le demon des mortsMasterton est considéré comme un des plus importants écrivains d'horreur contemporain. Après m'être cassé le bec plusieurs fois avec des auteurs qui ne m'apportaient pas vraiment le frisson, j'ai décidé d'aborder du lourd ! J'avais dans ma pile à lire Le démon des morts, dernière réédition chez Milady du maître. La première traduction était parue chez pocket en 1989. Alors, est-ce dans les vieux pots qu'on trouve les meilleures soupes ?

John Trenton ne se remet pas de la mort de sa femme. Ses relations avec sa belle famille, qui l'accusent de l'accident mortel de son épouse, n'arrangent pas les choses. Alors quand il entend, un soir, sa balançoire crisser, qu'il a l'impression que sa femme est là, dehors dans le froid et le vent, à l'attendre, il se demande s'il ne devient pas fou... Mais il n'est pas seul... La vieille excentrique du village aussi voit son défunt mari sans parler du vendeur de la supérette... Que se passe-t-il ici, à Granitehead, petit hameau proche de Salem ? John va devoir le déterminer. Pourra-t-il et devrait-il retrouver sa dulcinée ? Pourquoi les morts semblent-t-ils hanter les vivants ? Autant de questions qui vont mener John et quelques uns de ses amis sur des chemins qu'ils n'auraient sans doute pas voulu parcourir...

Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'atmosphère est glaçante, dès le départ. On est happé par l'histoire dès les premières pages. Cette balançoire qui ne veut pas cesser de crisser, toute la nuit, vous fera tendre l'oreille, à vous aussi, à la recherche de bruits suspects... En tout cas, c'est ce que j'ai fait ! Il me semble que c'est un des premiers point fort de l’œuvre. Enfin un roman d'horreur qui vous fera frémir ! L'histoire se déroule petit à petit, de manière sinusoïdale, alternant scènes inquiétantes, intrigue, scènes d'horreur, approfondissement des personnages... Enfin bref, on sent que Masterton maîtrise complètement l'art de coller les chocottes ! Et c'est d'autant plus honorable qu'il y parvient sans exagérer sur les descriptions gores ni sur les scènes de sexe, choses que certains lui reprochent généralement.

Un autre élément de l'intrigue qui est à souligner est, à mon sens, l'affligeante normalité des protagonistes. Plus question du pauvre blaireau qui devient, en quelques pages, un héros adaptatif et courageux appréhendant sans peine les rouages occultes et soutenant du regard toutes les horreurs qui rendraient fous n'importe lequel d'entre nous. John Trenton est un homme normal qui va devoir se débattre pour survivre, ses réactions ne sont pas incompréhensibles et plus irréelles que l'horreur qui la sous tendent. C'est agréable, original (un comble!!) et contribue à la crédibilité de ce que l'auteur nous expose. Ainsi, le personnage peut faire de mauvais choix, tout foutre en l'air, juste parce qu'il est humain et que son surmoi n'est pas la seule facette de son âme.

Enfin, et c'est la marotte de l'auteur, Masterton nous propose une mythologie du monstre originale, puisant aux sources des cultures amérindiennes. Et même si la faiblesse principale du livre réside dans le fait qu'aucun personnage ne butte une seule fois sur l'improbable prononciation de ce à quoi ils font face (au bout de trois jours d’entraînement intensif, je n'y arrivais qu'une fois sur deux !), j'ai trouvé un réel intérêt à m'éloigner des sources celto-chrétiennes de la hantise et des phénomènes paranormaux en général.

Pour toutes ces raisons, Le démon des morts a été une lecture des plus agréables. Ce roman se lit sans discontinuer, provocant son content de frisson, l'intrigue suit un fil maîtrisé de bout en bout qui ne finit pas sur du n'importe quoi, les personnages sont humains et attachants... Des romans comme celui-ci, j'en redemande ! Même si je n'en dors pas de la nuit !!!

StepH