait un blockbuster décérébré presque digne d’un Beowulf avec Lambert…

StepH

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lundi 11 mai 2009

RUSSELL, Sean : La guerre des cygnes (trois tomes)

guerre_des_cygnes1Il est des livres, qui une fois terminés, vous laissent désemparés. C’est un monde qu’on quitte, des amis qu’on perd. Il nous faut les relire, voyager à nouveau. Cette trilogie nous fait cet effet-là. Après avoir découvert ce monde étrange et dangereux, il est difficile de s’en séparer. Mais c’est ce qui détermine la qualité d’un roman !

Le Royaume d’Ayr est divisé par une guerre séculaire entre la famille Wills et la famille Renné. Chacun veut conquérir le trône et régner seul sur le Royaume unique. Ce conflit est devenu viscéral et personne ne semble à même de l’arrêter. Pourtant un homme tentera de trouver une solution pacifique que personne ne souhaite vraiment…

Tam, Fynnol et Baore sont trois amis qui s’ennuient dans leur petit village coincé entre les montagnes. Pour se distraire du quotidien, ils décident de partir en bateau vendre des antiquités trouvée sur un ancien champ de bataille au village voisin. Mais une rencontre avec un homme étrange et l’attaque surprise qu’ils subissent les force à abandonner leur projet. C’est alors qu’ils font la connaissance de Cynndl, questeur d’histoire, qui leur propose un emploi. C’est le début d’une aventure qui mènera nos amis vers des contrées bien plus dangereuses que prévu, au cœur d’un monde qu’ils ne connaissaient pas, par les méandres d’une rivière étrange…guerre_des_cygnes_2

Si l’intrigue paraît de prime abord bien classique (qui parle de Roméo et Juliette et de quelques hobbits candides embarqués dans une aventure très dangereuse ?), il n’en est rien. On s’éloigne bien vite des clichés éculés pour se plonger dans une histoire passionnante. On découvre un monde mystérieux et riche, plein de dangers et de merveilles. On le voit se déplier au fur et à mesure du roman, au fil de l’eau. Plein de poésie, on y entre, fascinés, pour n’en sortir, à regret, qu’à la dernière page du troisième tome.

La structure du texte est équilibrée, entre action et découverte, jusqu’au creux du monde. Le style (la traduction ?) est élégant sans être pompeux et participe à cette addiction au monde. On ne peut s’empêcher de le comparer à Tolkien. D’ailleurs, comme dans l’œuvre du maître, des pans d’histoires sont évoqués et laissées dans l’ombre, comme un voile qu’on soulève brièvement.

guerre_des_cygnes3Je ne suis pas un fan inconditionnel de fantasy. J’aime beaucoup cela mais m’ennuie vite face à la production massive et très inégale. Pourtant, je dois admettre que lorsqu’il est bien écrit, ce genre n’a pas d’égal quant au plaisir et au rêve qu’il vous procure. J’avais connu cela avec Tolkien, le relisant, dans ma jeunesse, chaque été. Aujourd’hui, j’ai connu la même sensation avec cette œuvre. Je ne peux donc que vous la conseiller. Pour moi, elle a pris sa place sur mes étagères, au côté du maître.

StepH

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mardi 28 avril 2009

WILLINGHAM, Billy, MEDINA, Lan : Fables : Légendes en exil.

fablesVertigo, collection de DC (Batman, Superman, Flash, la Ligue des justiciers) à destination d’un public plus adulte, nous a habitué à une production de très haute qualité. On ne compte plus les classiques incontournables depuis sa création : Sandman, V for Vendetta, Hellblazer et j’en passe… Collectionnant les prix, elle nous propose des créations intelligentes et fascinantes, prouvant s’il le faut que les américains (et les britanniques) ne se contentent pas de raconter la vie de gars en collant qui sauvent le monde mais proposent une variété d’histoires qui n’ont rien à envier à notre production franco belge. Avec ce titre, Willingham nous plonge encore une fois dans un monde plein de saveurs et de références qui est déjà devenu un incontournable.

Les personnages des fables de notre enfance existent. Ils vivent parmi nous, exilés depuis l’invasion de leurs Royaumes par l’Adversaire. Ils ne vivent plus si heureux que ça, obligés de se cacher, de se faire passer pour des « communs ». Les plus humains de forme sont les citoyens de Fableville, en plein cœur de New York. Les autres sont exilés à la Ferme… Blanche Neige est adjointe au maire, divorcée du prince charmant qui la trompait. Elle gère les conflits réguliers des Fables et maintient un semblant d’ordre dans cette société pleine de tensions. Le Loup est le Shérif de la ville, amnistié de ses crimes comme tant d’autres meurtriers de Fables.

Tout n’est pas pour le mieux pour cette communauté en exil. Mais tout empire lorsque Jack fait intrusion dans le bureau de Wolf pour l’informer que Rose Rouge, la sœur et rivale de Blanche Neige, a disparu et que du sang macule tout son appartement. Commence alors une enquête au cours de laquelle Blanche Neige et le Grand Méchant Loup vont devoir découvrir qui a commis ce crime, quitte à déterrer les lourds secrets des habitants de Fableville… 

Reprenant volontairement une structure narrative somme toute assez classique (la résolution d’un crime dans la plus grande tradition du roman policier), le premier tome de cette série nous fait découvrir un monde cohérent, intelligent et chargé de références. Si le contexte de fantasy urbaine ne paraît pas de primes abords d’une très grande originalité (combien de reprises un peu trash des fables a-t-on vu fleurir en littérature ou sur nos écrans ?), la manière de le traiter apporte une saveur particulière à cette histoire. Willingham joue avec ses personnages, leur apporte consistance et réalisme. Il joue avec les codes des fables (et avec ceux du polar pour ce tome). Au final, l’histoire se dévore et pose les bases d’un monde riche, mystérieux et parfois drôle.FablesVol2___Animal_Farm

Les graphismesde Medina et l’encrage sont classiques mais collent bien à l’ambiance même s’ils manquent un peu de caractère à mon sens. Mais rassurez-vous cela ne nuit absolument pas à la lecture ! Vous chercherez tout de même tous les détails des planches. Plus récente (le premier story arc débute en 2002), cette série ne souffre pas de l’effet vieilli que nous procure un Sandman ou un Hellblazer. Medina sera remplacé dès le tome 2 Par Mark Buckingham qui est très bien. Remarquez aussi que les couvertures sont excessivement belles !

Notons enfin que Légendes en exil est un premier tome. En tant que tel, outre la merveilleuse histoire que l’on lit, on a l’immense plaisir de découvrir, lorsque l’on poursuit l’aventure avec les tomes suivants, de découvrir à que l’auteur nous avait déjà donné des pistes et qu’il maîtrisait déjà le monde qu’il créait.

Vous l’avez compris, je ne peux que conseiller à tout le monde la lecture de ce premier tome (et de ses suites !). A son habitude, la collection Vertigo nous délivre de vrai histoires, intelligentes et remarquablement produites et réalisées. Je suis actuellement sur le deuxième opus et je ne regrette absolument pas. Le monde grandit, on en découvre plus, le nombre de références s’agrandit, à tel point qu’on ne les reconnaît pas toutes parfois. Un véritable classique en somme !

StepH

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mardi 14 avril 2009

GAIMAN, Neil : L’étrange vie de Nobody Owens.

Nobody_OwensLa sortie d’un Gaiman est toujours un grand événement pour moi. Le Diable Vauvert tarde à publier Fragile things (c’est pour le 17 avril). Heureusement, Albin Michel publie l’étrange vie de Nobody Owens pour nous faire patienter. De la même manière que Coraline (qui sort bientôt au ciné par le réalisateur de l’Etrange noël de Monsieur Jack, Miam), ce roman devrait s’adresser à un public plutôt jeune mais déborde largement cette frontière…

Jack se trouve dans une maison, il guette. Après avoir assassiné un père, une mère, une sœur, il est à la recherche du petit dernier, un enfant en bas âge qui ne pourra pas se défendre. Mais l’innocente victime n’est plus là… Le petit curieux est sorti de son lit pour partir à l’aventure. Ses pas le conduisent au vieux cimetière abandonné, talonné par le tueur. C’est là qu’il est recueilli par un couple de fantômes qui jure de le protéger avec l’aide du mystérieux Silas. L’enfant, baptisé Nobody par la population du cimetière, se retrouve provisoirement en sécurité, élevé par la famille Owens, morte depuis longtemps. Mais le mal rôde à l’extérieur, attendant son heure…

Un brin gothique, plein de rêves désenchantés et morbides (on s’attend à retrouver Sandman ou Death au coin d’une page), on retrouve l’univers unique de l’auteur. On y retrouve aussi beaucoup de thématiques chères à Monsieur Gaiman : solitude, aliénation, réflexion sur la société, reprise de la culture populaire et des légendes qui la fondent… Le cadre de ce roman foisonne de références et d’aventures qui forment la personnalité du héros à travers mille dangers.

On retrouve aussi, bien sûr puisque c’était la première volonté de l’auteur, énormément de références au livre de la jungle.

Même si ce n’est pas le meilleur Gaiman que j’ai lu (je lui ai préféré Coraline ou Neverwhere), ce roman fait partie des très bons crus. Il est prenant, vivant. Il nous emmène dans un monde différent et pourtant si proche du notre qu’il nous fait réfléchir. Livre sur la différence, roman initiatique, roman d’aventure, cette oeuvre foisonne de casquettes que l’auteur échange avec talent, nous plongeant intégralement dans son monde. Les illustrations de Dave McKean si elles sont jolies et peuvent attirer les plus jeunes (quoique) ne servent, par contre, pas vraiment l’histoire. On passe un petit moment à les regarder, scrutant des indices à découvrir, puis, lassé, on préfèrerait qu’elles ne soient pas là…

Reste la question difficile du public. Comme à chaque fois (Stardust et Coraline par exemple), Neil Gaiman brouille les pistes. D’une histoire qui semble presque naïve, il arrive à développer plusieurs niveaux de lecture. Et ce qui est vraiment étrange, c’est qu’il semble que les niveaux de lecture viennent vraiment de la réception du lecteur. Je m’explique : ce qui pourrait paraître horrible à des adultes (se faire coudre des boutons à la place des yeux) est perçu comme de l’aventure par les enfants (il faut sauver les parents qui vont avoir les yeux cousus). Ce roman n’échappe pas à la règle, même si c’est dans une moindre mesure que pour Coraline. Un enfant le lira avec la même joie qu’un adulte mais pas pour les mêmes raisons. Vous pouvez donc vous y jeter dessus, quel que soit votre âge !!

StepH

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jeudi 9 avril 2009

KERASCOËT, VEHLMANN : Jolies ténèbres

jolies_tenebres_couvJe lis beaucoup de BD d’une manière générale. Beaucoup de la production d’aujourd’hui se ressemble et n’apporte pas grand chose à part du divertissement. Alors quand sort une Bande dessinée qui me met une claque comme ça, je me sens obligé d’en parler !

Jolies ténèbres s’ouvre sur un goûter entre une petite princesse et son prince. Graphismes enfantins, couleurs bonbons. « Reprendrez-vous un peu de thé ? Volontiers ma chère. ». Mais ce moment idyllique tourne court lorsque tout s’effondre autour du petit couple : d’abord des gouttes géantes, couleur sang puis le toit et les murs se resserrent et on ne peut plus que fuir, tenter de sortir… C’est alors que l’on voit où habitait ce petit monde et qu’on les suit au cours de leur tentative de survie dans ce nouveau monde hostile…

Je reste mystérieux sur l’histoire à dessein car une partie de l’intérêt réside dans la découverte. Je peux vous dire que lorsque l’on voit le graphisme, on ne s’attend pas du tout au contenu. Pourtant, dès la quatrième planche, on est fixé ! Contrairement donc à ce que nos yeux perçoivent, c’est une histoire sombre, très sombre même, cynique et sans concession.

Cette œuvre joue sur les contrastes comme en atteste l’oxymore du titre. Aux graphismes enfantins s’oppose l’effroyable histoire de la survie de ce petit peuple. Qui est-il d’ailleurs ? Les auteurs ne donnent pas de réponse. A nous de trouver, de tenter une exégèse.

Reste la survie de ces personnes mal préparées à ce monde, et vierge de toute notion de sociabilité et d’empathie. On dévore les pages de cette BD, horrifié, mal à l’aise, cherchant des réponses qui ne viennent pas. Tout va de mal en pis dans la plus grande insouciance…joliestenebres_1

A mon sens (et après quelques recherches pour confirmer), l’œuvre parle de l’enfance. Mais pas celle qu’on aime à regarder : égoïsme, immoralité, méchanceté, naïveté extrême… Tant de concepts que l’on n’ose pas associer à nos chères têtes blondes. Mais souvenez vous de ces moments dans les cours de recré où humiliation et ostracisme étaient le pain quotidien... Le résultat est choquant, saisissant mais pondéré (ou aggravé, je ne sais pas…) par le graphisme du duo Kerascoët.

Pour moi, cette œuvre deviendra un classique tant tout est bien pensé. Certes certain ne supporteront pas et crieront au scandale (ça a déjà commencé…) mais il est indéniable que cette BD est terriblement bien réalisée. Je vous disais que ça avait été une claque pour moi mais je pense plutôt que c’était une sorte de piano à queue que j’ai reçu par la figure ! Jetez-vous y d’urgence sauf si vous avez l’âme sensible ou que vous êtes gaga des enfants…

StepH

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jeudi 2 avril 2009

KAMIYA, Makoto; SHUGA,Shorato : RESIDENT EVIL DEGENERATION :

resident_evil_degeneration" Survivre à l'horreur " : Cette chronique pourrait se résumer ainsi : Raconter un genre et se poser la question de savoir s’il mute du jeu vidéo au film d'animation (sans passer par le cinéma, la nuance est importante) avec bonheur.

Depuis longtemps, les échecs des expérimentations virales de l'immense multinationale pharmaceutique " Umbrella " sont profondément enterrés sous les ruines radioactives d'un bourg du Mid-West : Racoon City. Sans faire l'impasse sur les péripéties ibériques de l'agent spécial Leon Kennedy, " Degeneration " débute dans un aéroport US : Un autre bourg du Mid-West : Harvardville, une autre firme pharmaceutique : Wilpharma, les mêmes personnages : Leon Kennedy et Claire Redfield, déjà héros de Resident evil deuxième du nom. Les éléments se mettent en place pour que les râles désespérés reprennent et que les détonations de gros calibre y mettent fin. Personnellement, j'ai été peu convaincu par cette partie car si la tension familière est au rendez-vous, celle-ci retombe un peu rapidement, soufflé resservi trop tiède... Une incertitude vite évanouie quand on découvre enfin les gigantesques installations de Wilpharma, il ne manque plus que la grosse bête mutante quasi-indestructible pour se remettre à table. Sans gâcher le suspense – chose qui est rarement recherché dans le genre – je peux vous dire que tous les ingrédients y sont. L'armée, les compromissions politiques, les écolo-combattants, les ombres du 11 septembre, on tente d'introduire de nouvelles saveurs mais elles sont bien fades et les vielles recettes n'en ont jamais vraiment besoin car on veut le retrouver comme on les a toujours aimées.

En 1992, le premier " Resident Evil " s'ouvrait sur la phrase : " Enter the world of survival-horror ". Un genre créé en France avec le premier " Alone in the Dark ", trouve là son dogme, la bible qui fait autorité sur la question ; Déclinée dans une quinzaine de jeux vidéos. Nés de mutations virales, la ménagerie des adversaires à saturer de plomb est immense : Du doberman mort-vivant au géant bourré de testostérone mutante. Le héros ou l'héroïne est une personnalité de devoir ayant toujours avec bonheur une familiarité avec les armes à feu. L'adversaire dispose de moyens colossaux pour entretenir des installations scientifiques immenses et une véritable petite armée de chercheurs qui feront une acceptable horde de zombis aussitôt que l'habituelle petite faille apparaîtra dans la conservation des éprouvettes.

On peut se demander si cette structure vidéo-ludique s'adapte à un film d'animation – Ce questionnement ne se trouverait-il pas ailleurs sur ce blog ? – Je serai tenté de dire " presque ", même si tout ceci sent le produit de synthèse : une dose de nouveau personnage, une dose de psychologie, une conclusion qui va un peu plus loin que la destruction du boss de fin de niveau... "  Presque ", Mais je suis un aficionado-gamer ne comptant plus le nombre de chargeurs de calibre toujours plus gros vidés sur des multitudes qui se déplacent benoîtement en poussant des râles de lassitude, la tête penchée sur le côté, je manque certainement d'objectivité.

Le produit final résiste-t-il à une analyse cinéphile ? On ne pourra pas contester le grand spectacle et le rendu très dynamique si l'on n'était pas dans le cadre d'un film en images de synthèse. On peut même se demander s’il a connu une quelconque évolution depuis " Final Fantasy Les Créatures de l'Esprit ". On pourrai même dire qu'il a plutôt régressé pour perdre le petit supplément d'âme du film de Hirobonu Sakaguchi.

Au final et à contre-courant du battage publicitaire qui visait le public large en sortant des consoles de jeu. " Degeneration "est le pur produit pour les geeks-fans de l'univers au parapluie blanc et rouge. Les chercheurs en second et troisième degré pourront avec délectation regarder le making-of pour admirer l'ardeur et le professionnalisme nippon à réaliser un produit tout juste moyen. Tous les autres pourront passer sans remord leur chemin.

L'horreur n'est pas vraiment à l'honneur. L'erreur peut-être...

Pacman.

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mercredi 25 mars 2009

HAMILTON Laurell K. : Lunatic Café

lunatic_caf_En pleine Twilight-mania virulente, j’avais bien besoin d’une histoire de vampires pas trop gnangnan. Je ne veux pas dire du mal de quelque chose que je n’ai pas lu ou vu, sûrement que le succès de Stephenie Meyer doit être mérité, mais sa bluette romantico-fantastique ne me tente absolument pas et me fascine encore moins.

C’est donc tout naturellement que je me suis tourné vers un autre phénomène littéraire, plus ancien et plus modéré : les aventures d’Anita Blake. Chasseuse de vampires et réanimatrice de zombies, surnommée l’Exécutrice, celle-ci évolue dans une sorte de présent alternatif où monstres et humains se côtoient sans chercher à se cacher les uns des autres : pour les humains, les vampires et autres loups-garous existent, ils peuvent être nos voisins, nos banquiers, les enseignants de nos enfants, sans pour autant être des meurtriers. Ces êtres sont intégrés dans la société avec plus ou moins de succès, et sont même protégés par des lois anti-discriminatoires ! Un monde presque parfait puisque bien entendu les penchants les plus bas de l’âme humaine y sont toujours présents. C’est ainsi que notre Exécutrice est amenée à donner quelques coups de main à la police de Saint-Louis en tant qu’experte en surnaturel (elle a même fait des études pour cela !) pour élucider des crimes plus sordides les uns que les autres.

Un univers qui fonctionne et une galerie de personnages très attachants sont donc les points forts de cette série qui compte à ce jour une quinzaine de volumes. Les intrigues lorgnent du côté du polar, tout en faisant évoluer une trame principale centrée sur les sentiments de l’héroïne. Les thèmes abordés sont bien sombres et certaines scènes s’impriment immédiatement sur nos rétines. Le style est très accessible, voire conventionnel, avec quelques tics assez horripilants propres à l’auteur (où serait-ce au narrateur ?) : description des personnages en mentionnant leur tailles, leurs vêtements, effets de style qui reviennent d’un tome à l’autre et… les prénoms des protagonistes. Jean-Claude le vampire vous y croyez, vous ? Pour l’instant je suis en train de lire le premier tome, je vous en dirais donc plus une fois lu ! A ce sujet, j’ai commencé par le quatrième opus ce qui ne m’a en rien gêné pour la compréhension de l’histoire. J’ai dû me gâcher seulement quelques surprises des volumes précédents, aussi me tairais-je avant de spoiler davantage.

cirque_des_damn_scovcadavrerieur2covplaisirscoupables2

En synthèse, une bonne série qui se veut sans d’autre prétention que celle de divertir et qui y parvient haut la main. Un détail cependant : les couvertures cul-cul… Mais Bragelonne va rééditer cette année les aventures de la belle alors on peut se prendre à rêver d’un meilleur traitement…

Mr Jack

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lundi 16 mars 2009

BEAUVERGER, Stéphane : Chromozone

chromozoneLes fidèles de ce blog se souviennent peut-être que j’avais été très sévère avec Stéphane Beauverger quant à la nouvelle qu’il a écrite pour Appel d’air. J’avais dit hésiter à aborder un de ses livres. Et bien j’ai dépassé mes appréhensions et c’est une bonne chose !

Chromozone est le premier tome d’une trilogie qui avait eu de très bonnes critiques. Initialement parue à la Volte, elle fait finalement l’objet d’une édition de poche chez Folio SF dont le deuxième tome, Noctivore, vient de paraître (il y a un peu plus d’un mois). C’est donc l’occasion d’en dire tout le bien que j’en pense !

Pour vous le présenter sans en dévoiler trop, je dirais qu’après un cataclysme technologique, la France (le monde ?) a éclaté. Plus d’unité nationale, plus de société mais une lutte de pouvoir constante entre diverses communautés aussi éphémères qu’absurdes. Ici, les noirs africains prônent une société à base de vaudou ; là les musulmans progressistes tente de sécuriser leurs frontières ; ailleurs les communistes déportent les émigrés dans de nouveaux goulags… C’est dans ce cadre presque surréaliste, que l’on suit plusieurs personnages qui tentent de survivre, de sauver des gens, de faire du pognon…

Le monde n’est plus le même. Plus de technologie ou plutôt une nouvelle technologie étrange. Plus de communication. On flirte avec le grossier, on a peur que l’auteur dérape et que tout devienne ridicule. Les thématiques abordées ne sont effectivement pas d’une originalité folle. Méchants musulmans ? Pauvres blancs spoliés ? On a un peu chaud au début et puis c’est le déclic. Pas de méchants pas de gentils, aucune humanité nulle part. Tout n’est que survie. Au départ, on se rend vite compte que la société n’est qu’animale. Puis ce devient pire… Nos héros se débattent dans ce monde mais ne sont pas exempt de défauts. Ils font partie de ce monde pourri, ils contribuent à le créer.

Si Beauverger ne fait pas dans la dentelle, il mène bien sa barque et nous guide, effrayés, dans ce monde si lointain et pourtant si proche. Il nous procure aussi le grand bonheur de ne pas situer son histoire à Paris, qui semble être la seule ville de France pour beaucoup d’auteurs français. Ici tout se passe à Marseille, en Allemagne et en bretagne. La conclusion de ce livre nous donne envie de prendre vite la suite.

En conclusion, je dirai que c’est un roman sombre, sans concession, parfois un peu limite mais qui a le mérite de nous interroger sur l’humanité et sur la société dans laquelle nous vivons. A lire donc.

StepH

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lundi 9 mars 2009

ADLARD, KIRKMAN, MOORE : WALKING DEAD

walking_deadComme le temps passe vite: ma dernière critique remonte à huit mois déjà et je vous y faisais part de mon intention de chroniquer un monument du comics actuel, le susmentionné Walking dead.

Les morts marchent en effet. On ne sait toujours pas pourquoi, mais leurs intentions sont quant à elles bien claires : Brrraiiinnnns ! L’histoire débute avec le point de vue de Rick (les patronymes ne sont guère plus d’usage à présent), un policier d’une petite ville des Etats-Unis, marié et ayant un fils. A la suite d’une intervention qui tourne mal, celui-ci perd connaissance. Lorsqu’il se réveille quelques jours plus tard (28 ?), c’est pour découvrir un hôpital, une ville puis un monde où la mort a pris la place de la vie. Dès lors, il n’a qu’une obsession : retrouver sa chère famille.

Encore des zombies, me diront certains ? Pas vraiment non.

Tout d’abord le ton de l’histoire : amateurs de gore rigolard, passez votre route. En détaillant le quotidien d’un groupe de survivants et des rapports qui les unissent les uns aux autres, Kirkman frappe juste. Les zombies ne sont finalement qu’une toile de fond, un prétexte comme bien souvent, pour nous parler de l’évolution d’hommes et de femmes en période de troubles. Les personnages parlent, réagissent et se comportent avec justesse et vraisemblance, terme trop souvent oublié dans les oeuvres relevant de l’imaginaire. Les rebondissements sont nombreux et très inattendus : dans les premières pages, la mort frappe soudainement, là où l’on s’y attend le moins, emportant des personnages auxquels on était attachés. Le rythme est soutenu, enlevé, surtout dans les premiers tomes, où aucun moment de répit n’est ménagé, au point que l’on n’en peut plus d’attendre la suite… C’est un peu différent pour les derniers volumes, à mon sens, où l’histoire semble s’essouffler un peu. A la décharge du scénariste, on ne voit pas comment ils auraient pu poursuivre sur ce tempo. Au contraire, cette cassure dans la trame permet aux auteurs de nous emmener sur des terrains surprenants, posant des questions pertinentes sur l’humanité : que devient la loi en l’absence de société, qu’est-ce qui définit un crime… Dès lors que le modèle de la société vole en éclat, plus rien ne peut rester comme avant. C’est un monde que Rick et ses congénères se doivent de réinventer. En plus de survivre.

Walking dead est donc une œuvre poignante, prenante, autant philosophique que divertissante, intelligente et violente. Certains passages sont (très) durs : quelques planches peuvent être très gores, mais surtout c’est de violence psychologique dont je veux parler. « Monstrueux » (volume 5) est d’une noirceur telle qu’il n’est pas à mettre entre toutes les mains. Lorsque vous le lirez, imaginez le calvaire des lecteurs de la première heure qui ont dû patienter plus de 3 mois pour en connaître la suite.

Pour finir, quelques mots sur le graphisme car on oublierait presque que l’on parle d’un comic. J’ai nettement préféré le premier dessinateur de la série, Tony Moore, au coup de patte précis et fin, et qui restituait à merveille les émotions des protagonistes, avec des encrages plus doux et nuancé. A un tel point que lorsque le relais est passé aux mains de Charlie Adlard, il m’a fallu une période pour m’habituer : le trait est plus nerveux, tremblant, on a du mal à reconnaître certains personnages. Mais cela va de pair avec leur perte de repères : c’est une volonté des auteurs de rendre leurs héros méconnaissables.

Un dicton de cinéphile promet qu’à chaque période de crise est associé un grand film de zombie. La crise est là, alors précipitez-vous sur Walking Dead…

Mr Jack

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mardi 3 mars 2009

LOVECRAFT, Howard Philips :La quête onirique de Kadath L'inconnue

quete_oniriqRandolph Carter – le fameux, le légendaire Randolph Carter me dira-t-on peut-être... *– se met un beau jour ou une belle nuit en quête d'une cité aperçue en rêve, dans un monde tout à fait onirique que l'on va découvrir en suivant sa trace ; une cité dont même lui, rêveur chevronné, n'a jamais entendu parler. C'est dire. Son chemin, comprend-il, devra passer par Kadath, la cité perchée des dieux, que personne n'a jamais vue jusque-là.

Pour commencer son voyage, Carter n'a qu'à descendre les sept cent marches qui le mèneront aux « prêtres barbus de Nasht et Kaman-Thah, dont le temple souterrain s'étend non loin du monde éveillé et au milieu duquel se dresse un pilier de feu » ; tout un programme, une broutille en vérité. En musique, on dit que cela commence « in media res », je crois – au milieu de la chose. Je n'aurais pas dit mieux. Sans avertissement, nous voici dès les premières lignes plongés dans le songeux univers bâti par Lovecraft, sans autre justification ; on n'en saura pas plus sur Randolph Carter, qui il est, d'où il vient, même si quelques indices seront parsemés au long du livre ; seul son nom, perdu et étrangement discordant au milieu des Zin, Shantak Barzai-le-sage et autres Nyarlathotep, évoque une éventuelle parenté avec notre monde. Il faut dire, La Quête Onirique... ferait partie d'un « cycle » plus long, que l'on trouve en intégralité dans le recueil Démons et merveilles, (« un rapport avec la chanson ? » - je pourrais guère vous le dire**) et qui narre les aventures dudit Randolph Carter : ceci explique peut-être cela, mais pour ma part, je l'ai point lu *** ; et quoi qu'il en soit, les aventures du bonhomme le mèneront ici d'une région à l'autre du pays des rêves, où il aura affaire à d'innommables créatures et nouera des alliances avec des chats, des goules – dont « celle qui avait été autrefois l'artiste Arthur Pickman de Boston » – pour un périple parfaitement fantaisiste et presque léger, loin des habituels cauchemars lovecraftiens, bien que l'on y retrouve quelques-uns de ses thèmes de prédilection.

Mené tambour battant, dans un style bourré des habituels épithètes de l'auteur (mais sans jamais tomber non plus dans le soporifique), La Quête Onirique de Kadath l'Inconnue est un véritable enchantement où l'on retrouve et où l'on goutte, grâce à une plume incroyablement efficace, la substance presque intacte des rêves et leur logique propre, tout en conservant cohérence et fil narratif. Tout d'un bloc (pas la moindre trace d'un quelconque dialogue, de chapitres, à peine des paragraphes), le texte semble nous prélever hors de la réalité à un moment de notre vie pour nous y ramener, presque inchangés, à la fin du voyage. La faible épaisseur du roman aide à renforcer l'impression, qui ne tiendrait pas, pensé-je, bien plus loin que les quelques cent cinquante pages imprimées là.

Au final, entre bois enchantés, mers lunaires, vins hypnotiques, faméliques de la nuit ou visages divins gravés dans la pierre – et même quelques héroïques batailles ; j'ai parfois cru lire du Tolkien – mille images restent en tête une fois le livre refermé. On ne saurait que trop le conseiller à ceux qui voudraient aller à la rencontre d'un auteur dont les louanges sont souvent chantées, mais qui est je crois, de nos jours, peut-être peu lu du fait d'un univers parfois considéré comme trop âpre, et de son côté « ancêtre » qui peut rebuter certains.

Zolg

*C't une blague, mais c'est aussi parce que je suis pas spécialiste de Lovecraft non plus, alors...

** Car oui, « Démons et Merveilles » est aussi le titre d'une chanson de Jacques Prévert. Jacques Prévert aurait-il lu Lovecraft ? Ce dernier était-il déjà traduit à l'époque où la chanson a été écrite ? Si un musicologue pouvait nous répondre, ce serait fameux je crois.

***J'ai appris ça par hasard, quand je rédigeais la présente notice... Comme quoi, quand je dis que je suis pas spécialiste de Lovecraft !

 

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mercredi 18 février 2009

BORDAGE, Pierre : La Trilogie des Prophéties

 La trilogie des prophéties est constituée, comme son nom l'indique, de trois ouvrages plus ou moins liés entre eux : « La prophétie du serpent », « L'ange de l'Abîme » et « Les chemins de Damas ». Pierre Bordage (Les Guerriers du Silence, le Cycle de Wang...) se lance ici dans la littérature d'anticipation proche où le fantastique n'est présent que par touches légères, très légères...

Trois ouvrages plutôt volumineux que je vais essayer de vous présenter ici d'un trait.

evangile_du_serpentL'évangile du Serpent : A travers une narration quadruple (le principe des évangiles selon...Yann, le premier disciple, Luc, cyber call-girl, Marc, journaliste, et Mathias, tueur à gages ), Pierre Bordage nous raconte l'histoire d'un nouveau messie venu d'Amérique du Sud, Vaï Ka'ï, un jeune enfant capable d'accomplir des miracles dont le message (abandon de la propriété, nomadisme, recentrement sur soi, amour du prochain...) fait fureur et déclenche les passions. Il en profite pour dresser un vilain portrait de notre société, en situant l'histoire dans un futur très proche et aborde, avec plus ou moins de bonheur, des thèmes tels que l'extrémisme religieux, l'omnipotence et le cynisme des médias et des pouvoirs politiques , les mouvements sectaires... Une autre version de la S.F en Lozère, bien plus réaliste peut-être, vu qu'on est loin de s'y ennuyer...

Le style dynamique et fluide de Pierre Bordage sert ici une histoire plutôt bien montée, crédible et aimable à lire, tout en donnant à penser sur notre monde. L'univers est bien tenu, très proche de notre quotidien, les personnages sympathiques, et la plupart des réflexions et digressions, bienvenues quand elles sont glissées habilement, nous permettent de prendre du recul sur le monde dans lequel nous vivons. Beaucoup de lucidité, et au final une bonne petite histoire, incontestablement agréable et face à laquelle on n'a jamais l'opportunité de se dire que l'on a perdu son temps.

Le tout se termine sur une note presque optimiste, sans être larmoyant, et c'est très bien – vivement la suite, qu'on se dit.

On va pas être déçu.angedel_abime

L'Ange de l'Abîme : Faisons en premier lieu un détour, si vous le voulez bien , par la couverture du format Livre de Poche : il s'agit de l'une des meilleurs couvertures que j'aie vu, je crois, tant elle est l'illustration parfaite du roman et le résume à merveille ; sombre, oppressante, avec son paysage aux ponts de métal acéré dominés par un ange aux ailes déployées, mais immobile, et dont on ne voit pas le visage.

Quelques années ont passé depuis L'évangile du serpent, et là où celui-ci se terminait sur une note presque ensoleillée, L'Ange de L'Abîme s'ouvre sur un univers terriblement désespéré, sur fond de décor d'une Europe à l'agonie, politiquement démembrée, sur laquelle règne un mystérieux dictateur roumain, l'Archange Michel. Le cynisme et l'intolérance de la religion poussée à ses extrêmes ont remplacé les espérances que faisait naître le charmant Vaï Ka'ï – dont le « projet », nous l'apprendrons, à largement échoué – dans le précédent volume, s'incarnant dans une société méfiante, mafieuse et ultra-violente, refermée sur elle-même et entièrement tournée vers un objectif : la guerre contre les nations musulmanes.

C'est dans ce contexte que Stef et Pibe – qui tient son nom, certains se le demandent peut-être déjà, d'un certain « footballeur argentin d'avant la guerre » – vont prendre la route pour aller parler au fameux archange Michel...

Avec une extraordinaire lucidité, l'auteur nous mène avec brio dans un cauchemar dont – la formule est répandue, je le sais, mais pour une fois j'avoue l'avoir réellement ressenti – on ne saurait ressortir indemne. Impossible de s'arracher à ces pages, il faut savoir – savoir non pas tant ce que cette histoire-là nous réserve, mais ce vers quoi notre monde tend, et ce à quoi il va aboutir si on ne redresse pas la barre à temps. Car oui, c'est de cela qu'il est question le plus souvent, sans même que l'on s'en rende compte, et c'est là toute la force du livre : il nous met en garde contre un modèle de société qui exclut et qui assène, qui trie et qui triche, d'une façon tout-à-fait effrayante au vu de certains parallèles qui pourraient être faits.

Un chef d'œuvre aux mots et aux images forts et persistants, il faut oser le dire.

les_chemins_de_damasLes chemins de Damas. Ah, la belle ellipse ! Quelques années ont passé depuis la chute de l'empire chrétien de la vieille Europe, et on retrouve le vieux continent dans un état guère plus frais : chômage, violences, délocalisations, main-mise des mouvements évangélistes qui prêchent le renouveau de la religion. Jemma quitte Paris pour retrouver sa fille disparue et se rendre en terre musulmane, où les rumeurs d'enlèvement d'enfants la mènent. Là, la justesse de l'auteur l'amène à découvrir un peuple pas si sauvage que ce qu'elle pense, mais loin d'être angélique non plus ; et surtout, il nous mène en douceur vers une fin en tous points surprenante qui évidemment ne sera pas dévoilée ici.

Il faut le dire, Les chemins de Damas constitue – sans être non plus complètement mauvais – une légère déception, surtout après le fabuleux choc du précédent opus. L'auteur y reprend un procédé narratif identique à celui de L'Ange de L'Abîme – une alternance de chapitres consacrés à l'histoire principale et d'autres nous racontant la société qui les entoure, ses travers et ses acteurs – ce qui est dommage et ôte à mon avis un peu de cohésion à la trilogie ; il semble de plus s'être essoufflé, ce qui se comprend après le train d'enfer mené jusque-là. Le roman reste à lire, loin d'être désagréable et réservant, c'est déjà dit, une belle surprise pour la fin.

Au final, Pierre Bordage nous livre avec sa trilogie une œuvre dense et intense, où l'Ange de L'Abîme se taille la part belle, et dont les trois volumes peuvent être lus séparément mais gagnent à être lus ensembles.
Zolg

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samedi 7 février 2009

AYROLES, MAÏORANA, LEPREVOST : D

 

 

d_couvEn 2002 se concluait, au bout de 6 tomes hilarant, l’histoire de Garulfo, la petite grenouille qui voulait devenir un homme. Après avoir dépoussiéré le conte de fée, la belle équipe remet le couvert en s’attaquant au mythe du vampire. C’est plein d’espoir que j’ai parcouru cette BD et je n’ai pas été déçu !

En pleine époque victorienne, Richard Drake, célèbre explorateur, rentre d’expédition. A l’occasion d’une grande soirée, il fait la connaissance d’une jeune femme, Catherine Lacombe, qui ne le laisse pas indifférent. Malheureusement, notre héros se fait souffler la dame par un mystérieux dandy… Drake ne le sait pas encore mais c’est le début d’une nouvelle aventure qui le conduira à chasser un prédateur bien plus rusé et dangereux que ceux qu’il a déjà chassé…

Les graphismes et l’encrage, fins et dynamiques, nous plongent directement dans une époque victorienne bien éloignée des bas fonds sales et sombres de Jack l’éventreur ou d’Oliver Twist. Lumineux, extravagant, cette époque représente ici le dandysme. Les protagonistes qui entourent le héros sont futiles, n’écoutent pas grand chose et préfèrent les commérages à la politique. L’ambiance est donc posée, pleine de lumières et de strass. L’énigmatique rival de Drake ne dépareille pas dans l’ambiance, incarnation du dandy, il est comme né de son temps.D_1_12_w

Le scénario est plein de références mais ne s’alourdit jamais, on le lit d’une traite, happé par l’aventure. Rappelant les classiques mais ne les copiant (pour le premier tome en tout cas) pas, l’histoire prend de l’intérêt que l’on soit spécialiste du vampire ou néophyte. L’humour disséminé tout au long de l’album termine de donner un goût spécifique à cette relecture du mythe du suceur de sang.

Emballé, c’est le moins que l’on puisse dire de mon avis au sujet de ce premier tome ! Je me suis régalé ! A la fois bonbon acidulé, travail sérieux et récit d’aventure efficace, on se laisse vraiment emporter, on a envie de relire, de faire des recherches et de trouver les références. Pourvu que ce soit aussi bien sur la longueur !!

StepH

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samedi 31 janvier 2009

PICARD, Geoffrey ; CROC ; BENOIST, Nicolas et al. : C.O.P.S

COPS_image5_gdFaisons un grand écart conceptuel ; " Rêve de Dragon ", 1993 ; " C.O.P.S ", 2003. Bien plus que des concepts de base complètement différents, dix années séparent ces deux oeuvres. Un homme seul, à l'imagination féconde face au travail foisonnant d'une " Dream Team " de l'autre. En un seul ouvrage, GERFAUT capte votre imagination. C.O.P.S ne vaut que par la somme de ses suppléments. Je vous ai parlé du premier précédemment. Parlons du second maintenant.

2026, poussée par la forte poussée ultra-moraliste des années Bush et des réformes liberticides engagées après le fiasco de la présidence d'Hillary Clinton (pas d'obamania en perspective en 2003 ...), la Californie déclare son indépendance de l'Union. L'état souverain, prenant la place de l'Italie au G8, devient le havre de toutes les libres expressions, des plus saines : Respect de l'homosexualité ou des communautés, au plus inavouables : Dérives extrémistes, sectaires ou criminelles. Afin de pallier à la disparition d'une police fédérale et de sortir des guerres internes résultant de l'hyper-spécialisation au sein du Los Angeles Police Departement, un partisan de l'indépendance propose la création du C.O.P.S. La Central Organisation For Public Security se veut une brigade d'élite, composée de flics tirés sur le volet, issus de toutes les divisions du L.A.P.D. Pouvant se saisir de toutes les affaires impliquant plusieurs services ou des sujets sensibles. Dotée d'une identité visuelle significative (Le masque et l'arme particulière qui sont en couverture du livre de base), le C.O.P.S est le service de super-flics dont ont besoin les Angelinos élevés dans le culte de l'image et du héros moderne. Le cadre paraît alléchant, mais la réalité est plus cynique car sous le chaud soleil, libre expression rime souvent avec pire des excès où la vie se monnaie et les trafics en tout genre vont bon train. Les affres de la criminalité et ses vilains garçons sont largement documentés dans la " première saison " de ses suppléments.COPS_image4_gd

De nombreux jeux de rôle, de nombreux scénarii conduisent des personnages-joueurs à mener des enquêtes, mais paradoxalement il existe peu de jeux qui proposent de mettre en scène des policiers. Ce constat ne peut à lui seul faire une chronique ici, il faut plonger plus profondément dans les entrailles de la bête. Le livre de base pose presque à lui seul un système de jeu propre à gérer la prise de risque dans les fusillades, l'ambiance des courses-poursuites ainsi que, subsidiairement pour ce qui me concerne, les interrogatoires. En conséquence, les seize suppléments ne s'occupent que de background. Et quel travail fourni dans chacun de ces suppléments-épisodes ! Car ce qui caractérise C.O.P.S, c'est sa construction comme une série TV. Ainsi si chacun apporte sont lot de très denses informations sur un thème, il fait aussi évoluer une storyline avec son lot de retournements de situation, de cliffhangers et de révélations. Ainsi donc, comme une série, soit on aime, on s'accroche et on comprend les enjeux développés en lisant entre les lignes, soit on se lasse, on perd peu à peu de l'intérêt et on abandonne.

La première saison est toujours bonne. Ici le crime nous ai proposé dans toute sa splendeur et sa complexité, drogues new-age, mafieux entre tradition et modernité... et apparition des premiers mystères. Le deuxième saison est celle des sphères d'influence propre à amener leur petites complications : Les médias, les politiques, le travail semble être un peu moins fouillé mais les coins du voile sont encore un peu plus soulevés. Vous pouvez alors décider de vous arrêter là ? Le meilleur pour faire vivre un L.A. Entre sunlight et ténèbres est derrière vous. On poursuit parce qu'on est accroc et la descente est rude, de moins en moins d'infos générales, mais les révélations sont maintenant à portée de mains, connaissant des rebondissements pas toujours amenés de façon heureuse : le grand tournant conduisant les flics de L.A. a vivre le tournant majeur de la " série "... sur Mars. La quatrième saison met fin à l'histoire d'une façon très abrupte.

COPS_tome_1_Crash_sur_South_CentralAu fur et à mesure de la lecture de suppléments s'est opéré en moi un basculement. Je me suis demandé si  je me trouvais en présence d'un jeu de rôle ou d'une oeuvre littéraire collective ?

Dans le premier cas de figure, l'énorme masse d'informations à presque de quoi décourager. Il faut avoir la maturité d'un joueur expérimenté pour appréhender et transmettre cette somme. Mais il faut aussi l'enthousiasme et le temps-libre de la jeunesse pour pouvoir en profiter. Dans le second cas, on peut peut-être regretter que les auteurs nous offre un florilège d'infos un peu rigide, de données superflues. Mais dans un cas comme dans l'autre, je ne peux que saluer les qualités qui m'ont amené à mener l'enquête jusqu'à son dénouement et le courage et le talent dont ils ont fait preuve pour oser tout balayer à la fin.

Mais peut-être existe-t-il une voie entre les deux, une piste que je n'ai pas correctement exploitée...Tentez votre chance comme joueur et si vous devenez vraiment accroc, vous trouverez quelqu'un sur le Web, déçus, qui vous fera un bon prix pour le tout.

Pacman.

Posté par e_maginaire à 10:21 - jeux de rôle - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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dimanche 18 janvier 2009

PONZIO, MARAZANO : Le complexe du chimpanzé

complexe_du_chimpanze3Je vous avais déjà parlé de ce duo d’auteurs lors du vite, vu vite lu sur Genetiks. Je vous en avais dit le plus grand bien. Aujourd’hui, puisque le dernier tome du Complexe du chimpanzé est paru (en décembre 2008), je vais de nouveau en dire du bien !

2035. Alors qu’Hélène Freeman se prépare à décoller pour une mission spatiale sur Mars, elle apprend que cette mission est annulée. Parallèlement, un module spatial s’écrase dans l’océan. Un bateau militaire est envoyé pour repêcher l’engin. Il s’avère que c’est une capsule d’Apollo et que Buzz Aldrin et Neil Armstrong en sont les passagers ! Hélène est donc appelée en tant que spécialiste pour découvrir ce qui s’est passé…

Une véritable science fiction en BD est assez rare. Une SF de qualité l’est encore plus. Ici, tous les ingrédients sont présents pour faire de cette trilogie une Bande dessinée inoubliable.chimpanze02

Tout d’abord, le scénario est irréprochable jusqu’à la fin. Sans être incompréhensible ou trop difficile (ce qui était un peu le cas de Genetiks), il tient en haleine jusqu’au troisième tome. Paradoxes temporels, voyages dans le temps, exploration spatiale…, tous les ingrédients sont réunis pour faire de la hard SF. Pourtant, ce penchant est pondéré par l’aspect humain de l’intrigue. En effet, l’héroïne doit choisir entre sa vie professionnelle et sa fille… Ainsi, on suit en même temps l’intrigue principale et la vie de la petite fille qui vit assez mal le fait d’être « abandonné » par sa mère. On se rapproche assez d’une SF à la Stanislas Lem (connu pour Solaris).

La magnifique intrigue de Marazano est soutenue par le dessin ultra réaliste de Ponzio qui achève de nous aspirer dans cette histoire. Certes certains diront que son graphisme est assez figé, c’est affaire de goût, moi j’adhère ! Il arrive par ses cadrages à créer une atmosphère inquiétante digne des plus grands films de SF.

Le seul bémol pour moi réside dans le troisième tome qui fait la part belle à l’aspect humain, négligeant par là même une véritable explication de ce qui s’est passé (ou peut être suis-je passé un peu à côté !).

Quoiqu’il en soit, ces trois tomes ont été un délice à dévorer et je ne saurais que les conseiller pour tous les fans de SF un peu intellectuelle !

StepH

Posté par e_maginaire à 19:06 - BD - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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