angle_mortQuelqu'un n'a pas lu mon long billet sur l'actualité du numérique dans les littératures de l'imaginaire ? C'est une honte ! Bon alors je reprends pour les quelques étourdis ! Angle mort est une nouvelle revue électronique qui a pour ambition de proposer, pour la somme modique de 2€99, une sélection de nouvelles francophones ou anglo-saxonnes accompagnées d'entretiens avec les auteurs. Ces nouvelles sont ensuite mises à disposition gratuitement sur leur site, tout comme leur édito (je m'étais trompé lors de ma précédente présentation...), mais vous devrez les consulter en ligne. En mai, est paru leur troisième numéro, que je me suis procuré. C'est l'occasion pour moi de vous présenter plus en détail cette nouvelle aventure éditoriale qui me semble passionnante !

Techniquement, le revue prend la forme d'un fichier EPUB facilement téléchargeable, léger et bien foutu ; pas de lourdeur (pas d'illustration), une mise en page impeccable qui permet de se focaliser tranquillement sur le contenu. Il est aussi possible de le télécharger dans une version PDF, plus confortable pour une lecture à l'écran ou pour l'impression. Quatre nouvelles, quatre interviews et un éditorial composent ce numéro. Globalement, et l'édito nous le confirme, la volonté de la rédaction est de travailler sur des nouvelles plutôt littéraires et de se placer comme des explorateurs de nouvelles voies (voix?). Ils y réussissent fort bien, à mon sens. En effet, même si les récits ne m'ont pas tous touchés, ils m'ont en revanche tous interpellé.

Si nous rentrons plus dans le détail, il me semble que le papier (électronique, va s'en dire!) de Sébastien Cevey et Laurent Queyssi ouvre la revue de manière très intéressante. Exposant la démarche de sélection de contenu de leur revue, les deux rédacteurs posent la question des différences culturelles dans l'écriture de littératures de genre. En vrai spécialistes, ils analysent en profondeur les divergences structurelles de la création chez les anglophones et chez les francophones (voire chez les français, puisque je pense que nos amis canadiens, par exemple, sont plus proches des méthodes de travail américaines). Bien qu'un peu pompeux pour certains, cette analyse ravira tous ceux qui veulent « mettre les mains dans le cambouis »...

Les nouvelles qui suivent, quant à elles, n'auront pas toutes le même accueil pour moi mais on peut dire qu'elles sont toutes digne d'intérêt. Le récit de Mélanie Fazi a eu ma préférence, sur le fond comme sur la forme. Tout simplement magnifique. A la fois simple, touchant, d'une finesse sans pareille (comme d'habitude avec cet auteur), cette nouvelle découvre les âmes avec une pudeur et une force qui vous marquera. Sara Genge nous proposera ensuite une histoire plus complexe, vraiment belle, sur la place du genre (masculin, féminin) dans la société. Une auteure inconnue en France qu'il me tarde de retrouver ! Après deux moment forts, Léo Henry n'aura pas mon adhésion... Si son œuvre est un essai stylistique bien foutu (et si j'en crois l'entretien qui suit, c'est le cas), il m'a rapidement perdu. Trop de style tue le style ? Enfin, Kij Johnson clôt ce numéro avec une nouvelle qui m'a laissé perplexe, mais que j'ai apprécié de lire. Étouffante, âpre, pleine de stupre, mais aussi très humaine, elle vous laisse dans un état un peu étrange, délirant.

Au final, Angle Mort est-il digne de ses 2€99 ? A mon avis, largement ! S'adressant, à mon sens, à des lecteurs plutôt exigeants, il ravira les explorateurs de nouveaux horizons. Mais à quoi bon l'acheter puisque les nouvelles sont mises en ligne gratuitement ? Si j'exclue les arguments évidents du confort de lecture et du soutien à la revue, je vous dirai simplement que les interviews sont souvent d'un intérêt important pour profiter pleinement du contenu, pour en retirer la substantifique moelle... Jetez-vous donc sur cette nouvelle revue, vous ne le regretterez pas !!

StepH