le batard de kosigan 2

Fabien Cerutti et son bâtard de Kosigan étaient sans aucun doute pour moi La découverte Fantasy de l’année 2014. Alors quand la suite est parue en avril, je m’y suis jeté dessus ! Pourtant, ce n’est pas sans appréhension que je l’ai entamée, craignant que l’auteur ait tout donné sur le premier tome. Bien croyez-moi, il n’y avait pas de quoi s’inquiéter, Fabien Cerutti est un auteur parti pour durer !

Le Bâtard est un filou, nous le savons. Toujours à louvoyer entre des forces qui le dépassent, au service du plus offrant mais surtout à son propre bénéfice. Ici, le sénéchal d’Angleterre confie à notre mercenaire la délicate mission d’infiltrer les rangs français afin de découvrir les macabre complots qui s’ourdissent de l’autre côté de la manche, à Lens, à l’aube de la Guerre de Cent ans. Kosigan échafaude bien sûr des plans infaillibles… Mais tout ne se passera pas cette fois-ci comme prévu. L’impressionnant bâtard se ferait-il prendre à son propre piège ? Aurait-il trouvé plus malin que lui ?

Le premier opus avait une mise en scène très marquée, très spécifique, un rythme particulier qui le rendait délicieux. La difficulté du deuxième tome allait donc être de renouveler l’audace d’un schéma narratif identifiable à la série mais sans tomber dans la redite. Et il faut avouer que l’auteur s’en sort très bien. Nous retrouvons les deux aventures parallèles, celles de Pierre Cordawain de Kosigan au cœur d’intrigues assassines et celles de son descendant (ou ici plutôt de son collègue) qui enquête sur le passé perdu des Kosigan, mais le lien s’arrête là. Ici le héros est vite pris par l’intrigue et subit un adversaire peut-être plus malin que lui. C’est presque d’une enquête qu’il va s’agir ici. On retrouve donc avec bonheur une structure du texte identifiable et l’écriture de Fabien Cerutti, toujours aussi agréable.

Côté intrigue, le monde magique semble s’étoffer et l’univers s’enrichit d’autant. De grandes menaces mystiques viennent accoucher de grandes périodes historiques et donnent un éclairage nouveau à l’Histoire. Ici l’avènement de la Guerre de Cent ans prend un nouveau sens. L’auteur, historien habile, joue une nouvelle fois avec la petite histoire et accouche d’une uchronie intelligente. Le rythme reste soutenu mais ici le bâtard court après l’intrigue plutôt que de l’infléchir, nous laissant découvrir d’autres facettes de notre héros. Plus sombre, le scénario met nos nerfs à rude épreuve, personne n’étant épargné. Les plus intransigeants diront que l’intrigue est aussi plus classique mais ce serait sans compter les véritables qualités de style de l’auteur. A mon sens, ce qui est un peu en retrait sur ce tome, c’est l’enquête au XIXème. Si elle présente l’avantage de nous interroger sur la disparition du merveilleux dans l’Histoire et de reprendre ce qui fait la caractéristique stylistique d’un Kosigan, elle piétine et ne nous fait pas vraiment avancer sur l’intrigue générale. C’est tout de même un très léger bémol que j’avance, ayant pris un grand plaisir à suivre cette partie épistolaire du roman.

Au final, c’est avec délectation que j’ai goûté à ce deuxième tome. Toujours aussi bien écrit, toujours aussi bien bâti, Le Bâtard de Kosigan, Le fou prend le roi, permet à l’œuvre de Cerutti de s’étoffer, de se complexifier, de s’assombrir, de nous faire entrapercevoir l’intérêt que nous aurons à lire les suites qui ne manqueront pas d’être publiées. En lui-même, cet opus se lit d’une traite et ne saura que vous enchanter. En revanche, dire que ce roman se lit indépendamment est un peu exagéré ; ce serait perdre un bel intérêt à la  lecture que d’ignorer le premier tome. Fabien Cerutti confirme son grand talent d’auteur, de conteur et je ne peux que vous exhorter à le lire et à le faire lire !!

StepH

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