de_cape_et_de_crocs_t8Quand StepH a fait part de son projet d'ouvrir un blog sur l'imaginaire, je savais que viendrait le jour où il me faudrait vous parler de cette BD. La sortie du Tome 8 : "Le maître d'arme" m'oblige à sauter le pas. Mais ici pas de droit à l'erreur, car je suis littéralement fan de cette série et qu'il va me falloir en quelques lignes vous prouver le bien-fondé de ma modeste opinion.

Don Lope de Villalobos y Sangrin est un fier hidalgo Ibérique et Armand Raynal de Maupertuis un chevalier français à la verve que n'auraient reniée nos dramaturges classiques. Accessoirement le premier est un loup (Le "Isengrin" du "Roman de Renard") et le second est un renard (Le goupil du même conte).

A Venise, nos deux gentilshommes vont se porter à la rescousse d'un vieux grippe-sous dont le valet vient de porter la nouvelle que son fils, monté à bord d'une galère turque, se retrouve enlevé et menacé d'esclavage si une forte rançon n'est pas payée... Halte-là me direz-vous si vous possédez quelques lettres classiques mais cela ressemble furieusement aux "Fourberies de Scapin"! Certes vous répondrais-je mais le vaisseau ottoman de notre histoire n'est point une galère mais une chébéque ! Un voilier au demeurant illustre lettré mais béotien maritime que vous êtes ! Or point de jeune nigaud à secourir sur ce navire mais un coffre, une bouteille, une carte au trésor et pas n'importe lequel s'il vous plait, celui des îles Tangerines.
Et voici nos deux compères lancés dans une aventure digne de R. L. STEVENSON. Il fallait un troisième compagnon, le plus improbable qu'il soit : un lapin de trois pommes de haut, qui prétend avoir servi dans les gardes du Cardinal, répondant au doux nom de Eusébe et que l'on rencontre enchaîné sur les bancs d'une galère (une vraie cette fois).20071016_De_Cape_et_de_Crocs_4

8 tomes de péripéties vous attendent alors, fournies en personnages hauts en couleur : un équipage pirate très pittoresque, un savant fou batave, un méchant balafré du nom de Mendosa, toute la Monarchie Sélénite et leurs muets spadassins mîmes... un caillou lunaire...une sorte d'inventaire à la PREVERT.

Cette description peut paraître bien échevelée, mais c'est ainsi que se conçoit "De Cape et de Crocs". Les cyniques et les jaloux argueront d'un manque d'originalité, du plagiat fait à ces grands classiques : les quiproquos de MOLIERE, les chasses au trésor de STEVENSON, les traits d'esprit et les coups d'épée de ROSTAND, les paysages lunaires de CYRANO (le vrai !). Mais quelle façon de mettre l'ensemble en musique ; de plus, le fait de connaître les paroles n'empêche pas de réécouter les chansons si elles sont bien réarrangées. Pour le dessin, les aigris se diront loin de l'esbaudissement, mais ici encore j'aurais à leur répondre : observer les détails, suivez les aventures de personnages presque insignifiants comme le poulet du capitaine Boone ou le caillou lunaire. Mais surtout suivez l'histoire jusqu'au Tome 8 car je pense qu'enfin en plus d'être une bonne oeuvre, "De Cape et de Crocs" est devenu une belle oeuvre avec une mise en couleur qui lui donne le caractère épique qui pouvait lui faire défaut.

Alors si après tout ceci quelqu'un ose encore affirmer que cette oeuvre que dis-je ce chef d'oeuvre ne vaut pas tripette, qu'il nomme ses témoins et choisisse ses armes, que nous vidions cette querelle en gentilshommes sur le prés, mordious !

Pacman.

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